L'art de la cueillette : entre traditions locales et redécouverte du terroir

La récolte de myrtilles s'annonce très bonne cette année, notamment dans l'exploitation de Bertrand Callens. Les clients peuvent venir eux-mêmes les cueillir. Dans la ferme de Bertrand Callens, les clients peuvent cueillir eux-mêmes les myrtilles et les groseilles. Ce producteur de petits fruits rouges installé à la Coquille (Dordogne), et dont l'exploitation, La Cagouille du Verger, est de l'autre côté de la limite avec la Haute-Vienne, à Bussière-Galant, propose l'auto-cueillette.

Champ de myrtilliers en plein été

Le concept de l'auto-cueillette : une réponse aux défis agricoles

Un concept lié à un manque de main-d'œuvre : "En fin de saison, je me retrouve toujours avec des pertes qui restent sur les arbres. J'aime bien les oiseaux, mais il faut que je travaille quand même. Donc, plutôt que de tout laisser comme ça, je préfère que les gens viennent, passent un moment à récolter eux-mêmes, tranquillement", raconte Bertrand Callens.

Ce modèle économique, qui favorise le circuit court et le lien social, permet de valoriser des productions qui, autrement, pourraient être perdues. Au-delà de l'aspect pratique, c'est une invitation à se reconnecter avec le cycle naturel des saisons et la réalité du travail agricole.

L'exploitation de La Cagouille du Verger : une reconversion réussie

Bertrand Callens a racheté l'exploitation en 2021. "On était restaurateur avec ma femme", raconte-t-il. Également héliciculteur, c'est-à-dire producteur d'escargots, il cherchait un terrain avec une grange pour s'installer. Il a 900 pieds de myrtilles, de la groseille, un peu de cassis "prêt pour l'année prochaine", et de la mûre sur un peu moins d'un hectare, entièrement en plein champ.

La récolte se présente très bien cette année : "Les groseilliers sont bien fournis, et vont encore fournir sur la longueur. Les myrtilliers, on a commencé les premières récoltes, avec 15 jours d'avance. Donc forcément, j'ai pris 15 jours de retard", sourit Bertrand Callens. En auto-cueillette, le producteur propose tous ses fruits à 10€50 le kilo. L'exploitation se situe au lieu-dit Les Louannies, à Bussière-Galant. Un grand panneau indique le lieu de ramassage.

Autocueillette Chez les Compagnons de La Terre

Les enjeux de la culture en altitude et en bio

La culture des petits fruits, et particulièrement de la myrtille, exige une attention particulière au terroir. Je suis arboriculteur en plein cœur du pays des Monédières, en Corrèze. C’est en 2003 que j’ai décidé d’embrasser la vocation agricole : un beau jour, j’en ai eu assez de mon métier d’alors, dans la finance, et j’ai eu envie de davantage de contact avec la nature et de toutes les merveilles qu’elle offre ! Mon terroir est par ailleurs idéal pour la culture de ce joli petit fruit bleuté, du fait de son sol de terre de bruyère riche en matière organique et acide ! Mes vergers sont implantés en altitude, à 650 mètres, car les myrtilles aiment le froid ! Je cultive mes 12 000 pieds sans pesticides, et mes terres sont conduites en agriculture biologique.

La transformation demeure une étape clé pour valoriser ces récoltes. Confitures extra biologiques, producteur de petits fruits, nous avons naturellement choisi la transformation des productions. Après la taille d'une branche de bouleau celui-ci s'est mis à pleurer, cela m'a fasciné et intrigué en même temps. Nous séchons les fruits et réalisons des confitures, gelées, coulis, sirops, purées, compotes, jus, vinaigre et pâtes de fruits. Nous conduisons nos vergers en agriculture biologique et travaillons sur des sols vivants.

Schéma des étapes de transformation des petits fruits rouges

Réglementations et éthique de la cueillette sauvage

Après les génépis en juillet, les myrtilles et autres baies sauvages arrivent à maturité actuellement. Si la cueillette peut être un vrai plaisir et l’occasion de sorties au grand air, elle est réglementée dans la plupart des massifs et doit se faire avec modération. Du fait des nombreuses (et parfois différentes) réglementations d’un massif ou d’un département à l’autre, il est parfois dur de savoir ce que l’on peut récolter et dans quelles quantités.

Dans le cœur du parc national des Écrins, la règle générale implique que toute cueillette de végétaux est interdite. Une exception existe toutefois pour les cueillettes dites traditionnelles ou familiales. Samuel Sempé, directeur adjoint du Parc national, revient pour nous sur la raison d’être de ces règles. « L’idée est que chacun ait un prélèvement raisonnable afin qu’il en reste pour les autres cueilleurs et pour la faune sauvage. Ça garantit aussi l’accomplissement du cycle de vie de la plante. Les baies contiennent des graines qui se ressèment, soit directement, soit par le transport par les oiseaux et la petite faune.

Au sujet de l’utilisation du peigne, l’explication est assez similaire. « Le peigne est un outil qui arrache aussi les feuilles des myrtilles et peut endommager la plante s’il est fait sans ménagement, explique Samuel. En dehors de la zone cœur du parc national, ce sont souvent des arrêtés préfectoraux qui encadrent la cueillette. En Isère, la cueillette est limitée à 1 kilo par jour et par personne.

Diversité agricole et économie locale

La vitalité agricole d'une région repose sur la diversité de ses acteurs. Ancienne cadre à Paris, Jocelyne Gauthier a changé de vie pour s’installer à Cunèges. Son exploitation bio, Rouge Verger propose des fraises, des fruits rouges et pâtes de fruits pleines de goût. Une reconversion guidée par la nature, le goût du fruit et l’envie de rencontres.

L'Amour en Cage : découvrez le physalis, le fruit doré du Moulin O'Fruits à Lanquais. Alexandra Lhéritier, du Moulin O' Fruits, présente le physalis, un petit fruit d'Amérique du Sud aux saveurs variées, cultivé en bio en Dordogne. Betrand Laguillon, patron de la boucherie Laguillon à Mussidan, s'est lancé dans les distributeurs automatiques de viande. Le boucher a décidé d'acheter le premier à Lussac, en Gironde, à 50 kilomètres de sa boutique.

Carte des exploitations agricoles diversifiées en Dordogne

Cette effervescence locale est toutefois soumise aux aléas climatiques. Le président de la Chambre d'agriculture de Dordogne, Rémi Dumaure, indique que les violents orages de grêle du mercredi 25 juin ont causé des dégâts considérables dans les parcelles de noyers, de maïs, de céréales et dans les bâtiments agricoles. Malgré ces défis, l'innovation continue de porter le développement local : l'Atelier du son et de l'image, à Château-l'Évêque (Dordogne), est spécialisé dans la sonorisation et le développement de vidéoprojections dans les musées et les sites touristiques partout en France. L'entreprise vient notamment de participer à la création de la nouvelle version de Lascaux III.

Enfin, l'attractivité touristique reste corrélée aux conditions environnementales. Les gîtes de France en Dordogne ont reçu beaucoup de touristes cet été. À peu près autant que l'an dernier à la même période. Le principal critère, c'est la météo. Cette interdépendance entre le climat, l'agriculture et le tourisme souligne l'importance d'une gestion durable et réfléchie de nos ressources naturelles et de nos terres cultivables.

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