Désherbage du colza : Stratégies et solutions spécifiques, avec un focus sur le Centium 36 CS

Champ de colza avec mauvaises herbes

Le désherbage du colza est une étape cruciale pour assurer un bon rendement et une récolte facilitée. Au-delà des graminées hivernales, des géraniums et des crucifères, de nombreuses adventices spécifiques posent problème et nécessitent une gestion ciblée. Une connaissance approfondie de leur biologie et des solutions adaptées est essentielle pour une lutte efficace et durable.

L'Ammi Majus : Une adventice à germination échelonnée

L'ammi élevé est une ombellifère capable de germer toute l'année, avec un pic notable en sortie d'hiver et début de printemps. Les germinations s'estompent à l'approche des fortes températures estivales pour reprendre à l'automne, notamment dans les cultures de colza, dès le début du mois de septembre. La fructification de l'ammi majus a lieu pendant l'été. En raison de ces caractéristiques biologiques et de son mode de levée plutôt échelonné, la rotation des cultures n’est pas un levier très efficace pour sa maîtrise.

Des faux-semis dans l’interculture colza-céréales peuvent contribuer à réduire le stock semencier superficiel. Cependant, le labour n’a pas d’effet significatif sur cette adventice. Selon nos références actuelles, l’ammi majus est bien contrôlé en prélevée avec des herbicides à base de clomazone, tels que COLZOR TRIO, AXTER, ou CENTIUM 36 CS. Des herbicides à base de quinmérac, comme NOVALL ou ALABAMA, sont également efficaces. En postlevée, l'utilisation du MOZZAR à 0,25 l/ha est efficace. Des programmes comme MOZZAR 0,25 puis IELO 1,5 l/ha ou MOZZAR 0,25 puis MOZZAR 0,25 sont également préconisés pour une meilleure efficacité.

La culture de colza : comment la protéger des méligèthes avec LIDEA PROTECT

Le Gaillet Gratteron : Un concurrent redoutable pour le colza

Le gaillet est très préjudiciable en colza. Bien que sa nuisibilité soit tardive, des pertes significatives sur le rendement sont enregistrées dès 2 pieds/m², en fonction du milieu et des conditions de culture. De plus, il provoque des problèmes de verse et une gêne considérable à la récolte, notamment des enroulements autour des rabatteurs et des bourrages.

Le gaillet lève préférentiellement de septembre à mars, avec une floraison de mai à octobre. Seule l'introduction de cultures d'été, semées dès la mi-avril, permettra de casser le cycle de cette adventice et de diminuer progressivement la pression des gaillets en cultures d'hiver. Compte tenu de la persistance modérée des graines de gaillet une fois enfouies dans le sol, le labour peut être envisagé en cas d’échec de gestion. Les premières germinations débutant en fin d'été, des faux semis réguliers et bien menés dans l’interculture colza-céréales seront efficaces à partir de septembre et plus tardivement. Le binage à partir de 3-4 feuilles du colza est aussi une possibilité de lutte mécanique.

Les herbicides de prélevée comme COLZOR TRIO à 4 l/ha (avec clomazone) ou ALABAMA à 2.5 l/ha (avec quinmérac) présentent les meilleures efficacités. Un programme avec de la napropamide à 1.5 l/ha en présemis, suivie d’un produit à base de quinmérac ou de clomazone en prélevée à dose modulée (2/3 à 3/4), est également envisageable pour un renforcement via la napropamide. On note fréquemment un petit complément d’efficacité à la prélevée avec IELO. Le produit de postlevée FOX est efficace sur très jeunes gaillets poussants. Mais c’est le produit MOZZAR qui sera le plus efficace, sur gaillet levé, quel que soit le stade de développement de l'adventice.

Schéma de cycle de vie du gaillet gratteron

Le Chardon-Marie : Une espèce en progression

Le chardon-Marie est une espèce annuelle qui se rencontre de plus en plus souvent dans certaines régions françaises, notamment le Centre, le Poitou-Charentes et le Sud-Ouest. Les germinations ont lieu à l’automne et à l’entrée de l’hiver. Avant la sortie des pétales, le broyage et l’écimage peuvent être des techniques de lutte mécanique envisageables.

CALLISTO est une solution efficace et économique pour le contrôle du chardon-Marie. Sur jeune adventice, les efficacités sont supérieures à 90%. Il est recommandé d'appliquer CALLISTO à 0,15 l/ha à partir de 6 feuilles du colza, sur une culture endurcie par les premiers froids (températures inférieures à 7/8°C). Il est possible de renouveler l'application 3 semaines plus tard si nécessaire. Un programme incluant IELO 1,5 l/ha + CALLISTO 0,15 l/ha peut être appliqué début novembre. Enfin, en l’absence de rattrapage à l’automne, la possibilité d’un rattrapage de printemps avec LONTREL SG à 174 g/ha + huile ne doit pas être exclue.

Le Bleuet : Une gestion par la rotation et le labour

Le bleuet levant principalement entre octobre et novembre et de manière plutôt groupée, l’introduction de cultures de printemps ou d’été dans la rotation, ainsi que l'augmentation de l'intervalle de temps entre deux colzas dans la parcelle, limiteront la progression de cette adventice. Comme les graines du bleuet perdent leur viabilité rapidement lorsqu'elles sont enfouies (Taux Annuel de Décroissance proche de 70%), le labour occasionnel est un moyen de gestion efficace après un échec de désherbage.

Le contrôle en prélevée du bleuet est difficile. L'herbicide COLZOR TRIO à 4 l/ha reste la meilleure référence de prélevée (effet napropamide) mais présente une efficacité insuffisante. Les meilleurs programmes combinent de la napropamide 1,5 l/ha (COLZAMID, etc.) en présemis incorporé avec un produit de prélevée type AXTER, COLZOR TRIO ou ALABAMA. Au printemps, LONTREL SG à 174 g/ha + huile est une option. En post-levée, le rattrapage peut se faire avec FUSILADE MAX 1,5 l/ha, qui, de manière surprenante, est relativement efficace bien que l’érodium ne soit pas une graminée. En postlevée, l’utilisation de CLERAVIS/CLERANDA présente de bonnes efficacités, à condition de choisir une variété CLEARFIELD®. Pour les fortes infestations et en postlevée, on peut privilégier un programme de type MOZZAR 0,25 l/ha puis IELO 1,5 l/ha + FOX 1 l/ha.

L'Anthrisque : Une ombellifère à surveiller

L’anthrisque n’est pas aussi nuisible qu’un gaillet mais elle n’est pas négligeable, étant du même ordre de nuisibilité qu’une moutarde. Assez fréquente en observation, elle pose toutefois rarement de problèmes majeurs. C’est de loin, avec l’ammi majus, l’ombellifère la plus difficile à contrôler. Des spécialistes de Terres Inovia et d'ARVALIS-Institut du végétal ont passé au crible les moyens de lutte pour gérer les adventices majeures des systèmes céréaliers et oléagineux.

Un deuxième traitement doit être envisagé 6 à 8 jours après le T1. La cadence de traitement doit être maintenue tant que l’efficacité n’est pas satisfaisante ou à la vue de nouvelles levées d’adventices. Les doses repères doivent se raisonner en fonction du stade des adventices. Par exemple, au stade point vert à cotylédons, Fasnet SC 0.6-0.8 l/ha + Tramat F. 0.15 l/ha + racinaire (s) + huile 0.5 à 1 l/ha. Au stade cotylédons à 2 feuilles, Fasnet SC 0.8-1 l/ha + Tramat F 0.2 l/ha + racinaire (s) + huile 0.5 à 1 l/ha. Le choix du ou des racinaires dépendra de la flore dominante. Par exemple, Goltix 70 % 0,3 à 0,5 kg/ha est efficace sur chénopode, renouée des oiseaux, renouée persicaire, matricaire, fumeterre, morelle, arroche étalée. Venzar WP 0,1 kg/ha ou Venzar SC 0,16 l/ha agit sur colza et arroche étalée, renouée liseron. Kezuro 0,9 l/ha est efficace sur véronique et gaillet. Safari 15 g/ha est utilisé pour colza, mercuriale, sanve, morelle, et Safari 20 g/ha pour ravenelle, matricaire, renouée des oiseaux, renouée persicaire, éthuse. Safari DuoActive 0,105 kg/ha est efficace sur colza, mercuriale, sanve, morelle, renouée liseron, atriplex, et Safari DuoActive 0,145 kg/ha sur ravenelle, matricaire, renouée des oiseaux, renouée persicaire, renouée liseron, atriplex et éthuse.

Le Centium 36 CS : Un herbicide polyvalent pour la gestion des adventices

Bidon d'herbicide Centium 36 CS

Le Centium 36 CS, produit par la société Belchim, est un désherbant à large spectre qui a obtenu une extension d’usage sur betteraves industrielles et fourragères. Cet herbicide permet de lutter efficacement contre les mercuriales, chénopodes, gaillets, renouées et liserons. Sur betteraves, il s’applique uniquement en programme et en post-levée stricte à partir du stade BBCH12 (première paire de feuilles étalées) en une seule application. Sa dose d’usage dans les programmes varie de 0,05 à 0,1 l/ha.

La matière active du Centium 36 CS, la clomazone, est encapsulée pour une diffusion progressive. Absorbée par les racines, elle inhibe la biosynthèse de la chlorophylle chez les adventices cibles, qui blanchissent et meurent. Belchim explique que « la clomazone, nouvelle famille chimique sur le marché des herbicides betteraves à sites d’actions différents, peut venir en complément d’autres désherbants. Elle contribue ainsi à limiter les phénomènes de résistances. »

Le Centium 36 CS est disponible dans les déclinaisons suivantes : Centium 36 Cs 1L (Bidon) et Centium 36 Cs 3L (Bidon). Il est recommandé pour les cultures de plein-champs telles que les pois fourragers, le colza d’hiver, la féverole et les pommes de terre. Sur colza, il est particulièrement intéressant sur le sisymbre et la capselle.

Conseils pour l’utilisation du Centium 36 CS dès le deuxième traitement de post-émergence

Pour une parcelle avec levée complète des betteraves, il est recommandé d'utiliser le Centium 36 CS à la dose de 0,035 l/ha. Il est important de ne pas mélanger ce produit avec la substance active lénacile (par exemple, Venzar, Varape). Le volume de bouillie doit être supérieur à 100 l/ha.

Des programmes recommandés incluent :

  • F + T + Centium 36CS 0,035 l/ha + H pour le gaillet et la renouée liseron.
  • F + T + Centium 36CS 0,035 l/ha + Goltix 70 % 0,3 kg/ha + H pour le chénopode, la morelle et l'arroche.
  • F + T + Centium 36CS 0,035 l/ha + Safari 15 à 20 g/ha + H pour l'éthuse, la renouée persicaire, la renouée des oiseaux et la mercuriale.

Augmenter la dose d’huile jusqu'à 1 l/ha permet d’obtenir une meilleure efficacité du désherbage, sans prendre de risque sur la sélectivité vis-à-vis des betteraves en conditions de traitements optimales.

Engagement lié au Plan de Prévention accompagnant la dérogation NNI

L’utilisation de semences traitées avec des néonicotinoïdes implique de maîtriser les adventices et d’empêcher leur floraison. Cela souligne l'importance d'une gestion efficace des mauvaises herbes pour la protection des cultures.

Précautions d'emploi et stockage du Centium 36 CS

Les produits phytopharmaceutiques doivent être utilisés avec précaution. Avant toute utilisation, il est impératif de lire l'étiquette et les informations concernant le produit. Avant toute utilisation, assurez-vous que celle-ci est indispensable.

Pendant le mélange/chargement (application à l'aide d'un pulvérisateur à rampe) :

  • Porter des gants en nitrile certifiés NF EN ISO 374-1/A1 et NF EN 16523-1+A1 (type A).
  • Porter un EPI vestimentaire conforme à la norme NF EN ISO 27065/A1.
  • Porter un EPI partiel (blouse ou tablier à manches longues) de catégorie III et de type PB (3) par-dessus l'EPI vestimentaire précité.

Pendant l'application (avec tracteur avec cabine) :

  • Porter un EPI vestimentaire conforme à la norme NF EN ISO 27065/A1.
  • Porter des gants en nitrile certifiés NF EN ISO 374-1/A1 et NF EN ISO 374-2 (types A, B ou C) à usage unique, dans le cas d'une intervention sur le matériel pendant la phase de pulvérisation.

En cas d'échec de la culture, ou après une culture traitée moins de 30 jours avant récolte, ne pas implanter de culture à cycle court (environ 30 jours entre le semis/la plantation et la récolte) moins de 90 jours après le traitement.

Informations générales relatives aux bonnes pratiques de protection :

  • L'utilisation d'un matériel adapté et entretenu et la mise en œuvre de protections collectives constituent la première mesure de prévention contre les risques professionnels, avant la mise en place de protections individuelles.
  • Le port de combinaison de travail dédiée ou d'EPI doit être associé à des réflexes d'hygiène (par exemple, lavage des mains, douche en fin de traitement) et à un comportement rigoureux (par exemple, procédure d'habillage/déshabillage).

Recommandations environnementales (SP1) :

  • Ne pas polluer l'eau avec le produit ou son emballage.
  • Ne pas nettoyer le matériel d'application près des eaux de surface.
  • Éviter la contamination via les systèmes d'évacuation des eaux à partir des cours de ferme ou des routes.

Le Centium 36 CS contient 1,2-benzisothiazol-3(2H)-one et peut produire une réaction allergique (EUH208). Il est très toxique pour les organismes aquatiques et entraîne des effets néfastes à long terme (H410). Il est impératif d'éviter le rejet dans l'environnement (P273), de recueillir le produit répandu (P391) et de faire éliminer le contenu et le récipient dans un point de collecte des déchets spéciaux ou dangereux (P501). Ces produits sont uniquement destinés aux cultures non alimentaires.

Equipement de protection individuelle pour l'application de pesticides

Classification Toxicologique et Danger pour les Milieux Aquatiques

Le Centium 36 CS est classé comme Dangereux pour le milieu aquatique - Danger chronique, catégorie 1 (AQUATIC+CHRONIC_1). Le produit n'est pas classé CMR (CMR0). Il est crucial de respecter les instructions d'utilisation pour éviter les risques pour la santé humaine et l'environnement (EUH401). Pour protéger les organismes aquatiques, les plantes non cibles, les arthropodes non cibles et les insectes, il est nécessaire de respecter une zone non traitée (distance à préciser) par rapport à la zone non cultivée adjacente ou aux points d'eau (spe3).

Infographie sur les bonnes pratiques agricoles pour la protection de l'environnement

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