La tutelle est un dispositif de protection juridique destiné aux personnes majeures dont les facultés mentales ou corporelles sont altérées, au point de les empêcher d'exprimer leur volonté ou de veiller à leurs propres intérêts. Être tuteur d’une personne âgée permet de protéger votre proche en le représentant de façon continue dans les actes de la vie civile, si ses capacités sont altérées. Cette charge, strictement encadrée par le Code civil, confère des droits et des devoirs proches de ceux des parents vis-à-vis de leur enfant. La mission du tuteur est avant tout de protéger l’aîné, dans un cadre adapté à ses besoins, tout en préservant son autonomie autant que possible.

Les principes fondamentaux de la mission de tuteur
Le tuteur assume la mission de gestion, de représentation et de protection de la personne et de ses biens, en concertation avec le juge des contentieux de la protection, ex-juge des tutelles. Il est important de souligner que la tutelle et la curatelle sont des charges personnelles qui ne peuvent pas être délégu# Les obligations et les responsabilités du tuteur légal

Être tuteur d’une personne âgée ou d’un majeur vulnérable implique une série de droits et de devoirs, comparables à ceux des parents vis-à-vis de leurs enfants. La tutelle est une mesure de protection juridique encadrée par le Code civil français (articles 403 à 408), destinée à sauvegarder les intérêts d'une personne qui n'est plus en mesure de gérer sa vie civile et son patrimoine. Seule une décision de justice peut valider la nomination d'un tuteur. Cette mesure est mise en place lorsque l'état de santé psychique ou les facultés physiques d'une personne sont gravement altérés, l'empêchant d'exprimer sa volonté ou de garantir son autonomie dans les actes de la vie civile. C’est le régime de protection juridique le plus étendu, avec pour objectif principal de protéger l'aîné dans un cadre adapté à ses besoins, tout en prévenant les abus par des contrôles rigoureux.
La décision de mise sous tutelle est prise par le juge des contentieux de la protection, anciennement appelé juge des tutelles, et ne s'applique qu'en cas de stricte nécessité. Elle est prononcée sur la base d'un certificat médical circonstancié, et uniquement si une mesure moins contraignante, telle que la sauvegarde de justice ou la curatelle, ne suffit pas à garantir une protection adéquate. La personne désignée comme tuteur doit s'acquitter de missions essentielles qui touchent à la fois la protection de la personne et la gestion de ses biens.
Les missions fondamentales du tuteur
Le rôle d'un tuteur légal est de représenter un majeur qui n'est plus en mesure de gérer sa vie civile ni son patrimoine. Les personnes âgées atteintes de maladies neurodégénératives, par exemple, peuvent avoir besoin d'être placées sous la responsabilité d'un tuteur. Le tuteur assume une mission de gestion, de représentation et de protection de la personne et de ses biens, en concertation étroite avec le juge des contentieux de la protection.
Les missions principales du tuteur se déclinent en trois axes majeurs :
- Protéger la personne dans sa vie quotidienne, ce qui inclut sa santé, son lieu de vie, et la défense de ses droits.
- Gérer son patrimoine et ses revenus.
- La représenter pour les actes de la vie civile, tels que les contrats, le logement et la succession.

Le tuteur doit s'assurer que la personne sous tutelle reçoit les soins, l'hébergement et les services adaptés à sa dépendance et qu'elle n'est en rien lésée. Dans le cadre de ses fonctions, le tuteur est tenu de rendre compte au conseil de tutelle et au Curateur public de ses actions envers la personne représentée.
La gestion du patrimoine du majeur protégé
La gestion du patrimoine est l'une des responsabilités les plus sensibles du tuteur. Il doit s'assurer que cette gestion soit honnête et profitable pour la personne protégée.
L'inventaire des biens
Dès l'ouverture de la mesure de protection, le représentant légal d'un majeur en curatelle renforcée ou en tutelle doit faire procéder à un inventaire des biens de la personne protégée. Cet inventaire doit être réalisé dans les trois mois suivant l'ouverture de la mesure. Il devra être transmis au juge des contentieux de la protection des majeurs dans un délai maximal de :
- 3 mois pour les biens meubles corporels (meubles, objets, véhicules, électro-ménager).
- 6 mois pour les autres biens (immobiliers, avoirs bancaires…).
Ce document est fondamental car il établit une photographie du patrimoine de la personne protégée au début de la mesure, servant de référence pour le suivi de la gestion.
Le compte de gestion annuel
Chaque année, le tuteur doit établir un compte de sa gestion, auquel sont annexées toutes les pièces justificatives utiles. Ce compte récapitule les actes et opérations réalisés par le tuteur sur le plan financier. Le tuteur doit transmettre ce compte annuel de gestion au tribunal judiciaire. Le juge peut dispenser le tuteur de lui soumettre ce compte pour approbation, mais il devra tout de même l'envoyer pour classement. Un tuteur familial peut être dispensé de réaliser le compte annuel de gestion si les revenus du majeur sont modestes, mais il est tout de même recommandé de conserver une trace des actes réalisés.
Les actes d'administration et de disposition
Le tuteur doit gérer les revenus de la personne protégée de manière autonome, selon des conditions établies lors de la mise sous tutelle. Une partie du budget peut être conservée par le senior protégé pour ses achats courants, dans une limite fixée par le juge.
Les actes d'administration sont des actes visant à exploiter ou à mettre en valeur le patrimoine du majeur, sans prendre de risque anormal. Le tuteur peut les réaliser seul. Il s'agit de la gestion courante des affaires du senior : perception des revenus et dépenses, dans le respect du budget qu'il a élaboré. Il doit actualiser ce budget régulièrement, comme il le fait avec l'inventaire des biens du majeur.
Les actes conservatoires sont des actes visant à sauvegarder le patrimoine ou à le protéger d'un risque immédiat, par exemple la réparation d'un bien. Le tuteur représente la personne protégée pour ces actes.
Les actes de disposition sont tous les actes engageant le patrimoine de la personne âgée, c'est-à-dire qui en modifient significativement le contenu et lui font perdre considérablement sa valeur. Pour effectuer un acte de disposition, le tuteur doit, dans la plupart des cas, demander l'autorisation du juge des contentieux de la protection ou celle du conseil de famille, s'il en existe un. Pour ce faire, il doit adresser une requête, accompagnée des justificatifs pertinents, au greffe du tribunal judiciaire.
Quelle est la différence entre tutelle et curatelle ?
Toutefois, la loi Justice du 23 mars 2019 a permis au tuteur d'effectuer certains actes de disposition sans avoir à demander l'autorisation du juge, à condition de pouvoir les justifier. Ces actes sont énumérés notamment dans les articles 501 et 427 du Code civil et comprennent :
- L'ouverture des opérations de partage amiable en matière de succession et d'indivision : le tuteur n'a plus besoin de demander en amont l'autorisation du juge pour procéder à un partage amiable (sauf opposition d'intérêts), mais il doit obtenir l'approbation du juge.
- L'acceptation pure et simple d'une succession bénéficiaire, dès lors que ce caractère est attesté par le notaire.
- L'ouverture d'un nouveau compte courant ou de placement (lorsque la personne protégée n'en a pas encore), la modification des comptes existants dans l'établissement habituel.
- La clôture d'un compte ouvert pendant la mesure de protection, quel que soit l'établissement.
- Le placement de fonds sur un compte d'épargne.
- L'introduction dans le budget de la rémunération des administrateurs particuliers.
- La conclusion d'un contrat pour la gestion de valeurs mobilières.
Le tuteur ou le curateur ne peut vendre un logement, un meuble, un souvenir ou même un objet personnel de son protégé sans l'autorisation préalable du juge. Ses biens doivent être préservés au maximum, sauf si le juge estime qu'il est dans son intérêt de vendre un bien, de déménager, etc. De même, un représentant légal ne peut procéder à la fermeture d'un compte bancaire ou à l'ouverture d'un autre compte sans avoir obtenu l'aval du juge. Le logement, les meubles, les souvenirs, ainsi que les objets à caractère personnel de la personne vulnérable sont protégés par la loi et doivent être conservés à sa disposition aussi longtemps que possible.
En matière de donation, le tuteur doit assister et représenter la personne âgée sous tutelle qui désire la réaliser, avec l'autorisation du juge. En revanche, la personne protégée peut faire seule son testament, avec l'autorisation du juge, et le révoquer seule.
La protection de la personne et de ses droits
Le tuteur est responsable de veiller au bien-être de la personne représentée. Il doit l'encourager à participer aux prises de décisions qui la concernent, dans la mesure du possible. En tout temps, il doit agir dans son intérêt, dans le respect de ses droits et pour la sauvegarde de son autonomie, en tenant compte de ses volontés et de ses préférences.
Le bien-être moral et physique
Le tuteur doit veiller au bien-être moral de la personne représentée. Selon ses moyens financiers et sa situation, il doit s'assurer que les conditions de vie de la personne sont bonnes, que ses besoins sont comblés (logement, nourriture, vêtements) et qu'elle a accès aux loisirs et aux sorties qui lui font plaisir. Il doit également encourager la personne à continuer de faire par elle-même les choses qu'elle peut encore faire.
La défense des droits et l'autonomie
Le tuteur doit veiller à faire valoir les droits de la personne représentée, en s'assurant que les personnes qui interagissent avec elle lui demandent son avis et tiennent compte de ses volontés et préférences. Il doit s'assurer que les tiers remplissent leurs obligations envers elle et intervenir lorsque ses droits sont bafoués. La personne protégée prend seule les décisions relatives à sa personne dans la mesure où son état le permet. Elle choisit le lieu de sa résidence et entretient librement des relations personnelles avec toute personne, parente ou non.
Le tuteur doit représenter la personne dans l'exercice de ses droits lorsque la situation l'exige, en prenant des décisions en son nom tout en assurant sa participation. Ces décisions doivent tenir compte de ses volontés et préférences et s'appuyer sur son seul et unique intérêt, le respect de ses droits et la sauvegarde de son autonomie. Il est également responsable de veiller à la protection des renseignements personnels de la personne représentée, d'autoriser l'accès à son dossier médical, et d'autoriser sa prise de photo et l'enregistrement de sa voix.
Les décisions médicales et le logement
Concernant les décisions de santé, le tuteur participe aux choix et doit communiquer toute information sur la situation personnelle de la personne âgée, en particulier sur son état de santé et les actions éventuelles à entreprendre. Si des décisions urgentes doivent être prises en matière médicale, comme une hospitalisation, le tuteur peut les prendre seul sans l'aval du senior, mais doit en informer immédiatement le juge.

Lorsque la personne représentée ne peut consentir aux soins qui lui sont proposés, le personnel médical demandera au tuteur de consentir en son nom si elle n'a pas de directives médicales anticipées (DMA) ou si celles-ci ne couvrent pas le soin proposé. Le tuteur doit alors chercher à connaître les volontés que la personne représentée a pu manifester dans le passé concernant les soins à recevoir, et sa décision devra respecter ces volontés dans la mesure du possible.
Concernant le placement prolongé de la personne sous tutelle dans un EHPAD, si celle-ci est d'accord, le juge en est informé. Mais si la personne n'est pas consentante, c'est alors au juge des contentieux de la protection d'avaliser ou non la décision.
Toute décision concernant le logement principal de la personne protégée doit être autorisée par le juge. Tel est le cas, par exemple, pour la vente de son logement (que ce soit son habitation principale ou secondaire).
Les démarches administratives et les relations avec le juge
Le tuteur a l'obligation de se référer au Juge des Contentieux de la Protection pour chaque acte relatif aux biens de la personne protégée et pour les décisions importantes.
Information de la personne protégée
Le tuteur a pour mission d'informer la personne protégée de façon continue. Il doit lui communiquer toute information sur sa situation personnelle, et en particulier sur son état de santé et les actions éventuelles à entreprendre.
Relations avec le juge et les tiers
Le tuteur doit saisir le juge en cas de conflit, de changement de situation ou pour certaines décisions majeures. Il doit maintenir une relation personnelle avec la personne protégée, dans la mesure du possible.
Les charges de curatelle et de tutelle sont personnelles et ne peuvent pas être déléguées à autrui. Cependant, le représentant légal peut solliciter le concours de tiers pour l'accomplissement de certains actes qu'il ne saurait réaliser seul.
Les obligations après le décès de la personne protégée
Après le décès de la personne majeure protégée, la mesure de protection prend fin. Néanmoins, le tuteur a plusieurs obligations à respecter dans le cadre de la procédure légale.
Organisation des obsèques et information des organismes
Lorsqu'il s'agit d'un membre de la famille ou un proche, le tuteur s'occupe d'organiser les obsèques, en veillant à faire respecter les clauses du contrat de prestations d'obsèques, s'il y en a un. Ce rôle ne peut être assumé par un mandataire judiciaire à la protection des majeurs (MJPM) que si la famille n'est pas en mesure de le faire.
Le tuteur doit obtenir plusieurs copies de l'acte de décès du défunt pour les remettre à tous les organismes concernés : établissements bancaires, sécurité sociale, caisses de retraite, organismes sociaux, assureurs, organismes de crédit, etc. Il doit bien sûr informer le tribunal judiciaire pour clore le dossier de tutelle.
La succession et la reddition des comptes finaux
Le tuteur est également chargé de régler les dernières affaires de la personne décédée, en respectant les dispositions légales en matière de droit des successions. Il remet au notaire choisi par la famille les documents nécessaires au règlement de la succession.
Le tuteur doit remettre aux héritiers plusieurs documents :
- Copie des cinq derniers comptes annuels de gestion et de celui de l'année du décès.
- Copie de l'inventaire de patrimoine dressé au début de la mesure et actualisé, le cas échéant.
Il doit également adresser le dernier compte annuel de gestion au Juge des contentieux de la protection, dans les trois mois à compter du décès.
Limites et contrôles de la tutelle
Un tuteur n'a pas tous les droits sur la personne qu'il accompagne. Sa mission est encadrée par le droit français, notamment par les articles 425 et suivants du Code civil, qui imposent au tuteur de respecter certains principes : l'intérêt supérieur de la personne protégée, la prise en compte de ses souhaits dans la mesure du possible, et l'obligation de rendre compte de sa gestion.
Le rôle du subrogé tuteur
De plus, le conseil de famille ou le juge peut désigner un subrogé tuteur, dont le rôle est de contrôler et de compléter l'action du tuteur. Le subrogé tuteur est notamment chargé de surveiller la gestion du tuteur et d'intervenir en cas de conflit d'intérêts ou lorsque le tuteur ne peut pas agir. Par exemple, si le tuteur est également l'héritier principal de la personne protégée et propose de vendre un bien immobilier à un prix sous-évalué, un conflit d'intérêts pourrait être suspecté. Dans ce cas, le subrogé tuteur intervient pour examiner la proposition de vente, s'assurer que celle-ci se fait dans les meilleures conditions et au juste prix, et s'opposer à la transaction ou demander une réévaluation du bien si nécessaire, afin de garantir que les décisions prises servent véritablement les intérêts du senior.
L'obligation de transparence et d'information
Le tuteur doit informer la famille, rendre compte de sa gestion, respecter la dignité de la personne âgée et toujours chercher à recueillir son avis lorsque cela est possible. Il doit également saisir le juge en cas de conflit, de changement de situation ou pour certaines décisions majeures.
Les proches peuvent demander communication des comptes, solliciter une réunion avec le tuteur ou même demander sa révocation s'ils l'estiment nécessaire. C'est le juge qui tranche dans les situations conflictuelles.
Actes personnels du majeur protégé
Même si la tutelle limite fortement la capacité du majeur à agir seul, il peut tout de même accomplir certains actes par lui-même. D'autres actes nécessitent l'accord ou la présence du tuteur, ou simplement que le tuteur en soit informé. Le juge peut également décider, au moment de fixer la mesure de protection, que le majeur pourra réaliser certains actes seul ou avec l'aide de son tuteur, selon son état et son autonomie.
Les actes strictement personnels, pour lesquels le juge et le tuteur ne peuvent pas intervenir, comprennent notamment : la déclaration de naissance d'un enfant, la reconnaissance d'un enfant, les actes relevant de l'autorité parentale, la déclaration de choix ou de changement de nom d'un enfant, et le consentement à sa propre adoption ou à l'adoption de son enfant.
Le majeur sous tutelle peut faire seul sa demande de carte d'identité ou de passeport, mais son tuteur doit être informé. Il peut se marier ou se pacser sans l'autorisation du tuteur ou du juge, mais il doit informer préalablement son tuteur. Cependant, certaines démarches liées au mariage, comme la signature d'une convention matrimoniale, nécessitent l'assistance de son tuteur. De plus, en cas de modification ultérieure du régime matrimonial, une autorisation préalable du juge des tutelles (ou du conseil de famille s'il existe) est requise.
Le majeur sous tutelle exerce personnellement son droit de vote pour lequel il ne peut pas être représenté par son tuteur. Il ne peut pas donner procuration à certaines personnes, comme le mandataire en charge de sa protection, un administrateur ou employé de l'établissement d'accueil, ou un salarié à domicile.
Le majeur sous tutelle prend seul les décisions concernant sa personne dans la mesure où son état le permet. Il peut donc porter plainte seul.
Révision et fin de la tutelle
Une mesure de tutelle est prononcée pour une durée maximale de 5 ans, renouvelable si l'état de la personne âgée le justifie. En cas d'altération irréversible des facultés mentales, le juge peut prolonger la mesure jusqu'à vingt ans, avec un contrôle périodique.
Le tuteur doit faire réévaluer la personne représentée. Ces réévaluations permettent de savoir si la tutelle est toujours adaptée à ses besoins. Si des changements sont requis, les rapports d'évaluation seront déposés au tribunal, afin de permettre que les ajustements soient apportés. Les réévaluations peuvent aussi aboutir au constat que la personne est redevenue apte ou qu'elle n'a plus besoin de représentation, ce qui permettra de mettre fin à la tutelle.
En l'absence d'un tuteur à la personne, c'est le tuteur aux biens qui devra s'assurer d'obtenir les réévaluations dans les délais prévus.
tags: #definir #les #obligation #du #tuteur