Guide complet de la cueillette des myrtilles sauvages : traditions, réglementations et enjeux de préservation

La myrtille sauvage (Vaccinium myrtillus) est bien plus qu'un simple fruit d'été ; elle est un élément constitutif de la biodiversité des territoires de montagne. Si sa dégustation sous forme de tarte ou de confiture est un plaisir partagé, la gestion de cette ressource naturelle fait face à des défis écologiques et économiques majeurs. Comprendre sa cueillette, c'est aussi comprendre l'équilibre fragile des milieux alpins et forestiers.

Paysage de montagne avec des landes à myrtilles en fleurs

Les enjeux écologiques et la dynamique des landes à myrtilles

Constitutives de la biodiversité des territoires concernés, les landes à myrtilles sont pour partie classées habitats d’intérêt communautaire. Leur présence est directement liée au maintien de milieux ouverts et à la présence de l’élevage, ainsi qu’à l’existence de couverts boisés spécifiques. Sur ces territoires, le constat d’une évolution marquée de la dynamique des landes à myrtille est partagé.

En premier lieu, l’impact du changement climatique (absence de neige, gels précoces et tardifs, sécheresse) et avec lui, l’apparition de nouveaux ravageurs (Drosophila suzukii notamment) soumettent les landes à de nouvelles contraintes. Ensuite, l’évolution des pratiques de pâturage, qu’elles soient peu présentes (déprise pastorale) ou trop intensives (surpâturage), s’accompagnent de transformations massives de la composition des landes à myrtille, comme la colonisation de fougères, d’arbustes ou à l’inverse, l’appauvrissement de la flore. De même, le changement brutal de couvert imposé lors de plantations, notamment de résineux, perturbe le cycle de développement du myrtillier.

Au sein des Parcs naturels régionaux Millevaches en Limousin, Monts d’Ardèche, Pilat et Livradois-Forez, différentes actions et initiatives ont été entreprises ces dernières années afin de valoriser la myrtille sauvage, incluant des expérimentations sur les landes, la sensibilisation du grand public et la promotion des produits. L’ensemble de ces actions s’appuient localement sur la mobilisation de l’association « Collectif myrtille sauvage du Forez ». Né en 2023, ce collectif regroupe principalement des cueilleurs engagés auprès du Parc dans des actions de préservation. Ils contribuent aux suivis annuels des parcelles expérimentales et s’impliquent dans des chantiers d’entretien participatifs.

Identifier et localiser la myrtille sauvage

La myrtille sauvage appartient à la famille des airelles, tout comme la canneberge, le cranberry et la myrtille bleuet (Vaccinium corymbosum). Il convient de ne pas la confondre avec la myrtille de culture des champs agricoles de petits fruits, qui n’offre pas la même saveur que les variétés sauvages. Lorsque vous achetez des pots de confiture, la mention « sauvage » doit impérativement figurer sur le produit.

On retrouve les myrtilles en priorité au-delà de 1 000 mètres, car elles aiment les sols acides, en milieu frais et humide. Vous en recenserez dans le Massif central, le Jura, les Vosges, les Pyrénées et les Alpes. On en trouve également en plaine dans les régions du nord de la France, mais elles se raréfient. Pour repérer les zones de myrtilles, partez en randonnée et notez en tête leurs emplacements. Tentez de déterminer s’ils sont proches d’un parking, signe d’une plus grande fréquentation. N’hésitez pas à parcourir des sentiers de randonnée faiblement empruntés pour plus de tranquillité.

Sur le plan botanique, on distingue la myrtille sauvage par ses feuilles ovales sous forme d’arbrisseau au ras de la terre. Sur le plan sanitaire, on peut la confondre avec l’airelle des marais à feuille ronde à la chair blanche, qui possède moins de saveur. Chez la myrtille sauvage (Vaccinium myrtillus), les feuilles sont dentelées et la chair est bleue. Chez l'airelle des marais, les feuilles sont rondes et la chair blanche.

Schéma comparatif entre la myrtille sauvage et l'airelle des marais

Réglementation et bonnes pratiques de récolte

Le mois d’août arrive et vous attendez avec impatience la cueillette de myrtilles pour préparer votre prochaine tarte ou des pots de confiture ? Des précautions sont à prendre avant de partir en montagne, car selon les zones, des arrêtés préfectoraux imposent une réglementation de cette activité.

Chaque département spécifie ses propres règles qui ne sont pas coordonnées avec les départements voisins. Très souvent, elle fixe les limites de récolte ainsi que l’interdiction ou non de la cueillette de myrtilles au peigne. Ce dernier présente des controverses parmi les amateurs, car mal emparé, il abîme les myrtilles.

De manière générale, l’Office national des forêts (ONF) cite l’article 547 du Code civil et spécifie bien la limite de récolte à 5 litres par personne et uniquement sur le domaine public. Elle ne doit pas engendrer un bénéfice commercial et il convient de les ramasser à la main, même si cela demande beaucoup plus de temps. En Savoie, on ne peut pas ramasser plus de 5 litres de petits fruits sauvages et de champignons par jour et par espèce. L’utilisation du peigne demeure proscrite avant le 15 août. Le département de l’Isère contraint la récolte à 1 kg par personne et par jour et, comme en Savoie, le peigne reste interdit d’utilisation avant le 15 août. Ces règles valent également pour le parc national des Écrins. En cas de non-respect avéré, un garde-chasse de l’ONF ou la police de l’Environnement se réserve le droit de verbaliser.

Méthodologie et calendrier de la cueillette

Dans les Alpes du nord, les myrtilles sauvages se cueillent généralement autour du 15 août. La récolte peut commencer avant, notamment sur les faces sud des massifs montagneux et à plus basse altitude (environ 1 500 mètres) en cas d’été ensoleillé. De manière générale, la meilleure période de récolte reste fin août et début septembre. On peut les trouver jusqu’à début octobre sur les versants nord et à plus haute altitude.

En ce qui concerne la technique, tout dépend de votre délicatesse. La rapidité s’accompagne souvent d’un manque de finesse, je vous déconseille alors d’utiliser un peigne sous peine d’abîmer les plants. Personnellement, je privilégie le ramassage à la main par peur de les abîmer. Si à l’inverse vous savez prendre en main avec finesse le peigne, vous gagnerez en efficacité. Partez du bas du myrtillier et remontez progressivement le peigne pour empocher les fruits. Veillez à bien choisir le peigne : les tiges en métal doivent apparaître souples, arrondies à l’extrémité et pas en pointe.

Photo d'un peigne à myrtilles traditionnel

Conservation et valorisation culinaire

Les procédés de conservation des myrtilles sauvages restent simples :

  • En garder quelques centaines de grammes pour en consommer frais en dessert ou au petit-déjeuner avec votre muesli.
  • Par ziplock de 500 grammes au congélateur. Ce poids correspond à la garniture d’une tarte ou pour une future confiture en pot classique de 500 grammes.
  • Transformation en pot de confiture immédiatement. La technique de préparation en deux phases permet de récupérer du jus pour un délicieux sirop.

Les recettes à base de myrtilles ne manquent pas : tarte avec crème pâtissière, clafoutis, quatre-quarts, muffins, crumble, panna cotta, tiramisu, cake avec des bananes ou encore cheesecake. Ces fruits complètent aussi très bien le petit-déjeuner.

Sur l’ensemble des territoires du Massif central, la myrtille sauvage a connu sa période la plus faste dans les années 1960 à 1980. Fruit sauvage à la cueillette aléatoire, elle n’offre pas de revenus réguliers, et de fait, les acteurs économiques ont eu du mal à se structurer. En parallèle, la concurrence d’autres pays européens, notamment de l’Est, s’est faite croissante, ce qui n’a pas encouragé le renforcement des organisations locales. Toutefois, la fête de la myrtille, organisée le 15 août au Col du Béal, permet de sensibiliser le grand public aux enjeux de préservation de ce patrimoine naturel, garantissant que la myrtille reste la reine de l’été.

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