
Le jardinage est une quête perpétuelle d'équilibre et de fertilité, où la nature elle-même offre les solutions les plus élégantes. Parmi elles, le Bois Raméal Fragmenté, ou BRF, se distingue comme une technique révolutionnaire qui a su transformer des terrains ingrats en havres de verdure luxuriants. Cette méthode, loin d'être une simple tendance, s'appuie sur une compréhension profonde des processus naturels de formation des sols forestiers, offrant une alternative écologique et économique pour l'embellissement et la productivité de nos jardins.
L'Héritage du BRF : De la Broussaille au Jardin Fertile
L'histoire du BRF est intrinsèquement liée à des pionniers visionnaires. Il y a quelques décennies déjà, le livre d'Ida et Jean Pain, «Un autre jardin ou les Méthodes Jean Pain», a marqué les esprits. Cet ouvrage raconte l’histoire de leur jardin au «Domaine des Templiers» dans le Var, au sud de la France, où Jean Pain a transformé un terrain rocailleux en jardin luxuriant grâce au compost de broussailles. Ce matériel, surabondant dans sa région, causait souvent des incendies de forêt, mais il en a fait une ressource précieuse.
Parallèlement, les recherches du professeur Gilles Lemieux, de la faculté de foresterie de l’Université Laval au Québec, ont permis de formaliser cette approche. C’est lui qui a inventé le terme de «bois raméal fragmenté» ou BRF et a documenté son rôle sur «l’aggradation» des sols, en opposition à la dégradation. Soucieux de recycler les énormes tas de branches laissées pour compte par l’industrie forestière, Gilles Lemieux a mené des recherches approfondies sur le rôle de l’arbre et de ce bois raméal dans la pédogénèse, c’est-à-dire la formation des sols fertiles. Ses travaux ont mis en évidence que les terres les plus fertiles sur la planète sont issues des forêts.
Qu'est-ce que le BRF et Pourquoi est-il si Efficace ?
Le BRF est une technique de fertilisation qui consiste à utiliser des tailles d’arbres, d’arbustes et de haies, en limitant l'apport des résineux (pas plus de 20 %). La clé de son efficacité réside dans la nature même des branches utilisées. La partie vivante de l’arbre est située juste sous l’écorce : le cambium, cette mince couche de tissu végétal très actif qui produit du bois vers l’intérieur et de l’écorce vers l’extérieur. Ainsi, plus les branches sont minces, plus elles comportent du cambium et d’éléments nutritifs essentiels comme des sucres, de l'amidon, de la cellulose, de l'hémicellulose, des protéines, des acides aminés, des enzymes et des sels minéraux. Il est évident que les branches fraîchement coupées sont préférables aux branches mortes, car elles contiennent davantage de ces précieux composés.
Le déchiquetage, quant à lui, favorise leur contact avec le sol. Le BRF obtenu produit un humus durable de très haute qualité grâce à la présence de lignine, qui sera transformée par des champignons, puis par toute la chaîne alimentaire du sol : nématodes, insectes, vers de terre, arachnides, etc. Il est crucial de noter que le bois raméal des conifères, dont la lignine est différente de celle des arbres feuillus, est à déconseiller, car il a des effets inhibiteurs sur la croissance des plantes. Les copeaux de bois du type BRF proviennent uniquement d’un broyat de jeunes rameaux encore vivants. Ces rameaux, de feuillus principalement, auront un diamètre inférieur à 7 cm et porteront des feuilles ou des bourgeons bien vivants.

Les Bénéfices Incontestables du BRF pour Tous les Types de Sols
L’utilisation des BRF produit des améliorations remarquables dans la structure de tous les types de sols. On observe une meilleure résistance à la sécheresse, un avantage considérable à l'heure de la pénurie d'eau. Le paillage en BRF premium est une solution écologique et économique qui permet de limiter considérablement l’arrosage en retenant l’humidité du sol, réduisant ainsi la facture d’eau tout en préservant les ressources naturelles.
Outre cette économie d'eau, le BRF favorise une augmentation de la biodiversité du sol, essentielle à son équilibre. Il contribue également à une réduction des ravageurs, à une augmentation des rendements et à une amélioration de la qualité des produits cultivés. Une apparition naturelle de mycorhizes, ces associations symbiotiques entre champignons et racines des plantes, est également observée, renforçant la santé et la vigueur des végétaux. Enfin, le BRF aide à l'augmentation du pH en sols acides, créant un environnement plus propice à la croissance de nombreuses espèces végétales.
Application du BRF : Paillage ou Incorporation ?
Au Québec, l’usage des BRF se développe beaucoup en horticulture et de nombreuses villes s’en servent comme paillis dans les aménagements paysagers. Les amis européens de l'auteur de ces lignes compostaient le BRF, alors que les expériences à l’Université Laval favorisaient l’incorporation au sol avec des résultats tout aussi étonnants, mais moins de travail. L'auteur, personnellement, s’en sert essentiellement comme paillis.
D’après Gilles Lemieux, il y a moins de pertes de carbone et d’azote lorsqu’on incorpore le BRF au sol. Il attire alors certains types de champignons qui stimulent toute la chaîne alimentaire dans le sol. Le compostage serait donc une étape inutile et laborieuse dans ce cas ? En fait, après une incorporation de BRF au sol, il faut quand même laisser le sol «digérer» les matières pendant quelques mois ou lui fournir un apport d’azote. Le professeur Lemieux suggère de faire l’incorporation de BRF frais en automne.
Par ailleurs, lorsqu’on applique le BRF comme paillis, il se décompose petit à petit en surface et ne crée pas de «faim d’azote» chez les plantes. C'est un des principaux inconvénients du paillis de BRF, même si la faim d’azote sera moindre qu’avec des copeaux de bois secs. Cette faim d’azote a lieu en surface du sol, en début de dégradation, car les bactéries et micro-organismes qui décomposent la matière organique carbonée prélèvent l’azote présent en surface du sol, sous sa forme minérale, pour l’utiliser comme «carburant» en quelque sorte dans leur processus de décomposition. L’azote prélevé n’est donc plus disponible en surface pour les jeunes plantes cultivées qui peuvent montrer des signes de carences comme le jaunissement du feuillage, des baisses de rendements les premiers mois après la mise en place du paillage de BRF ou encore des difficultés à croître.
Cependant, pas d’affolement outre mesure avec la faim d’azote, car elle ne se produit qu’en surface, cela ne dérangera donc pas les plantes vivaces déjà bien installées. Et pour ne pas en subir les effets au potager où cela peut poser problème, il suffit d’anticiper l’installation de son paillage de BRF pour que celui-ci soit déjà bien décomposé au moment où on devra y installer les jeunes et fragiles plants potagers !
Le BRF: Bois Raméal Fragmenté
Où Trouver et Comment Préparer son BRF ?
Ce matériau est encore souvent gratuit ou presque, surtout en milieu périurbain auprès des arboriculteurs. Le problème, c’est que le déchiquetage est souvent assez grossier et qu’il faut accepter la livraison d’un camion complet, ce qui n’est pas toujours évident en ville ! Dans tous les cas, il faut choisir un entrepreneur qui entretient bien sa déchiqueteuse et qui produit de beaux petits copeaux homogènes.
Il est possible de trouver sur internet les compagnies qui travaillent dans sa région, ou de s'informer auprès de sa municipalité pour savoir si elle récolte les branches et ce qu’elle en fait. Certaines villes conservent une provision de BRF pour leur propre usage et elles ont généralement un surplus à partager avec les citoyens. Comme c’est un matériau qui permet d’économiser l’eau, les municipalités auraient tout intérêt à en distribuer pour encourager leur utilisation.
Pour ceux qui sont déjà équipés d’un broyeur, il est possible de recycler utilement les déchets de son jardin. La fabrication de BRF demande l’utilisation d’un broyeur. Ceux qui sont proposés aux jardiniers peuvent déchiqueter des rameaux de petits diamètres (2 à 3,5 cm). Il faut s’informer sur la robustesse des couteaux ou broyeurs, et sur celle de la caisse, surtout pour les broyeurs dont la carcasse est en matières plastiques. Lorsque vous taillez, ne coupez pas les branches en petits bouts.
Si vous n'avez pas de broyeur, de plus en plus de services d’espaces verts (en ville) et les services aménagement des conseils départementaux, à la campagne, broient les bois de taille et d’élagage des haies qu’ils entretiennent… pour ensuite les jeter ! Ce peut être aussi un jardinier paysagiste ou le propriétaire d’un camping qui ne sait que faire de ces “déchets”. Le broyat de bois est le résidu de la taille des haies, arbustes et arbres pratiquée par les paysagistes entre août et mars. Soit ils le portent en déchetterie. L'élagueur avec lequel certains travaillent est dans ce second cas. Au fil des ans, il a stocké une quantité importante de broyat de végétaux : de quoi remplir deux semi-remorques ! Il ne peut pas utiliser l’intégralité en paillage dans les espaces verts dont il s’occupe et est donc disposé à s’en débarrasser. Il est donc possible de se renseigner auprès des paysagistes de sa région pour vérifier comment ils travaillent et voir s’ils peuvent livrer du broyat frais (au lieu de l’emmener en déchetterie) ou composté (s’ils le conservent).
L'élagueur de l'auteur de ces lignes facture quelques dizaines d’Euros les chargements de 5m3 de broyat : de quoi couvrir les frais d’utilisation d’une chargeuse et la livraison avec son camion. Le matériau utilisé par l'auteur est du broyat de branches composté qui date de plus d’un an. Le principal problème rencontré est la présence de gros morceaux dans le broyat livré. Ces derniers sont déjà assez secs et mettent plusieurs années à se décomposer complètement… si tant est que cela soit possible. Pour y remédier, le broyat peut être placé dans une cagette en plastique qui est secouée au-dessus d’une brouette pour filtrage. Au vu des quantités de broyat à traiter, l'auteur a finalement opté pour l’achat d’un tamis rotatif Scheppach. C’est un matériel relativement cher (autant qu’un broyeur électrique), assez lourd et encombrant, mais il permet de traiter rapidement des volumes importants. Le broyat doit être suffisamment humide, un point à surveiller en été, et les matières brunes et vertes doivent être mélangées. Le jardinier Charles Dowding détaille ses expérimentations avec le broyat et les conditions pour parvenir à bien le décomposer.
Le BRF au Jardin Décoratif : Esthétique et Fonctionnalité
Au-delà de ses vertus agronomiques, le BRF premium, ou Bois Raméal Fragmenté, apporte une esthétique indéniable à l'extérieur. Répandu dans les allées, il limite la pousse d’adventices et possède une plus-value décorative. Le BRF ornemental pour paillage décoratif, disponible en différents volumes, s'adapte à tous les besoins.
Il est très souple sous les pieds, agréable à la marche, par tous temps. Une brouette s’y déplace très facilement, de même un fauteuil roulant. Le broyat est filtrant : l’eau n’y stagne pas. Il est très efficace contre le développement des mauvaises herbes et se recycle facilement.

Définir le tracé de l'allée est la première étape : elle peut être fonctionnelle, pour vous conduire d’un point à un autre, ou simple promenade. Dans le premier cas, il convient d'éviter les courbes trop sinueuses et de repérer les points de passage privilégiés. Dans le deuxième cas, laissez-vous guider par votre jardin. L’avantage de l’allée en broyat, c’est que vous pouvez lui donner la forme que vous voulez ! Vous n’êtes pas limités en largeur et vous pouvez dessiner le chemin qui vous plaît, sans faire forcément des angles droits.
Au bout de quelques années, la couche de broyat se décompose naturellement et constitue du compost, qui peut être valorisé au jardin. À Terre vivante, il est utilisé dans les potagers. Cette méthode s'est trouvée largement développée dans les jardins du Centre.
Le BRF et la Vie du Sol : Un Écosystème en Miniature
Le BRF nourrit la vie du sol de manière exceptionnelle. Il attire certains types de champignons qui stimulent toute la chaîne alimentaire dans le sol, comprenant des nématodes, des insectes, des vers de terre, et des arachnides, tous contribuant à la transformation des matières organiques et au cycle des nutriments.
Un exemple de mésofaune peuplant un sol vivant est le symphyle, genre de petit mille-patte, et le collembole, qui participent activement à ces processus. En ajoutant régulièrement du broyat sur les planches de culture, il finit par se composter et on obtient un sol plus profond, avec nettement plus de matière organique sur les premiers centimètres. Les jardiniers nord-américains semblent utiliser beaucoup de broyat de bois (wood chips). Dans ses vidéos, Paul Gautschi parle quasi exclusivement de broyat de bois, mais montre qu’il les utilise déjà précompostés. Par ailleurs, il ne l’utilise que comme mulch : le broyat est en surface et les plantes sont installées dans un horizon du sol différent.

Précautions et Conseils pour une Utilisation Optimale du BRF
Bien que le BRF offre de nombreux avantages, quelques précautions sont à prendre pour une utilisation optimale. Notre expérience a prouvé que certains ravageurs appréciaient tout particulièrement ce paillis chaud et humide. Il convient de veiller à ne pas mettre cette couche épaisse de BRF trop près du tronc des arbres, arbustes, et plus généralement des collets des végétaux afin de permettre leur respiration. Pour les arbres notamment, un espace d’environ 30 cm entre le tronc et le paillage épais de BRF peut être laissé. Il est également possible, selon les dimensions des arbres à pailler, d'installer cette couche épaisse de BRF uniquement en cordon tout autour de l’arbre sur la ligne d’égouttement de celui-ci.
Le BRF premium empêche aussi efficacement la pousse des mauvaises herbes, épargnant ainsi de longues séances de désherbage. Toutefois, pour certaines plantes, comme les boutons d’or, cette méthode ne suffira pas, à moins d’en remettre plusieurs fois d’affilée. Il faut les biner dès qu’ils repoussent en éliminant leur racine.
Concernant les périodes de taille des arbres, il est important d'avoir en tête les périodes de taille plus favorables aux oiseaux pour éviter de les perturber dans leurs nidifications - jamais entre mars et fin août. C’est un petit conseil pratique à appliquer pour préserver la biodiversité du jardin.
Edith Smeesters, biologiste et pionnière en horticulture écologique au Québec, a donné d’innombrables conférences et formations et a écrit plusieurs livres à ce sujet depuis plus de 20 ans. Elle a fondé et a été présidente de plusieurs organismes environnementaux, comme Nature-Action Québec et la Coalition pour les alternatives aux pesticides. Elle a été une personne clé dans la création d’un Code de gestion des pesticides au Québec en vigueur depuis 2003, soulignant l'importance des pratiques écologiques dans le jardinage.
Le BRF: Bois Raméal Fragmenté
Le BRF et les Allées : Un Aménagement Pratique et Esthétique
La seconde utilisation du broyat tamisé est en paillage dans les allées du potager. En novembre de l’année suivante, le broyat est suffisamment composté. Il peut être décaissé à la pelle et apporté sur les planches de culture situées juste à côté, permettant d'éliminer les adventices des allées et de doper la vie du sol aussi au-dessous des allées (et pas seulement sur les planches). Pour cela, du broyat pur (non tamisé) peut être utilisé. Cette méthode fonctionne bien pour empêcher la repousse des graminées (sauf peut-être le chiendent).
Le prix au m3 des copeaux de bois n’est pas des plus économiques. Cependant, les avantages en termes de gestion de l'eau, de fertilité du sol et de réduction des mauvaises herbes compensent largement cet investissement initial. De plus, comme mentionné précédemment, il est souvent possible de se procurer du BRF à moindre coût, voire gratuitement, auprès des professionnels du paysage ou des municipalités.
Un potager productif et un jardin décoratif, cela se conçoit. Ne jardinez plus au hasard. La permaculture a encore des secrets pour vous ? Produisez des légumes sains toute l’année ! Le BRF est une technique prometteuse à l'heure de la maîtrise des énergies, de la pénurie d’eau et du recyclage des déchets. Le panicaut, Eryngium de son nom botanique, est très décoratif avec ses feuilles bleu argenté et ses fleurs qui donnent de beaux bouquets frais comme secs. Il atteint 0,40 à 1,80 m selon les variétés, aime le soleil et les sols légers, bien drainés, plutôt calcaires. Il supporte les embruns du bord de mer mais redoute l’humidité stagnante. Ce type de plante peut parfaitement s'intégrer dans un jardin valorisé par le BRF, profitant de la structure améliorée et de la meilleure rétention d'humidité du sol.