Guide complet de la densité de plantation en agroforesterie fruitière

L’agroforesterie, pratique ancestrale longtemps délaissée au profit de la mécanisation intensive, connaît un regain d’intérêt majeur en France depuis une vingtaine d’années. Elle répond aujourd'hui à des enjeux cruciaux de productivité des exploitations et d'adaptation aux changements climatiques. Intégrer l’arbre dans la parcelle agricole permet de créer un système plus complexe et donc plus résilient, modifiant en profondeur le fonctionnement et les échanges au sein de l’agrosystème, notamment les échanges sol-plante-atmosphère.

Schéma illustrant le système racinaire et l'interaction sol-plante-atmosphère en agroforesterie

Les bénéfices fondamentaux de l’intégration arborée

L’arbre n’est pas qu’un simple élément de décor ; c’est un moteur biologique. L’augmentation de la biodiversité utile est l'un des premiers gains : les arbres offrent un refuge à la biodiversité patrimoniale. En multipliant les habitats, ils permettent de multiplier les habitants, et notamment les auxiliaires de cultures dont la présence réduit la concentration de ravageurs.

Sur le plan pédologique, le stockage de carbone dans le sol est optimisé. Les racines des arbres, plus profondes que celles des cultures, font remonter les nutriments des couches profondes pour les rendre accessibles aux couches de surface. Une fois étendu, le système racinaire limite les fuites des nitrates et favorise le stockage du carbone dans le sol. La décomposition des racines et des feuilles mortes tombées au sol augmente le taux de matière organique en créant un humus stable et fertile.

Par ailleurs, le développement d’un microclimat à l’échelle de la parcelle est notable. Sous condition d’une densité suffisante d’arbres adultes, un système agroforestier peut modifier le microclimat de la parcelle en affectant la vitesse des vents et l’humidité relative de l’air. L’agroforesterie représente un investissement rentabilisé également sur le long terme : les arbres fourragers produisent en été lorsque les pâtures souffrent de la chaleur, tandis que les arbres fruitiers génèrent un revenu direct grâce à la vente de fruits.

La réflexion stratégique avant la plantation

Il n’existe aucun modèle fixe en agroforesterie. Chaque exploitant devra adapter sa plantation à ses obligations de terrain et à ses objectifs. Le choix des essences doit tenir compte de l’utilisation visée (bois d’œuvre, bois énergie, arbre fourrager, arbre fruitier…), du climat de la parcelle et de l’état du substrat et du sol. L’arbre implanté humainement sur une parcelle ne se comporte pas comme l’arbre forestier. Non implanté dans son biotope spontané, il devra être protégé et géré.

La réimplantation d’arbres dans une parcelle agricole est une démarche globale qui doit s’inscrire dans une réflexion agroécologique complète. Planter des arbres sur des sols soumis à des indices de perturbations trop importants sera sans effet. L’arbre prospère grâce à son environnement direct : porosité du sol, matière organique, micro-organismes, etc. Le travail du sol, notamment, viendra perturber un biotope homogène et stabilisé et donc la nutrition des plants.

Graphique montrant l'évolution de la croissance racinaire en fonction du travail du sol

Agencement, densité et mécanisation

L’agencement du système dépend avant tout de la mécanisation souhaitée ou en place sur la ferme. L’écartement entre rangs est calculé en fonction de la largeur des engins utilisés pour les pratiques culturales. De manière générale, l’Association française d’Agroforesterie (AFAF) préconise d’envisager une densité de 50 arbres plantés à l’hectare et 7 à 8 mètres de distance entre chaque plant pour un bon compromis entre croissance de l’arbre et accès à la lumière pour les cultures.

Au nord de la Loire, l’imbrication entre fruitiers et les cultures voisines doit être moins forte, et la distance minimale doit être de 10 mètres. Enfin, l’organisation spatiale des lignes de plantation des fruitiers doit être déterminée en évaluant la hauteur finale des arbres, et donc leur ombre portée, qui dépend du type de sol, du type de porte-greffe utilisé et de la conduite des fruitiers.

Une conduite « en axe » générera souvent moins d’ombre portée qu’une conduite en forme libre de type gobelet. Afin de faciliter le travail sur les arbres et notamment la récolte, la parcelle agroforestière est cultivée uniquement 1 rang sur 2. Cette technique a aussi l’avantage de permettre des rotations. Ainsi, chaque inter-rang peut se reposer et se ressourcer pendant un an car l’idée est d’y implanter un engrais vert annuel.

La gestion technique des fruitiers

La Densité de plantation est une donnée importante à déterminer avant d’entamer la plantation. Elle affecte directement le nombre de pieds par unité de surface et l'optimisation des parcelles. Une densité surestimée entraîne une hauteur anormale des arbres, une compétition pour la lumière, un épuisement des plants et une vulnérabilité accrue aux maladies. À l’inverse, une densité sous-estimée favorise la prolifération des adventices et une sous-utilisation de l’espace.

Le choix du porte-greffe est ici déterminant. Les porte-greffes « basse-tige » (M9, M26) sont peu vigoureux mais demandent un tuteurage permanent. Les porte-greffes « haute-tige » sont plus autonomes mais nécessitent une gestion différente de l’ombre portée. Il est préconisé de ne pas trop alterner les variétés voire les espèces pour ne pas trop perdre de temps lors de la récolte.

Les PRINCIPES de BASE de la TAILLE

Préparation du sol et implantation

La fumure avant plantation est une étape essentielle. Elle a pour objectif de relever le taux de matière organique pour stimuler la vie microbienne. Le labour profond est à éviter car cette technique est défavorable aux lombrics. L’idéal est de préparer le sol six mois avant la plantation en paillant l’emplacement avec du foin, de la paille, des feuilles, du carton ou des copeaux.

L’irrigation des arbres est indispensable durant les trois années qui suivent leur implantation. Préférez l’irrigation par micro-aspersion afin de favoriser un système racinaire d’alimentation actif sur un volume maximal de sol. La taille de formation doit être assurée dans les premières années suivant l’implantation car les objectifs ne seront atteints que si les ligneux sont conduits de la bonne manière dès leur stade juvénile.

Interactions complexes dans le système agroforestier

L’intégration d’arbres dans les systèmes maraîchers présente divers avantages : meilleure recharge automnale en eau des sols, accueil de la biodiversité, et protection contre les aléas climatiques. Les interactions entre arbres et cultures sont aériennes (modification du microclimat) et souterraines (modification des ressources du sol).

Le risque de concurrence pour la lumière est plus important au nord de la Loire où l’ensoleillement est limité. Il faut alors privilégier des arbres isolés ou des arbres sur des porte-greffe très peu vigoureux afin de limiter la croissance des arbres et donc leur concurrence avec les légumes. On placera les hauts sujets du côté Nord de la parcelle.

Pour ce qui concerne les propriétés chimiques du sol, on observe une augmentation significative du carbone organique et de la concentration de certains éléments nutritifs autour des haies âgées et hautes. Cependant, certains effets négatifs peuvent apparaître, tels que la minéralisation de l’azote et le prélèvement supplémentaire de cations échangeables par les arbres.

Vers une maîtrise du matériel végétal

Les variétés et les porte-greffes adaptés à votre projet ne sont pas forcément les plus communs. Commandez vos scions à un pépiniériste local de confiance. Il n’existe que peu de pépiniéristes proposant des plants fruitiers bio en quantité. Si le matériel végétal n’est pas disponible en bio, vous avez la possibilité réglementaire de l’acheter non bio sous réserve de demande de dérogation.

La maîtrise de la densité de frondaison doit être le résultat d’une bonne adéquation entre les distances de plantation, la fertilisation, le porte-greffe et la variété. À l’inverse, la maîtrise par des coupes sévères, y compris en été, aboutirait rapidement à des déséquilibres végétatifs et donc à des problèmes parasitaires. Il ne faut pas trop contraindre les arbres vigoureux, mais plutôt choisir un porte-greffe dont la vigueur est adaptée.

Schéma comparatif des systèmes de conduite : axe vs gobelet

Soutien aux initiatives agroforestières

Plusieurs aides et programmes existent pour soutenir les initiatives agroforestières sur le territoire :

  • Programme de soutien aux plantations agroforestières de l’AFAF pour les projets de 200 arbres ou plus.
  • Programme « Des enfants et des arbres » pour les agriculteurs souhaitant planter 150 à 200 arbres tout en accueillant des scolaires.

Ces financements permettent d'alléger les coûts liés à l'achat des plants, à la préparation du sol et à l'installation des protections, rendant l'investissement plus accessible aux porteurs de projet. La réussite d'un tel système repose sur l'anticipation : projeter l’implantation des différents végétaux dans l’espace et dans le temps, au moyen d’un plan ou d’un croquis, demeure la meilleure garantie pour répondre aux objectifs à toutes les échelles de temps.

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