L'Art de la Cueillette et la Passion du Kiwi en Vendée : Entre Tradition et Avenir

La relation entre les habitants et la terre évolue. Si le supermarché a longtemps été le passage obligé pour le ravitaillement hebdomadaire, une tendance de fond se dessine : le retour aux sources, au contact direct avec le producteur. Autour de La Roche-sur-Yon, cette pratique prend des formes variées, allant de la cueillette libre dans les vergers à la production spécialisée de fruits emblématiques comme le kiwi.

une vue panoramique d'un verger en Vendée lors d'une journée ensoleillée

La dynamique de la cueillette en libre-service

C’est la saison des fraises. Certains préfèrent les cueillir à la ferme que les acheter en barquette. Pareil pour les courgettes, les petits pois ou encore, bientôt, la tomate. La chaleur écrasante ne les a pas arrêtés. Munis de brouettes ou de simples paniers, les visiteurs se succèdent à la cueillette des Vergers Gazeau, à Saint-Florent-des-Bois (Rives de l’Yon). En ce moment, on trouve surtout des fraises, des petits pois. C’est la fin de la rhubarbe. Puis viendront les framboises, les groseilles et, dans leur sillage, les tomates et le cortège des légumes ratatouille, selon les mots de Jean-Marie Beuscart, chef de culture sur les trois sites de cueillette des Vergers Gazeau.

Samedi 1er juin 2019, à Saint-Florent-des-Bois, on cueille aussi des courgettes. « Il reste des fraises ? J’ai appelé deux fois pour être sûre ! » s’exclame Betty, venue des Essarts avec Marie. Cette dernière compte bien en rapporter 30 kg, pour faire des confitures. « Savoir ce qu’on mange ». Les deux copines poussent chacune leur brouette. Aujourd’hui, on n’a pas emmené les enfants, mais en général, ils adorent ! Marie, installée en Vendée depuis 4 ans, raconte consommer différemment. « Le supermarché, on n’y va plus que pour les produits d’entretien ». Marie et Betty, originaires des Essarts, sont des habituées.

Annie, panier de fraises en mains, est fille d’agriculteur. « Dans les supermarchés, on ne sait pas trop d’où ça vient, et puis on ne peut pas choisir pareil. » Cette Yonnaise a franchi le pas de la cueillette pour la première fois, car elle avait « envie de faire de la confiture ». Elle reviendra, promet-elle en jetant un œil aux fèves et aux courgettes. La fréquentation est en augmentation, selon Jean-Marie Beuscart. La tendance n’est pas nouvelle : selon le réseau Chapeau de paille, dont est membre le maraîcher de Saint-Florent-des-Bois, les premières ont été ouvertes en 1985, d’abord en Région parisienne.

Un lien intergénérationnel et un retour au vert

En Vendée, c’est un peu différent. Beaucoup de gens ont vu leurs grands-parents cultiver un jardin pour alimenter toute la famille. Certains de nos clients ont d’ailleurs un bout de potager. Il y a aussi la sortie familiale, des grands-parents qui en profitent pour éduquer leurs petits-enfants. Ou simplement l’envie de se mettre au vert : Thibaut et Flavie, 36 et 26 ans, sont originaires du Lot-et-Garonne. « On est assez proches de la nature », assure le couple qui vit en appartement à La Roche-sur-Yon. Depuis cette année, on cueille les fraises dans ces jardins suspendus. 72 rangs de 75 mètres de long, qui abritent chacun 750 plants.

« Même si ce n’est pas bio, ce sont des produits de chez nous », apprécie Betty. Sur la trentaine d’espèces cultivées à la cueillette de Saint-Florent-des-Bois, seuls les pommes et les kiwis ont été convertis en bio depuis deux ans. Le reste est cultivé en agriculture raisonnée, qui permet de maîtriser les intrants, assure Jean-Marie Beuscart.

des mains récoltant des fraises dans des jardins suspendus

L'épopée du kiwi à la Surprise : une histoire de famille

Si la cueillette de fruits rouges est une activité saisonnière très prisée, la culture du kiwi représente un héritage plus profond et technique dans la région. Daniel Chaillot était l’un des premiers producteurs de kiwis des Pays de la Loire, en 1972. Son petit-fils, Manuel, a repris le flambeau, il y a 5 ans, à la Surprise. Près de la moitié de la production est écoulée via la cueillette et le reste via les grandes surfaces et sur le marché des Halles, à La Roche-sur-Yon.

Quand il a décidé de créer son « affaire » avec deux associés, le 17 février 1972, Daniel Chaillot écumait les routes comme commercial en produits phytosanitaires. Se lancer d’accord, mais dans quoi ? Le représentant n’a pas d’idée précise. « Un collègue m’a parlé du kiwi. » Ce fils d’agriculteur n’a jamais vu, ni goûté, le fameux fruit. Mais peu importe. « On a visité une exploitation à Pessac, en Dordogne. Trois à quatre ans sont nécessaires, avant que n’apparaissent les premiers fruits. »

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Transmission et modernisation de l'exploitation

Préretraité en 1992, Daniel Chaillot décide de franchir un nouveau cap, en rachetant l’ensemble des parts de la société, et en quittant la coopérative, qui reprenait la totalité de la production. « À l’époque, j’avais un an », explique Manuel, son petit-fils. Depuis 2014, ce titulaire d’un bac pro commerce est aux commandes de l’exploitation. « Gamin, je passais toutes mes vacances ici. J’ai demandé à papy si je pouvais prendre la suite. Il était d’accord, à condition que je suive une formation. »

Ni une, ni deux. Grand-père et petit-fils se retrouvent pour la première fois ensemble, pour la taille de l’hiver suivant. Un passage de flambeau « motivant » pour le cadet, et source de « fierté » pour son aîné. Une évidence pour tous les deux. « Les kiwis, c’est le travail d’une vie. »

La pérennité des méthodes agricoles

Les banques, sollicitées après la première récolte, acceptent de donner un coup de pouce. Un bâtiment neuf voit le jour, à la Surprise, ainsi qu’une chambre froide. La technique de production, elle, reste identique. « Il n’y a pas de traitement. Le secret, c’est la pollinisation et l’arrosage. » Près de la moitié des fruits sont écoulés de mi-novembre à fin avril, via la cueillette. Le reste est commercialisé sur le marché des Halles, à La Roche-sur-Yon et via les grandes surfaces, qui assurent des rentrées financières régulières.

Aujourd’hui, l’entreprise figure parmi la demi-douzaine d’exploitations en Vendée, à miser sur le kiwi. Manuel veille au grain, chaque jour, dès 5 h 30. Daniel, retraité, n’est jamais très loin. Une calibreuse électronique a pris place récemment dans le hangar, témoignant de l'équilibre trouvé entre la sagesse ancestrale et les nécessités de productivité moderne.

une calibreuse électronique moderne dans un hangar agricole

Les enjeux de la production locale

La maîtrise des cycles de production, qu'il s'agisse des fraises en jardins suspendus ou des kiwis en vergers, montre une volonté des agriculteurs locaux de s'adapter aux exigences des consommateurs. L'agriculture raisonnée, pratiquée dans les vergers de Saint-Florent-des-Bois, permet de rassurer une clientèle soucieuse de la traçabilité. Le succès des cueillettes, qu'elles soient axées sur les légumes de saison ou sur des cultures plus spécifiques comme le kiwi, souligne l'importance du lien direct.

Dans cette dynamique, le rôle des producteurs comme Manuel Chaillot est crucial. En assurant la continuité de l'exploitation familiale tout en intégrant des outils technologiques, il garantit que le savoir-faire acquis depuis 1972 ne se perde pas. Les consommateurs, de leur côté, trouvent dans ces lieux de cueillette une réponse à leur besoin de transparence et de qualité. Le fait que les kiwis et les pommes aient été convertis au bio témoigne d'une évolution constante des pratiques culturales, répondant ainsi aux attentes croissantes en matière de santé et d'environnement.

La structure même de ces exploitations, mêlant vente directe, présence sur les marchés locaux et approvisionnement des grandes surfaces, illustre une stratégie de survie et de développement efficace. Chaque étape, de la plantation à la récolte, est pensée pour maintenir cette relation privilégiée avec le consommateur final, tout en assurant la viabilité économique de l'entreprise agricole. En somme, la Vendée agricole démontre, à travers ces exemples, que la tradition n'est pas incompatible avec les impératifs du présent, offrant ainsi un modèle durable pour les générations futures.

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