Le guide complet du décompactage du sol : Fondamentaux, techniques et enjeux agronomiques

Le sol est le socle vivant de toute activité horticole ou agricole. Pour l'adepte du jardinage comme pour l'agriculteur professionnel, l'objectif premier demeure l'amélioration de la terre pour optimiser la récolte. Un sol sain doit être idéalement aéré et nourri afin de favoriser une croissance vigoureuse des plantes. Une fois le désherbage effectué, le décompactage du sol s'impose comme une étape incontournable pour aérer la structure, l'amender et préparer le terrain à l'accueil des plants et des semis. Que vous soyez adeptes de la permaculture ou d'une culture traditionnelle, le décompactage du sol est l'une des étapes fondamentales.

Schéma illustrant la structure d'un sol sain versus un sol compacté

Comprendre la nature de votre sol : Pourquoi le décompactage est nécessaire

Si certains sols sont naturellement sableux et aérés, d'autres sont argileux. Compacts et denses, ces derniers ont l'avantage de bien garder l'humidité et les nutriments. Ce type de sol s'engorge toutefois très vite et peut être difficile à travailler, ce qui empêche les racines des plantes de se développer convenablement. Si votre terre est compacte et que vos plantes du potager ont du mal à s'enraciner profondément, n'hésitez pas ainsi à procéder au décompactage. Cette opération vous permet d'aérer et d'ameublir la terre. Il permet également à l'air, à l'eau et aux minéraux de mieux y pénétrer.

La compaction du sol résulte le plus souvent du passage d'engins lourds, d'un piétinement répété ou de l'usage du rotavator qui crée une semelle de labour, mais aussi de la présence d'un remblai ou d'une roche-mère à faible profondeur. Les passages répétés en conditions très humides du sol accentuent le tassement des particules (argile, limon et sable) qui constituent le sol. Cet effet est important en sol argileux mais peut l'être aussi en sols légers constitués d'une part importante de sables et limons fins qui s'encastrent les uns dans les autres. Les sols déstructurés, pauvres en vers de terre, sont aussi sujets au compactage.

La semelle de labour : Le diagnostic avant l'action

Rien ne se passe sans raison dans le champ, mais avant d'agir, essayez de poser un diagnostic. Toujours, quand vous allez dans le champ, emmenez une pelle. Les stagnations d'eau printanières sont le premier signe annonçant la présence d'une semelle de labour. Dans ces endroits, pendant la végétation, on observe également un développement incorrect des racines des plantes cultivées. Enfin, le dernier signal très clairement observable est la forte sensibilité des plantes aux pénuries d'eau. En effectuant une tranchée à cet endroit, nous arrivons immédiatement au problème.

La semelle de charrue (également appelée semelle de labour) est une couche de sol qui se compacte en raison de labours répétés à la même profondeur pendant de nombreuses années. Ces actions créent une couche plus dure de terre juste en dessous de la profondeur de labour, qui peut constituer une barrière pour les racines des plantes, l'écoulement de l'eau et les échanges d'air dans le sol. La semelle de labour, qui entrave le développement des racines et l'infiltration des eaux de pluie dans le profil du sol, se trouve généralement directement sous la couche humifère, soit à environ 30 à 40 cm. Ici, pour évaluer son emplacement exact, un barreau pointu est utile ; après avoir creusé une ouverture, nous l'enfonçons dans le sol. Une résistance sensible indique la présence de la semelle.

Méthodes et outils pour le jardinier amateur

Pour que le sol de votre jardin ou potager soit bien léger et aéré, le décompactage doit se faire avec des outils adaptés. Si vous utilisez une fourche ou une bêche, vous allez retourner le sol et enfouir la matière organique en profondeur dans un milieu sans oxygène (anaérobie). Pour éviter ce phénomène, de nombreux jardiniers qui ont une petite surface choisissent le non-labour et utilisent donc la grelinette pour décompacter la terre. Aussi appelée fourche à bêcher, biobêche ou biofourche, elle permet de pénétrer la terre, de la remuer et de l'aérer sans la retourner. La grelinette est un outil intéressant qui respecte la vie du sol, car elle ne mélange pas les couches profondes avec les couches superficielles. Les micro-organismes ne seront donc pas déplacés.

Comment utiliser une grelinette (jardinier en action)

Pour alléger votre sol, commencez par planter votre grelinette dedans. Faites ensuite des va-et-vient devant/derrière, droite/gauche. Puis, plantez votre grelinette 20 cm derrière et renouvelez l'opération en avançant bande par bande. Contrairement à la bêche, la technique d'aération avec une grelinette ne déplace pas la vie microbienne qui est alors respectée. Pour limiter l'effet du piétinement, pensez à poser une planche sur le sol lors de vos interventions !

Innovations mécaniques et décompactage agricole

Si la grelinette reste l'outil le plus répandu pour le jardinier, l'innovation Pubert est en marche. Le bureau d'étude travaille depuis 5 ans sur un nouveau produit pour un décompactage et une aération des sols plus rapide et plus efficace. Fairtill® est un bioculteur unique en son genre, facile d'utilisation et performant. Conçu en France et fabriqué dans l'usine PUBERT située en Vendée, cet outil est équipé de deux griffes hélicoïdales contrarotatives fonctionnant avec deux moteurs électriques alimentés par batterie Lithium-ion 40 volt.

À plus grande échelle, l'offre de machines pour le décompactage en profondeur et l'élimination de la semelle de labour est très large. Rolmako produit entre autres le décompacteur universel U602 avec des dents droites ainsi que des décompacteurs avec des dents coudées sur le côté appelées dents Michel modèles U608, U614 et U619. De plus, la charrue à ciseaux Rolmako U624 avec dent Ripper remplira également sa tâche ici. Plus les étançons du décompacteur sont espacés et plus les éléments de travail sont larges, plus le sol peut être décompacté en profondeur. La charrue à ciseaux, où les éléments de travail sont beaucoup plus rapprochés, devrait travailler plus superficiellement, par exemple à 40 - 50 cm. Rolmako produit également la charrue à ciseaux DeepTiller, qui peut travailler jusqu'à 65 cm de profondeur.

Périodes optimales et conditions d'intervention

Le décompactage ne doit pas être effectué sur un sol trop sec ou trop humide. Cette technique nécessite une vigilance constante. Le décompactage mécanique doit s'opérer sur sol ressuyé moyennement sec, soit en fin d'été ou en début d'automne, notamment sur sol lourd. Trop humide, ce dernier est presque impossible à travailler et le piétinement ou le poids d'un engin accentue encore son tassement.

Graphique des périodes idéales de travail du sol selon les saisons

L'avantage d'un décompactage à l'automne plutôt qu'au printemps est de permettre au gel de finir d'éclater les mottes et de stimuler la décomposition de la matière organique par les bactéries et vers de terre grâce à une meilleure oxygénation. Notez qu'un sol contenant plus de 18 % d'argile est capable de se restructurer naturellement par retraits et gonflements et donc de se décompacter tout seul.

Amendements et alternatives biologiques

Briser les mottes après labour ne signifie pas que le sol devient plus perméable à l'air et à l'eau. Un sol possède une structure plus ou moins grumeleuse liée à sa proportion en argile, sable et limon qui détermine sa porosité. Ainsi, des sols argileux (non calcaires) qui mettent beaucoup de temps à évacuer la moindre pluie sont amendés avec de la chaux pour l'amener à « floculer », c'est-à-dire à former des grumeaux. Pour de petites surfaces, on peut aussi remplacer la chaux par un apport de sable grossier de rivière, à raison d'un seau par mètre carré.

L'apport de matière organique est également crucial. Il faut trouver un équilibre entre un amendement azoté (engrais verts, déchets de tonte, fumier de poule) et carboné (paille, bois, BRF). Notez que cette matière organique est stabilisée dans le complexe argilo-humique sous l'action des vers de terre, grâce à l'argile ou marne que l'on peut apporter une fois tous les 30 ans pour reconstituer un sol de qualité. Par ailleurs, les racines de plantes comme le colza, le tournesol ou les betteraves sucrières permettent un décompactage naturel grâce à leur enracinement profond.

La prévention : Vers une agriculture de conservation

Arrêter l'utilisation de la charrue pour s'engager dans l'agriculture de conservation ne se fait pas en un jour. Pour atteindre progressivement l'objectif de non-travail du sol, la mise en place de Techniques Culturales Simplifiées (TCS) s'avère efficace. La solution du décompactage s'avère alors utile pour la transition vers les techniques de conservation des sols avant d'en arriver au semis direct pur. Le passage du décompacteur aura pour objectif d'ameublir le sol, de réduire les zones de compaction et de casser les semelles de labour liées aux passages d'outils.

Il faut en premier lieu rationaliser la circulation des matériels dans les parcelles tout au long de la campagne, en particulier en sols de limons ou limono-sableux, très sensibles aux tassements, surtout s'ils sont humides. La priorité sera de limiter le poids des machines et la surface impactée par un passage de roue. En complément, réduire la pression des pneumatiques des engins agricoles limite les tassements de surface : le pneu étant davantage écrasé, le poids se répartit sur une plus grande surface de sol.

Précautions lors de la plantation et gestion des racines

Dans tous les documents et autres sites de conseils, il est souvent dit qu'il faut bien tasser la terre au pied des végétaux que l'on vient de planter. Tasser la terre a pour but d'éliminer les poches d'air autour des racines. Cependant, cette pratique peut être dangereuse pour certaines plantes, en particulier celles en racines nues. Il y a un réel risque d'abîmer le chevelu racinaire parfois fragile. Ensuite, selon votre terre, vous risquez de la compacter et d'entraîner un phénomène d'asphyxie.

Une méthode plus douce pour les sols argileux consiste à préparer un trou d'au moins 20x20x20 cm et à travailler la terre que vous remettrez dedans. Autour de la plante, si votre sol est argileux, allégez avec du sable, de la paille broyée, un terreau ou de l'humus. Fixez votre tuteur dans le fond du trou, installez la plante, versez la terre préparée et tassez légèrement pour caler la plante. Ensuite, et surtout, arrosez généreusement ! Des bulles vont apparaître en surface : l'air comprimé par l'eau s'échappe. Cela suffit amplement pour supprimer les poches d'air sans risquer une compaction excessive.

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