Vouvray : Un Terroir d'Exception et une Diversité Viticole Remarquable

Le Vouvray, appellation prestigieuse de la Touraine, incarne la richesse et la diversité du patrimoine viticole français. Situé sur la rive droite de la Loire, à l'est immédiat de Tours, ce vignoble se distingue par ses vins blancs élaborés à partir du cépage Chenin, offrant une palette allant des secs vifs aux moelleux opulents, sans oublier une production effervescente de grande renommée. L'histoire millénaire de cette appellation, ses caractéristiques géologiques et climatiques uniques, ainsi que l'évolution de ses pratiques viticoles et de ses réglementations, contribuent à forger l'identité forte et la réputation mondiale des vins de Vouvray.

Carte géographique de l'appellation Vouvray

Un Vignoble Ancré dans l'Histoire et la Géographie

Une Origine Ancienne et des Légendes Fondatrices

L'histoire du vignoble de Vouvray est profondément liée à Saint Martin de Tours (316-397), évêque de Tours à compter de 371 et fondateur de l'ermitage de Marmoutier en 372. Situé sur la commune de Sainte-Radegonde (quartier de Tours depuis 1964), cet ermitage est devenu ultérieurement un monastère bénédictin. La légende attribue à Saint Martin la plantation de la vigne dès le IVe siècle et même la découverte de la taille courte de la vigne, son âne ayant permis cette révélation en mangeant les rameaux. Dès le début du XIIIe siècle, les cépages blancs étaient réservés aux parcelles situées sur les coteaux et rebords de plateau présentant des sols caillouteux et calcaires.

Des textes anciens attestent que le cépage chenin B, appelé localement « pineau de la Loire », est le cépage noble du vignoble. Rabelais, au XVIe siècle, cite dans son œuvre Gargantua : « C’est vin pineau. Ô le gentil vin blanc ! Et par mon âme, ce n’est que vin de taffetas ». La présence des rois de France dans les châteaux de la région Touraine aux XIVe et XVIe siècles a grandement favorisé le développement et la renommée du vignoble tourangeau. Des « crus » réputés de « Vouvray » appartenaient à la couronne de France et figuraient en bonne place à la table du roi. La commune de Vouvray elle-même fut comprise dans le district de Tours en 1793.

Un Terroir Façonné par la Loire et le Tuffeau

L'appellation Vouvray est idéalement située sur la rive droite de la Loire, à l'est de l'agglomération tourangelle. Le vignoble est installé entre 85 et 110 mètres d'altitude sur le coteau dominant la Loire et entaillé par les différentes vallées de ses affluents, la Brenne et la Cisse. Le plateau présente un relief assez marqué, avec une altitude comprise entre 85 mètres et 110 mètres (280 et 360 pi). Une assise de craie tendre, le tuffeau du Turonien, constitue l’armature de ce plateau. Les parcelles précisément délimitées pour la récolte des raisins présentent des sols issus de l’érosion du substratum géologique formant le plateau, correspondant au rebord de la falaise donnant sur la Loire, et à ceux des vallées et vallons qui le découpent. En bas de pente, on retrouve de l'argile et du sable.

Les très nombreux « clos » de l’appellation sont souvent entourés de murs de pierres où le feu du silex côtoie la tendresse du calcaire. Dès la période romaine, le paysage vouvrillon se singularise par ses caves troglodytiques creusées dans les falaises de tuffeau jaune des vallées. Ces galeries, parfois mises à profit par les résistants durant la Seconde Guerre Mondiale ou creusées à la pioche par des vignerons, procurent des conditions naturelles et d’hydrométrie idéales pour l’élaboration, l’élevage, et le vieillissement des vins, avec une température constante de 12° toute l’année.

Le climat de la zone géographique est un climat océanique dégradé, au carrefour des influences océaniques et continentales. La Loire exerce un rôle de régulateur thermique, ainsi que les vallées qui drainent l’air froid des coteaux. Les étés connaissent en général, au moins un épisode caniculaire annuel de quelques jours, ce qui, combiné à des automnes ensoleillés, favorise la surmaturation des raisins, et parfois même l'apparition de pourriture noble. Ces conditions météorologiques sont déterminantes pour la production de vins demi-secs, moelleux, voire doux, selon les millésimes. Le nom de l’appellation aurait pour origine le terme gaulois Vobero (lieu très humide et caché) avant de devenir Vovroy puis Vouvray au XVIIe siècle.

Coupe géologique du terroir de Vouvray avec mise en évidence du tuffeau

Les Communes de l'Appellation Vouvray

L'aire d’appellation s’ouvre aux limites est de l’agglomération tourangelle et s’étend sur sept communes de la rive droite de la Loire et en bordure de ses affluents, la Brenne et la Cisse. En 1929, un jugement établit que, seuls les vins produits sur le territoire des communes de Vouvray, Vernou, Chançay, Noizay, Reugny, Rochecorbon et Sainte-Radegonde, peuvent bénéficier de l’appellation d’origine « Vouvray ». Le jugement défini les délimitations géographiques de l'appellation d'origine simple (AOS) Vouvray, incluant Chançay, Noizay, Parçay-Meslay, Reugny, Rochecorbon, Tours Sainte-Radegonde, Vernou sur Brenne et Vouvray. L'appellation Vouvray est ainsi répartie sur huit communes, dont Parçay-Meslay et Tours Sainte-Radegonde.

Ces communes comprennent :

  • Chançay
  • Noizay
  • Parçay-Meslay
  • Reugny
  • Rochecorbon
  • Tours Sainte-Radegonde
  • Vernou sur Brenne
  • Vouvray

Le Cépage Roi : Le Chenin Blanc

Le principal cépage utilisé dans la production des vins de Vouvray est le Chenin, autrefois appelé « Pineau de Loire ». Ce cépage est à l'honneur dans l'appellation et lui confère sa personnalité affirmée, sa complexité aromatique et sa persistance exceptionnelle. Les vins sont issus du seul cépage principal ou de l’assemblage de raisins ou de vins dans lequel le cépage principal est majoritaire. Le cépage Chenin doit représenter plus de 50 % de l’assemblage. Un cépage accessoire, l'Arbois (Orbois), est autorisé à hauteur de 5 % maximum. Dès le Moyen-Âge, le cépage Chenin est le cépage principal de cette zone.

L'Évolution de l'Appellation et ses Réglementations

De la Crise du Phylloxéra à la Reconnaissance de l'AOC

Dès le XVIe siècle, la Loire permettait la diffusion des vins produits avec les achats des courtiers néerlandais qui importaient des vins blancs afin de les transformer en eau-de-vie destinée aux pays riverains de la mer Baltique et de la mer du Nord (Allemagne, Russie, Scandinavie…). Vers 1840, suite à la création par Jean-Baptiste Ackerman (1790-1866) des premiers vins champagnisés de Saumur en 1838, débuta la production de vins effervescents selon la méthode de la seconde fermentation en bouteille. Avant la création des appellations d’origine, le vin blanc de Pineau de la Loire (Chenin) produit à Montlouis et à Vouvray prenait le nom de vin de Vouvray. En 1860, le vignoble du département de l’Indre-et-Loire possédait une superficie de 40 000 hectares.

En 1878, le phylloxéra fit son apparition en Touraine à Noizay, après la propagation du mildiou vers 1860. Cette crise eut des conséquences importantes, notamment la disparition des exportations vers la Belgique et les Pays-Bas au profit d’une consommation locale et française. Entre 1890 et 1905, le vignoble se reconstitua avec des cépages greffés sur porte-greffes résistants. En 1906, un syndicat de défense des vignerons de Vouvray fut créé.

Le 8 décembre 1936, l'appellation d'origine contrôlée (AOC) Vouvray fut créée par un décret publié au Journal Officiel du 11 décembre 1936 pour les vins blancs et les vins mousseux. Les cépages autorisés étaient alors l’Arbois et le Chenin. La richesse minimale en sucre des moûts était fixée à 170 g/L, le degré alcoolique minimal des vins à 10° et le rendement maximal autorisé à 45 hL/ha (moyenne sur 5 ans). Les vins mousseux étaient obtenus uniquement par seconde fermentation en bouteille. En 1937, un arrêt de la cour de cassation interdit définitivement aux viticulteurs de Montlouis de commercialiser leurs vins sous le nom de Vouvray.

Les Réglementations Actuelles de Production

Le cahier des charges de l'AOC Vouvray a été réécrit en 2008 pour renforcer les conditions de production et préciser la typicité des quatre facettes des vins de Vouvray : sec, demi-sec, moelleux et fines bulles.

Densité de plantation : Les vignes présentent une densité minimale à la plantation de 6 000 pieds à l’hectare, avec un écartement entre les rangs de 1,60 mètre maximum. Il n'y a pas de disposition concernant l'irrigation.

Taille de la vigne : Les vignes sont taillées en taille courte à coursons, chaque bras portant 1 ou 2 coursons à 2 yeux francs maximum. Un courson au plus par pied peut être taillé à trois yeux francs maximum. Le nombre d’yeux francs par pied est de 10 en moyenne, avec un maximum de 13 yeux francs par pied. Toutefois, pour les vignes âgées de moins de 10 ans, le nombre d’yeux francs par pied est de 8 au maximum.

Interdictions : Les pulvérisateurs non face par face à jets non dirigés (turbines aéroconvecteur montées sur tracteur enjambeur ou canons oscillant) sont interdits. Toute acquisition d’un matériel de pulvérisation doit faire l’objet d’une déclaration auprès de l’ODG, indiquant notamment la description précise du matériel acquis.

Rendements et enrichissement pour les vins tranquilles (sec, demi-sec, moelleux, liquoreux) :

  • Rendement visé : 52 hL/ha.
  • Rendement butoir : 65 hL/ha.
  • Richesse minimale en sucre des moûts : 178 g/L.
  • Titre alcoométrique volumique naturel minimum : 11 %.
  • Enrichissement : Autorisé.
  • Titre alcoométrique volumique total maximal après enrichissement : 15 %.
  • Sucres résiduels : 8 g/L maximum pour les vins secs, entre 4 et 12 g/L pour les vins demi-sec, entre 12 et 45 g/L pour les vins moelleux, minimum 40 g/L pour les vins liquoreux.
  • Élevage : Au minimum jusqu'au 15 janvier de l’année suivant la récolte.
  • Commercialisation : À partir du 1er février suivant la récolte.

Rendements et élaboration pour les vins mousseux :

  • Rendement visé : 65 hL/ha.
  • Rendement butoir : 78 hL/ha.
  • Richesse minimale en sucre des moûts : 153 g/L.
  • Titre alcoométrique volumique naturel minimum : 9,5 %.
  • Enrichissement : Autorisé.
  • Titre alcoométrique volumique total maximal après enrichissement : 13 %.
  • Élaboration : Exclusivement par seconde fermentation en bouteille.
  • Surpression : Minimum 3 bars (mesure à 20°C).
  • Tirage : À partir du 1er janvier suivant la récolte.
  • Élevage : 12 mois minimum après la date du tirage.
  • Commercialisation : 12 mois minimum à compter de la date de tirage. Les vins sont élaborés et commercialisés dans les bouteilles à l’intérieur desquelles a été réalisée la prise de mousse, à l’exception des vins vendus dans des bouteilles d’un volume inférieur à 37,5 centilitres ou supérieur à 150 centilitres.

Schéma du processus de fabrication du vin mousseux

La Diversité des Vins de Vouvray

La particularité de cette appellation réside dans la grande diversité des vins produits : sec, demi-sec, moelleux, liquoreux et effervescent. La majorité de la production s'effectue en vins effervescents (près de 60 % du volume).

Vouvray Sec

Le Vouvray sec est un vin à la robe or pâle avec des reflets verts évoluant vers l'ambré en vieillissant. Il présente des arômes de fleurs (acacia, aubépine, chèvrefeuille, rose), de fruits (abricot, coing, poire, pomme, raisin) avec une note minérale évoluant vers des notes empyreumatiques et miellées. Il est conseillé d'attendre 1 à 2 ans avant de le consommer. La température de service est de 8-10 °C (46-50 °F) et sa garde potentielle est de 5 à 15 ans. Le terme « sec » figure obligatoirement sur l’étiquetage des vins tranquilles répondant aux dispositions spécifiques du cahier des charges.

Vouvray Demi-Sec

Le Vouvray demi-sec est un vin tendre à la robe pouvant aller de l'or pâle avec des reflets verts à or ambré. Il offre des arômes fruités (abricot, coing, poire, pomme, raisin) évoluant sur des notes minérales et parfois miellées. Il peut se boire jeune. La température de service est de 8-10 °C (46-50 °F) et sa garde potentielle est de 10 à 15 ans. Ce vin est à l'image du "coin" : doux et tendre.

Vouvray Moelleux

Le Vouvray moelleux est un vin à la robe or ambrée avec des arômes confits de fruits (agrumes, litchi, mirabelle, papaye, poire, reine-claude…), d'épices, de pâte d'amande et des notes de miel. Il est préférable d'attendre quelques années avant de le consommer, car c'est un vin de très longue garde. La température de service est de 8-10 °C (46-50 °F) et sa garde potentielle est de 10 à 30 ans et plus. L'obtention de vins moelleux dépend de la variabilité climatique : l’effet millésime est déterminant.

Vouvray Doux

Le Vouvray doux est un vin à la robe dorée avec des arômes confits de fruits mûrs (coing, abricot, poire), d'amande grillée et de miel d’acacia, évoluant sur le pain d'épices et la truffe en vieillissant. Il est conseillé de préférer un vin d'au minimum 4 ans. La température de service est de 8-10 °C (46-50 °F) et son potentiel de garde est estimé à 20 à 30 ans minimum.

Vouvray Mousseux

Le Vouvray mousseux est un vin mousseux présentant de fines bulles à la robe paille. Il offre des arômes de fleurs (acacia, aubépine, chèvrefeuille, rose), de fruits (abricot, coing, poire, pomme, raisin) avec une pointe minérale évoluant dans le temps sur des notes de brioche et de miel. La température de service est de 6-9 °C (43-48 °F) et sa garde potentielle est de 2 à 5 ans. Les vins effervescents sont élaborés exclusivement par seconde fermentation en bouteille. D'autres galeries creusées dans le tuffeau sont réservées à l'élaboration des vins effervescents.

Vouvray Pétillant

La production de vins pétillants est anecdotique (72 hectolitres en 2009, pour 81 649 hectolitres en mousseux). Le Vouvray pétillant est un vin effervescent présentant une plus légère effervescence que le mousseux, à la robe paille. Il offre des arômes de fleurs (acacia, aubépine, chèvrefeuille, rose) et de fruits (abricot, coing, poire, pomme, raisin) avec un caractère vineux. La température de service est de 6-9 °C (43-48 °F) et sa garde potentielle est de 1 à 3 ans.

Infographie comparant les différents types de vins de Vouvray

Les Acteurs Clés de l'AOC Vouvray

La confrérie de la Chantepleure, créée en 1937, est chargée de la promotion des vins de Vouvray. La cave coopérative des producteurs de Vouvray, fondée en 1953, est un acteur majeur. En 2009, la surface des vignes de l'appellation était de 2 162 hectares, exploités par 165 opérateurs. Charles Vavasseur (1867-1950) a contribué au développement de la production et de la qualité des vins tranquilles et surtout effervescents pendant l’entre-deux-guerres, ce qui a permis d’accéder à l’AOC. Il est également à l'origine de la Confrérie des chevaliers de la Chantepleure, deuxième confrérie vineuse en France, qui a vu le jour en 1937. Gaston Huet (1910-2002), surnommé le « Pape du Vouvray », a permis de pérenniser l’appellation. Il a toujours milité pour la production de vins de grande qualité et a influencé en ce sens la politique de l’appellation. De nombreuses autres personnalités ont valorisé l’appellation au cours de l’histoire : Monsieur Foltz, Jacques Puisais, Jules Delaleu, Edgar Mouzay, et plus récemment Philippe Brisebarre et Jean-Michel Pieaux (nouveau Président de l'appellation). La notoriété de l’appellation Vouvray ne cesse de croître, elle est reconnue et respectée, tant par ses producteurs que par les acteurs du marché viticole.

Pratiques Innovantes et Développement Durable

L'appellation Vouvray a également montré son intérêt pour les pratiques innovantes. Certaines étiquettes de ses vins sont parfumées en y insérant des micro-capsules, offrant une expérience sensorielle originale. De plus, l'utilisation du logo bio de l'UE est possible à partir du 1er août 2012, témoignant d'un engagement vers des pratiques plus respectueuses de l'environnement. Les paysages du Val de Loire, où se situe Vouvray, sont inscrits au patrimoine de l'UNESCO depuis 2000, ce qui souligne l'importance culturelle et environnementale de la région.

Le Vouvray se classe aujourd'hui parmi les grands vins de France et est exporté dans le monde entier. Le Vouvray tranquille est mis en bouteille au mois de mars qui suit la récolte. Les bouteilles sont entreposées dans de longues galeries qui serpentent sous le tuffeau, où elles reposent à l'abri de la lumière, des trépidations de la vie contemporaine et à une température constante. La volonté d’accroître la qualité des vins s’est toujours fait ressentir. Les superficies sur 40 ans sont passées de 1 400 ha à 2 300 ha. L’aire parcellaire a d’abord été redélimitée en 1992 afin de mieux positionner l’appellation sur son terroir, selon la nature des sols et du climat.

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