L’art de la cueillette : Stratégies pour l’apprentissage des mots et du lexique

L’apprentissage de la lecture n’est pas chose facile. La lecture, en fait, est une activité fort complexe qui requiert plusieurs connaissances et habiletés appelées à travailler toutes en même temps. Pour réussir à lire et comprendre un texte, un enfant doit avoir une conscience de l’écrit, une connaissance des lettres et des phonèmes ainsi que leurs sons, une reconnaissance des graphèmes, un bon vocabulaire et une reconnaissance rapide des mots fréquents. TOUT UN DÉFI pour un enfant…. Et pour son enseignant !

La dynamique des mots fréquents

QUE SONT LES MOTS FRÉQUENTS ? L’enseignement des mots fréquents et des mots d’orthographe, comme toutes les autres habiletés, se fait de façon graduelle mais également de façon simultanée. C’est-à-dire qu’en commençant l’étude des lettres et des sons, on commence également l’étude des mots fréquents, par exemple. En éducation, on peut rencontrer les termes « MOTS COURANTS », « MOTS FRÉQUENTS », « MOTS USUELS » ou même « MOTS PERÇUS GLOBALEMENT ».

Bien que ce dernier terme semble moins utilisé, il donne une bonne idée de ce qu’est un MOT FRÉQUENT. C’est un mot fréquemment retrouvé dans les textes que l’on reconnait rapidement, dans sa « GLOBALITÉ », sans décoder les sons et les phonèmes. Ces petits mots (ex. je, tu, avec, et…) composent en fait 50% de tous les textes pour adultes. Une bonne connaissance de ces mots signifie donc une fluidité nécessaire à une lecture efficace et une bonne compréhension.

« Un noyau de mots compte pour cinquante pour cent de tous les mots qui lisent les adultes. Ces mots sont encore plus importants pour les élèves de six et de sept ans parce qu’ils apparaissent encore plus fréquemment dans les textes conçus pour leur groupe d’âge. » Miriam P. Trehearne.

Illustration d'une roue d'orthographe pour l'apprentissage des mots fréquents

Approches pédagogiques pour la maîtrise lexicale

On peut retrouver des listes variées de mots fréquents en ligne. Il peut paraître difficile de mettre la main sur LA liste parfaite, mais peut-être que cette liste parfaite sera celle que l’enseignant organise elle-même pour sa classe selon les besoins (français langue maternelle, français langue seconde, immersion française). Les mots fréquents ne changent pas, mais la quantité que l’on présente aux élèves, leur ordre peut varier.

En fait, ce qui est idéal, c’est un enseignement qui utilise plutôt une variété d’approches. On enseigne donc les mots fréquents tantôt de façon explicite, tout à l’heure en contexte, lors d’un jeu ou quand une opportunité se pointe. L'objectif est de les voir FRÉQUEMMENT ! Voici quelques idées qui pourraient vous aider :

  • Jeu de bingo comportant les mots fréquents
  • Cartes éclaires (parfait pour plusieurs jeux)
  • Message du matin où tous les mots fréquents sont en rouge
  • Mur à mots comportant tous les mots fréquents requis
  • Liste pour les parents
  • Chasse aux mots fréquents dans les livres
  • Centre d’étude de mots fréquents
  • Pratique quotidienne au tableau interactif

Structurer l’orthographe et le vocabulaire

QUE SONT DONC LES MOTS D’ORTOGRAPHE ? Les listes orthographiques que l’on peut trouver sont plutôt composées de mots de vocabulaire souvent vus à l’élémentaire et ont tendance à être organisées par année scolaire. Ces listes de mots reflètent les matières scolaires, les thèmes vus en classe et les champs d’intérêts habituels d’enfants de la 1ère à la 6ième année.

Peu importe la liste, voici quelques idées pour aider vos élèves à développer leurs habiletés à lire et écrire les mots d’une liste orthographique :

  • Listes affichées où les élèves ont vite accès aux mots
  • Dictionnaire/répertoire personnel
  • Devoirs reliés aux mots de liste
  • Activités orales utilisant les mots à l’étude
  • Jeux de définitions et questionnaires
  • Organisations variées des mêmes mots (famille, types de mots, ordre alphabétique)
  • Défis rapides (ex : Écris une phrase « folle » qui inclut ces trois mots.)

FINALEMENT, il est important de se rappeler que les habiletés en lecture et en écriture reposent sur les habiletés en communication orale. Un enfant qui apprend à utiliser un nouveau mot de vocabulaire dans des activités de communication orale reconnaitra plus facilement le mot dans un texte et aura plus tendance à vouloir l’utiliser en expression écrite.

DECLIC : Utiliser le mur des mots

Créer un lexique vivant : La cueillette par l'image

Pour changer de la séance de vocabulaire classique (exercices - écriture), je vous propose une séance de vocabulaire dans laquelle le groupe-classe construit une fiche de vocabulaire à partir des connaissances de chacun. Pour cela, je m'appuie sur des images que je choisis soigneusement en fonction des mots que je veux faire ressortir.

L'idée est de s'appuyer sur les connaissances des élèves : ils connaissent du vocabulaire mais se contentent trop souvent de mots simples et passe-partout. Les images sont là pour les aider à faire appel à un vocabulaire plus complexe et plus spécifique.

  1. Le diaporama : Je projette des images aux élèves. Les élèves notent au brouillon tous les termes que leur suggèrent l'image : des adjectifs pour décrire, des émotions, des éléments du paysage, des verbes. On met en commun et je note à l'ordinateur les propositions.
  2. Mise en place de la fiche : Il s'agit ensuite de classer les mots dans un tableau. On sépare les éléments du paysage, les émotions procurées par le paysage et les adjectifs pour décrire.
  3. L'enrichissement : Individuellement, les élèves cherchent la définition des mots qu'ils ne connaissent pas. Ils enrichissent leur liste en cherchant des synonymes et des antonymes à l'aide d'un dictionnaire.

La poésie comme terreau de mots

Il est temps d’aller fouiller plus avant dans ces paniers. Je préfère, à cet âge, entrer dans les poèmes par l’écriture d’imitation, la mise en image ou en voix. Ou encore par la cueillette de mots. C’est une entrée accessible à tout enfant d’une dizaine d’années.

Entrer dans le poème, en traçant son propre chemin, rectiligne, tortueux, raccourci, erratique, pour aller glaner des mots. Ne pas chercher à extirper un sens coûte que coûte. Se laisser happer un peu au hasard par un chemin de lecture. Entrer dans le texte par son corps : on (re)découvre que les mots ont un son et un goût.

La métaphore de la cueillette n’est pas seulement agissante en pédagogie, on la retrouve sous la plume de nombreux grands poètes, car c’est un geste métapoétique fondamental. Donner le goût du lexique, c’est aussi celui du partage. J’incite parfois à ce partage des mots par une consigne d’écriture : « Prenez vos deux/trois/quatre paniers et écrivez ensemble un texte avec les mots mis en commun. C’est un doux remède contre l’angoisse terrible de la page blanche. »

Fondements linguistiques et outils de l'enseignant

Sur les 70.000 entrées du Littré, sur les 40.000 entrées d'un dictionnaire de taille moyenne, il en est un petit nombre que tout francophone utilisera quotidiennement. Ce sont des mots sans fréquence significative dont beaucoup sont des termes, mots de spécialités, utilisés par les seuls spécialistes. Est-ce regrettable ? Bien sûr que non ! C'est dans la nature des choses. Une boîte à outils ne doit pas être trop encombrante et un atelier ne peut pas posséder toutes les machines de la terre.

Les mots hyperfréquents sont également parmi les plus polysémiques de la langue. Les verbes ont besoin de noms et les noms ont besoin de verbes pour fonctionner. Il existe une isotopie sémantique évidente entre le verbe et les noms qui lui servent de sujet et de compléments. Le caractère abstrait et verbal des mots de haute fréquence saute aux yeux.

Pour comprendre comment sont faites les machines, donc pour pouvoir les démonter et les remonter, il faut avoir à sa disposition et savoir manipuler au moins deux outils : le concept de subduction, d'origine guillaumienne, et celui de transduction qui est son complément naturel. Les métaphores ne sont pas les mêmes dans toutes les langues. Il y a une logique interne aux polysémies, particulière à une langue donnée.

L'enseignement systématique vs l'imprégnation

Une idée récurrente était que le vocabulaire ne s'enseigne pas comme une autre matière. L'apprentissage des mots a, pense-t-on, besoin d'une "base affective". Il faut que l'enfant en "sente le besoin" et c'est alors que l'enseignant, jusque là contraint à la passivité peut intervenir. C'est s'interdire à l'avance tout enseignement systématique.

Je ne dis pas qu'un mot rare, inconnu, et d'aspect bizarre, ne puisse pas exciter la curiosité des élèves, leur donner l'impression agréable d'être très savants, comme un peu de poivre ou de moutarde relève un plat un peu fade. Mais point trop n'en faut.

Le contexte, justement, est sélectif, c'est lui qui désambiguise le mot polysémique, et indique au destinataire du message dans quel sens il doit être interprété. J'ai trouvé dans les dossiers qui m'ont été fournis des conseils raisonnables pour une utilisation maximale du contexte ; mais il faut bien voir que le contexte "met sur la voie" du sens d'un mot inconnu, permet de faire une hypothèse sur ce sens, mais ne le révèle pas entièrement.

Vers une pratique réflexive de l'orthographe

L’orthographe est un sujet épineux. Nous venons d’un système où l’apprentissage de l’orthographe se faisait essentiellement à la maison, pour les dictées. Heureusement, il y a un changement intéressant depuis quelques années dans les pratiques. On comprend mieux le rôle de la dictée traditionnelle : l’une des nombreuses façons d’évaluer. Ce n’est pas de l’enseignement, ni de l’apprentissage.

Les dictées réflexives (dictée phrase du jour, dictée zéro faute…) ont fait leur apparition. La question importante à se poser est : Comment faire pour qu’en contexte d’écriture, les élèves transfèrent ce qu’ils ont mémorisé ? On doit enseigner aux élèves la façon dont fonctionne notre langue. L’étude de mots est à l’horaire tous les jours dans ma classe.

En grand groupe, on apprend comment les mots et la langue fonctionnent, comment les manipuler, et ce, de plusieurs façons. Quand on parle d’étude de mots, on parle des mots fréquents qu’on appelle aussi « mots du mur », des mots avec des sons simples et complexes, de la conscience phonologique, de la fusion, des lettres, du vocabulaire, des régularités, etc.

L’étude de mots englobe donc plusieurs éléments importants qu’on doit aborder avec les élèves au sujet des mots. Tout d’abord, on veut que nos élèves soient engagés pendant l’étude de mots, que cela soit un moment agréable et amusant. En résumé, l’étude de mots se doit d’être bref, ciblé, pas complexe à préparer, engageant pour nos élèves, facilement transférable. Si vous constatez que vos élèves ne transfèrent pas dans leurs écrits ce que vous croyez qu’ils savent de l’orthographe, alors il faut trouver comment réviser votre enseignement.

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