La culture de l'abricotier, emblème de nombreuses régions, se trouve confrontée à des défis croissants, notamment dus aux aléas climatiques et à la pression parasitaire. Le Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes (Ctifl) joue un rôle central dans l'accompagnement des producteurs, en fournissant des informations précieuses et en menant des recherches approfondies pour assurer la pérennité de cette production.

La production mondiale et européenne d'abricots : un aperçu
La production annuelle mondiale d'abricot est de l'ordre de 3,7 millions de tonnes. Une part significative, soit la moitié, est produite dans des pays situés sur le pourtour du bassin méditerranéen. La Turquie se positionne en leader incontesté, avec une moyenne de 810 000 tonnes produites par an. Le pays est également le champion mondial de l'abricot séché, exportant près de 83 000 tonnes annuellement, ce qui représente 56 % des exportations mondiales.
La production de l’Union Européenne à 27 (UE) est principalement obtenue en Italie, en Espagne, en France et en Grèce. Lors des meilleures campagnes, la production annuelle a pu approcher près de 180 000 tonnes. Cependant, les aléas climatiques, en particulier les épisodes de gel observés en 2020 et 2021, ont eu un impact significatif, ramenant la production à seulement 90 000 tonnes en moyenne au cours des trois dernières années (2020-2022). Dans ce contexte, les exportations françaises ont logiquement diminué, atteignant 13 200 tonnes. Un volume moyen de 17 000 tonnes, principalement originaire d’Espagne, alimente le marché français en début de campagne (mai, juin). L’industrie de transformation représente un débouché non négligeable, mobilisant 11 % de la production nationale. La consommation française s’établit à 1,1 kg par personne et par an, un volume qui peut varier sensiblement selon les fluctuations de l’offre et des prix au détail.
La vulnérabilité de l'abricotier au gel et les stratégies de lutte
Le gel représente une menace majeure pour les cultures d'abricotiers, provoquant des dommages importants tels que la brûlure des bourgeons, la destruction des fleurs et le gel des jeunes fruits. Certains arbres fruitiers sont particulièrement vulnérables au gel, surtout pendant la floraison et le développement des jeunes fruits. En plein hiver, les bourgeons sont très peu sensibles au froid et peuvent supporter autour de -20°C. Cependant, au fur et à mesure que le bourgeon évolue, sa sensibilité augmente.
Le Ctifl a réalisé un ouvrage de référence, élaboré par les meilleurs spécialistes français, qui fait état de tous les travaux menés sur la lutte contre le gel dans le monde entier. Cette brochure a été initiée après une série de dégâts observés sur les cultures aux printemps de 1997 et 1998, et présente les éléments de base du phénomène, replacés dans le contexte des connaissances récentes sur les phénomènes climatologiques à l’échelle régionale et à l’échelle de la parcelle.

Reconnaître les dégâts du gel
Pour reconnaître les dégâts du gel sur la fleur et le fruit, il est important de noter que si l'intérieur de la fleur est marron, elle a gelé. Parfois, la gelée est légère : les pétales peuvent être abîmés sans que l’intérieur de la fleur ou du fruit ne soit affecté. En coupant la fleur en deux, on peut observer si l’ovaire est toujours bien vert, signe qu'il n'est pas endommagé. Le gel peut détruire les fruits après la floraison. Les jeunes fruits sont très sensibles et peuvent être endommagés dès -0,5 à -1 °C selon les espèces. La résistance des bourgeons au gel avant la floraison dépend de leur stade. Un bourgeon fermé (dormant) est très résistant et peut supporter des températures largement négatives sans impact. Cependant, un bourgeon gonflé devient plus sensible, et des dégâts peuvent apparaître dès -3 à -5 °C selon les espèces.
Il est important de noter que la température la plus froide que peut supporter un bourgeon « pointes roses » (lorsque le bourgeon a éclaté) est de -3° à -4°. Ensuite, plus la fleur s’ouvre, moins elle supporte le froid. S’il est en fleur, l’abricotier supportera des températures de zéro à moins 1 degré au maximum.
Les techniques de lutte contre le gel
Pour la protection des abricotiers contre le gel, il est préférable d'éviter l’aspersion, car cela peut « laver » les fleurs (contrairement à la vigne où cette technique est utilisée). On préférera des bougies à la paraffine ou des appareils à gaz qui ventilent la chaleur dans les vergers, mélangeant les couches d’air pour augmenter la température. Le système des bougies est réservé aux terrains accidentés ou à forte pente, là où il n’est pas possible de lutter avec d’autres méthodes. Les chaufferettes doivent être allumées au bon moment, et il faut attendre qu’au petit jour les températures repassent dans le positif avant de les éteindre. Les techniques s’améliorent avec le temps, et de nouvelles bougies sans paraffine de synthèse sont sur le marché, réduisant considérablement les émissions de fumées. Bien que les fumées dégagées par les bougies soient impressionnantes, selon les stations qui mesurent les particules fines, le pic de dépassement ne dure pas plus de quelques heures. Au niveau des coûts, il faut compter environ 2500 francs par hectare pour environ six à sept heures de lutte. Dans le verger valaisan, de Saint-Maurice à Sierre, on compte un réseau de plus de 90 stations d’alerte en cas de gel.
Météo : méthodes anti-gel dans les vergers
La pression parasitaire et les stratégies de gestion
La production française d’abricot, fortement concentrée dans le Sud-Est, est également soumise à une pression parasitaire plus ou moins forte de la part de diverses maladies et ravageurs. Environ douze traitements phytosanitaires sont ainsi réalisés en moyenne, avec pour principales cibles la moniliose, l’oïdium et la bactériose, mais aussi l’anarsia, les pucerons et autres ravageurs. Pour les producteurs, le raisonnement des traitements passe d’abord par les observations en cours de culture. Afin de les réduire, sept producteurs sur dix déclaraient en 2015 avoir adopté une ou plusieurs pratiques, allant du choix de la variété ou porte-greffe aux comptages et observations d’auxiliaires prédateurs.
L'Enroulement chlorotique de l'abricotier (ECA)
L'Enroulement chlorotique de l'abricotier (ECA) peut engendrer un dépérissement important et une mortalité des arbres en vergers. Encore aujourd'hui, aucune méthode de lutte ni de prévention complètement efficace n'est connue. L'ECA est la conséquence de la contamination par un phytoplasme qui peut être propagé principalement par des insectes vecteurs de la famille des hémiptères, notamment deux espèces de psylles : le Cacopsylla pruni et le Cacopsylla pinihiemata. Cela induit un désordre physiologique des arbres entraînant des débourrements précoces en hiver et/ou des dépérissements en saison avec des jaunissements de feuilles et des flétrissements pouvant aller jusqu'à la mort de l'arbre.
Afin de dresser un état des lieux de la maladie, la Fredon Rhône-Alpes a mis en place des actions de prospections des vergers en Drôme et en Ardèche de 2014 à 2017. Les notations ont été réalisées sur la base de l'observation de symptômes de débourrements précoces en sortie d'hiver. Il n'y a pas eu de confirmations visuelles plus tard en saison avec des observations de symptômes de jaunissement et flétrissement, ni de confirmations par tests moléculaires. Au total, 1 046 hectares ont été prospectés en Drôme et 485 ha en Ardèche dans les principaux secteurs de production d'abricot de la région (soit respectivement 12 et 30 % de la surface plantée en abricotiers des départements Drôme et Ardèche). Lors de la prospection de chaque parcelle, le nombre d'arbres contaminés par l'ECA et le nombre dit « initial » d'arbres des parcelles (soit la totalité des arbres à la plantation) ont été notés. L'année de plantation, la surface, la densité, la variété des parcelles ainsi que la commune dans laquelle elles sont localisées ont également été enregistrées.
Dans un deuxième temps en 2018, une enquête a été réalisée auprès de 76 arboriculteurs dont les parcelles avaient été prospectées les années précédentes. Par souci d'efficience, les arboriculteurs ayant de préférence plus de 4 ha de parcelles prospectées ont été interrogés, de manière à pouvoir récolter un maximum d'informations sur un maximum de surfaces, en un temps raisonné. Cette enquête a permis de recueillir de nombreuses données relatives aux pratiques de l'arboriculteur sur la suppression ou non des arbres atteints par l'ECA ou des rejets issus des porte-greffe ainsi que sur les pratiques insecticides pour les trois années précédant la prospection (période et date d'application, nombre et dose de chaque insecticide et cible). L'enquête n'a malheureusement pas permis de recueillir de données issues de parcelles conduites en agriculture biologique.
L'optimisation de l'utilisation de l'eau face au changement climatique
L'évolution des conditions climatiques constatées ces dernières décennies, et modélisées dans l'avenir, soulève des questions quant à l'utilisation de l'eau, avec pour objectif de maintenir un rendement et une récolte qualitative. Le Ctifl a initié un projet visant à mettre à jour les références de l'abricotier, en travaillant sur une variété récente et largement plantée (Swired). Il conviendra d'identifier et d'évaluer en complément les outils pertinents pour monitorer les besoins de l'arbre et ainsi démontrer l'utilisation optimale des apports en eau : vitesse de croissance, mesure à la chambre à pression, dendromètre, tensiomètre, imagerie par drone, etc., seront mis à l'épreuve. Ce projet, mené sur un verger de la variété Swired avec différentes densités de plantation et modes de conduite, a malheureusement été impacté par le gel en 2021, soulignant l'urgence de ces recherches.

L'apport du Ctifl et l'évolution des pratiques
Le Ctifl met à disposition des fiches variétales synthétisant les éléments issus de l'évaluation variétale multisite qu'il coordonne. Ces fiches apportent des données de performance agronomique et qualitative de l'arbre au fruit, ainsi que des éléments de conduite adaptés aux caractéristiques physiologiques des variétés. Ces ressources sont essentielles pour les producteurs qui cherchent à optimiser leurs pratiques culturales et à s'adapter aux défis environnementaux.
Les agriculteurs sont de plus en plus conscients de l'impact de leurs pratiques sur l'environnement. Heureusement, les techniques évoluent, tant du côté de la machinerie qu'au niveau des produits phytosanitaires, qui sont bien moins toxiques que ceux qu'utilisaient nos aïeux. Cette évolution des pratiques, combinée aux recherches et aux informations fournies par des organismes comme le Ctifl, est cruciale pour assurer un avenir durable à la production d'abricots.
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