Guide complet sur la cueillette du génépi en Vanoise et en Savoie : Réglementations et pratiques responsables

La montagne, et tout particulièrement le massif de la Vanoise, abrite une biodiversité exceptionnelle dont la fragilité n'est plus à démontrer. Parmi les espèces emblématiques qui attirent tant les randonneurs que les passionnés de botanique et les amateurs de digestifs maison, le génépi occupe une place de choix. Cependant, cette plante rare et prisée fait l'objet d'une surveillance accrue et d'une réglementation stricte pour assurer sa survie face à une pression humaine grandissante. Comprendre les règles en vigueur n'est pas seulement une obligation légale, c'est un acte de respect envers un patrimoine naturel qui nous dépasse.

paysage montagnard en Vanoise avec flore alpine

Les enjeux de la préservation des espèces montagnardes

La flore des milieux montagnards est aussi diversifiée et riche que fragile et menacée. Si de nombreuses espèces végétales font d’ores et déjà l’objet d’une protection réglementaire, au niveau national telle que l’Androsace des alpes ou le Silène de Suède au niveau régional, d'autres espèces, que l’on dit « ordinaires », sont de plus en plus menacées notamment du fait d’une cueillette excessive telles que les espèces de Génépi et l’Arnica. Ces espèces ont un intérêt alimentaire ou pharmaceutique.

Chaque année des agents de police de l’environnement signalent la destruction de station complète d’espèces végétales, et notamment de Génépi, mettant en péril la préservation de ces espèces non protégées mais qui font partie du patrimoine naturel savoyard et, à plus grande échelle, alpin. La préfecture de la Savoie rappelle l'importance de respecter les régulations en vigueur concernant la cueillette de certaines plantes montagnardes emblématiques pour préserver la biodiversité unique et fragile de la région.

Réglementation départementale en Savoie

Depuis 2021, un arrêté préfectoral encadre strictement la cueillette du génépi, de l'edelweiss et des myrtilles en Savoie afin de garantir la pérennité de ces espèces et l'équilibre des écosystèmes locaux. Cette mesure vise à protéger la biodiversité unique de la région.

Le génépi, une plante rare et prisée, ne peut être cueilli qu'à hauteur de 120 brins par jour et par personne sur l'ensemble du département. Quant à l'edelweiss, sa cueillette est totalement interdite en raison de sa rareté et de son statut de symbole national protégé. En ce qui concerne les myrtilles, l'utilisation du peigne pour la récolte n'est autorisée qu'à partir du 15 août afin de protéger les jeunes pousses et de permettre une récolte plus durable.

La récolte des champignons est également limitée à 5 litres par jour et par espèce. François Ravier, préfet de la Savoie, encourage vivement les randonneurs et les amateurs de nature à adopter une attitude responsable envers le patrimoine naturel de la région.

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Les spécificités du Parc national de la Vanoise

Le Parc national de la Vanoise a pour objectif majeur la préservation de cet espace naturel remarquable et la protection de sa biodiversité. Historiquement, depuis la création du parc national en 1979, la cueillette était strictement interdite dans la zone cœur, quelle que soit la plante et la période. En effet, depuis 2013 cependant, la cueillette de certaines plantes et fruits est devenue possible, sans discrimination de l'origine des cueilleurs, mais dans des conditions strictes, nécessaires au respect des écosystèmes et à la pérennité de ces espèces sur le territoire.

Périodes de cueillette, quantités prélevables, secteurs de prélèvement, si les amateurs de liqueur ont aujourd'hui la possibilité d'agrémenter leur digestif de brins de génépi, c'est avec modération et respect des écosystèmes. La récolte des plantes doit se faire avec un outil tranchant afin de ne pas abîmer ou arracher le pied, et il est impératif de laisser quelques tiges fleuries pour ne pas mettre en cause la survie et la reproduction du plant. Les restrictions des quantités prélevées permettent cependant de garantir un usage de consommation familiale, et évitent le pillage des ressources à des fins commerciales.

Surveillance et contrôle sur le terrain

La Mission Inter-Services de l'Eau et de la Nature (MISEN 73), sous la direction du préfet et de la direction départementale des Territoires (DDT), coordonne les efforts de l'Office national des forêts, de l’Office français de la biodiversité, du Parc national de la Vanoise et de la gendarmerie de la Savoie pour effectuer des contrôles réguliers et garantir le respect de ces règles.

Les contrevenants s'exposent à des sanctions pouvant atteindre 750 euros d'amende. La surveillance s’effectue parfois en mission inter-services avec la Gendarmerie nationale, le peloton de Gendarmerie de haute-montagne de Modane, la police municipale de Val-Cenis, les agents de la Direction départementale des territoires de Savoie ou les agents de l'Office français de la biodiversité, ainsi que les agents de l'Office national des forêts.

agents du parc en mission de sensibilisation sur les sentiers

La particularité de cette surveillance réside en une forte présence sur le terrain, à but d'abord pédagogique, ce qui entraîne très peu de verbalisations. En 2024, 14 procès-verbaux ont été dressés dont la grande majorité en co-saisine lors des opérations inter-services ; 7 timbres-amendes et quelques avertissements oraux sont à relever. Toutefois, les contrôles réalisés ces dernières années par les agents du Parc sur les sites à forte pression de cueillette montrent encore un très fort taux d’infractions, conduisant régulièrement à devoir faire des procédures pénales. L’année dernière, en 2017, un cueilleur avait même été interpellé en possession de 2600 brins de génépi.

Les fossiles et minéraux : un patrimoine géologique protégé

D'une façon générale, le prélèvement de fossiles et minéraux est interdit dans le cœur des parcs nationaux. Les fossiles et minéraux constituent un patrimoine géologique propre à chaque site et chaque territoire. À ce titre, dans le cœur du parc national des Écrins ou de la Vanoise, ce patrimoine est strictement protégé et les atteintes, prélèvements et collectes sont interdits.

Les prélèvements des minéraux et cristaux nécessitent souvent la mise en place de moyens d'extraction conséquents et occasionnent des impacts importants : fouilles, creusements de trous et cavités. En aire optimale d'adhésion, en dehors de sites à protection particulière (réserve naturelle, arrêté de biotope, etc.), les prélèvements de minéraux sont encadrés par des arrêtés municipaux spécifiques à chaque commune.

La gestion des ressources naturelles dans les zones périphériques

Dans les espaces ne disposant pas de réglementation particulière, la cueillette des fruits sauvages, comme les myrtilles, est organisée de façon différente selon les départements, sous réserve du droit des propriétaires du sol. Dans les Hautes-Alpes, elle est autorisée hormis à des fins d'utilisation industrielle. En Isère, elle est limitée à 1 kg par jour et par personne.

Les fruits sauvages constituent une ressource alimentaire non négligeable pour la faune sauvage. Ils sont également les moyens pour les plantes de se disperser tout naturellement. Il est donc crucial de maintenir ces prélèvements à un niveau strictement familial pour éviter de rompre l'équilibre des chaînes alimentaires locales.

Dans le cœur du parc national des Écrins, la cueillette des champignons comestibles, non cultivés, pour les besoins familiaux, est autorisée à condition de ne pas ramasser la totalité des spécimens présents et de ne pas porter atteinte à leur capacité de reproduction, notamment en évitant la destruction des réseaux souterrains.

Identification des espèces de génépi

Dans les vallées alpines, on trouve quatre espèces de génépis : le génépi laineux encore appelé mâle ou bourru (Artemisia eriantha), le génépi blanc ou femelle (Artemisia umbelliformis ou A. mutellina), et le génépi vrai ou noir (Artemisia spicata ou A. glacialis). La cueillette "du" génépi est très précisément réglementée.

planche botanique illustrant les différentes espèces de génépi

Il est primordial de savoir identifier ces espèces avant toute action, car la confusion avec d'autres plantes de montagne peut non seulement être dangereuse pour le cueilleur, mais aussi nuire à des espèces protégées. La pérennité de ces plantes, qui poussent dans des conditions extrêmes, dépend de la capacité des pratiquants à ne récolter que ce qui est nécessaire à une consommation personnelle modérée, en laissant toujours une part suffisante à la reproduction naturelle des stations.

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