La maîtrise de l'enherbement est la condition sine qua non de la réussite économique et agronomique de la culture de l'épinard. Que ce soit pour la production de feuilles destinées à l'industrie ou pour la multiplication de semences, la gestion des adventices représente un défi majeur, exacerbé par la restriction croissante des solutions chimiques disponibles. L'évolution des pratiques tend aujourd'hui vers une combinaison raisonnée de techniques mécaniques, agronomiques et chimiques.

Les enjeux du désherbage mécanique en culture conventionnelle et biologique
L'Unilet a engagé des expérimentations approfondies pour pallier la réduction de la gamme herbicide. L'objectif est de trouver un équilibre entre l'efficacité du contrôle des adventices et la préservation de la culture, souvent fragile lors des premiers stades de développement.
La herse étrille, bien qu'utilisée, pose des problèmes d'agressivité vis-à-vis de l'épinard. Son efficacité est maximale uniquement jusqu'au stade deux feuilles cotylédonaires des adventices. À l'inverse, le binage de précision, une fois ses réglages maîtrisés, se montre beaucoup plus respectueux de la culture. Il offre une grande souplesse sur les stades d'intervention et permet de traiter des inter-rangs étroits (16 à 18 cm, voire 26 cm en bio).
Toutefois, le binage comporte une limite structurelle : l'absence de travail sur le rang. Pour pallier cette lacune, les itinéraires techniques intègrent souvent un complément chimique ou, dans le cadre de l'agriculture biologique (AB), un passage de herse étrille. Le risque majeur en bio reste la perte de densité liée aux passages mécaniques répétés, ce qui peut pénaliser la qualité de la récolte finale.
Optimisation technologique : le guidage par caméra
L'adoption de bineuses de haute précision, guidées par capteurs vidéo, a révolutionné les pratiques de certains maraîchers. Ces outils permettent de travailler à des cadences élevées - environ mille mètres à l'heure - réduisant ainsi le temps de travail nécessaire par hectare.
Dans les exploitations comme celle d'Eric Harrouet, le binage est devenu la pierre angulaire du désherbage. Pour l'épinard, culture au cycle très court (22 à 23 jours en été), un seul passage dès le stade cotylédons suffit souvent à sécuriser la parcelle, car l'épinard couvre rapidement le sol, étouffant ainsi les levées tardives d'adventices. Cette approche permet de s'affranchir totalement du désherbage chimique sur certaines productions.
Démonstration de bineuse de précision en maraîchage
L'épinard porte-graine : une problématique spécifique
La production de semences d'épinard (Spinacia oleracea) présente des contraintes radicalement différentes. En tant qu'espèce dioïque, sa culture nécessite des écartements de rangs importants (50 à 60 cm) pour favoriser la pollinisation par le vent. Cette configuration empêche l'épinard de couvrir le sol, laissant ainsi le champ libre au développement des adventices tout au long du cycle, de la levée à la floraison.
Stratégies de lutte intégrée
Le désherbage de l'épinard porte-graine doit être réfléchi à l'échelle de la rotation. Il est impératif d'éviter les parcelles ayant un historique élevé de graines d'adventices, particulièrement celles difficiles à trier ou les repousses de betteraves.
Le désherbage mixte, combinant interventions mécaniques et chimiques, demeure le meilleur compromis. Les étapes clés incluent :
- Préparation du sol : Un travail soigné affine la structure et élimine les premières levées d'adventices.
- Binage : Il peut être déclenché dès le stade 2-4 feuilles de l'épinard et répété autant que possible jusqu'au stade limite de passage.
- Soutien chimique : L'usage de spécialités est limité. L'Avadex 480 (triallate) peut être incorporé lors de la préparation du sol. Le Centium 36 CS est autorisé mais demande une grande vigilance selon l'humidité du sol. Des produits comme le Goltix 90 UD ou le Metafol 700 SC (métamitrone) offrent une fenêtre d'intervention large, tandis que le Triton SG/Lontrel SG est privilégié pour gérer les vivaces comme les chardons.
Leviers agronomiques et perspectives d'avenir
Au-delà du désherbage pur, les producteurs intègrent des leviers complémentaires pour renforcer la résilience des cultures. L'utilisation du faux-semis, la sélection de variétés à forte vigueur et l'apport d'amendements organiques (souvent sous forme de compost fin et régulier) permettent de créer un environnement moins favorable aux adventices.

L'avenir du désherbage, notamment dans les grands abris, repose sur l'innovation technologique. Les maraîchers espèrent voir se démocratiser des robots autonomes, capables de travailler en continu, de gérer l'aération des tunnels et de parfaire le désherbage directement sur le rang, là où la bineuse classique ne peut intervenir.
La transition vers des méthodes telles que La Nouvelle Agriculture® illustre cette tendance de fond : remplacer les molécules de synthèse par des solutions de biocontrôle, des extraits végétaux et des biostimulants. Cette approche, couplée à une mécanisation de précision, permet de maintenir une production de qualité tout en répondant aux exigences réglementaires et sociétales de réduction des intrants chimiques.
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