Daniel Lejeune : Un Ingénieur Horticole au Cœur de l'Histoire et de l'Avenir du Monde Végétal

Daniel Lejeune incarne une figure emblématique du paysage horticole contemporain français, conjuguant une expertise technique approfondie avec une passion inébranlable pour l'histoire et la préservation du patrimoine végétal. Son parcours, riche et diversifié, le positionne comme un acteur central dans le développement et la diffusion des connaissances horticoles, de la gestion des espaces verts à la valorisation des collections botaniques.

Un Parcours d'Expertise en Ingénierie Horticole et Gestion Environnementale

Issu d'une formation d'ingénieur horticole, Daniel Lejeune a consacré une part significative de sa carrière à la gestion et au développement des espaces verts urbains. Ancien directeur des parcs et jardins, puis de l’écologie et du développement durable de la ville de Bourges, il a directement œuvré à l'embellissement et à la durabilité des environnements urbains. Cette expérience pratique lui a conféré une compréhension intime des défis liés à l'horticulture municipale, à l'aménagement paysager et à l'intégration des principes écologiques dans la planification urbaine. Son rôle à Bourges témoigne de son engagement pour une approche holistique de la gestion environnementale, où la beauté esthétique des jardins se marie avec les impératifs de la biodiversité et du développement durable. Cette fonction l'a amené à envisager l'horticulture non seulement comme une science de la culture des plantes, mais aussi comme un levier essentiel pour le bien-être des citoyens et la résilience des écosystèmes locaux. Il a ainsi contribué à forger une vision moderne de l'horticulture, ancrée dans les réalités écologiques et sociales de son temps.

Paysage urbain avec des parcs et jardins bien entretenus

Fondateur et Conservateur : L'Engagement pour la Diversité Végétale

L'engagement de Daniel Lejeune pour la diversité végétale est profondément ancré dans ses initiatives de fondation et de conservation. Il est notamment le fondateur du Conservatoire national du Pelargonium (CCVS), une institution cruciale pour la sauvegarde et l'étude de cette plante ornementale aux multiples facettes. Le Conservatoire des Collections Végétales Spécialisées (CCVS) joue un rôle vital dans la préservation des espèces et variétés rares ou menacées, et sa création par Daniel Lejeune souligne son rôle de pionnier dans la reconnaissance de l'importance de ces collections. Par ailleurs, il est également le fondateur de la Société d’Horticulture du Cher, une structure qui vise à fédérer les passionnés et les professionnels de l'horticulture au niveau local, favorisant ainsi les échanges de savoir-faire et la promotion des bonnes pratiques. Ces deux fondations illustrent sa vision d'une horticulture dynamique, qui s'appuie sur la richesse du patrimoine végétal tout en encourageant la transmission des connaissances au sein de la communauté. Son travail dans ces domaines met en lumière l'importance de la conservation ex situ, essentielle pour maintenir la diversité génétique des plantes face aux pressions environnementales et aux changements climatiques.

Un Pilier de la Société Nationale d'Horticulture de France (SNHF) et de la Revue "Jardins de France"

Daniel Lejeune est un membre actif et influent de la Société Nationale d’Horticulture de France (SNHF), une institution historique qui joue un rôle majeur dans le développement de l'horticulture en France. En tant qu'administrateur de la SNHF, il participe directement à la direction et à l'orientation stratégique de cette vénérable société. Son engagement s'étend également au comité de rédaction de la revue "Jardins de France", où il est membre depuis plus de vingt ans. Cette longue implication témoigne de sa contribution soutenue à la diffusion d'informations horticoles de qualité.

En parallèle, Daniel Lejeune est un membre actif du conseil scientifique de la SNHF et chef de projet de sa bibliothèque horticole. Ce rôle est particulièrement significatif étant donné son intérêt pour les ouvrages et revues anciennes, et sa profonde connaissance des richesses documentaires, comme le prouve la place prépondérante de la collection Vilmorin-Andrieux dans la bibliothèque de la Société Nationale d’Horticulture de France. La SNHF, dont les origines remontent loin dans l'histoire, est le creuset de nombreuses initiatives de recherche et de publication. La Revue Horticole, par exemple, naquit en 1829 d’une initiative des auteurs du Bon Jardinier, soucieux de mieux accompagner une « actualité végétale » devenue galopante. Cette revue, malgré sa pagination, son format, son iconographie et sa fréquence trimestrielle, ne parvenait pourtant pas toujours à rendre compte de l’incroyable accélération du développement horticole, ni de l’accroissement des espèces et variétés disponibles en culture. C'est dans ce contexte de partage et d'enrichissement des savoirs que Daniel Lejeune opère, contribuant à préserver et à faire vivre un héritage horticole précieux. Son travail au sein de la bibliothèque horticole de la SNHF est essentiel pour la mise à disposition des chercheurs et des passionnés de documents historiques, garantissant que les leçons du passé éclairent les pratiques d'aujourd'hui et de demain.

Historien et Spécialiste des Collections Végétales : Un Regard sur le Passé

La curiosité intellectuelle de Daniel Lejeune s'étend bien au-delà de la pratique horticole contemporaine. Il est reconnu comme un spécialiste des collections végétales, de l’histoire de l’horticulture et de l’introduction des plantes exotiques. Cette expertise historique lui permet de contextualiser les défis actuels et d'apprécier la longue évolution des pratiques et des connaissances. Son penchant pour les ouvrages et revues anciennes n'est pas anecdotique ; il est le reflet d'une démarche scientifique rigoureuse visant à comprendre les fondements de l'horticulture moderne. Les sélectionneurs forcenés et heureux des siècles passés, à qui les jardiniers seront particulièrement redevables de semences de haute valeur dans les domaines potagers et floraux, sont autant de figures dont Lejeune retrace l'héritage.

Le corollaire naturel à cette situation privilégiée dans la diffusion semencière, notamment celle de Vilmorin-Andrieux, fut la publication d’aide-mémoires de culture. Ces petites plaquettes évoluèrent rapidement vers deux véritables manuels : les Plantes potagères et les Fleurs de pleine terre. Ce dernier titre, dans son édition la plus aboutie, contenait, outre un dictionnaire végétal, des listes thématiques d’emploi et jusqu’à des exemples de mise en scène donnés par les plus grands paysagistes du moment. L'étude de ces documents historiques, comme ceux qui composent les richesses de la bibliothèque de la SNHF, est au cœur de l'approche de Daniel Lejeune, qui s'attache à mettre en lumière les innovations et les continuités dans l'art et la science du jardin. Il explore les trajectoires des espèces, les modes de culture et les influences culturelles qui ont façonné nos jardins, offrant ainsi une perspective essentielle pour comprendre les fondations de notre biodiversité cultivée.

Anciens ouvrages d'horticulture ou gravures de plantes exotiques

L'Écriture au Service de la Connaissance Horticole : Les Articles de Daniel Lejeune dans "Jardins de France"

En tant que membre éminent du comité de rédaction de "Jardins de France", Daniel Lejeune a signé une multitude d'articles qui témoignent de l'étendue de ses connaissances et de la profondeur de son intérêt pour l'horticulture sous toutes ses formes. Sa plume explore des sujets variés, allant des personnalités marquantes de l'horticulture aux enjeux contemporains, en passant par l'histoire des plantes et des techniques de jardinage.

Ses publications abordent des figures historiques comme Gustave Delchevalerie, soulignant « quand les jardiniers d'Alphand s'exportaient », ou Eugène Combaz, présenté comme « un rocailleur fameux ». Il rend également hommage à Alphand, « un grand maître de l'horticulture urbaine », dont les réalisations ont façonné les paysages urbains parisiens. Ces articles ne se contentent pas de brosser des portraits ; ils analysent l'influence de ces pionniers et la pérennité de leurs idées dans l'horticulture d'aujourd'hui.

Daniel Lejeune se penche aussi sur des thématiques végétales spécifiques, qu'il s'agisse de la diversité des plantes ornementales, y compris celles « des exotiques », ou des usages insoupçonnés, tel « Un emploi peu connu du Jasmin officinal : les tuyaux de chibouques ». Il aborde des constructions paysagères comme les « Portiques, treillages, tonnelles… », et même des introductions originales mais éphémères, à l'image des « vignes tuberculeuses… ». Son expertise en botanique historique l'amène à explorer des sujets comme « Les plantes du scorbut : agrumes sur mer, parmentières sur terre et choucroute partout ! », démontrant la relation vitale entre les plantes et la santé humaine à travers l'histoire.

La collaboration avec des maisons emblématiques est également un sujet de prédilection, comme en témoignent ses articles sur « Trois célèbres collaborateurs des Vilmorin », « Une visite chez Jean-Baptiste de Vilmorin » et « Les Vilmorin et le Bon Jardinier ». Il explore l'histoire de publications phares comme « Un best-seller : « Les Fleurs de pleine terre » » ou « L'almanach du bon jardinier, un titre majeur de l'horticulture française (partie I) » et « Les concurrents du Bon Jardinier (partie II) », offrant une plongée fascinante dans l'évolution de l'édition horticole. Il met en lumière des figures comme Jules Gravereaux et sa « vie pour les roses », ou Alfred Riocreux, le dessinateur botanique, soulignant l'importance de l'illustration et de la documentation dans la diffusion des connaissances.

Ses écrits abordent des aspects plus philosophiques et structurels de l'horticulture et du paysage, avec des titres comme « Un jardin d’expériences pour la Société royale d’horticulture de Paris », « Des bons végétaux pour construire des haies architecturées » et « Les paysagistes Duchêne dans le sillon de Le Nôtre ». Il n'hésite pas à explorer les grands symboles végétaux comme « Le Cèdre de Jussieu et sa véridique histoire… » ou « Le Magnolia grandiflora », ou encore des réflexions plus larges sur la nature des jardins, avec « Les forêts précèdent les hommes et les jardins les suivent… » et « Esquisse pour une histoire des jardins publics ».

Daniel Lejeune s'intéresse également aux enjeux actuels et passés de l'environnement et de la culture, comme le montrent ses articles sur « Maladies de carence et consommation de riz », « L'acclimatation des végétaux, limites et défis… », « Le virus le plus coûteux de l'histoire » et « Une histoire de la défense des cultures : du néant à l’abus ». Ses éditoriaux, tels que « Parfums de plante, plantes à parfum », « L'horticulture par les textes et les images », « Eaux et Jardins », et « L'Arbre et l'Expert », révèlent une pensée profonde sur les orientations et les défis de l'horticulture contemporaine, notamment face au « changement climatique, toute une histoire ! ». Il s'aventure même dans des sujets de biologie végétale comme « Basitonie, acrotonie… le management dans le monde des bourgeons ! ».

Ces multiples contributions démontrent non seulement une connaissance encyclopédique de l'horticulture, mais aussi une capacité à la rendre accessible et pertinente pour un large public, du jardinier amateur à l'expert. Son travail éditorial est un trait d'union entre le passé glorieux de l'horticulture et ses perspectives d'avenir.

Couverture stylisée de la revue Jardins de France

"Les Fleurs de pleine terre" : Un Ouvrage Monumental au Cœur de l'Héritage Horticole

L'œuvre de Daniel Lejeune, en tant que spécialiste de l'histoire horticole, est inextricablement liée à des publications fondatrices comme "Les Fleurs de pleine terre" de Vilmorin-Andrieux et Compagnie. Ce best-seller horticole des XIXe et XXe siècles est une richesse inestimable de la bibliothèque de la Société Nationale d’Horticulture de France, et sa genèse ainsi que son évolution révèlent beaucoup sur l'effervescence horticole de l'époque.

Le livre est une préfiguration d'un manuel plus complet, dont les "Instructions pour les semis des fleurs de pleine terre" de 1849, de 109 pages, semblent être la première du genre. La 5e édition de ce petit manuel, d’un format un peu plus grand (12,5 EX 19) et de 130 pages, est postérieure à 1863. La parution des "Fleurs de pleine terre", d’un coût peut-être trop onéreux pour les jardiniers modestes, n’a pas éteint ce petit manuel qui paraîtra indépendamment jusqu’au début du XXe siècle. Une allusion est faite à un calendrier existant dans la dernière édition des "Fleurs de pleine terre", qui a donné naissance à une autre plaquette du même format (14 X 22), de 108 pages, éditée à part, non datée et intitulée « Calendrier des semis et plantations ». L'éditeur lui-même renvoyait à son ouvrage principal en déclarant que «…/… pour tous les… détails et renseignements relatifs à la culture et à l’emploi des plantes d’ornement de plein air, nous renvoyons à notre ouvrage ‘les fleurs de pleine terre illustrées’, qui est le développement et le complément de ces instructions. »

Éditions et Évolution d'un Classique

La première édition des "Fleurs de pleine terre" est parue en 1863. Ses deux volumes totalisent 1 214 pages. L’éditeur explique dans l’introduction qu’il s’agit du développement des "Instructions pour les semis de fleurs". Il précise le rôle important joué par Bernard Verlot, ainsi que celui du jardinier Ignace Oehlkern dans la rédaction. La liste descriptive des espèces et variétés est suivie d’une série d’exemples d’aménagements illustrés (par Barillet-Deschamps et Prof Decaisne) par des planches hors texte chromo lithographiées. S'y ajoutent une liste des principales plantes employées pour l’ornementation des plates-bandes du Muséum, du Luxembourg, du Louvre, des Tuileries, et un dictionnaire des principaux termes employés avec les synonymes des plantes en anglais, allemand, italien, espagnol, portugais. C’est, à notre connaissance, la première publication qui prenne en compte la dimension européenne de l’horticulture et de son commerce. Cette première édition, qui avait été analysée par Pépin en 1864, a été présentée par Édouard André dans la Revue Horticole de 1863.

La seconde édition date de 1865 et comporte 1 291 pages. L’introduction réitère l’hommage à la collaboration importante de Bernard Verlot. C’est Georges Barral qui la présente dans la Revue Horticole de 1866.

La troisième édition est de 1870, bien que l’exemplaire de la SNHF ne soit pas daté, suggérant qu'il pourrait s'agir d'un retirage. Elle compte 1 563 pages et près de 1 300 figures. L’introduction nous apprend que les illustrations sont dues à Édouard Godard, qui a dessiné les plantes d’après nature. Cette édition de 1870 a fait l’objet d’un supplément de 203 pages paru en 1884. La maison Vilmorin-Andrieux et Cie avait fait don d’un exemplaire à la Société Impériale et Centrale, qui avait alors chargé Andry d’en faire l’analyse.

La quatrième édition est parue en 1894. Elle a considérablement augmenté en format (16 X 25) et en nombre de pages, atteignant 1 347. Elle prend dorénavant en compte les conditions de culture existant sur l’ensemble du territoire, y compris sous le climat méditerranéen. Elle contient 1 600 gravures dans le texte. Les plans de parcs et de jardins et les divers exemples sont exclusivement dus à Édouard André. Il s’agit d’abord d’un parc paysager à Reims, réalisé pour le compte de Madame Vve P. (probablement le parc Pommery). Le second plan concerne les parterres du jardin du Lude dans la Sarthe, où les travaux exécutés pour la marquise de Talhouet-Roy, s’échelonnèrent de 1880 à 1888. Le troisième exemple est plus exotique, puisqu’il s’agit de la place Florès à Montevideo, exécutée dans le cadre de la commande d’urbanisme végétal dont Édouard André fut chargé sans doute à l’issue de l’exposition universelle de 1889. Le quatrième exemple concerne un jardin alpin non identifié. Le seul élément probable serait l’implication de son collaborateur spécialiste Jules Allemand, qui réalisera plus tard et à son compte, le jardin alpin de la Jaÿsinia à Samoëns. Le cinquième plan vient préciser cette approche et présente un intérêt tout particulier, puisqu’il s’agit d’une scène alpine dans la propriété personnelle d’Édouard André à La Croix-en-Touraine. Le sixième exemple est celui de différents parterres dont l’orientation pédagogique correspond quelque peu à l’enseignement dont il fut investi à l’École Nationale d’Horticulture de Versailles à partir de 1892. Cette édition, dont Pierre Duchartre a publié une analyse, comporte des listes thématiques d’emploi des espèces décrites.

La cinquième édition, de 1909, est distribuée par l’éditeur sous une reliure en percaline bleue imprimée d’Œillets. L’ouvrage comporte 1 375 pages et 1 800 gravures dans le texte. C’est à René-Édouard André que Philippe de Vilmorin a fait appel pour les plans de parcs et jardins. Les trois planches hors texte de ces réalisations sont suivies d’une série de modèles de grandes décorations florales. Cette cinquième et dernière édition a été présentée dans la Revue Horticole de 1909 par G. T. Grignan.

L'Atlas des Fleurs de pleine terre et sa portée visuelle

Parallèlement aux "Fleurs de pleine terre", est paru l’"Atlas des Fleurs de pleine terre", contenant 1 128 gravures sur bois dessinées par Édouard Godard. Les vignettes sont regroupées à 6 par page jusqu’à la figure 1085. L’exemplaire de la SNHF porte un envoi de Vilmorin-Andrieux, qui l’avait offert en 1867. L'objectif déclaré était de « Nous avons eu pour but de montrer le port, le faciès des plantes que nous avons décrites dans « Les Fleurs de Pleine Terre »…nous nous sommes imposés, pour la dimension des dessins, un format qui nous permît de les intercaler dans le texte de l’ouvrage principal, lorsque, plus tard, nous aurons à en publier d’autres éditions… ». Fait rarissime pour l’époque, les graveurs des vignettes sont cités : Laplante, Thiebault, Simon, Gabry, Magdelin, Midderich, Ottmann, Badoureau, Blanadet, Trémelat, Marchand, etc. La parution de ce petit ouvrage, présenté par Elie-Abel Carrière dans la revue Horticole en 1867, jette un pont entre la seconde édition des Fleurs de pleine terre qu’il complète temporairement et les éditions suivantes qui en reprennent les vignettes. L'iconographie, bien que parfois qualifiée de « trait noir » et de « gammes variétales quelque peu surannées », est d'une richesse et d'une exhaustivité qui en font encore un manuel de référence aujourd'hui.

Une Résonance Internationale

L'impact de cet important ouvrage ne se limite pas à la France, des versions étrangères ayant été éditées à Berlin, chez Paul Parey, sous le titre "Vilmorin’s Blumengärtnerei, Beschreibung, Kultur und Verwendung des gesamten Pflanzenmateriel für deutsche Garten". Cette diffusion internationale souligne la reconnaissance de la qualité et de la pertinence des "Fleurs de pleine terre" à l'échelle européenne, confirmant l'idée que cette publication fut l'une des premières à prendre en compte la dimension transfrontalière de l'horticulture et de son commerce.

Les Acteurs Clés Derrière "Les Fleurs de pleine terre" et Leur Héritage Étudié par Daniel Lejeune

L'élaboration et la pérennité d'un ouvrage aussi monumental que "Les Fleurs de pleine terre" reposent sur la contribution de nombreux talents, dont Daniel Lejeune, à travers ses recherches et ses écrits, contribue à maintenir la mémoire.

Édouard Godard, par exemple, est l'illustrateur clé des "Fleurs de pleine terre", mais aussi des "Plantes potagères". Sa contribution s'étend au "Dictionnaire d’Horticulture et de jardinage" de Nicholson et Mottet, pour lequel il a réalisé 22 planches hors texte. Son travail de dessinateur d'après nature a permis de fournir une iconographie précise et esthétique, essentielle pour l'identification et l'appréciation des plantes.

La direction de ces projets éditoriaux était souvent le fait de membres éminents de la famille Vilmorin. C’est à l'initiative de Henry Lévêque de Vilmorin (1843-1899) que sont parues plusieurs éditions des "Fleurs de pleine terre" et des "Plantes potagères", démontrant son rôle visionnaire dans la stratégie éditoriale de la maison. Plus tard, la dernière édition sera pilotée par Philippe de Vilmorin (1871-1917), assurant la continuité de cette tradition d'excellence.

Des collaborateurs moins connus mais tout aussi essentiels ont également apporté leur pierre à l'édifice. Eugène Ramey (1834-1877), bien que moins célèbre, « avait collaboré très activement au beau livre intitulé Les Fleurs de pleine terre », selon les dires de l'époque. Son travail, souvent absorbé par « l’immense train des affaires de l’établissement célèbre auquel il appartenait », fut néanmoins reconnu pour sa qualité, et ses talents furent pleinement appréciés.

Quant à Bernard Verlot (1836-1897), son rôle fut si important que les introductions des premières éditions des "Fleurs de pleine terre" lui rendent un hommage appuyé. Les "Fleurs de Pleine Terre" constituent toujours un manuel de référence, une publication qui n’a pas pris une ride, et ce, en grande partie grâce à la « richesse et l’exhaustivité des renseignements techniques » qu'il a contribué à compiler. Lui reprocher aujourd’hui une iconographie au trait noir et des gammes variétales quelque peu surannées serait bien mesquin devant cette valeur intrinsèque toujours aussi indispensable au jardinier comme au paysagiste. Daniel Lejeune, dans ses propres travaux, n'a d'ailleurs pas manqué de mettre en lumière la biographie de Bernard Verlot, reconnaissant ainsi l'importance de son héritage pour les générations actuelles et futures d'horticulteurs.

La richesse de ces collaborations et la vision des éditeurs ont permis aux "Fleurs de pleine terre" de devenir une encyclopédie vivante de l'horticulture, dont l'influence a perduré bien au-delà de son époque. L'étude de ces figures et de leur œuvre est un domaine où Daniel Lejeune excelle, apportant une lumière nouvelle sur les fondations de notre culture horticole.

Portrait d'un des collaborateurs mentionnés, comme Bernard Verlot ou Édouard Godard

Le Contexte Élargi de l'Horticulture aux XIXe et XXe Siècles : Une Scène Internationale

Lejeune, par son expertise dans l'histoire de l'horticulture et l'introduction des plantes exotiques, s'inscrit dans une tradition longue et internationale. Le XIXe siècle, en particulier, fut une période d'effervescence sans précédent pour le monde végétal, marqué par des explorations lointaines, des découvertes botaniques et l'émergence de pépiniéristes et horticulteurs de renom à travers l'Europe. Ce dynamisme a façonné la vision "européenne de l'horticulture et de son commerce" déjà perceptible dans des ouvrages comme "Les Fleurs de pleine terre".

Les biographies de nombreux acteurs de cette époque, que l'on retrouve dans les archives et les publications qu'étudie Daniel Lejeune, illustrent cette richesse. On peut mentionner des figures comme Ernst Krelage (1869-1956), horticulteur spécialisé dans la culture des plantes bulbeuses (tulipes, lys, dahlia, etc.) et président de la Société générale pour la culture d’oignons à fleurs, à qui l’on doit la création, vers 1890, de la race de tulipes horticoles dites « Darwin ». Ou encore Victor Lemoine (1823-1911), horticulteur et conseiller municipal à Nancy, l’un des créateurs de la Société d’Horticulture de cette ville, qui obtint de nombreux cultivars nouveaux de Fuchsia, Begonia, Clématites, Pélargonium, Pivoines et surtout de Lilas, dont le premier cultivar à fleurs doubles en 1876. Ces innovateurs, par leurs sélections et leurs introductions, ont enrichi considérablement le répertoire végétal disponible pour les jardins.

Des botanistes et des explorateurs ont également joué un rôle fondamental dans l'expansion des connaissances horticoles. Louis-David Planchon (1858-1915), docteur en médecine et professeur à l’Ecole supérieure de pharmacie de Montpellier, ou Jules Poisson (1833-1919), aide-naturaliste au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, ont contribué à la classification et à l'étude des plantes. Des figures comme Émile Laurent (1861-1904), professeur à l’Institut de recherche agronomique de Gembloux et pionnier de la botanique belge au Congo, ont exploré la flore d’Afrique centrale sur une grande échelle, enrichissant ainsi les collections botaniques européennes. José Triana (1828-1890), botaniste et explorateur colombien, fut le compagnon d'expédition de Louis-Joseph Schlim, illustrant l'importance des voyages d'exploration pour l'introduction de nouvelles espèces.

Le développement des jardins botaniques et des sociétés d'horticulture a également été un moteur essentiel. Des individus comme Louis Lubbers (1832-1905), chef des cultures au Jardin botanique de l’Etat à Bruxelles et secrétaire de la Société Royale de Flore, ou Richard-Irwin Lynch (1850-1924), conservateur du Jardin botanique de Cambridge, ont été des piliers de ces institutions, œuvrant à la collection, à la culture et à la diffusion des connaissances. Les membres de sociétés savantes, tels que Julius Mac Leod (1857-1919), professeur de botanique à l’Université de Gand, ou Louis Piré (1827-1887), professeur de botanique à l’Université Libre de Bruxelles, ont contribué à la structuration et à la vulgarisation de la botanique et de l'horticulture.

Enfin, des pépiniéristes et horticulteurs visionnaires, comme Frederick Sander (1847-1920), surnommé le « roi de l’orchidée », célèbre dans la culture et l’importation de cette grande famille de plantes, ou Charles Van Geert (1849-1910), pépiniériste à Anvers, ont transformé le commerce des plantes et rendu accessible la diversité végétale à un public plus large. Des rosiéristes célèbres, comme Joseph Schwartz (1846-1885) à Lyon, créateur de nombreux cultivars de roses, ont marqué l'histoire des fleurs ornementales.

Cette constellation d'acteurs, des botanistes aux jardiniers, des explorateurs aux éditeurs, a créé le terreau fertile dans lequel l'horticulture moderne a pu éclore. Le travail de Daniel Lejeune, en examinant ces trajectoires individuelles et collectives, permet de mieux saisir les racines profondes de notre relation au monde végétal et l'évolution constante de la discipline horticole.

Carte de l'Europe montrant des centres horticoles historiques

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