La Terre Argileuse dans le Doubs : Comprendre, Cultiver et Exploiter ce Sol aux Multiples Facettes

La terre argileuse, souvent qualifiée de "terre amoureuse" par les anciens en Provence à cause de sa nature collante et lourde après la pluie, est une composante majeure des sols de nombreuses régions, y compris le Doubs. Loin d'être un inconvénient, elle représente un potentiel considérable pour les jardiniers, les agriculteurs et même les artisans, à condition d'en comprendre les mécanismes et d'adopter les bonnes pratiques. En France, la terre argileuse s’étend sur une large partie du territoire, façonnant les paysages et influençant fortement les pratiques agricoles, l’habitat traditionnel et les activités artisanales. La présence d’argiles varie selon les régions et les nuances géologiques, révélant des caractéristiques très diversifiées qui font de la botte européenne un terrain d’étude et d’exploitation passionnant.

Qu'est-ce qu'une Terre Argileuse ?

La nature d'un sol est déterminée par la taille des particules minérales qui le composent. Les composants physiques du sol sont classés en trois catégories principales : le sable, le limon et l'argile. Le sable, avec ses 2 mm à 50 microns de grosseur, est le plus grossier. Les limons, de taille intermédiaire, mesurent de 50 microns à 2 microns. Enfin, les argiles, composants les plus fins, possèdent une taille inférieure à 2 microns (soit 0.002 mm). Une terre est dite argileuse si plus de 20 % de ses particules sont inférieures à 2 microns. Ce sont d'ailleurs les argiles qui permettent la création du fameux complexe argilo-humique, en réussissant à lier entre eux sables, limons et humus, grâce à la finesse de leurs grains qui agissent comme du mortier. En terrain argileux, la proportion de ces argiles est élevée.

Il est important de noter qu'un sol argileux peut être acide, neutre ou calcaire. La gestion de sa structure (vie, aération, couverture) reste la priorité, quel que soit le pH. Il faut aussi se méfier des diagnostics "au doigt mouillé" ; des terres limoneuses peuvent durcir en été et être confondues à tort avec des sols argileux. Des analyses en laboratoire peuvent confirmer la composition exacte du sol.

composition du sol

Reconnaître un Sol Argileux : Indices et Tests

Identifier un sol argileux est essentiel pour adapter les pratiques culturales et de construction. Plusieurs indicateurs simples permettent de déterminer la présence d’argile.

Indices Visuels et Végétaux

Généralement, un sol argileux se reconnaît en surface, grâce à la végétation qui le colonise naturellement. Une abondance de plantains, pissenlits, pâquerettes, liserons ou trèfles suggère un sol plutôt argileux. La renoncule âcre, le rumex, le tussilage, le frêne et la ficaire sont également des plantes couramment rencontrées en sols argileux.

Les sols argileux sont souvent lourds, compacts et lents à se réchauffer à la sortie de l'hiver. L'argile gonfle quand elle est humide et se rétracte lorsque le temps est sec. Dans un sol où elle est présente en grande proportion, on peut observer l'apparition de fentes typiques en cas de sécheresse, dues au phénomène de battance.

Le Test du Boudin

Le test du boudin est une méthode plus sûre pour identifier un sol argileux. Prenez une poignée de terre humidifiée dans la main et pétrissez-la de manière à en faire un boudin. Si vous arrivez à en faire un anneau sans qu’il se brise, vous êtes en présence de terre argileuse. Si, en laissant tomber cet anneau à plat sur le sol, il ne se brise pas, c’est que vous êtes en présence d’une terre très argileuse (au moins 30 %), et disons même un peu trop argileuse.

Une autre méthode consiste à prendre un peu de terre de votre jardin dans vos mains et à l'écraser entre vos doigts ; elle formera une pâte fine et lisse sans aucune rugosité, à peine pourrez-vous sentir quelques grains. Humide, elle se travaille un peu comme de la pâte à modeler, vous pouvez la rouler en une boule qui s’étalera sous la pression de vos doigts plutôt que de s’effriter.

Autres Méthodes de Diagnostic

La cuisson d’un échantillon de terre pour observer s’il durcit comme la terre cuite est une pratique très prisée par les petits artisans et potiers qui souhaitent sélectionner une matière première de qualité. Cette appréciation peut être modifiée par la présence de cailloux et par la richesse de votre terre en humus. Une terre argileuse contenant plus de 10 % de matières organiques devient une terre humifère et possède des caractéristiques bien différentes.

Sol argileux : que faire ?

Les Particularités du Sol Argileux : Avantages et Inconvénients

Les sols argileux présentent un double visage, avec des propriétés distinctes qui les rendent à la fois exigeants et potentiellement très fertiles.

Les Inconvénients

  • Rétention d'eau excessive et asphyxie racinaire : Les sols argileux retiennent facilement l’eau, et parfois même avec excès, ce qui peut conduire à des asphyxies racinaires. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les racines des plantes ont autant besoin d’oxygène que d’eau. Si les sols ne sont pas suffisamment ressuyés (asséchés) après les pluies, le travail est très pénible car ils collent aux chaussures et aux outils du jardinier, alourdissant considérablement chaque pas et chaque geste.
  • Durcissement et compactage : À l’inverse, après une période de sécheresse, ils durcissent et se compactent excessivement, se fissurant de manière typique à cause du phénomène de battance. Sa croûte superficielle devient tellement dure qu’elle peut empêcher les graines de germer et compromettre la levée des semis. La croissance des racines dans ce substrat compacté peut également être entravée.
  • Réchauffement lent : À la sortie de l’hiver, la terre est plus longue à se réchauffer. En fin d'hiver, les terrains argileux se réchauffent difficilement, les cultures sont donc plus tardives et sont sensibles aux gelées plus longtemps.
  • Difficulté de travail : Un sol argileux peut devenir dur comme de la pierre en saison estivale et extrêmement collant en hiver, rendant le travail du jardinier ardu.

Les Avantages

  • Rétention des éléments nutritifs : Du fait de la densité de leur structure, les sols argileux retiennent très bien les éléments nutritifs. L'argile joue un rôle essentiel dans la nutrition des plantes, retenant les éléments minéraux comme le potassium et le magnésium et les rendant disponibles pour les végétaux. Enrichis en minéraux, les fruits et légumes sont alors plus savoureux !
  • Capacité de rétention d'eau : Malgré le risque d'excès, cette grande capacité de rétention d'eau en fait un très bon substrat pour les plantes qui craignent le dessèchement. Les terres argileuses sont des terres en général profondes, capables de stocker beaucoup d’eau et d’éléments minéraux.
  • Enracinement fort : Son caractère lourd favorise un enracinement fort, fait de grosses racines capables de progresser dans des terres peu aérées. Les plantes les mieux adaptées à l’argile développent plutôt ce type d’enracinement, à l’extrême opposé des plantes de terre de bruyère qui ont un système radiculaire très fin, dense et ramifié.
  • Fertilité potentielle : Même si les sols argileux sont parfois naturellement pauvres, ils sont assez faciles à fertiliser si l’on s’en donne les moyens, grâce à leur capacité à retenir les amendements.
  • Stabilité des infrastructures : Dans le contexte de la construction, les sols argileux offrent une certaine stabilité, bien que leur comportement sous l’effet de l’humidité (retrait-gonflement) doive être pris en compte.

avantages et inconvénients de l'argile

Le Sol Argileux dans le Doubs : Un Contexte Spécifique

Dans le département du Doubs, la géologie offre un éventail varié de sols, où la terre argileuse est une composante significative. Les travaux de l'I.N.R.A., de la Chambre régionale d’agriculture et de l’Université de Franche-Comté (via l’U.M.R. Chrono-environnement) ont permis de cartographier et d'harmoniser les sols de Franche-Comté, une tâche titanesque achevée après 15 ans de recherches. Cette cartographie est désormais accessible sur le géoportail de l'I.G.N., offrant un aperçu précieux des principales caractéristiques des sols comtois, notamment leur richesse en matière organique, leur acidité ou leur nature caillouteuse.

Éric Lucot, pédologue au laboratoire Chrono-environnement, souligne que la région présente une grande hétérogénéité des sols, avec des zones profondes dotées de grandes réserves d'eau et d'autres moins, une particularité de nos contextes calcaires. Cette connaissance approfondie des sols est cruciale pour les chercheurs, forestiers, exploitants agricoles et collectivités, et permet de répondre à des enjeux liés au réchauffement climatique, tels que la gestion du réservoir en eau des sols et les risques de ruissellement ou d'érosion.

Les alluvions fluvio-glaciaires, présentes notamment dans le secteur de Pontarlier (où 7 carrières sont autorisées), sont généralement plus hétérogènes et un peu plus argileuses que les alluvions récentes. Les "groises", des éboulis calibrés à éléments anguleux et à matrice argilo-sableuse, sont formées sous l’action du gel. Dans le département du Doubs, les roches massives utilisées pour la fabrication des granulats de concassage sont toutes de nature calcaire (63 carrières autorisées). Ces données géologiques influencent directement les pratiques agricoles et la gestion des sols dans la région.

carte des sols du Doubs

Cultiver en Sol Argileux : Stratégies et Amendements

Cultiver une terre argileuse est un vrai challenge, mais loin d'être impossible. En adoptant les bonnes stratégies, ce type de sol peut devenir un allié généreux. L'objectif en permaculture est d'améliorer la structure (agrégation, porosité, vie du sol), pas de "changer la texture".

L'Apport de Matière Organique

Tous les amendements naturels sont susceptibles d’améliorer les terres argileuses, non seulement parce qu’ils apportent des éléments nutritifs, sous la forme de matières organiques, mais également parce qu’ils participent à son assouplissement en allégeant sa structure. Au printemps et à l’automne, 10 litres de fumier et 25 litres de compost étalés au sol puis incorporés par un léger griffage superficiel, sont des pratiques qui à la longue participent grandement à son amélioration. Les premières années de culture, on peut même doubler les doses.

L'apport de matière organique permet de stimuler l'activité des micro-organismes et de solliciter les vers de terre. Ces travailleurs du sol sont indispensables au jardin ; ils participent à l'oxygénation de la terre et à l'incorporation du compost. Il est préférable de déposer une couche de compost en surface et laisser faire les petits travailleurs du sol, ce qui demande moins d'efforts au jardinier.

Il est important de ne jamais incorporer des matières organiques qui ne sont pas bien décomposées. Laissez les vers de terre travailler et les incorporer à votre place, ils agissent pour vous et surtout pour vos plantes. Apporter les matières organiques en surface du sol pour qu’elles s’y décomposent et ainsi réaliser un paillage de vos plate-bandes ; c’est le rôle du mulch.

Le Paillage

Une bonne pratique en terre argileuse (et en jardinage bio en général) consiste à couvrir le sol d’un paillis végétal permanent (broyat, paille, feuilles mortes, tonte…) relativement épais (au moins 5 cm, sauf pour les tontes, 3 cm maxi). Ceci aura pour effet de le protéger des intempéries qui sont à l’origine du phénomène de battance et du compactage. D’autre part, la présence de ce paillis va entraîner l’arrivée d’une pédofaune nombreuse et multiple qui va s’en nourrir. Non seulement elle va transformer lentement cette matière organique en humus, mais en plus, son activité de triturage, de fouissage, ou de creusage de galeries va activement participer à l’aération on ne peut plus naturelle du sol.

Les effets du paillage sur les sols argileux sont extrêmement bénéfiques. La principale difficulté des cultures en terres argileuses est la compacité. Pour éviter que la terre ne devienne trop dense, sèche et que les fissures apparaissent, recouvrez les cultures d'une épaisse couche de paillage organique. L'épais tapis sera peu à peu décomposé et incorporé, il contribuera à aérer le sol et amortira la chute des gouttes d'eau qui participent au tassement du terrain.

Diversifiez le paillage : en automne, utilisez du fumier de cheval (léger et "chaud") et des feuilles mortes. Au printemps, des résidus d'engrais verts et du compost mûr. En culture, des feuilles d'ortie, de consoude, du foin, du BRF mûr, de la paille. Évitez les herbes fraîches / tontes en couche épaisse ; fines pellicules seulement. Ne paillez pas sur terre trop sèche, et au printemps, attendez que le sol soit bien réchauffé.

L'Utilisation d'Engrais Verts

Pour ameublir un sol argileux, cultivez des engrais verts. Ils protègent le sol, favorisent la vie et concurrencent les adventices. Leurs racines aèrent naturellement la structure et leur biomasse nourrit le sol, contribuant à sa fertilité. Semez en fin d’été / début d’automne un mélange issu de trois familles :

  • Crucifère (moutarde blanche) : Pivot profond, effet décompactant.
  • Graminée (seigle, avoine) : Chevelu dense en surface, stabilise et affine la couche supérieure.
  • Légumineuse (vesce, trèfle, luzerne, féverole) : Capte l’azote atmosphérique et enrichit lors de la décomposition.

La phacélie peut compléter pour la pollinisation. Les améliorants du sol sont particulièrement efficaces pour aérer les sols argileux. Leurs racines puissantes fragmentent la terre et remontent les nutriments en surface. Le trèfle blanc, le seigle et la phacélie sont autant voire plus performants que le jardinier !

Le Calcaire et la Floculation

L’argile collante, lourde et compacte en hiver est en fait ce que l’on appelle un colloïde dont l’ensemble des particules chargées négativement se repoussent les unes contre les autres. Si vous observez une flaque dans un tel terrain, l’eau est trouble et le reste longtemps du fait que ces éléments restent en suspension. L’apport d’humus, de calcium ou de magnésium chargés positivement « colle » les particules les unes aux autres, formant de petits flocons qui se déposent. Il faut donc amender les terres argileuses pour obtenir ce qu’on appelle la floculation des particules. L’argile et l’humus reliés par le calcaire constituent une structure grumeleuse qui sera stable et gage d’une plus grande fertilité.

Le calcaire peut être apporté sous forme de craie, de chaux, de cendre de bois ou d’autres formes disponibles dans le commerce. Il a pour effet d’augmenter le pH et de favoriser la transformation des matières organiques en humus. Il doit être apporté à petites doses pour éviter les risques de chloroses. Les terres argileuses ont une tendance naturelle à l’acidification qu’il faut corriger à un pH proche de 7 pour éviter les carences en éléments minéraux (l’acidité provoquant des blocages ou des insolubilités).

Éviter le Sable

On lit souvent "alléger avec du sable". C'est une mauvaise idée. Le sable se mélange mal, déstructure, et n’apporte aucune fertilité. Il en faudrait en outre des volumes considérables pour un effet mesurable… Évitez le sable : il peut entraîner déstructuration, appauvrissement et des résultats décevants. Concentrez-vous sur l’activité biologique et les racines.

Le Travail du Sol

Ne plus travailler sa terre et apprendre à être patient : Plus un sol argileux est retourné, plus il est déstructuré et plus la matière organique est décomposée rapidement. Le processus de décomposition doit se faire de façon progressive et lente. Le labour et le retournement du sol ne sont pas recommandés.

Quand intervenir ? Fin d’été - début d’automne est la période idéale. Au sortir de l’hiver, les terres argileuses sont gorgées d’eau, longues à ressuyer. Travailler trop tôt crée mottes et lissage, voire « semelle » en profondeur. Au printemps, attendez que la terre soit presque sèche en surface et ne colle presque plus à l’outil.

Checklist de printemps avant d’intervenir en terre argileuse :

  • Test de l’outil : Plantez la Grelinette et retirez-la. Si la terre « maquille » à peine le métal sans coller, c’est le bon moment.
  • Poignée de terre : Elle s’effrite entre les doigts sans former de pâte. Si elle colle, patientez 24-48 h.
  • Météo 48 h : Pas de pluie annoncée forte à très proche, pour laisser ressuyer et stabiliser la structure.
  • Couvert prêt : Prévoyez de quoi recouvrir après intervention (résidus d’engrais verts, compost mûr, paillage léger) pour limiter la battance.
  • Passages limités : Organisez le chantier pour éviter le piétinement sur la planche (circuler en allées, planches étroites).

Fauchez les herbes au ras. Effectuez un premier passage à la Grelinette ou à la Campagnole : dents enfoncées à mi-hauteur, soulever pour décoller les racines. Quelques jours plus tard : un second passage plus profond. Un dernier passage (parfois deux) peut être nécessaire pour affiner sans mélanger les horizons.

Préférez 2-3 passages espacés à la Grelinette (ou Campagnole), sur sol juste ressuyé, sans mélanger les horizons et en limitant le piétinement. La motobineuse, en passages répétés, risque de créer un « poudrage » en surface et de former une semelle compacte en dessous, défavorable à l’enracinement et à la vie du sol.

Drainage de Surface

En sol argileux, l’objectif est d’éviter les zones où l’eau s’accumule après la pluie et de diriger un ruissellement lent vers les allées, sans creuser de tranchées qui se colmatent. Installez des allées permanentes pour limiter le tassement dû au piétinement. Et, si besoin, en zones très humides, rehaussez légèrement les planches afin d’assurer un meilleur drainage.

  • Pente douce des planches : Relevez très légèrement le centre de la planche (1 à 2 cm de bombé par mètre) pour que l’eau file vers les bords.
  • Allées « réceptrices » : Laissez-les un peu plus basses et toujours couvertes (paille, BRF mûr, foin aéré) pour freiner, infiltrer et éviter la boue.
  • Éviter les cuvettes : Comblez les creux qui retiennent l’eau avec un matériau grossier en surface (BRF mûr, feuilles structurant la porosité).
  • Brise-jets naturels : Disposez un mulch légèrement plus épais aux points d’arrivée d’eau pour casser la vitesse du ruissellement.
  • Observation post-averse : Juste après une grosse pluie, repérez les flaques persistantes et corrigez le relief localement (ajout de matière en surface, micro-bombés).

Cette approche « micro-relief + couvert permanent » respecte la structure, ne crée pas de rigoles qui s’érodent et reste simple à maintenir.

Erreurs Courantes à Éviter

  • Travailler trop humide : Cela entraîne lissage, mottes et asphyxie du sol.
  • Multibinage à la motobineuse : Risque de « poudrage » en surface et de formation d’une semelle compacte dessous.
  • Laisser le sol nu en hiver : Favorise la formation d'une croûte dure.
  • Pailler trop tôt au printemps sur sol froid : Peut retarder le démarrage des cultures.
  • Ajouter du sable pour « alléger » : Déstructure et appauvrit le sol.

entretien du sol argileux

Quelles Plantes Cultiver en Terre Argileuse ?

Contrairement à certaines idées reçues, il est possible de faire pousser toutes les plantes que l’on souhaite dans une terre argileuse. Pour cela, il vous faudra amender ou corriger localement la nature de votre terre et la plantation devra être réalisée avec plus d’attention qu’ailleurs.

Un sol argileux retient bien l’eau et les minéraux : toutes les cultures sont envisageables si la structure est aérée et si l’eau ne stagne pas. La meilleure façon de cultiver un sol argileux est de choisir des végétaux adaptés à ce type de terre. D’une manière générale, il vaut mieux éviter les plantes d’altitude (dites alpines), ainsi que les espèces qui craignent un peu trop le froid.

Légumes et Aromatiques

  • Légumes fruits : Courges, tomates, aubergines, poivrons, concombres, melons, courgettes, fèves, pois. Ils apprécient les sols riches permettant un bon enracinement. Évitez l’excès d’eau stagnante.
  • Légumes feuilles : Choux, salades, poireaux, céleri-branche, épinards, bettes. Ils apprécient les sols riches et frais. Une terre lourde favorise également l’enracinement de ces légumes.
  • Légumes racines : Betteraves, navets, radis. Les semis doivent se faire en terre affinée et ressuyée. Les carottes peuvent être plus délicates dans une argile particulièrement lourde, mais celles cultivées dans ce type de terrain possèdent un goût plus prononcé que celles cultivées en sols sableux ! Les topinambours sont également bien adaptés.
  • Aromatiques : Menthe, ciboulette, livèche. Elles supportent les sols frais. Prévoir un léger drainage si l'hiver est très humide.

Fleurs et Arbustes

  • Fleurs utiles : Rudbeckias, achillées, soucis, hémérocalles. Rustiques et mellifères, elles ont une bonne tenue en sol lourd. Géranium, hosta, anémones, coreopsis, aster.
  • Arbustes : Cornouillers, noisetiers, sureau noir, viornes. Il faut adapter l’emplacement selon l’humidité réelle.
  • Fruitiers : Pommier, poirier. Choisissez des porte-greffes adaptés aux sols lourds, à valider avec votre pépiniériste. Les framboisiers, bouleaux, kiwis, héllebores et rosiers réussissent très bien en terre argileuse.

Il est même possible de cultiver des Rhododendrons, Azalées et toutes autres plantes de terre de bruyère dans une terre argileuse. Pour cela, il faut donner à la plante les conditions nécessaires à l’adaptation de son système radiculaire. Les racines des plantes s’adaptent en fonction de la nature de la terre qu’elles rencontrent. Lorsque vous plantez une plante cultivée en terre de bruyère, creusez un trou 2 à 3 fois plus large et plus profond que la motte de votre plante, remplissez le trou d’une moitié de tourbe, de compost et finissez avec la terre de votre jardin, mélangez bien le tout et repiquez votre plante dans ce mélange. Il faut donc entre les deux zones un mélange intermédiaire qui permet aux racines de s’adapter.

Plan d'Action Annuel pour un Sol Argileux

Pour optimiser la culture en terre argileuse, voici un plan d'action annuel :

  • Fin d’été - début d’automne : Ameublir en douceur (sol légèrement humide), semer un mélange d’engrais verts, poser les allées permanentes.
  • Hiver : Garder le sol couvert (résidus, feuilles mortes, BRF mûr, foin aéré).
  • Printemps : Faucher le couvert végétal, laisser se décomposer, compléter avec du compost mûr. Travailler le sol seulement si nécessaire et sur sol bien ressuyé.
  • Été : Effectuer un paillage au pied des cultures, des arrosages lents et profonds, et limiter le piétinement.

Sol argileux : que faire ?

La Terre Argileuse : une Ressource pour la Construction et l'Artisanat

La terre argileuse ne se limite pas au jardinage. En France, elle a façonné non seulement les paysages agricoles mais aussi le patrimoine architectural et culturel français depuis des siècles. C'est une ressource naturelle exploitée dans l’artisanat et la poterie.

Construction Écologique

Dans le Sud-Ouest, les « Terres du Sud-Ouest » offrent une argile différente, plus riche en calcaire, utilisée historiquement pour la fabrication de briques et le pisé, technique traditionnelle mêlant terre crue et paille. Le Massif Central propose aussi une large palette de terres argileuses, notamment autour du Mont Ventoux où l’« Argile du Ventoux » est reconnue pour ses qualités spécifiques.

Les sols argileux imposent aux infrastructures des contraintes sérieuses dues à leur comportement sous l’effet de l’humidité. Ce processus se traduit par une contraction de la terre en période sèche, et une expansion lors d’apport massif d’eau, fragilisant peu à peu les fondations des structures. Dans les zones exposées aux « Argiles de France », comme dans la région Centre-Val de Loire ou en Champagne, il est indispensable d’intégrer ces risques dans la conception pour éviter de coûteux sinistres.

Les acteurs impliqués dans la construction écologique se tournent vers des solutions innovantes comme l’emploi d’enduits terre-béton, combinant la rusticité de l’argile et la robustesse du béton, pour garantir solidité et respect de l’environnement. L'envie de construire écologiquement ou de pratiquer un artisanat traditionnel amène souvent à rechercher de la terre argileuse accessible et gratuite. Les zones rurales en Alsace, en Bourgogne ou en Auvergne sont particulièrement propices à ce type de collecte, où les marnes et argiles affleurent naturellement. Certains chantiers de travaux publics, démolitions ou aménagements fonciers proposent également de céder leurs déblais argileux, à condition de vérifier leur pureté et leur qualité.

Artisanat et Poterie

La variété des argiles françaises invite à s’interroger sur leurs applications multiples, dans l’agriculture pour stabiliser le sol, ou dans les métiers d’art, notamment grâce à des techniques adaptées d’enduits terres, très prisées actuellement en construction écologique. Parmi les artisans, « La Maison de l’Argile », « Atelier Terre Française » ou encore « La Poterie Provençale » incarnent cette renaissance. La terre de Provence est d'ailleurs si argileuse que les fabricants de tomettes de Salernes ne les contrediront pas.

Exploitation Responsable

L’extraction et l’exploitation de la terre argileuse posent des questions écologiques majeures. Les techniques modernes privilégient le respect des « Argilières » naturelles en réduisant la surface prélevée et en favorisant la récupération sur des sites déjà perturbés. Des acteurs comme « Pierre & Terre » et les nombreuses initiatives artisanales en France contribuent à sensibiliser les communautés et professionnels sur la nécessité de développer des pratiques raisonnées pour l’exploitation de ces sols uniques. Que vous soyez artisan, jardinier, constructeur ou simplement passionné, l’argile peut devenir une ressource précieuse à exploiter pleinement.

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