Dans une contribution précédente intitulée « Ah ! Cueillir le bonheur ! », nous avons parlé sur un fond léger de chansons, du devoir de s’essayer à être heureux. Voici ici la face sérieuse du même sujet. Nous avons entamé cette réflexion car l’humeur générale actuelle n’est pas des plus joyeuses - et ça peut se comprendre. Quoi que l’on veuille faire, il faut désormais se faire tester, montrer passe vert, dans un contexte de traçabilité qui ressemble au suivi à la trace de leurs proies par des chasseurs. D’un autre côté, voilà que les angoisses conduisent aux pires des extrémismes, comme si l’on avait oublié les horreurs du XXe siècle. La situation est beaucoup plus difficile et complexe que cela. Et elle l’est en particulier du fait de nos simplismes. À rêver à juste titre de simplicité - ce qui est inévitable, irréductible et légitime -, nous basculons très aisément dans le simplisme, qui n’a rien à voir avec le besoin de simplicité. Le simplisme, ce sont des explications réductrices. Et des explications qui virent en accusations. « Si cela ne marche pas, c’est à cause d’untel ou untel », etc.
Bien sûr sommes-nous fatigués, désenchantés, repliés sur nos intérêts personnels, nos angoisses, nos égoïsmes ordinaires. On peut dire évidemment « C’est rien de le dire ! ». C’est bien beau de dire qu’il faudrait ne pas être simpliste, mais comment faire ? Tout simplement, en levant le nez du guidon. Lever le nez du guidon revient à s’apercevoir que la vie est toujours en crise. J’ai à maintes reprises depuis le premier confinement saisi l’occasion de dire qu’il n’y a pas de crise. La vraie crise consiste à avoir cru longtemps qu’il n’y aurait plus jamais de crise. Depuis l’effondrement du mur de Berlin, le monde entier a évolué dans un déni des crises. Aussi violentes qu’elles aient été. Il a fallu la crise du Covid, pour que nous nous arrêtions enfin un moment, et que nous levions le nez du guidon. En interrogeant notre monde, nos évidences, nos manières de faire.

L’espace public et la crise de sens
Un des traits majeurs de cette interrogation, est que le retrait de nos vies dans la sphère privée lors des confinements, a redonné à voir l’espace public. Et on s’est aperçu que dans la très grande majorité des cas, l’espace public n’existait plus vraiment. Qu’il était saturé d’intérêts privés. La vie collective n’était plus investie que par des intérêts privés, sur le fond du libéralisme mondialisé qui est le nôtre, et qui veut que le seul but de la vie soit l’augmentation des profits, quels qu’ils soient. On peut dire qu’à quelque chose malheur est bon. Car redécouvrir que nous vivons ensemble et que nous aimons à partager est plutôt une bonne chose. Cela nous met en route vers de bonnes questions. On entend beaucoup parler de « retour à la normale ». Bien sûr, il faut tout faire pour que nous n’ayons le plus tôt possible plus besoin de masques. Pour que les « gestes barrières » deviennent aussi vite que possible un mauvais souvenir. Mais de « retour à la normale » tel qu’on en rêve il n’y aura jamais. Car ce qui a été en fait véritablement « anormal », est notre naïveté qui s’est approfondie depuis 1989. Mais on s’est aperçu enfin que nous étions en train de détruire notre monde. Tout simplement. Et cela ne s’appelle pas simplement la crise du climat. Cela s’appelle une crise fondamentale de sens et de confiance. En gros s’est imposée la question de fond : « à quoi ça sert ? ». À quoi cela sert-il d’augmenter sans cesse le profit, ou de « consommer » sans cesse ? Même si cela nous fait peur, on peut dire que le « retour à la normale » a consisté dans la crise du Covid elle-même. Car c’est un retour aux questions de fond que l’humanité s’est toujours posé.
Le mot de « crise » renvoie en grec, à une situation de changement qui requiert des décisions. À bien y regarder, on s’aperçoit qu’on est sans cesse en « crise ». La « vraie vie » est une vie de crises les unes après les autres. Et l’on peut dire : « Et alors ? » Cela n’est pas nécessairement seulement tragique. C’est la vie. Et ce vers quoi nous allions si nous n’y prenions pas garde, était en fait un déni de la vie. Il n’y a décidément pas de crise particulière, si ce n’est de vouloir croire que la « normale » est une vie sans crises. Il ne s’agit pas de se réjouir du fait que la vie « normale » soit sans cesse faite de crises comme dit Georges Brassens dans sa chanson Honte à qui peut chanter. Il s’agit, loin de déchanter, de chanter « quand même ». C’est-à-dire à la fois de reconnaître que le monde est fait de crises, et de vivre quand même, c’est-à-dire de cueillir le bonheur là où il se présente.
Comment la résilience peut devenir un piège ? | Samah Karaki | TEDxTours
L’héritage philosophique face aux défis contemporains
La philosophie politique le sait particulièrement. Malgré les spécificités de la crise du Covid, les problèmes que nous rencontrent sont des problèmes éternels : perte des libertés, redécouverte que nous faisons partie d’un tout qui s’appelle la « nature » - que nous avions cru mettre à notre botte -, interrogations sur les inégalités, les injustices, sur la notion de bien commun, etc. La philosophie est faite de ces problèmes et de ces questions. Si l’on prend du recul, que l’on regarde ce qui en a été dit par le passé lors de crises majeures, l’on a plein de leçons à en tirer. Non pas que le présent soit la répétition du passé. Ce n’est jamais le cas. Mais les problèmes qu’il faut résoudre - celui de la liberté d’expression, celui des inégalités et des injustices, celui des abus de pouvoir, etc - sont toujours du même ordre. Il est plus que fertile d’aller puiser dans les réponses du passé, pour trouver l’inspiration pour les réponses à venir. Et cela allège fondamentalement la tâche que de découvrir combien l’humanité a toujours à la fois été prise dans des situations âpres, dangereuses, injustes, et combien elle s’est tout autant sans cesse montrée courageuse, tenace, capable d’essayer « quand même ». La bonne nouvelle, c’est que l’humanité, c’est nous. Semons.
La dynamique personnelle : semer pour récolter
Je crois en la valeur du travail, je sais je l'ai souvent dit, ici ou là, j'ai toujours bossé avec plaisir (enfin sauf quelques mois dans ma carrière) mais sinon j'ai souvent mêlé la passion à mes missions, Et même lorsque je suis restée à la maison (volontairement en congé parental) durant trois ans, j'ai bossé inlassablement sur mes blogs, j'ai besoin d'être active intellectuellement j'ai besoin de créer, de porter des projets, d'investir du temps, de faire bouger les choses… j'ai besoin de ce jonglage permanent avec les dossiers, je m'aime active, on ne se refait pas ! Et je crois que l'on récolte ce que l'on sème… bien sûr il faut apprendre à semer, on ne le fait pas toujours bien du premier coup, il y a des techniques, des leçons à tirer de ses expériences, de ses erreurs (parce que l'on en fait tous)… il faut aussi acquérir de la confiance, de l'expertise, apprendre inlassablement et comme j'ai lu chez Anne-Laure il y a quelques jours, aimer se coucher un tout petit peu moins bête tous les soirs, J'essaye d'éduquer mes enfants dans le même esprit, leur donner l'espoir du travail, le goût de découvrir, Jules et Rosalie en ont fait l'expérience cette année scolaire écoulée, ils ont travaillé, ils ont compris que ça payait… j'étais fière de leurs efforts, fière de leurs résultats !
Je sème par période, j'investis beaucoup d'effort dans la communication digitale, tous les jours je découvre de nouveaux outils, des stratégies que j'expérimente, je fais beaucoup de veille, je lis aussi sur le web et sur le papier et j'écoute les conseils… bref je sème après avoir réfléchi… et force est de constater que souvent ça porte ses fruits… Il y a quelques jours j'écrivais qu'il ne suffisait pas seulement d'avoir de la chance, vous avez été nombreux à débattre sur le sujet, parfois vous n'étiez pas d'accord, moi je crois avant toute choses au travail, aux compétences, à l'investissement, à la générosité, à la motivation… je crois à la force du mental ! Bien sûr qu'il s'agit là du travail mais je crois aussi qu'on récolte ce que l'on sème dans d'autres domaines plus personnel, plus affectif ou amical, ou filial…

Les racines spirituelles et éthiques du principe de récolte
La Bible dit-elle qu'on récolte ce qu'on a semé ? Ce principe est courant dans la Bible, car il s'agit d'une image facile à comprendre pour les hommes. L'agriculture est une pratique presque aussi ancienne que l'humanité elle-même. Une partie de la malédiction d'Adam était que le sol produirait à présent des ronces et des chardons et que « c'est à la sueur de ton visage qu[’il] mangera[it] du pain » (Genèse 3.19). Adam comprenait qu'on récolte ce qu'on a semé, au sens propre comme au sens figuré. L'expression « on récolte ce qu'on a semé » fait probablement référence à deux versets du Nouveau Testament. Le premier est 2 Corinthiens 9.6 : « Sachez-le, celui qui sème peu moissonnera peu et celui qui sème abondamment moissonnera abondamment. » Le deuxième est Galates 6.7 : « Ne vous y trompez pas : on ne se moque pas de Dieu. Ce qu'un homme aura semé, il le récoltera aussi. »
Le principe général est vrai : on récolte ce qu'on a semé. Ce qui s'applique à l'agriculture s'applique aussi aux choix de la vie. Il s'agit donc d'un principe biblique. Plusieurs versets de l'Ancien Testament affirment également qu'on récolte ce qu'on a semé. En Proverbes 22.8, le roi Salomon écrit : « Celui qui sème l'injustice moissonnera le malheur. » En Osée 10.13, le prophète dit : « Vous avez cultivé le mal, moissonné le péché. » En Proverbes 1.31, la sagesse s'exprime : « ils se nourriront du fruit de leur conduite et ils se rassasieront de leurs propres conseils. » Dans chacun de ces cas, on voit que le principe qui affirme qu'on récolte ce qu'on a semé est lié à la justice divine. Ce principe spirituel veut que si nous semons le mal, nous récolterons de mauvaises conséquences, mais la miséricorde de Dieu est toujours là.
Heureusement, nous ne récoltons pas toujours ce que nous semons, car Dieu se réserve le droit de faire grâce à qui il veut, comme il l'a dit à Moïse : « Je ferai grâce à qui je veux faire grâce, et j'aurai compassion de qui je veux avoir compassion. » (Romains 9.15). À cause de la miséricorde et de la compassion de Dieu, nous avons une demeure au ciel malgré notre péché. Nous avons semé l'iniquité et la corruption, mais Jésus a récolté notre châtiment à la croix. Qu'il soit loué éternellement. Parfois, nous avons l'impression de subir les conséquences du mal que nous avons fait, alors que ce n'est pas le cas. Quand Job souffrait, ses amis considéraient sa souffrance comme un juste châtiment de Dieu pour un péché secret. Son ami Éliphaz lui a dit : « ceux qui labourent l'injustice et qui sèment le malheur en récoltent les fruits. » (Job 4.8). Il se trompaient : Job ne récoltait pas ce qu'il avait semé. La moisson n'était pas encore venue et ne viendrait pas avant la fin du livre (Job 42.10-17). Les circonstances adverses ne sont pas forcément les conséquences de nos mauvais choix. Le principe général est vrai, nous récoltons ce que nous semons, mais il ne s'applique pas à chaque situation de la manière dont nous le pensons.
Le principe qui affirme qu'on récolte ce qu'on a semé est à la fois positif et négatif. « Celui qui sème pour satisfaire sa nature propre récoltera d'elle la ruine, mais celui qui sème pour l'Esprit récoltera de l'Esprit la vie éternelle. » (Galates 6.8). Ce verset résume bien ce principe : si nous sommes égoïstes, orgueilleux, injustes, pécheurs, et que nous nous confions en nos propres forces pour être sauvés, nous semons « pour satisfaire [notre] nature propre » et serons détruits, tandis que si nous sommes bons, désintéressés, généreux, et que nous dépendons de Dieu pour notre salut et pour tous nos besoins, nous semons « pour l'Esprit » et récolterons la vie éternelle. Croire en Jésus et rechercher la piété, c'est « s[emer] pour l'Esprit] ». Si nous semons pour satisfaire notre nature propre, en dépendant de nous-mêmes et de notre capacité à faire le bien sans l'aide de Dieu, nous ne récolterons que la mort, tandis que si nous mettons notre confiance en Christ, nous récolterons la vie éternelle. Son amour est un terrain fertile.