Le figuier, arbre emblématique des paysages méditerranéens, voit sa prospérité menacée par un ennemi insidieux : le charançon noir. Ce coléoptère ravageur, scientifiquement connu sous le nom d'Aclees sp cf foceatus, affirme sa présence inquiétante depuis quelques années dans les vergers du Sud de la France. Sa discrétion et sa voracité en font un danger réel pour la pérennité de cet arbre fruitier, particulièrement pour l'aire géographique comprenant l'A.O.P. 'Figues de Solliès', qui fait l'objet d'une vigilance toute particulière. L'insecte est l'objet d'une vigilance toute particulière.

Portrait d'un Ravageur Insaisissable
Le charançon du figuier se caractérise par sa taille d'environ 2 cm de longueur et sa couleur noire. Son rostre, une sorte de trompe allongée, est bien visible, tout comme ses élytres, les ailes durcies qui protègent son abdomen, ornées de ponctuations caractéristiques. L'adulte, d'un corps noir, est souvent tacheté de gris au niveau de la tête, mesurant de 1.5 à 2.5 cm. Il se nourrit activement des feuilles et de l’écorce des jeunes rameaux. Détecté pour la première fois en France en 2019, cet insecte inquiète par sa capacité à agir très discrètement, mettant en réel danger les vergers au fil du temps, notamment dans la Vallée de Sauvebonne, sur les communes de Hyères et de La Crau.
Le Cycle de Vie : Une Course Contre la Montre
Le cycle du charançon s'étend sur une période de 3 à 6 mois, une durée fortement influencée par les températures ambiantes. Les adultes s'accouplent durant deux périodes distinctes de l'année : en juin/juillet ou en septembre/octobre. C'est lors de ces périodes de vol que les insectes adultes sont alors visibles, correspondant aux pics d'activité observés, bien que des variantes existent selon les conditions climatiques. En période de vol, il est possible d'observer les adultes se nourrissant des fruits et des feuilles, causant des dégâts superficiels mais révélateurs de leur présence.
Une fois les œufs éclos, la larve prend le relais. D'une taille impressionnante, elle peut mesurer de 60 à 70 mm de long. De couleur blanche, elle possède des mandibules noires et puissantes, et une tête beaucoup plus large que le reste de son corps, avec des segments aplatis et bien délimités. Son développement est lent, et elle creuse des galeries dans les racines principales de l'arbre durant l'été et le printemps, se nourrissant ainsi des racines pendant plus de 10 mois avant de se nymphoser. C'est cette phase larvaire qui représente le danger le plus redoutable pour l'arbre, car elle s'attaque directement à son système racinaire, compromettant son absorption d'eau et de nutriments. La larve, une fois installée dans le bois, rend le traitement particulièrement difficile.
Les Dégâts Causés par le Charançon
Les dégâts causés par le charançon noir du figuier sont multiples et peuvent passer inaperçus pendant longtemps. Les adultes, en se nourrissant des feuilles et des fruits, affaiblissent l'arbre. Cependant, le véritable danger réside dans l'action des larves. En creusant des galeries dans les racines principales, elles perturbent la circulation de la sève et l'ancrage de l'arbre. À terme, une infestation sévère peut entraîner un dépérissement progressif, voire la mort du figuier. L'adulte pond ses œufs dans le tronc du figuier, à sa base. Les larves détruisent ensuite progressivement l'arbre en mangeant sous son écorce, pouvant entraîner in fine la mort du végétal.
Il est important de noter que le charançon noir n'est pas le seul insecte xylophage à s'attaquer au bois. En France, plusieurs espèces peuvent causer des ravages, chacune avec ses spécificités. On peut citer le capricorne, le lyctus, la petite et la grosse vrillette, l'hespérophane, la fourmi charpentière (qui creuse des galeries sans manger le bois) et les termites. Chacun de ces insectes laisse des traces qui lui sont propres et nécessite un traitement adapté. Les traces laissées par les xylophages peuvent varier : petits trous, sciure, bois qui s'effrite, bruits de grignotement ou galeries visibles.
Stratégies de Lutte et Prévention
Face à cette menace, il est crucial de limiter la propagation de l'insecte et de contenir son développement. La vigilance est le maître mot, tant pour les professionnels que pour les particuliers. "Chaque propriétaire est donc invité à scruter le pied et le tronc des arbres à la recherche de sciures et d'éventuels trous formés par le charançon, indiquant un possible lieu de ponte."
Une mesure préventive simple consiste à passer un badigeon blanc, à base de chaux vive ou d'argile, partant de la base de l'arbre jusqu'aux charpentières. Ce badigeonnage suffit à se débarrasser du nuisible. "Un badigeonnage à la chaux vive ou à l'argile au pied des arbres suffit à se débarrasser du nuisible."
En curatif, une lutte raisonnée peut être mise en place après avoir prévenu la filière. Des pièges de bio-contrôle, composés à base du champignon Beauveria bassiana, peuvent être utilisés. Ces pièges, commercialisés sous le nom de Serenisim®, sont mis en place sous dérogation délivrée en situation d'urgence phytosanitaire, pour une période n'excédant pas 4 mois. Leur objectif est de contaminer les adultes qui propageront ensuite le champignon mortel pour l'espèce au reste de la colonie. Ces pièges sont cependant réservés à un usage professionnel.
Il est essentiel de comprendre que le traitement curatif est destiné à éradiquer les insectes déjà présents dans le bois. Le traitement préventif, quant à lui, s'applique sur des bois neufs ou restaurés pour éviter toute infestation future. Il est fortement conseillé en rénovation, sur les charpentes apparentes, ou dans les zones à risque (humidité, bois ancien, etc.).

La Confusion avec d'Autres Insectes Xylophages
Il est important de ne pas confondre le charançon du figuier avec d'autres insectes xylophages qui peuvent s'attaquer au bois. Par exemple, la larve du bupreste peut causer des dégâts importants, et le meilleur moyen de lutte contre cet insecte, qui sévit principalement en terrain sec, est d'irriguer correctement l'arbre en maintenant la zone périphérique du tronc humide. Les oiseaux sont également des prédateurs efficaces des larves de ces insectes xylophages.
La confusion peut aussi survenir avec des insectes qui attaquent le bois dans les habitations. Le capricorne est l'un des plus redoutés. Le lyctus s'attaque aux bois feuillus riches en amidon. La petite vrillette est courante, mais la grosse vrillette est plus destructive, affectionnant les bois anciens et humides. L'hespérophane, moins connu, est dangereux pour les bois secs. La fourmi charpentière, bien que non xylophage au sens strict, creuse des galeries. Enfin, les termites, sociaux, s'attaquent au bois de l'intérieur sans laisser de traces visibles initialement.
Il est crucial de savoir identifier correctement l'insecte pour appliquer le traitement adapté. "Non. Chaque insecte nécessite un traitement xylophage spécifique. Un traitement des vrillettes ne sera pas aussi efficace contre un capricorne." Les produits grand public sont souvent inefficaces et risquent de déplacer l'infestation. "Non recommandé. Les produits grand public sont souvent inefficaces. Ils risquent seulement de déplacer l’infestation et donc, de l’aggraver."
Un Appel à la Vigilance Collective
L'expertise des producteurs de figues, habitués à la vigilance face aux espèces invasives, est précieuse. "Mais il faut surtout informer les particuliers, qui ont un ou plusieurs figuiers dans leurs jardins". La lutte contre le charançon du figuier ne peut être efficace qu'à travers une action collective, impliquant à la fois les professionnels et les jardiniers amateurs.
La présence du charançon noir dans les vergers du Sud de la France est une préoccupation sérieuse. Sa discrétion, son cycle de vie complexe et les dégâts qu'il peut causer sur le long terme en font un ennemi redoutable pour le figuier. Cependant, "si on prend le problème très tôt, c'est parfaitement curable", comme le souligne Jean-Christophe Robin, producteur de figues à Lézan. Une surveillance régulière, la mise en œuvre de mesures préventives simples comme le badigeonnage, et l'utilisation de méthodes de lutte raisonnée lorsque cela est nécessaire, constituent les clés pour protéger nos précieux vergers de figuiers.