L'art de cultiver le vivant : Le dernier livre de Gilles Lebel, le jardinier, et les échos de la vie

Illustration d'un jardin luxuriant avec des formes d'arbres fruitiers variées

Dans le monde de l'horticulture et du jardinage, le nom de Gilles Lebel est synonyme d'expertise et de passion. Si le titre exact du "dernier livre de Gilles Lebel, le jardinier" n'est pas précisé, l'œuvre d'un tel auteur s'inscrirait sans doute dans la lignée des savoir-faire ancestraux et des techniques modernes, à l'image des écrits horticoles qui ont traversé les siècles. L'art de cultiver les arbres fruitiers, par exemple, est un domaine où la connaissance et la pratique se rencontrent, offrant au jardinier amateur comme au professionnel la possibilité de façonner le vivant.

L'influence des traités d'horticulture à travers les âges

L'histoire de l'horticulture est riche d'ouvrages qui ont guidé les jardiniers. Le "Miroir des fleurs (Hua jing, 1688)" est le plus célèbre des traités d'horticulture chinoise, un ouvrage du 17ème siècle qui continue d'interpeller nos pratiques horticoles des siècles plus tard, témoignant de la sagesse accumulée au fil du temps. Une traduction partielle de cet ouvrage avait été publiée en 1900 par un haut fonctionnaire français, J. Halphen, mais ce travail était devenu une rareté. Cette heureuse réédition, aux éditions Actes Sud en 2006, est l'œuvre d’un savant intervenant, Georges Métaillié. Cette nouvelle édition en est toutefois restée à la structure éditoriale de J. Halphen. L'histoire est un bilan de l'expérience du passé, et sur ce point le Miroir des fleurs ne manque pas, quelques trois siècles plus tard, de motifs d'interpellation de nos pratiques horticoles. Alphonse Karr, promoteur de la floriculture sur la Côte d’Azur au siècle dernier, relevait également cette influence du magnétisme en matière de production de roses, comme en témoigne le "Journal des roses" de 1881. Ces textes anciens soulignent la continuité des préoccupations horticoles et l'importance de la transmission des connaissances.

Les formes d'arbres fruitiers : un art de la contrainte et de la patience

Le choix d’une forme d’arbre fruitier dépend essentiellement, pour le jardinier amateur, de la place dont il dispose et de son savoir-faire. Les arbres fruitiers ne sont pas tous conduits de la même façon. On parle de haute-tige, demi-tige ou de basse tige, de gobelet, quenouille ou d’espalier, de cordon ou de palmette, de haie fruitière… autant de dénominations qui définissent la forme de l’arbre fruitier. C'est un véritable langage, une nomenclature qui guide le jardinier dans son art. Pour obtenir des fruitiers de qualité, le mieux, c’est d’aller directement chez le pépiniériste de votre région, qui les produit lui-même. Il est conseillé d'éviter de prendre des arbres en promotion au printemps dans les grandes surfaces, car la qualité initiale est primordiale pour la pérennité et la productivité de l'arbre.

La formation initiale : clef de la structure fruitière

Suivant les caractéristiques de la terre, et pour réaliser la forme fruitière choisie, il faut arquer les charpentières pour garantir une bonne structure de départ. L’arbre ne pousse pas toujours comme on le voudrait, c'est pourquoi une bonne formation initiale est cruciale. C’est avec les tailles et les arcures qu’on arrive à faire une bonne formation des fruitiers, dans les règles de l’art. Cette étape, bien que technique, est fondamentale pour assurer la vigueur et la fructification future de l'arbre.

Schéma illustrant les différentes formes d'arbres fruitiers (haute-tige, demi-tige, basse-tige, espalier, cordon)

Les formes de plein vent : haute-tige et demi-tige

Les arbres fruitiers haute-tige, souvent appelés simplement "tige", sont les formes les plus grandes et les plus encombrantes pour les arbres de plein vent. Ils possèdent un tronc, dépourvu de branches, de 1,80 à 2 mètres de haut et une couronne arrondie de largeur conséquente, pouvant atteindre 10 à 15 mètres. L’arbre vit longtemps, produit beaucoup, et la ramure ne gêne pas le passage ou la tonte mécanique ou écologique, mais cette dernière est limitée aux petits animaux, comme les moutons ou les poules. Une taille annuelle n’est pas nécessaire pour obtenir une récolte : la fructification intervient naturellement. Cependant, il faut attendre au moins 5 ans avant d’obtenir les premiers fruits. L’inconvénient majeur vient de la hauteur de l’arbre : comptez 8 mètres pour un pommier, 10 à 15 mètres pour un poirier ou un cerisier. Tout dépend des espèces fruitières et des porte-greffes utilisés.

La demi-tige représente une version plus petite des arbres fruitiers. Le tronc mesure de 40 à 60 cm, parfois jusqu’à 80 cm, et la ramure est aérée avec des branches réparties dans toutes les directions. Ce type d'arbre ne nécessite pas de tuteurage à l’âge adulte. L’arbre vit moins longtemps, entre 20 et 30 ans, mais offre une mise à fruits plus rapide. La production de fruits est importante, et ils peuvent se cueillir plus facilement qu’avec une haute-tige, avec l’aide d’une petite échelle.

La basse-tige et la haie fruitière : des solutions pour les petits jardins

La basse-tige est la plus petite version des arbres fruitiers. L’arbre vit moins longtemps, entre 15 et 25 ans en général, et offre une mise à fruits encore plus rapide. La production de fruits est moins importante, mais ils peuvent se cueillir plus facilement qu’avec une demi-tige, avec un simple escabeau.

Dans nos jardins contemporains, souvent plus petits que jadis, il reste peu de place pour planter des arbres fruitiers. La plantation en haie fruitière est beaucoup utilisée, car la mise à fruits est rapide. La récolte débute un ou deux ans après la plantation, à proximité du tronc, puis jusqu’à l’extrémité du bras. Cette forme est décorative et trouve sa place le long d’une allée ou borde le potager. Basse, elle facilite aussi toutes les opérations de taille et d’entretien. La haie fruitière est idéale pour les petits jardins et elle a une mise à fruits plus rapide que les autres formes. La production de fruits est moins importante, mais ils peuvent se cueillir plus facilement que sur la demi-tige, presque sans escabeau. C'est aussi un excellent pare-vue qui délimite bien un jardin, et elle est facile d’entretien et de cueillette car la hauteur est limitée. La haie fruitière est décorative par sa belle floraison au printemps et tout au long de l’année avec un panache de fruits de variétés différentes et des couleurs magiques en automne. Une haie fruitière plantée dans les vergers d’amateurs et les vergers professionnels a pour obligation de faire un palissage. Il est absolument nécessaire de tendre des fils pour les porte-greffes de faible vigueur, car une fois en production de fruits, il suffit d’un coup de vent et l’arbre risque de se coucher.

L'espalier : une tradition ornementale et pratique

En horticulture, l’espalier est le nom d’une forme d’arbre, le plus souvent fruitier, obtenue par une technique de taille permettant d’avoir un arbre à forme plate. Cette technique était populaire au Moyen-Âge en Europe pour décorer les murs, mais son origine est plus ancienne et pourrait dater de l’Égypte antique. Les formes palissées en haie fruitière permettent un superbe gain de place. Dans ce cas, les arbres sont plantés au sein d’un enclos, le long d’un mur, contre la façade d’une maison ou encore en contre-espalier, palissés sur des lattes et des fils.

Exemple d'un espalier fruitier le long d'un mur ancien

Le Muséum National d'Histoire Naturelle : un conservatoire du vivant

Fondé en 1626, le Jardin du Roi, devenu Muséum en 1793, n’a toutefois développé systématiquement ses collections végétales tropicales vivantes que depuis le milieu du siècle dernier. Celles-là regroupent aujourd’hui quelques 7000 taxons et forment une réserve génétique essentielle, avec vocation de conservatoire pour les espèces menacées. Naguère implantée sur le site parisien du Muséum, la plus large part des collections tropicales fit l’objet d’un transfert en 1986 sur le domaine de l’arboretum de Chèvreloup, à proximité de Versailles.

Le personnel, composé de 6 jardiniers préposés aux tâches immenses de gestion quotidienne des serres tropicales de Chèvreloup, a donc un gros travail à assumer et doit être félicité de tenir ce patrimoine végétal en bonne santé. Dans les serres proches, on remarque des ensembles de bombacacées, de bégoniacées insulaires, et une importante collection d’euphorbiacées : 170 taxons. Au sein de la famille des apocynacées, si parfumées, on peut admirer l’inflorescence des Acokanthera venenata et Tabernaemontana longiflora, et les belles fleurs en hélice d’Ochrosia elliptica et de l’arbustive Cabucala angustifolia.

Le Muséum possède également une collection de commelinacées, où l’on remarque entre autres un énorme pied de Cochliostema odoratissimum à la floraison presque permanente, et un spécimen de Palisota barteri produisant une voluptueuse grappe de fruits. Dans la longue galerie sont groupés, en rangs serrés, des spécimens très âgés (150 ans pour les aînés) de palmiers : 165 taxons ; de cycadales : 42 taxons notamment du genre Encephalartos (E. latifrons, E. lebomboensis, E. lehmannii), ou encore Zamia furfuracea et Ceratozamia mexicana. Notons également la présence dans cette galerie d’un exemplaire de Pandanus sanderi dont la taille est comparable à celle des grands palmiers, et de Kigelia africana, dit encore arbre à saucisses du fait de la forme de ses fruits qui pendent à l’extrémité de pédoncules de plus d’un mètre de long.

Dans une serre réservée aux espèces de moindre développement, on peut observer Anchomanes difformis qui ne produit qu’une seule mais énorme feuille, puis de beaux spécimens de Neodypsis decaryi et de Phoenix sylvestris, de Verschaffeltia splendida, sorte de palmier-bambou en provenance des Seychelles, et de Chambeyronia macrocarpa, espèce de Nouvelle-Calédonie dont la palme est de couleur rouge vif à la naissance. La collection des palmiers de l’océan Indien que possède le Muséum est d’ailleurs presque complète.

Enfin, dans une serre dite de plantes utiles, conservées entre autres pour leurs propriétés culinaires ou pharmaceutiques, on trouve des collections de thés, de cafés, de ficus (68 taxons) et de pandanacées. Signalons enfin, parmi les végétaux grimpants, Antigonon leptopus ou liane corail, très florifère, et Passiflora racemosa fleurissant en grappes. Ne pouvant pas, vu la diversité mondiale des plantes, réunir l’universalité des sujets végétaux concernés, l’unité des serres tropicales du Muséum a fréquemment opté pour des collections spécialisées au sein d’un genre voire d’une famille, mais visant à l’exhaustivité pour les espèces. Une place particulière doit être enfin aménagée aux plantes originaires de Madagascar, espace insulaire depuis 65 millions d’années où faune et flore ont évolué indépendamment du continent africain : 80 % des espèces y sont endémiques, c’est-à-dire propres au pays. Parmi une foule de sujets d’intérêt, mentionnons dans les collections du Muséum des cucurbitacées succulentes Xerosicyos decaryi et Xerosicyos danguyi.

L'acclimatation des plantes ornementales sur la Riviera : une histoire de passion et de science

L’acclimatation systématique des plantes ornementales apparaît beaucoup plus tardive. S’agissant de la Riviera, le Comté de Nice jusqu’en 1860 fut possession du royaume de Piémont-Sardaigne où l’influence culturelle italienne était prépondérante. L’histoire retient toutefois que la première impulsion quant à l’implantation de végétaux exotiques sur la Riviera provint d’une impératrice d’origine antillaise, Joséphine de Beauharnais. Au tout début du 19ème siècle, les serres du château de Malmaison abritaient une foule de plantes d’origine subtropicale que l’on se procurait par divers moyens : achat en Angleterre auprès des établissements LEE et KENNEDY à Hammersmith (le blocus continental imposé à ce pays connaissait certaines exceptions) ; organisation de missions de botanistes dans les pays d’élection : Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud ; requêtes adressées auprès des grands commis napoléoniens administrant les pays conquis ; sollicitation de correspondants extérieurs : diplomates, marins, explorateurs. Il a été noté que de 1804, année d’achèvement de la grande serre, à 1814, au décès de l’impératrice, 184 espèces nouvelles en France ont fleuri à Malmaison. Comme tous les authentiques introducteurs, l’impératrice avait soin de partager ses spécimens, et la correspondance échangée entre J.B. Mirbel, alors intendant du domaine, et M.J. Sieur, préfet, le prouve. Le préfet Dubouchage y aura notamment recours - seul site mentionné dans la correspondance avec Malmaison - pour satisfaire aux souhaits de l’impératrice Joséphine. Un catalogue comptant près de 1500 espèces fut édité en 1821. Cet espace disparaîtra progressivement après 1885.

La proche ville de Hyères connut également diverses activités d’acclimatation, la plus notoire étant celle d’Alphonse Denis engagée dès 1832. Le secteur sud-est des côtes maritimes françaises relève de paramètres climatiques subtropicaux propres non seulement à la sphère méditerranéenne orientale, mais aussi à certaines régions du Chili, de la Californie, de l’Afrique du Sud, de la Nouvelle-Zélande et du sud-ouest australien (ces trois dernières régions relevant alors de la souveraineté anglaise) : long et fort ensoleillement, hygrométrie élevée, protection contre les vents violents.

Figures marquantes de l'acclimatation sur la Riviera

Gustave Thuret (1819-1874), issu d’une famille fortunée, voyagea beaucoup et se passionna pour l’histoire naturelle. Il fut en relation avec des savants du monde entier et entreprit un travail d’acclimatation à partir de 1856, lequel se poursuivit ultérieurement sous la direction de botanistes réputés : Charles Naudin qui siègera à l’Institut, Georges Poirault et J.B. Texier. Cet apport est celui d’une composante scientifique au sein des divers courants d’introduction des plantes exotiques. La villa Thuret fut léguée à l’État au décès du fondateur et devait abriter tout au long du XXème siècle divers laboratoires de recherche, dont l’INRA est aujourd’hui gestionnaire.

Gilbert Nabonnand (1828-1903), rosiériste mais aussi collaborateur attitré dès la fin des années 1850 comme entrepreneur-jardinier, de Lord Brougham et de la première génération des hivernants anglais à Cannes, sera amené à développer sa propre pépinière, l’établissement Sainte-Anne situé en face du Fort Carré d’Antibes. Le site sera racheté en 1908 par J.B. Dental, le seul des grands horticulteurs du début du siècle dont les descendants exercent toujours dans la profession. Le dernier catalogue des roses cultivées comptait près de 1500 variétés, dont quelques 300 obtentions propres. G. Nabonnand eut deux fils, Paul (1858-1936) et Clément (1864-1949) qui devaient chacun ouvrir leurs propres pépinières, l’un à Mandelieu et l’autre à Villeneuve-Loubet ; ces espaces ont aujourd’hui disparu. Les rosiers Nabonnand demeurent toujours appréciés, figurant parmi ceux qui résistent le mieux aux paramètres climatiques de la Riviera.

Eugène Mazel (1828-1894), ce négociant qui faisait le commerce des épices avec les pays asiatiques, avait réalisé à Anduze (Gard) en 1856 un arboretum et une bambouseraie d’une trentaine d’hectares, le parc de Prafrans. Il constituera peu après une modeste annexe méditerranéenne au Golfe-Juan (5000 m²) pour y héberger des plantes trop fragiles pour le milieu cévenol, palmiers notamment. Le site sera abandonné vers 1882 à la suite d’un revers de fortune du mécène et les espèces d’intérêt seront transplantées à la villa Valetta de Cannes.

Jacques Duval, comte d’Éprémesnil (1827-1891), vice-président de la prestigieuse Société d’acclimatation de Paris, co-fondateur de l’ancien jardin d’acclimatation du Bois de Boulogne et rénovateur du parc du château familial de Croissy s/Seine, deviendra l’animateur du précaire jardin d’acclimatation du Riou créé par la ville de Cannes en 1876. Il devait ensuite développer ses propres collections à partir de 1879 au domaine des Cocotiers sur le Golfe-Juan ; groupant quelques 5000 plantes, elles seront parmi les plus importantes de la fin du siècle. Ses héritiers transformeront la propriété en site de production, lequel sera connu sous la dénomination de Pépinières de l’Aube.

Henry de Vilmorin (1843-1899), issu d’une famille d’horticulteurs dont l’activité remontait au XVIIIème siècle, ce praticien fut aussi un agronome réputé qui publiera d’importants travaux expérimentaux. L’établissement d’Empel qu’il fonda en 1886 sur le Cap d’Antibes, était initialement voué à la culture sous châssis : environ 5000 m² vitrés, où l’on produisait entre autres une centaine de variétés de primevères. Cet établissement deviendra ultérieurement un conservatoire pour la multiplication de plantes rares, puis les terrains seront lotis dans les années 1950. H. Acquise par Achille-Georges Vigier, petit-fils du maréchal Davout, cette propriété fut configurée par le paysagiste J.C.

L'architecture de remploi : une seconde vie pour les matériaux anciens

L’avènement en Europe des sensibilités romantiques à partir de la seconde moitié du 19ème siècle se caractérisa notamment par l’implantation de fabriques dans les jardins, petits édifices décoratifs et fausses ruines, évoquant la nostalgie d’un monde perdu. Un moment privilégié en France fut constitué par la démolition du palais des Tuileries à Paris, effectuée à partir de 1884. L’entrepreneur qui obtint l’adjudication mit en vente les éléments du site les plus achevés. C’est ainsi que le château de La Punta, propriété de la famille Pozzo di Borgo, situé au-dessus de la baie d’Ajaccio, fut largement constitué d’éléments de remploi du 17ème siècle en provenance des Tuileries, à commencer par les façades, dont l’une d’entre elles offre par exemple deux niveaux de colonnade superposés.

R. Maïnella appartenait à un courant de praticiens qui sillonnaient alors l’Europe pour y racheter des éléments d’édifices anciens afin de les remployer ailleurs : porches et fenêtres, escaliers, bas-reliefs, chapiteaux et autres motifs sculpturaux, éléments de statuaire, arcades, vasques. À un moindre niveau, la belle villa Ile de France du Cap Ferrat, voulue par Béatrice Ephrussi, porte également la marque de la réinsertion d’éléments de remploi glanés au cours de ses pérégrinations.

Édouard Larcade (1871-1945) fut un antiquaire prestigieux du premier tiers du 20ème siècle, qui devait notamment s’engager dans le négoce de structures architecturales anciennes. Le site de l’Abbaye de Roseland, résidence niçoise édifiée en 1923, sera presque intégralement formé de composants médiévaux. La plus élégante des réalisations apparaît sous la forme d’un cloître majestueux, dont la plupart des éléments proviennent d’édifices religieux du sud-ouest de la France ; il est notamment établi que la colonnade intérieure provenait de l’ancienne église (d’origine paléochrétienne) de la Daurade à Toulouse. L’ancienne résidence francilienne d’Édouard Larcade à Saint-Germain-en-Laye, qui supporte aujourd’hui un ensemble d’immeubles collectifs, conserve toujours dans ses jardins quelques structures anciennes d’intérêt, notamment un théâtre romain du 2e siècle, avec gradins et mur de scène.

Jacques Couelle (1902-1996), dessinateur d’art puis architecte, développa une importante activité de négociant en matériaux culturels médiévaux dans l’entre-deux-guerres. Il semble avoir organisé la récupération de ces éléments sur une grande échelle auprès de communautés religieuses, municipalités ou propriétaires privés. Il s’était installé à Aix-en-Provence et effectuait une publicité dans les périodiques mondains de l’époque. Il constituera une association vouée à la promotion de l’artisanat d’art - la Décoration architecturale - qui organisera en 1935 une mémorable Exposition d’art roman, avec une centaine d’objets présentés (les provenances des pièces sont presque toutes indiquées dans le catalogue de l’exposition ; introduction du jeune François Spoerry, futur architecte de Port Grimaud). Ses principales réalisations de l’époque comme architecte de remplois, se trouvent presque toutes dans la région grassoise : Domaine des Penchinades, Bastides de Fontvieil, Pigranel et Saint-François ; château de Beaumont - microcosme d’un village provençal - et surtout château de Castellaras. L’un des fils de J. Couelle, Jean-Pierre Couelle, également architecte aixois, sera l’instituteur de l’ARPA, association sans but lucratif pour la restauration et la sauvegarde du patrimoine, regroupant des professionnels retraités des métiers de l’architecture et des professions artistiques, afin d’apporter conseils et compétences aux propriétaires, publics et privés, d’édifices historiques (l’ARPA dispose d’un site internet).

Photo du cloître majestueux de l'Abbaye de Roseland

Réflexions sur la vie et la fragilité de l'existence

Ces récits d'engagement envers le patrimoine végétal et architectural contrastent avec des témoignages profondément personnels sur la fragilité de la vie. La maladie, qu'il s'agisse de la Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA) ou du sarcome d'Ewing, nous rappelle l'importance de chérir chaque instant et de reconsidérer nos priorités.

Le combat contre la SLA : une ode à la résilience

Le témoignage d'une personne atteinte de la SLA est particulièrement poignant. Diagnostiquée à seulement quarante-six ans, avec une fille d'à peine 18 ans, la nouvelle est tombée le 22 janvier 2013. Ce fut un moment difficile à passer, marqué par la pensée omniprésente : « Merde, je vais vraiment mourir. » Contre toutes attentes, et treize ans plus tard, cette personne est encore en vie. Jusqu’à ce jour fatidique, sa vie n’avait semblé qu’un rêve. Ils avaient déménagé à Lorraine et se juraient être les personnes les plus chanceuses du monde, menant une vie rythmée par la moto, les balades en auto, les réceptions, le travail ou les études, sans réels soucis. Puis leur monde s’est écroulé.

Aux premiers jours de la maladie, l’espoir a jailli : l’espoir d’un remède, l’espoir de quelque chose pour ralentir ce monstre, l’espoir de ne pas mourir d’une mort lente et cruelle. Pendant un temps, la personne s'est convaincue qu’elle obtiendrait ce remède et qu’elle retrouverait aussitôt son ancienne vie. Mais ce fantasme ne s’est jamais réalisé. Personne n’a jamais été guéri de la SLA. Jamais. Au mieux, les traitements permettent de gagner quelques mois. Et les cellules souches ? Juste de faux espoirs enrobés d’un argumentaire de vente clinquant pour les désespérés.

Même maintenant, une petite partie de cette personne croit que si, par miracle, son corps revenait, elle reprendrait exactement là où elle s’était arrêtée. Elle retrouverait sa moto, son auto expressément choisie, son corps d’avant, sa santé. Mais treize ans ont été volés. Ces treize dernières années, elle a essayé de retrouver un peu de son ancienne vie. Elle a réussi à regagner sa voix grâce à ElevenLabs. Elle n’a pas tout perdu…

Sa vie a beaucoup changé depuis cette tragique date. Elle est plus sereine, plus calme. Aujourd’hui, elle est assise, bien calée dans son fauteuil roulant à réfléchir à cette vie et à la suivante (oui, elle y croit). Elle se demande combien de temps elle va encore pouvoir supporter sa condition alors que ses bras et ses mains faiblissent et que bientôt elle devra conduire son fauteuil roulant électrique avec sa tête et écrire avec ses yeux. Elle rêve de pouvoir manger seule et s’empiffrer de nourriture - comme les cheeseburgers, les steaks et les sushis, miam ! Tout ce qu’elle peut croquer avec avidité… Et pourtant, elle rêve encore de se réveiller et de découvrir que la terre s’est vraiment arrêtée la veille du 22 janvier 2013 - et qu’une nouvelle chance lui est offerte. En attendant, elle reste dans l’instant présent en essayant d’aimer aussi intensément que possible avec le temps qu’il lui reste. Elle se dit qu’être bien entourée, amène réconfort et chaleur lorsque la tempête sévit. Elle croit fermement que sans « ses précieux », jamais, elle n’aurait pu dépasser l’espérance de vie que l’on lui avait prédit. La preuve est faite que les statistiques existent pour être déjouées.

On lui dit souvent que ses yeux parlent. Par chance ! Parce qu’elle n’a plus de voix. De tous les deuils qu’elle a dû faire en treize ans, à cause de la maladie, la perte de sa voix est de loin le plus pénible à vivre. C’est fou comme on prend certaines choses pour acquises. La majorité d’entre nous ne se pose jamais de questions sur le fait de parler, de communiquer. Elle y pense beaucoup. Imaginez être incapable de dire : « J’ai faim », « J’ai mal », « Merci » ou « Je t’aime ». Être enfermée à l’intérieur de son corps, un corps qui ne répond plus aux commandes de son cerveau. Entourée de personnes, et pourtant complètement seule. Regrettant de ne pas pouvoir communiquer, réconforter, participer. Sa personnalité est tranquillement mais assurément enterrée dans un corps apparemment silencieux mais son esprit demeure vibrant, caché à la vue de tous. Elle est piégée, avec ses pensées pour seule compagnie.

Elle ne sait pas s’il est vraiment possible d’exprimer en mots, ce que c’est que d’être incapable de communiquer. Sa personnalité semble disparaître dans un épais brouillard et tous ses désirs et émotions sont restreints, étouffés et contenus en elle. Pour elle, le pire est cette sensation de totale impuissance. La communication est ce qui nous rend humain. Elle permet de nous lier profondément à ceux qui nous entourent. Raconter notre propre histoire, exprimer des vœux, des besoins et des désirs, ou entendre ceux des autres en écoutant vraiment. C’est comme ça que le monde sait qui nous sommes. Sa voix s’éteint, les mots se perdent. Elle tolère mal ses silences, elle qui était « verbomotrice ». Cette incapacité éveille chez elle une sourde rébellion qu’elle sait pourtant déjà vouée à l’échec. Se limiter à quelques mots pour exprimer de simples petits désirs, pourtant si faciles à concevoir dans sa tête, est un vrai supplice. Perdre cette partie essentielle d’elle, celle qu’elle utilise pour entrer en contact avec l’humanité, elle le vit comme une déchirure. Ne plus parler a pour conséquence de l’isoler, d’ériger un mur entre elle et ceux qu’elle aime. Les conversations filent bien loin, avant qu’elle trouve le temps de se faire comprendre ou de s’exprimer. Sa patience est mise à rude épreuve, comme celle de ses aidants. L’affaiblissement des muscles de sa gorge et de sa langue rend difficile l’articulation des mots. Sa prononciation en souffre gravement. Le débit ralentit et la modulation subit des variations involontaires. Parfois, la colère bouillonne en elle, au point où elle en pleure de rage. À d’autres moments, songeant à d’heureuses anecdotes ou à des blagues qu’elle n’a pas le temps de raconter, elle se met à rire toute seule. Elle vit de plus en plus dans sa tête. Ses récepteurs s’activent en permanence, mais ses transmetteurs sont morts. Elle accueille, mais elle offre peu ; du moins, c’est ainsi qu’elle se sent. Elle développe l’écoute attentive et elle devient la confidente parfaite ! Récemment, elle a vu son neurologue à l’Institut neurologique de Montréal et pendant qu’elle attendait, l’orthophoniste Yasmine est venue les voir pour leur demander si nous avions des besoins au niveau de la parole. Jocelyn lui a demandé si, avec l’intelligence artificielle, on pouvait faire des enregistrements vocaux.

Les dernières pensées d'Holly Butcher : un appel à vivre pleinement

En ce début d’année 2026, au moment des résolutions et des bilans, un texte poignant d'Holly Butcher, une jeune femme de 27 ans ayant perdu son combat contre le sarcome d’Ewing, une forme rare de cancer des os, résonne comme un cri de vérité. C’est étrange de réaliser et d’accepter sa mortalité à 27 ans. C’est juste une de ces choses qu’on préfère ignorer. Les jours passent et on s’attend à ce qu’ils continuent d’arriver, jusqu’à ce que l’inattendu se produise. Elle s’était toujours imaginée vieillir, ridée et avec les cheveux gris, comptant fonder une belle famille avec beaucoup d'enfants et l’amour de sa vie. C’est ça, la vie ; elle est fragile, précieuse et imprévisible, et chaque jour est un cadeau, pas un droit acquis.

Elle n’a pas commencé « ce mot avant de mourir » pour que la mort soit redoutée ou pour faire peur. Elle aime le fait que nous ignorions généralement quand cela surviendra. Quand elle voulait en parler, on traitait la mort comme un sujet tabou qui n’arrive jamais à personne. Elle trouvait cela difficile. Elle souhaite simplement que les gens arrêtent de s’inquiéter des petits stress insignifiants de la vie et qu’ils essaient de se rappeler qu’après tout nous allons tous mourir alors faites ce que vous pouvez pour que votre temps soit précieux et agréable, sans les conneries. Elle a partagé beaucoup de ses pensées, car ces derniers mois, elle a eu beaucoup de temps pour réfléchir à la vie.

Lorsque vous vous plaignez de choses ridicules, pensez simplement à quelqu’un qui est confronté à un réel problème. Soyez reconnaissant de votre petit problème et surmontez-le. C’est normal de reconnaître que quelque chose est agaçant, mais essayez de ne pas ruminer et de ne pas nuire à la journée des autres. Une fois que vous l’aurez fait, sortez et respirez profondément l’air frais, regardez le ciel bleu et le vert des arbres ; c’est tellement beau.

Elle évoque des plaintes courantes : coincés dans les embouteillages, mal dormi à cause de bébés, coiffeuse qui a coupé les cheveux trop courts, faux ongles ébréchés, seins trop petits, cellulite ou ventre épaissi. Elle insiste : laissez tomber tout ça. Elle jure que vous n’y penserez plus quand viendra votre dernière heure. Tout cela est tellement insignifiant quand on regarde la vie dans son ensemble. Elle regarde son corps dépérir sous ses yeux, sans qu’elle ne puisse rien y faire, et tout ce qu’elle souhaite pour l’instant, c’est pouvoir passer un autre anniversaire ou Noël avec sa famille, ou une journée de plus avec son conjoint et son chien.

Elle entend des gens se plaindre de la difficulté au travail ou à faire de l’exercice. Elle encourage : soyez reconnaissant d’en être physiquement capable. Elle a essayé de vivre sainement, et c’était probablement sa plus grande passion. Appréciez votre bonne santé et le bon fonctionnement de votre corps, même s’il n’a pas la taille idéale. Prenez-en soin et appréciez son incroyable beauté. Bougez et nourrissez-le avec des aliments frais. N’oubliez pas qu’une bonne santé ne se limite pas au corps physique… travaillez tout autant à trouver votre bonheur mental, émotionnel et spirituel. Ainsi, vous réaliserez peut-être à quel point avoir ce corps parfait, si stupidement représenté sur les réseaux sociaux, est insignifiant et sans importance… À ce propos, supprimez tous les comptes qui apparaissent sur votre fil d’actualité et qui vous donne un sentiment de honte. Ami ou non… Soyez impitoyable pour votre propre bien-être.

Soyez reconnaissant pour chaque jour où vous n’avez pas mal, et même les jours où vous êtes malade à cause d’une grippe, d’un mal de dos ou d’une entorse à la cheville, acceptez que ce soit temporaire. Râlez moins, les amis ! … et aidez-vous davantage les uns les autres. Donnez, donnez, donnez. Il est vrai qu’on est plus heureux en faisant des choses pour les autres qu’en les faisant pour soi-même. Elle aurait aimé faire cela plus souvent. Depuis qu’elle est malade, elle a rencontré des personnes incroyablement généreuses et bienveillantes, et elle a reçu des mots et un soutien des plus attentionnés et affectueux de la part de sa famille, de ses amis et d’inconnus ; davantage qu’elle ne pourrait jamais donner en retour.

C’est étrange d’avoir de l’argent à dépenser à la fin… quand on est en train de mourir. Ce n’est pas le moment d’acheter des choses matérielles comme on le ferait habituellement, comme une nouvelle robe. En fait, cela nous fait réfléchir à la bêtise de dépenser autant d’argent pour de nouveaux vêtements et autres « choses » dans la vie. Offrez à votre ami quelque chose de gentil plutôt qu’une autre robe, un produit de beauté ou des bijoux pour le prochain mariage. N’oubliez pas que personne ne se soucie que vous portiez la même chose deux fois. Invitez-les au restaurant, ou mieux encore, préparez-leur un repas. Préparez-leur un café. Appréciez le temps des autres. Ne les faites pas attendre parce que vous êtes nuls en ponctualité. Préparez-vous plus tôt si vous êtes de ceux-là et appréciez que vos amis veuillent partager leur temps avec vous. Cette année, sa famille a décidé de ne pas offrir de cadeaux et, même si le sapin avait l’air plutôt triste et vide, c’était tellement agréable car les gens n’avaient pas la pression des achats. Ils ont fait l’effort d’écrire une jolie carte les uns pour les autres. Imaginez sa famille essayant de lui acheter un cadeau en sachant pertinemment qu’ils finiraient probablement par l’avoir eux-mêmes… étrange ! Ça peut paraître ringard, mais ces cartes ont plus de valeur pour elle que n’importe quel achat. Elle remarque que c’était aussi plus facile à faire chez eux, car ils n’avaient pas de jeunes enfants.

Utilisez votre argent pour des expériences… Ou du moins, ne ratez pas d’expériences parce que vous avez dépensé tout votre argent en bêtises matérielles. Faites l’effort de réaliser cette journée à la plage que vous remettez sans cesse à plus tard. Trempez vos pieds dans l’eau et enfoncez vos orteils dans le sable. Mouillez-vous le visage à l’eau salée. Essayez simplement de profiter de l’instant présent et de le vivre pleinement plutôt que de le capturer à travers l’écran de votre téléphone. La vie n’est pas faite pour être vécue à travers un écran, ni pour prendre la photo parfaite… Savourez l’instant présent, bon sang !

Question rhétorique : Ces heures passées à vous coiffer et à vous maquiller chaque jour ou à sortir un soir en valent-elles vraiment la peine ? Elle n’a jamais compris ça chez les femmes. Levez-vous tôt et écoutez les oiseaux tout en admirant les magnifiques couleurs du soleil qui se lève. Écoutez de la musique… écoutez vraiment. La musique est une thérapie. Câlinez votre chien. Ça va tellement lui manquer. Parlez à vos amis. Posez votre téléphone. Vont-ils bien ? Voyagez si c’est votre envie, abstenez-vous si ce n’est pas le cas. Travaillez pour vivre, ne vivez pas pour travailler. Sérieusement, faites ce qui vous fait plaisir. Mangez du gâteau. Zéro culpabilité. Dites non aux choses que vous n’avez vraiment pas envie de faire. Ne vous sentez pas obligée de faire ce que d’autres pourraient penser… Vous pourriez vouloir une vie hors standards, et c’est très bien. N’oubliez pas que si quelqu’un vous rend malheureux, vous avez le pouvoir de changer les choses, que ce soit au travail, en amour ou quoi que ce soit. Ayez le courage de changer. Vous ne savez pas combien de temps vous avez sur terre, alors ne le gâchez pas à vous lamenter.

Oh, et une dernière chose : si vous le pouvez, faites une bonne action pour l’humanité (et pour moi-même) et commencez à donner régulièrement votre sang. Cela vous fera du bien, et en plus, cela sauvera des vies. Elle a l’impression que c’est quelque chose qu’on néglige souvent, alors que chaque don peut sauver trois vies ! C’est un impact considérable que chacun peut avoir, et le processus est vraiment très simple. Le don de sang lui a permis de rester en vie une année supplémentaire - une année qu’elle sera éternellement reconnaissante d’avoir pu passer ici sur Terre avec sa famille, ses amis et son chien.

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