Le riz, céréale d'importance capitale dans l'alimentation mondiale, possède une histoire fascinante et complexe, avec des origines distinctes en Afrique et en Asie. Le Mali, en particulier, se révèle être un berceau essentiel de la domestication du riz africain (Oryza glaberrima), dont la culture remonte à environ 3 000 ans dans le delta intérieur du fleuve Niger. Cette riche histoire se conjugue aujourd'hui à des pratiques agricoles modernes pour répondre à une demande croissante, faisant du riz un aliment de base incontournable dans le pays. La consommation annuelle du riz a d'ailleurs augmenté de plus de 600 % au cours des 50 dernières années, selon l'Institut National de la Statistique du Mali (INSAT).
Les Fondements Historiques de la Riziculture Malienne
L'étude génomique, répercutée dans la revue scientifique « Current Biology », a mis en lumière les extraordinaires capacités d'adaptation d'un riz cultivé il y a très longtemps dans une région correspondant à l'actuel Mali. Alors que des preuves de la culture du riz en Chine méridionale sont attestées vers 5000-4000 ans avant notre ère, les travaux archéologiques en Afrique ont dévoilé des traces de riz cultivé vers Mopti, au Mali, il y a 3 000 ans.

La preuve de cette ancienneté est apportée par le séquençage de près de 250 génomes de riz africain (sauvage et cultivé), provenant de la banque de gènes d'Africarice. Des milliers d'échantillons de semences de riz africain ont été collectées par cet institut panafricain depuis les années 1970 et le développement de la révolution verte.
Selon les chercheurs, la domestication du riz a coïncidé avec la fin de l'assèchement du Sahara. Cette période, de 9000 à 3000 avant notre ère, a vu le Sahara, autrefois une savane arborée avec des lacs et des rivières, se transformer. Les ressources devenant plus rares, les populations se sont tournées vers un mode de société agricole pour produire davantage, ce qui a initié la domestication du riz il y a environ 3 000 ans.
Historiquement, le riz africain a été supplanté par le riz asiatique, plus productif, il y a environ 500 ans. L'introduction du riz asiatique en Afrique de l'Ouest par les colonisateurs portugais au XVIe siècle a entraîné un déclin du riz africain, observable par l'étude génomique, après une forte expansion amorcée 2 000 ans auparavant. Aujourd'hui, l'Afrique cultive majoritairement des variétés de riz asiatique et importe une partie de sa consommation d'Asie pour répondre à la demande croissante de sa population.
Infrastructure et Irrigation : Le Rôle du Barrage de Markala
Au Nord de Ségou, à Markala, un pont de près d'un kilomètre enjambe le fleuve Niger. Cet ouvrage, initié par les autorités coloniales françaises il y a tout juste un siècle, est également doté d'un barrage permettant l'irrigation d'environ 100 000 hectares de terres par gravitation. Lors de la reprise en main de l'ouvrage par les autorités maliennes à la proclamation de l'indépendance en 1960, la production de riz et de canne à sucre a progressivement supplanté celle du coton. Ce système d'irrigation est crucial pour la riziculture, en particulier pour les cultures de contre-saison qui dépendent entièrement de l'apport en eau.

Les Saisons de Production du Riz au Mali
Dans le cercle de Niono, la culture du riz s'étend sur deux principales saisons de production, nécessitant généralement 120 à 135 jours de culture avant la récolte.
La Saison des Pluies (Juillet à Novembre)
La première saison de production se déroule durant la saison des pluies, de juillet à novembre. Elle bénéficie des précipitations naturelles, bien que les systèmes d'irrigation comme celui de Markala jouent un rôle complémentaire pour assurer un apport en eau suffisant.
La Saison Sèche Chaude ou "Contre-Saison" (Janvier à Juin)
La seconde saison, également appelée "contre-saison", a lieu en saison sèche chaude, de janvier à juin. Cette période est entièrement dépendante de l'irrigation pour la croissance des plants de riz. La variété cultivée ici est le "paddy" communément appelée "gambiaka".
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Le Cycle de Culture et de Récolte du Riz
Le processus de production du riz est une succession d'étapes minutieuses, allant de la sélection des semences à la récolte finale.
1. Préparation des Pépinières et Sélection des Grains
Les grains de riz paddy (grains de riz complets à l’état naturel et non transformés) les plus lourds sont sélectionnés pour être cultivés en pépinière. Cette étape est cruciale pour assurer la vigueur des futurs plants.
2. Préparation des Rizières
Les rizières sont ensuite préparées pour accueillir les futurs plants. Elles sont labourées à l’aide d’un tracteur afin d’aérer la terre, améliorant ainsi la structure du sol et facilitant l'enracinement.
3. Repiquage des Plants
Lorsque le plant a produit environ 5 feuilles et que la température extérieure est supérieure à 13 degrés, l’eau des rizières se réchauffe, permettant de procéder au repiquage du riz. Plusieurs pousses sont réunies pour former un seul plant. Ceux-ci sont ensuite repiqués à une distance d’environ 20 à 30 centimètres les uns des autres. Autrefois, ce travail était très exigeant et réalisé exclusivement à la main, mais de nos jours, des machines spécialement conçues pour le repiquage du riz sont utilisées, ce qui facilite grandement la tâche.
4. Tallage et Désherbage
Lors de la culture des plants, des rejets se forment aux pieds des autres tiges : ce phénomène est appelé le tallage. Pendant la croissance du riz, des mauvaises herbes poussent également dans les rizières. Il est donc nécessaire de désherber régulièrement. Sans cela, les mauvaises herbes s’approprient les éléments nutritifs de la terre, ce qui dégrade la culture du riz.
5. Assèchement des Rizières et Épiaison
Une fois le tallage terminé, généralement autour du mois de juillet, les rizières sont asséchées pour permettre à l'oxygène de pénétrer à nouveau dans la terre, favorisant ainsi une meilleure culture du riz. Après quelques jours d’épiaison, on peut observer le début de la floraison. Durant cette période, il est impératif de faire très attention à ce que les moineaux ne mangent pas les jeunes épis de riz.
6. Drainage et Maturation
Lorsque les épis de riz ont bien durci, ils n’ont plus besoin d’eau et l’on peut drainer l’eau des rizières. Le jaunissement des épis est le signe que la moisson peut débuter.
7. Moisson et Battage
Le riz est moissonné à la faucille, et les épis de riz coupés sont ensuite mis à sécher. Quand le riz est bien sec, seuls les grains des épis de riz sont récupérés. Les riziculteurs utilisent également une moissonneuse-batteuse afin de pratiquer la moisson et le battage en une seule fois. La balle est retirée des grains moissonnés, et seul le cœur du grain est récupéré, ce que l'on appelle le riz complet.

Promouvoir la Chaîne de Valeur du Riz Malien
Pour promouvoir la chaîne de valeur du riz au Mali, il est nécessaire de répondre aux besoins de renforcement des capacités tout au long de la chaîne et de mieux organiser les acteurs pour fournir un produit de qualité sur le marché. Au-delà du développement des capacités et des avantages économiques, des projets comme ceux soutenus par le Programme alimentaire mondial contribuent à l'atteinte de l'Objectif de Développement Durable N°2 : Faim Zéro.
Les Atouts du Riz Africain pour l'Agriculture de Demain
L'étude des capacités génomiques du riz africain offre des perspectives environnementales importantes, notamment à l'heure du réchauffement climatique. Mieux connaître le riz africain permet d'améliorer les variétés de céréales. Alors que 95 % du riz asiatique est produit dans des rizières avec des techniques d'irrigation, entre 80 et 85 % du riz cultivé en Afrique se fait sous pluie, à l'instar du blé en France. La forme sauvage du riz africain pousse même dans des mares temporaires qui s'assèchent, le rendant beaucoup plus résistant à la chaleur et à la sécheresse.
Combiner cette capacité d'adaptation du riz africain à des climats plus chauds avec les rendements du riz asiatique est l'objectif du Centre du riz pour l'Afrique (Africarice). Ce métissage entre les deux espèces est au cœur du projet Nerica (New Rice for Africa). Plusieurs hybrides ont déjà été élaborés, mais font encore l'objet d'améliorations afin d'optimiser, notamment, la résistance à certains virus. Ces efforts sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire et l'adaptation de l'agriculture malienne aux défis climatiques futurs.