Le fumier, ce mélange d'urines, de déjections animales et de litière végétale, souvent perçu comme un simple déchet, est en réalité un allié formidable pour la fertilité des sols. Sa valorisation par le compostage transforme cette matière organique en un amendement précieux, revitalisant les terres appauvries par les cultures et stimulant la vie biologique souterraine. Ce processus de dégradation organique, qui réduit le volume initial du fumier de 30 à 50 %, offre de nombreux avantages, depuis la facilitation du transport et de l'épandage jusqu'à l'obtention d'un produit hygiénisé, désodorisé et riche en humus.

Les Atouts Indéniables du Compost de Fumier
Les avantages du compost sont bien connus. Il représente un gain significatif en temps et en coût de transport, grâce à un volume réduit par rapport à un fumier brut. Il permet un abattement de 30 % d’azote en fumier de bovins, à condition de respecter un cahier des charges spécifique. Les distances d’épandage sont réduites par rapport aux habitations, et le produit final est désodorisé et hygiénisé, ce qui limite les nuisances olfactives et sanitaires. En effet, la matière organique se transforme en humus, plus facile à assimiler pour les plantes, grâce à l’oxygène et à des communautés microbiennes. Ce compost est particulièrement intéressant à valoriser sur les prairies pendant l'hiver.
Prérequis pour un Compostage Efficace
Pour obtenir un compost de qualité, le fumier de départ doit être suffisamment pailleux et humide. Il est recommandé d'avoir 5 à 8 kg de paille par Unité Gros Bétail (UGB) et par jour en bovins. Si le fumier n'est pas assez pailleux, il est possible de lui ajouter un support carboné tel que des déchets verts, de la paille ou des copeaux, afin d'assurer une aération suffisante de l'andain. Le taux de matière sèche doit être inférieur à 50 % ; dans le cas contraire, il est impératif d'humidifier le fumier, comme c'est souvent le cas pour le fumier de volailles. La date de la mise en andain dépend de la possibilité d'entrée dans les parcelles.
Les Facteurs Clés d'un Bon Compostage
Plusieurs facteurs sont indispensables pour obtenir un compost optimal :
- Température suffisante : Elle est cruciale pour réduire la présence de pathogènes et de graines d’adventices. Le processus doit atteindre des températures d’au moins 55 °C pour détruire les agents pathogènes.
- Taux d’humidité : Un taux d’humidité minimum de 50 % est requis, l'idéal étant autour de 65 %. Si le tas de compost est trop mouillé, il se tassera et chassera l'oxygène. S'il est trop sec, l'activité bactérienne sera ralentie.
- Bonne aération : Une aération adéquate des andains est essentielle pour les bactéries aérobies qui assurent la décomposition de la matière organique. Les andains ne doivent pas excéder 1,50 m de hauteur pour permettre une bonne circulation de l’air. Retourner occasionnellement le tas de compost permet à l'air d'y pénétrer et maintient le processus actif.
- Rapport C/N équilibré : Le rapport Carbone/Azote (C/N) du produit de départ doit être autour de 15 à 30, l'idéal étant 30/1. Un rapport trop élevé ou trop faible peut ralentir le compostage.
- pH neutre : Un pH situé entre 6,5 et 8 est propice à l'activité microbienne.

Le Processus de Compostage : Étapes et Durée
Le compostage est un processus de dégradation de la matière organique qui tire parti de l’activité des microorganismes, principalement des bactéries, mais aussi des levures et des champignons. Un cycle de compostage dure en moyenne 6 mois.
- Maturation initiale : Le compostage au champ est autorisé après maturation du fumier en fumière ou sous les animaux pendant au moins deux mois.
- Mise en andains : Le fumier doit être disposé en andains en longueur, ne dépassant pas 1m50 en hauteur. Il faut prévoir un passage entre chaque andain pour les engins agricoles.
- Retournements : Les andains seront retournés au moins deux fois durant le cycle de compostage. Un retourneur d'andains est un matériel efficace pour cette tâche. Par exemple, la Cuma Ecovaloris dans la Manche a acquis un retourneur d'andains et a effectué des tournées de compostage, avec des dates prévisionnelles au premier semestre (semaine/secteur) : du 11 au 15 janvier (tout le département) ; du 1er au 5 et du 22 au 26 février (tout le département) ; du 15 au 19 mars (tout le département) ; du 6 au 9 avril (tout le département) ; du 17 au 21 mai (Centre et Nord).
- Gestion de l'emplacement : Pour ne pas dégrader le sol de la parcelle où le compostage a lieu, la quantité stockée ne doit pas excéder les besoins annuels de la parcelle ni des parcelles voisines sur une période maximale de 10 mois. De plus, afin de ne pas altérer la qualité du sol sur le long terme, les andains doivent changer d'emplacements chaque année.
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Quels Fumiers pour un Bon Compostage ?
De manière générale, tous les fumiers peuvent être compostés, à condition de respecter les critères mentionnés précédemment pour une bonne décomposition. Un équilibre entre carbone, azote, air et humidité est essentiel. Le fumier idéal pour un bon compostage est assez souillé et humide, avec une base de paille ou de copeaux.
- Fumier pur : Un fumier pur se composte mal seul car il a tendance à s'assécher. Il est préconisé de le mélanger à des déchets verts, de la paille ou des déchets d'usine pour l'enrichir en carbone et en humidité.
- Fumier très pailleux : À l'inverse, pour un fumier très pailleux, un broyage peut faciliter la décomposition en augmentant la surface de contact pour les microorganismes.
Le Compostage de Cadavres de Bovins : Une Application Spécifique
Le compostage est également une méthode d'élimination des cadavres d'animaux, notamment les bovins, comme le prévoit le Règlement de l'Ont. 106/09 en application de la Loi de 2002 sur la gestion des éléments nutritifs. Ce processus doit détruire les agents pathogènes que les cadavres renferment, ce qui implique de faire augmenter les températures à au moins 55 °C.
Le cadavre d'un animal est généralement intact, avec une teneur en humidité d'environ 80 % et un rapport C/N d'environ 6/1. Pour un compostage efficace, il faut atteindre une teneur en humidité de 65 % et un rapport C/N de 30/1, ainsi qu'un milieu aérobie. Pour modifier le rapport C/N et la teneur en humidité, il est nécessaire d'ajouter une matière sèche (substrat) affichant un rapport C/N élevé, comme la paille, la sciure ou les rabotures.

Le broyage du cadavre et son mélange au substrat augmentent l'efficacité du processus, bien que cela ne soit pas strictement nécessaire. Un cadavre intact passe par des stades de décomposition anaérobie initiale, dégageant odeurs et gaz. Le recouvrir de matière organique (le biofiltre) aide à contenir ces nuisances. Après un mois ou deux, une fois la première phase terminée, le cadavre peut être plus facilement mélangé au substrat et le processus de compostage peut véritablement démarrer avec le retournement du tas.
Pour composter un cadavre de bovin adulte, on commence par étaler au sol une couche de base d'environ 0,6 m d'épaisseur (par exemple, paille, sciure) sur une surface d'au moins 4,9 m × 4,9 m. L'animal est ensuite déposé sur ce lit. Lacérer la peau et perforer les intestins de l'animal facilite l'accès des bactéries. Le cadavre est ensuite entouré de matières à plus forte teneur en humidité (fumier avec litière) puis recouvert avec les matières de la couche de base.
Le choix des matières composant le substrat repose souvent sur des considérations de coût. Un mélange de trois volumes d’ensilage de maïs (même détérioré) et d’un volume de foin (de piètre qualité) constitue un bon substrat. Un mélange de trois volumes de paille et d’un volume de fumier de vache avec litière est également efficace.
L'Utilisation du Compost de Fumier
L’épandage du compost peut être réalisé avec un épandeur à hérissons verticaux ou à table d’épandage.
- Avant un maïs : L'épandage doit être fait le plus tôt possible, idéalement dès la mi-février. 20 tonnes par hectare de compost apportent 38 unités d’azote, 78 de phosphore et 166 de potasse. Un complément minéral est nécessaire pour l'azote et la potasse.
- Sur herbe : L'épandage est à faire dans le courant de l’hiver. 15 tonnes par hectare de compost couvrent les besoins en phosphore et en potasse d’une prairie à 10 tonnes de matière sèche par hectare. Le compost de fumier est notamment intéressant à valoriser sur les prairies pendant l'hiver.
Le fumier, une fois décomposé ou composté, ne s'utilise pas comme un engrais, mais plutôt comme un amendement, améliorant les propriétés du sol. Il est riche en oligo-éléments, minéraux et surtout en carbone, principal composant de l'humus. C'est une fois bien décomposé que le fumier offre un rendement humique élevé, évitant également de brûler les végétaux.

Fumier frais vs. Fumier composté
La question se pose de savoir si un fumier s'utilise frais ou s'il est nécessaire de le composter. Les deux hypothèses sont envisageables, mais l'apport d'un fumier composté est la pratique la plus répandue et même obligatoire en maraîchage professionnel.
| Critère | Fumier frais | Fumier composté (mûr) |
|---|---|---|
| Poids | Plus lourd (riche en eau) | Plus léger (perte d’eau et de volume) |
| Maniabilité | Plus encombrant, difficile à épandre | Plus facile à manipuler et à stocker |
| Richesse nutritive | Azote rapidement disponible (risque de brûlure) | Nutriments plus équilibrés et stables |
| Effet sur le sol | Stimulation rapide mais parfois brutale | Apport progressif, améliore l’humus |
| Risques | Mauvaises odeurs, adventices, brûlures des plantes | Peu de risques, mieux toléré par les cultures |
| Utilisation idéale | Apport à l’automne puis paillage | Apport direct au printemps ou en entretien |
Le fumier frais contient une bonne partie d'azote très vite disponible via les urines et déjections fraîches. Des études montrent une déperdition d'azote jusqu'à 50 % par volatilisation. Pour le décomposer, le fumier a besoin d'oxygène. Il est conseillé de l'enfouir légèrement (sur les 10 premiers centimètres maximum) tout en le laissant dans un milieu aérobie. Le meilleur moment pour épandre du fumier frais est l'automne, lorsque le sol est encore chaud et actif.
Le fumier composté est beaucoup plus stable. L'azote est lié au carbone, et les molécules sont complexes. Il peut être laissé en surface sur un sol riche en vie biologique. Sur un sol moins propice, il est conseillé de l'enfouir mécaniquement sur les premiers centimètres.
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Les Différents Types de Fumier et leurs Usages
Les fumiers, bien que tous formés de déjections et de litière végétale, sont assez différents et sont sélectionnés selon la nature du sol. L'épandage se réalise en automne, voire au début de l'hiver.
- Fumier de cheval : C'est un matériau léger et chaud, parfait pour les sols argileux, compacts et humides, qu'il va alléger et réchauffer. Il est très apprécié en couches chaudes.
- Fumier de vache : Il est lourd, froid et humide. Il est plutôt conseillé pour les sols légers, leur donnant plus de corps et une certaine fraîcheur. Sa richesse nutritive est assez similaire au fumier de cheval, un peu plus riche en potassium.
- Fumier d'ovins et de caprins : Ces fumiers sont secs, chauds et particulièrement riches en potasse, profitables pour les légumes-fruits. En cas d’apport au printemps, ils doivent impérativement être compostés pour éviter de brûler les racines.
- Fumier de porc : Généralement non recommandé seul car extrêmement froid. Un apport automnal de fumier porcin composté (seul ou mélangé) apporte une grande fertilité, parfaite pour les courges ou les concombres.
- Fumier de volaille (poules) : Très chaud et particulièrement riche en azote et en potasse. Pauvre en humus, il est plutôt considéré comme un engrais et doit être utilisé avec précautions (risques de brûlures). Il est préférable de l'intégrer au compost.
- Fumier de lapin : Améliore les sols légers et est très riche, surtout en azote et potasse. Idéal pour les cultures gourmandes comme les tomates ou les pommes de terre. S'utilise composté après 90 jours de stockage avec une bonne humidité.

Doses indicatives d'apport
| Type de fumier | Richesse | Automne (fumier frais / peu décomposé) | Printemps (fumier composté / mûr) | Précautions / Remarques |
|---|---|---|---|---|
| Cheval | Équilibré, riche en fibre (paille) | ~1 à 3 kg/m² | ~1 à 3 kg/m² ou couche de 2-5 cm | Sèche vite, bon pour sols lourds. Très apprécié en couches chaudes. |
| Vache / bovin | Plutôt froid, équilibré | ~1 à 3 kg/m² | ~1 à 3 kg/m² | Se décompose lentement, améliore la structure des sols sableux. |
| Mouton / chèvre | Très riche, concentré | ~0,5 à 1 kg/m² | ~2 à 3 kg/m² | Utiliser composté de préférence. Très « chaud », à manier avec prudence. |
| Poules / volailles | Extrêmement riche en azote | ~150 à 200 g/m² (max.) | ~Jusqu’à 1 kg/m² bien composté | Toujours composter plusieurs mois. Risque élevé de brûlure sur jeunes plantes. |
| Porc | « Froid », moins nutritif | Peu utilisé seul, à mélanger | 1 à 2 kg/m² s’il est composté | À mélanger à un compost végétal ou à associer avec d’autres fumiers pour équilibrer. Décomposition lente. |
| Lapin | Riche, surtout en azote | 0,5 à 1 kg/m² (souvent composté) | 1 à 2 kg/m² | S’utilise parfois frais en paillage léger, mais mieux composté. |
Les doses sont données à titre indicatif : il est important de les ajuster selon le sol, les cultures et le degré de compostage du fumier. Pour les petits animaux comme les lapins et les poules, dont le fumier est beaucoup plus concentré en minéraux, 1 kilo au m² est déjà une belle dose.
Bonnes Pratiques et Précautions
L'utilisation du fumier au potager est une ressource précieuse lorsqu’il est utilisé avec discernement. Cependant, mal employé, il peut aussi brûler les racines, déséquilibrer la terre ou favoriser certaines maladies.
- Privilégier le fumier composté : Il est préférable d'utiliser du fumier bien décomposé ou composté pour éviter les germes pathogènes et les graines d’adventices.
- Adapter le type de fumier au sol : Choisir le fumier en fonction de la nature du sol (cheval pour sols lourds, vache pour sols légers).
- Périodes d'apport : Épandre en automne ou en hiver pour une meilleure assimilation et laisser le temps au fumier de se décomposer. Éviter les apports juste avant les semis ou plantations sensibles.
- Association avec des matières carbonées : Associer le fumier avec du paillage ou des matières carbonées (paille, foin, feuilles mortes, BRF) permet un équilibre durable et stimule la vie du sol.
- Ne pas surdoser : Un excès de fumier peut brûler les plantes et déséquilibrer le sol. Il est conseillé d’appliquer une couche fine.
- Éviter le fumier frais directement sur les cultures : Le fumier frais est très riche en ammoniac et peut brûler les racines ou les jeunes plants. Pour les semis, jeunes plants et certaines cultures sensibles (laitue, radis), utiliser du fumier bien décomposé ou en petite quantité.
- Varier les sources de matière organique : Ne pas se limiter au fumier. Le compost ménager, le compost végétal, et les paillages diversifiés sont également des sources de richesse pour le sol.
En permaculture, l’objectif est de créer un écosystème vivant, équilibré et durable. En utilisant le fumier de manière réfléchie, ce déchet animal se transforme en un véritable moteur de fertilité pour le potager naturel.
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