La cueillette des fruits sauvages, et particulièrement celle des myrtilles, constitue une activité emblématique des beaux jours dans le massif des Hautes-Vosges. Cette pratique ancestrale, ancrée dans les traditions locales, s'inscrit désormais dans un cadre juridique précis afin de concilier plaisir familial, préservation de la biodiversité et gestion des ressources naturelles. Depuis le 20 juin 2024, un arrêté préfectoral est venu clarifier et harmoniser les règles encadrant le ramassage des myrtilles, des airelles et des champignons sur l'ensemble du massif.

Le cadre juridique et l'arrêté préfectoral du 20 juin 2024
L’arrêté préfectoral du 20 juin 2024 définit les règles pour la protection de certaines espèces sauvages (myrtilles, airelles, champignons) afin de limiter les prélèvements et ainsi garantir la ressource alimentaire de la faune, tout en permettant la cueillette familiale. Les règles tiennent compte également des activités économiques par l’organisation d’un régime de conventionnement à destination des professionnels.
En théorie, il faut l'accord du propriétaire pour cueillir, car les fruits, qui sont les produits d'un sol, appartiennent au propriétaire de ce sol. Si la cueillette se fait en forêt, c'est le code forestier qui régit l'activité. Selon le site de l'Office national des forêts (ONF), sauf arrêté municipal ou préfectoral, il est possible de ramasser jusqu'à 5 litres de "baies, myrtilles ou autres petits fruits par personne". 5 litres, cela correspond plus ou moins à un petit saladier. Si cette limite est dépassée, cela constitue une infraction susceptible d'entraîner une amende de 135 euros.
Modalités de récolte en forêts publiques et terrains privés
Dans les forêts publiques (communales ou domaniales), la cueillette de myrtilles ou d’airelles est autorisée dans la limite de 5 litres par personne pour un usage uniquement familial, sauf en cas de réglementation spécifique plus limitative (réserves naturelles par exemple). Dans les forêts ou terrains privés, la cueillette ne peut être réalisée qu’avec l’accord du propriétaire.
Il est important de noter que ces règles s'appliquent également pour la cueillette d'airelles et de champignons. Concernant le ramassage des champignons, l’utilisation d’outils scarificateurs tels que pioches, serfouettes, grappins, râteaux, crocs est interdite. La préfecture du Haut-Rhin a limité dans les Hautes-Vosges le ramassage de myrtilles et de champignons à 5 litres.

L'usage du peigne : entre tradition et préservation
Pour les myrtilles, l’usage du peigne est possible sous réserve que celui-ci ne dépasse pas une largeur maximale de 20 cm. Selon l'arrêté préfectoral du 20 juin 2024, son utilisation doit être pratiquée de manière à éviter de dégrader les pieds de myrtilliers. Le peigne, sorte de râteau ou de pelle servant à ramasser les fruits et les baies, est possible selon les secteurs et les arrêtés préfectoraux ou municipaux en vigueur. La préfecture du Haut-Rhin, par exemple, a autorisé l'usage du peigne pour les Hautes-Vosges à condition que celui-ci ne dépasse pas une largeur maximale de 20 cm.
Toutefois, il existe des nuances régionales. Ainsi, le peigne à myrtilles, interdit dans le département des Vosges, est autorisé dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin… là où il n’est pas prohibé. Bref, sur la grande crête des Vosges, si vous êtes en Alsace, vous pouvez gentiment peigner la lande. Mais passée l’ancienne borne frontière, vous serez en infraction.
Zones protégées et exigences de conservation
À ce mille-feuilles complexe s’ajoute une strate environnementale lorsque vous évoluez dans une réserve naturelle ou une zone protégée par APPB, beaucoup plus réglementées afin de préserver la biodiversité. Et elles sont nombreuses dans le massif : Grand Ventron, Tanet/Gazon du Faing, Ballons comtois, réserve du Rothenbach, anciennes zones à tétras du Langenfeldkopf, etc., qui interdisent souvent de sortir des sentiers et réduisent la tolérance de 5 litres. Les plus rigoureuses ne laissent parfois au promeneur-cueilleur que le plaisir des yeux.
« Les conditions peuvent être très strictes », rappelle Régis Hein, chef de service adjoint de l’Office français de la biodiversité du Haut-Rhin, et le mieux est de se reporter au règlement de chaque réserve. L'OFB prête main-forte pendant l’été à l’Office national des forêts, avec les brigades vertes et la gendarmerie, pour déjouer les razzias à but lucratif. Si vous avez eu la main gourmande et que votre seau contient entre 5 et 10 litres de baies, vous êtes passible d’une amende de 135 €. Au-delà, le garde des seaux veille : vous glissez de la contravention au délit avec des peines qui s’alourdissent.
Les bonnes pratiques pour cueillir des champignons cet automne
Écologie et cycle de vie du myrtillier sauvage
Le myrtillier sauvage (Vaccinium myrtillus) fait partie des quelques rares fruits sauvages à être encore cueillis et commercialisés à échelle relativement importante en France. La myrtille sauvage forme un petit arbrisseau de 30 à 60 cm de hauteur, buissonnant, avec des rameaux anguleux, nombreux, densément couverts de petites feuilles caduques, coriaces, finement dentées. Il pousse en moyenne montagne (1000 à 2000 m) dans les bois et les landes de bruyères sur des sols siliceux et de terre de bruyère.
En France, pour trouver des myrtilles, à coup sûr, il faut se rendre dans les Vosges, dans le Massif central, dans les Alpes et en Ardèche. La mi-juillet marque le début de la saison des myrtilles sauvages sur les sommets vosgiens. Pour savoir si une myrtille est suffisamment mûre pour être ramassée, il suffit d'observer sa couleur : lorsque du vert, elle est passée au bleu noir ou bleu-violet près du pédoncule, elle peut être cueillie et dégustée, dégageant son arôme caractéristique. A ce moment, elle se détache facilement de son pédoncule.
La gestion professionnelle de la ressource
À ces règles générales s’ajoute une nouvelle strate, conventionnelle celle-ci, encouragée par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges : la création de zones de cueillette réservées aux cueilleurs professionnels locaux. Une première convention a été signée à Masevaux-Niederbruck en juillet 2023. D’autres devraient suivre. Ce dispositif permet de structurer la filière tout en protégeant les espaces naturels. Ces conventions garantissent que la ressource reste durable et que les prélèvements massifs ne nuisent pas à la régénération naturelle des plants ni à la faune sauvage qui dépend de ces fruits pour sa survie hivernale.
Conseils pratiques pour le cueilleur amateur
Les habitués le savent, mais il ne faut surtout pas ramasser un champignon quand on a le moindre doute sur sa comestibilité. Sur les 3 000 espèces de champignons présentes en France, seulement une centaine est comestible (comme les amanites, les lépiotes ou les cortinaires). Et certains champignons vénéneux ressemblent beaucoup aux champignons comestibles.
Pour les myrtilles, une fois la récolte effectuée, pour les conserver et en profiter l'hiver suivant, vous pourrez les faire sécher sur des clayettes au soleil (30°C minimum), protégées des oiseaux par un tissu fin, durant 4 à 7 jours, en les retournant régulièrement ; le four correspond à une alternative. La cueillette des myrtilles (ou des brimbelles pour les puristes vosgiens) est une activité exigeante physiquement, car les sous-arbrisseaux de petite taille nécessitent d'être abaissé, ce qui déplaît aux gens sensibles du dos.

Diversité des usages culinaires
Une# La cueillette des myrtilles et autres trésors des Hautes-Vosges : comprendre la réglementation

La cueillette des fruits sauvages, et notamment des myrtilles (ou "brimbelles" pour les puristes vosgiens), est une activité très appréciée des Français avec l'arrivée des beaux jours. Les forêts et les champs, en particulier dans des régions comme les Vosges, offrent une infinité de possibilités pour ramasser myrtilles, champignons, framboises et groseilles. Cependant, cette pratique ancestrale est aujourd'hui encadrée par une réglementation stricte visant à protéger la biodiversité, à préserver les ressources naturelles et à garantir l'équilibre des écosystèmes. Il est crucial de s'informer avant de partir à la cueillette pour éviter toute infraction.
Une réglementation évolutive et nuancée : le cadre légal de la cueillette
La question de savoir si l'on a le droit de cueillir et en quelle quantité est complexe, car les règles peuvent varier considérablement. Il existe des principes généraux établis par le Code civil et le Code forestier, mais à cela s'ajoutent des nuances régionales, des subtilités locales, et des arrêtés préfectoraux ou municipaux spécifiques. La préfecture du Haut-Rhin, par exemple, a mis en place un arrêté préfectoral définissant les règles de cueillette dans le massif des Hautes-Vosges. Ce cadre légal est dynamique, avec des modifications possibles comme l'arrêté préfectoral du 20 juin 2024 qui est venu préciser les conditions.

Selon l'article 547 du Code civil, les fruits, étant des produits du sol, appartiennent au propriétaire de ce sol. En théorie, il faut donc l'accord du propriétaire pour cueillir. Cette distinction entre terrains publics et privés est fondamentale et constitue l'un des piliers de la réglementation.
Les forêts publiques : un cadre général pour la cueillette familiale
Dans les forêts publiques, qu'elles soient communales ou domaniales, la cueillette est généralement tolérée pour un usage familial, à condition qu'elle soit limitée et non-commerciale. L'Office national des forêts (ONF) indique que, sauf arrêté municipal ou préfectoral contraire, il est possible de ramasser jusqu'à 5 litres de "baies, myrtilles ou autres petits fruits par personne".
Cet arrêté préfectoral du 20 juin 2024, applicable sur le massif des Hautes-Vosges, définit les règles pour la protection de certaines espèces sauvages comme les myrtilles, les airelles et les champignons. Il vise à limiter les prélèvements et ainsi garantir la ressource alimentaire de la faune, tout en permettant la cueillette familiale. Dans les forêts publiques des Vosges, la cueillette des myrtilles et airelles est spécifiquement limitée à 5 litres par personne pour un usage uniquement familial. Il est important de noter que cette limite de 5 litres correspond plus ou moins à un petit saladier.

Dépasser cette limite de 5 litres peut entraîner des conséquences. Si le seau contient entre 5 et 10 litres de baies, cela constitue une infraction passible d'une amende de 135 euros. Au-delà de 10 litres, l'infraction peut passer de la contravention au délit, avec des peines qui s'alourdissent considérablement. La surveillance est assurée par l'Office français de la biodiversité (OFB), qui prête main-forte pendant l'été à l'ONF, avec l'aide des brigades vertes et de la gendarmerie, pour déjouer les "razzias" à but lucratif.
Les forêts et terrains privés : l'accord du propriétaire est indispensable
La situation est différente dans les forêts ou terrains privés. Dans ce cas, la cueillette ne peut être réalisée qu’avec l’accord préalable du propriétaire. Il est libre d’autoriser ou d’interdire la cueillette sur sa propriété. La difficulté réside souvent dans l'identification du statut du terrain, car il n'est pas toujours évident de savoir si l'on évolue en forêt privée et à qui elle appartient. Ce "modus vivendi" vaut aussi pour les landes à myrtilles des chaumes louées par les fermiers, auxquels les fruits sont réputés appartenir, tout comme ceux d'un verger.
Les bonnes pratiques pour cueillir des champignons cet automne
Règles spécifiques aux outils de cueillette
L'utilisation d'outils spécifiques pour la cueillette est également réglementée. Pour les myrtilles, l’usage du peigne - une sorte de râteau ou de pelle servant à ramasser les fruits et les baies - est possible sous certaines conditions. L'arrêté préfectoral du 20 juin 2024 a autorisé l'usage du peigne dans les Hautes-Vosges, à condition que celui-ci ne dépasse pas une largeur maximale de 20 cm. Il est crucial que son utilisation soit pratiquée de manière à éviter de dégrader les pieds de myrtilliers. Les cueilleurs doivent l'utiliser soigneusement pour ne pas abîmer les plants.
Toutefois, il est important de noter que la réglementation concernant le peigne à myrtilles peut varier localement. Ainsi, le peigne à myrtilles, bien qu'autorisé dans le Haut-Rhin et le Bas-Rhin (là où il n’est pas spécifiquement prohibé), est interdit dans le département des Vosges lui-même. Cela signifie que sur la grande crête des Vosges, un cueilleur peut utiliser le peigne en Alsace, mais se retrouver en infraction une fois passée l'ancienne borne frontière, en entrant dans le département des Vosges.
Concernant le ramassage des champignons, l'utilisation d'outils scarificateurs tels que pioches, serfouettes, grappins, râteaux ou crocs est strictement interdite. Ces règles visent à protéger le sol et le mycélium des champignons, essentiels à leur reproduction.
Protection de la biodiversité et des écosystèmes : une priorité
L'objectif principal de ces réglementations est la protection de certaines espèces sauvages et la garantie de la ressource alimentaire pour la faune. La cueillette est tolérée, mais à condition qu'elle soit limitée et non-commerciale, afin de préserver la biodiversité. Cet arrêté préfectoral s'inscrit dans une démarche plus large de protection de l'environnement, un enjeu majeur dans les massifs montagneux comme les Vosges.

Zones protégées et réserves naturelles : des règles encore plus strictes
Dans certaines zones, les conditions de cueillette peuvent être beaucoup plus strictes. C'est le cas notamment dans les réserves naturelles ou les zones protégées par Arrêté Préfectoral de Protection de Biotope (APPB). Ces zones, nombreuses dans le massif des Vosges (comme Grand Ventron, Tanet/Gazon du Faing, Ballons Comtois, réserve du Rothenbach, anciennes zones à tétras du Langenfeldkopf, etc.), interdisent souvent de sortir des sentiers balisés et réduisent encore la tolérance de 5 litres. Certaines des plus rigoureuses ne laissent parfois au promeneur-cueilleur que le plaisir des yeux, ou celui coupable de grappiller clandestinement une baie. Il est fortement recommandé de se reporter au règlement spécifique de chaque réserve avant d'y effectuer une cueillette.
L'objectif de ces restrictions est de préserver la biodiversité fragile de ces écosystèmes. La réglementation tient également compte des activités économiques en organisant un régime de conventionnement à destination des professionnels, comme la création de zones de cueillette réservées aux cueilleurs professionnels locaux, encouragée par le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, avec une première convention signée à Masevaux-Niederbruck en juillet 2023.
Myrtilles, airelles et champignons : des règles applicables à plusieurs espèces
Les différentes règles et restrictions mentionnées s'appliquent non seulement aux myrtilles, mais également aux airelles et aux champignons. La préfecture du Haut-Rhin a d'ailleurs limité le ramassage de myrtilles et de champignons à 5 litres dans les Hautes-Vosges.
Vigilance accrue pour les champignons
Concernant les champignons, une vigilance particulière est de mise. Sur les 3 000 espèces de champignons présentes en France, seule une centaine est comestible (comme les amanites, les lépiotes ou les cortinaires). De nombreux champignons vénéneux ressemblent étonnamment à des espèces comestibles, ce qui rend l'identification difficile pour les non-experts. Il est impératif de ne jamais ramasser un champignon si l'on a le moindre doute sur sa comestibilité. En cas de récolte, il est fortement conseillé de faire vérifier sa cueillette par un pharmacien ou un spécialiste.

Les myrtilles des Vosges : un délice montagnard
Le myrtillier sauvage (Vaccinium myrtillus), ou "brimbelle", est un petit arbrisseau buissonnant de 30 à 60 cm de hauteur, avec des rameaux anguleux et de petites feuilles caduques finement dentées. Il pousse en moyenne montagne (entre 1000 et 2000 m d'altitude) dans les bois et les landes de bruyères, préférant les sols siliceux et de terre de bruyère. En France, les Vosges, le Massif central, les Alpes et l'Ardèche sont des lieux réputés pour trouver des myrtilles en abondance. Les plants de myrtilles apprécient particulièrement les chaumes des Hautes-Vosges, à l'orée des forêts, entre 600 et 1 200 m d'altitude.
La mi-juillet marque le début de la saison des myrtilles sauvages sur les sommets vosgiens, avec une maturité des baies (des petits fruits ronds, noir bleuté, recouverts d'une pruine) entre juillet et septembre. Une année comme 2018, avec une bonne pollinisation, sans gel ni grêle, a été jugée "belle année à myrtilles" par les connaisseurs.
Bien que la récolte des myrtilles puisse se montrer fastidieuse en raison de la petite taille des sous-arbrisseaux, qui nécessite de se pencher, les amateurs sont souvent récompensés par leur arôme caractéristique. Pour savoir si une myrtille est mûre, il suffit d'observer sa couleur : lorsqu'elle est passée du vert au bleu noir ou bleu-violet près du pédoncule, elle peut être cueillie et dégustée, se détachant facilement de son pédoncule.
Une fois la cueillette terminée, les myrtilles peuvent être consommées fraîches ou transformées. Les possibilités sont nombreuses : tartes aux myrtilles (un classique des auberges vosgiennes), clafoutis, panacottas, confitures, coulis ou sirops. Pour les conserver et en profiter l'hiver suivant, il est possible de les faire sécher sur des clayettes au soleil (minimum 30°C), protégées des oiseaux par un tissu fin, durant 4 à 7 jours, en les retournant régulièrement. Le four peut également être une alternative à basse température.
Pour ceux qui ne sont pas "doctorants en droit de la cueillette", le plus simple pour déguster la sacro-sainte myrtille montagnarde est peut-être de laisser son seau à la maison et de s'asseoir à la table d'une ferme-auberge, où les délices à base de myrtilles sont souvent à l'honneur durant la saison estivale.

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