Avec l’évolution des conditions climatiques, les périodes de sécheresse sont de plus en plus fréquentes, et les restrictions d’eau pour arroser également. Notre façon de concevoir nos décors végétaux doit donc évoluer et s’adapter, tout comme nos pratiques jardinières. « Paysagisme sec » : c’est ainsi qu’on pourrait décrire le xeriscaping, cette façon de concevoir les jardins et les massifs en se passant d’arrosage. Car nos étés deviennent secs, de plus en plus secs. La quantité d’eau qui nous tombe dessus reste la même, mais les dernières études montrent que cette eau se concentre entre le milieu de l’automne et la fin de l’hiver. Jadis, les printemps étaient pluvieux et les étés voyaient passer des orages bienvenus. Aujourd’hui, certaines régions réputées pour leur humidité se retrouvent en état de sécheresse dès le mois de mars. Et les périodes de canicules commencent dès juin, et démarreront dès le mois de mai à en croire un dossier publié par Météo France. Les créations paysagères, que ce soit dans les jardins privés ou dans les espaces publics, vont devoir intégrer ce changement climatique.

Les Fondements du Xéropaysagisme
Le terme « Xeriscaping » est un mot-valise composé du suffixe d’origine grecque « Xêros », sec, et du mot anglais « scape », paysage. On pourrait le traduire en français par xéropaysagisme. Cette tendance née aux USA au début des années 1980 fait la part belle aux plantes xérophytes, naturellement adaptées aux milieux secs et donc peu exigeantes en arrosages. Derrière ce mot difficile à prononcer, un peu rugueux, on peut se demander ce qui peut bien le relier avec le jardin et la nature ! Comme souvent, en se tournant vers l'étymologie, la réponse va apparaitre beaucoup plus évidente : xero signifie "sec" en grec, et scape se traduit en anglais par "paysage" ; on en arrive à une façon d'aménager des jardins qui aient peu besoin d’arrosage. Ce terme a été lancé en 1981 par Denver Water, la compagnie de gestion et de distribution de l'eau de la ville de Denver au Colorado (Etats-Unis) où des crues, de fortes sécheresses et de vastes incendies se sont produits entrainant une érosion des sols. Elle a alors voulu encourager les économies d'eau grâce à un concept spécifique qui tenait en 7 principes, aujourd'hui adaptés partout en fonction des contraintes et atouts de chaque région ou pays.
Les Sept Piliers de la Conception
Pour un jardin résistant à la sécheresse, découvrez les 3 points clés du xeriscaping, qui s'inscrivent dans une approche globale de 7 principes fondamentaux :
- Organiser le jardin : Afin d'optimiser ce que recèle le terrain, rien de mieux que de dessiner à l'échelle l'espace à aménager, en faisant apparaitre la végétation existante, les éléments mobiliers en place, les surfaces imperméables, les dénivelés et pentes, les rideaux d'ombre, les vues et ouvertures, etc. En tenant compte de l'ensemble de ces données, le jardin va se dessiner : choix des espèces, emplacement des plantes selon leurs besoins, limitation des zones engazonnées gourmandes en eau.
- Amender le sol : La connaissance de la nature du sol est primordiale et parfois, une analyse s'impose. Une terre de médiocre qualité qui ne retient pas l'eau sera améliorée par un apport de compost afin de mieux retenir l'eau et permettre le développement des plantes. Tandis qu'un sol très sableux ou riche en graviers sera réservé à des plantes résistantes à la sécheresse comme les cactus et succulentes. Une terre naturellement légère ou qui retient mal l’eau peut être améliorée par des apports de terre végétale, de compost maison bien décomposé ou de fumier composté. Ces amendements agissent comme une éponge. Au contraire, si votre terre est lourde, argileuse ou humide, et que vous souhaitez cultiver des plantes de sécheresse, améliorez le drainage du sol par des apports de graviers, pouzzolane, tessons de poterie, etc.
- Arroser efficacement : Le xeriscaping n'exclue pas l'arrosage mais celui-ci doit se faire de façon efficace, c’est-à-dire en privilégiant les systèmes d'arrosage automatique (avec capteur de pluie) en goutte-à-goutte ce qui limite le plus l'évaporation, et en évitant les arroseurs oscillants. Les principes de l'arrosage optimisé s'appliquent bien sûr ici : arroser généreusement et moins souvent, toujours le matin ou le soir, en utilisant l'eau stockée dans des récupérateurs d'eau de pluie.
- Sélectionner des plantes appropriées : En tenant compte du niveau d'ensoleillement, d'exposition aux vents et de rétention d'eau de chaque zone du jardin, il convient de regrouper les plantes qui requièrent les mêmes besoins ensemble ; ceci n'élude pas l'esthétisme car il reste possible de jouer sur les textures, les hauteurs, les volumes, les couleurs, etc.
- Pailler : Les bienfaits du paillage sont reconnus pour maintenir la fraicheur du sol, limiter l'évaporation réduire le développement des adventices. Attention à choisir le paillis adapté à chaque plantation.
- Limiter la pelouse : Les zones engazonnées sont les plus gourmandes en eau du jardin, elles sont donc réduites voire évacuées du xeriscaping.
- Entretenir le jardin : Toute l'année, le jardin nécessite des soins d'entretien, bien que l'hiver soit plus reposant que le printemps ou l'été.
Jardin sec
La Sélection Végétale : Les Plantes Xérophytes
L'objectif du Xeriscaping, ou xéropaysagisme, est de concevoir des jardins capables de se passer d'arrosage, même à leur installation. Les caractéristiques du sol sont aussi prises en compte dans le choix des plantes de terrain sec. Elle se compose de plantes naturellement adaptées au manque plus ou moins prolongé d’eau, nommées plantes xérophytes, telles que les plantes méditerranéennes de garrigue et de maquis, les végétaux originaires des bush australiens, nord-américains ou sud-américains, les graminées et les plantes succulentes. Au fil de leur évolution, ces plantes xérophytes se sont adaptées à leur milieu sec et à la rareté des ressources en eau par des stratégies diverses : réduction de la surface foliaire, réserves de sucs dans les feuilles ou dans les racines, pilosité, enracinement en profondeur, repli des feuilles aux heures les plus chaudes, entrée en repos estival, etc.
Évidemment, les cactus et plantes grasses en font partie, vous pouvez donc les utiliser et en abuser dans ce type de jardin. Pensez aussi aux plantes qui entrent en repos durant la saison sèche, certaines bulbeuses en font partie et ne réapparaîtront qu'au printemps suivant pour couvrir votre jardin de leurs floraisons colorées. Vérifiez simplement la rusticité des plants sélectionnés (leur résistance au gel), elle doit être en adéquation avec votre région. Habitués, gavés même, à l’iconographie des jardins anglo-normands, nous avons du mal à imaginer un jardin où la pelouse n’est pas parfaitement verte en été et où les plantes se mettent en repos lorsqu’il fait chaud. On s’imagine un jardin sec, ratatiné et peu attrayant. Il suffit de s’intéresser aux bonnes plantes et l’on découvrira que certaines variétés d’agaves prennent une magnifique teinte rouge lorsqu’il fait chaud, alors que d’autres gardent un vert d’une beauté éclatante, comme certains yuccas, tel le yucca à feuilles vrillées (Yucca rupicola) ou encore l’agave pieuvre. Certaines plantes fleurissent au plus sec de l’été, comme les sauges résistantes à la sécheresse et nombre d’arbustes de différentes régions méditerranéennes du monde. Et l’on peut compter sur les palmiers résistants à la sécheresse comme la forme bleutée du palmier doum (Chamaerops humilis ‘Cerifera’).
Gestion du Sol et Stratégies de Paillage
Le paillage, en plus de limiter le développement des herbes indésirables, limite l’évaporation de l’eau et donc permet à la terre de rester fraîche plus longtemps. Les paillages organiques (tontes sèches de pelouse, bois raméal fragmenté (BRF), paille broyée, paillettes de chanvre, cosses de cacao concassées, etc.) se décomposent plus ou moins rapidement et enrichissent progressivement la terre en humus. Ils sont parfaits pour les terres naturellement légères et/ou bien drainées. Les paillages minéraux (graviers, pouzzolane, etc.) sont également précieux, même s’ils ont tendance à se mélanger à la terre avec le temps. Pour être efficace, le paillage est étalé sur une épaisseur de 5 à 10 cm. Et il peut être associé à un arrosage ciblé au goutte-à-goutte.
Utilisez les plantes xérophytes pour la plantation de vos talus, rocailles ou murets fleuris, et surélevez vos massifs pour éviter que l’humidité ne stagne trop au niveau des racines et du collet des plantes. Préférez les plantations automnales afin que vos végétaux aient le temps de s’enraciner avant d’affronter leur premier été. Paillez abondamment la surface du sol des haies, massifs et bordures, sans oublier les bacs et pots, afin d’éviter une trop grande évaporation. Dès que c’est possible, installez un ou plusieurs récupérateurs d’eau de pluie sur les descentes de gouttière. Cette dernière astuce est autant valable pour les jardins que pour les terrasses et grands balcons.

Alternatives au Gazon Traditionnel
Dans la tendance xeriscaping, le gazon « façon moquette verte-green de golf » est limité au strict minimum (au plus près de la maison par exemple) voire totalement banni. Pour rester vert, un gazon classique demande de copieux arrosages et des apports d’engrais, qui engendrent une croissance continue et donc des tontes régulières, et le fait de tondre régulièrement augmente son besoin en eau et en engrais ! Optez plutôt pour un mélange moins exigeant en eau (à base de fétuque notamment) que vous couperez avec la tondeuse en position haute. Il est même possible transformer progressivement cette pelouse rustique en prairie fleurie que vous ne faucherez qu’une à deux fois par an. Un refuge idéal pour la biodiversité !
Dans certaines parties peu sujettes au piétinement, certaines plantes vivaces rampantes peuvent avantageusement remplacer le gazon, tout en demandant peu d’entretien. Lierre rampant ou pervenches à l’ombre, thym serpolet en plein soleil, comptent parmi les plantes répandues et faciles à adapter. Tondez si besoin une à 2 fois par an, au printemps et/ou en automne. Avec cette technique, c'en est fini des pelouses vertes ressemblant à un green de golf autour des maisons américaines des années 1980, mieux vaut opter pour le gazon libre, rappelant une prairie fleurie propice à une riche biodiversité, dans laquelle seront créées des circulations aléatoires à la tondeuse comme le préconise aujourd'hui le concept de "jardin punk" développé par Eric Lenoir. La composition des graines de gazon peut aussi rendre la pelouse plus sobre en eau.
Esthétique et Architecture du Paysage Sec
Pourquoi les populations du pourtour méditerranéen peignent leur maison en blanc ? Ce n’est pas juste pour faire joli dans le paysage ! Le blanc réfléchit les rayons lumineux et emmagasine beaucoup moins la chaleur que les matériaux de couleur foncée. Privilégiez également les matériaux naturels pour les terrasses, bacs et pots, comme le bois, la terre cuite ou éventuellement les matériaux composites aux tons pâles. Façades, murets et allées seront également enduits de tons naturels clairs. Les inspirations sont à puiser dans les jardins d’ambiance méditerranéenne, les jardins de graviers ou les rocailles alpines.
Les américains ont une longueur d’avance sur nous en pensant au firescaping, c’est-à-dire le paysagisme résistant au feu. C’est une réalité pour certaines de nos régions, à commencer par la Corse et le littoral méditerranéen. Les incendies constituent une menace. On en observe même jusqu’en Bretagne en été ! En Corse-du-Sud, il y a déjà une obligation de débroussailler autour des habitations. Par conscience écologique ou pour réaliser des économies, le xeriscaping offre une alternative intéressante au jardin traditionnel trop gourmand en apports d'eau. Bien choisies, les plantations répondant aux contrainte du xeriscaping sont belles toute l’année, demandent peu d’entretien et s’accordent parfaitement à l’architecture moderne.
On le sait aujourd’hui, l’eau est une ressource précieuse et limitée, qui se doit d’être économisée. Or l’entretien de nos jardins traditionnels, avec leur pelouse bien verte et une végétation parfois luxuriante dans des environnements arides, est un gouffre en apport d’eau. C’est pourquoi il est important de se tourner vers d’autres types de jardins, totalement adaptés au climat et à la nature du sol, qui sont non seulement économes en eau mais offrent aussi d’autres avantages. Un autre avantage des xeriscapes est que ce sont des jardins qui se développent et vivent avec très peu d’entretien : le désherbage est simplifié car un terrain sec attire moins d’adventices, et celles qui sont conservées prospèrent. De plus les plantes qui ont de faibles besoins en eau sont plus résistantes aux maladies et aux parasites. Ce type de jardin correspond tout à fait aux régions où les étés sont très longs, chauds et secs. Pas d'arrosage, un entretien restreint et aucune modification du terrain sont les atouts majeurs du xeriscaping !
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