Le ray-grass s’invite de plus en plus comme une adventice infestant fortement des cultures de printemps telles que le maïs alors que cette graminée présente un cycle de développement plutôt calé sur les cultures d’hiver. Cette adaptation au changement climatique permet à l’espèce de lever un peu toute l’année. Sa présence n’est pas liée à la culture, mais plutôt à la parcelle, notamment là où il y a un historique de rotations culturales courtes et des résistances à des herbicides. Le grand Bassin parisien fait partie des régions concernées par la problématique ray-grass où l’on peut observer des densités de plusieurs centaines de pieds de cette graminée au mètre carré.

Diagnostic et enjeux de la lutte contre le ray-grass
La lutte contre cette graminée nécessite une approche réfléchie, surtout lorsque des résistances sont identifiées. Si l’on est en présence de ray-grass résistant à des herbicides des groupes HRAC 1 ou 2, il est impératif de réaliser un traitement de prélevée avec le seul anti-graminées qui reste, le DMTA-P (diméthénamide-P), contenu dans des produits comme Isard ou Dakota-P. Une autre substance active, le péthoxamide, appartient à la même famille chimique, mais il montre une efficacité sur le ray-grass un peu inférieure. Par ailleurs, le produit Successor 600 devrait être retiré du marché en 2027.
La gestion des ray-grass résistants, dans le bassin parisien notamment, impose le recours à la prélevée. Les résultats acquis récemment mettent en évidence une meilleure efficacité des associations de chloroacétamides à base de S-métolachlore et de DMTA-P, par exemple via des mélanges comme Isard et Dual Gold ou Dakota-P et Dual Gold.
L’importance du traitement de prélevée
Le traitement de prélevée devra être réalisé juste après le semis, car les levées de ray-grass sont très rapides. Un traitement de prélevée est utile pour regrouper les levées ultérieures et rendre plus facile le positionnement du traitement de post-levée qui se fera sur des stades plus homogènes de l’adventice. La pendiméthaline peut être associée au DMTA-P en prélevée pour apporter un complément d’efficacité sur les graminées.
Toutefois, les herbicides appliqués en prélevée nécessitent un cumul de 10 mm de pluie dans les 15 jours qui suivent l’application pour garantir une efficacité optimale. En l’absence de ces conditions, si la pression graminée est forte, il conviendra tout de même de réaliser l’opération en essayant de la positionner au plus près du semis pour bénéficier de l’humidité résiduelle. En effet, en condition sèche, l’efficacité des chloroacétamides n’est pas nulle et limitera le risque d’avoir à gérer en postlevée des situations non contrôlables par des produits foliaires, notamment pour les graminées résistantes.
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Stratégies en postlevée et alternatives mécaniques
Si les ray-grass ne sont pas résistants à des herbicides, un traitement de post-levée bien réalisé peut suffire avec des produits à base de sulfonylurée (nicosulfuron, rimsulfuron, foramsulfuron) à dose forte pour en assurer l’efficacité. Cependant, dans certaines régions, nous avons beaucoup de cas de résistance au nicosulfuron. En revanche, des produits à base de foramsulfuron peuvent encore être efficaces.
Monsoon Active (foramsulfuron + thiencarbazone-méthyl + cyprosulfamide) est présenté comme l'herbicide de post-levée le plus performant sur ray-grass. Mais il a une DVP (dispositif végétalisé permanent) de 20 mètres. Si cela est rédhibitoire pour l’agriculteur, une alternative est d’utiliser le produit Equip (foramsulfuron + isoxadifen-éthyl) qui n’a pas cette contrainte réglementaire.
Le binage est un levier de lutte utile contre les adventices. Ce sera efficace à condition de s’attaquer à des ray-grass jeunes et d’avoir des conditions très sèches, avec au moins trois jours sans pluie après l’intervention. Mais le binage touche peu le ray-grass sur le rang. Il est également possible de passer une herse étrille en prélevée avant le stade pointant du maïs dont les semences sont à 5 cm de profondeur. Notamment les années où l’on a semé dans le sec, l’outil sera efficace sur des graminées au stade filament à cette période.
Gestion des flores complexes et sélectivité
La présence assurée de graminées, tels que PSD (panic, sétaire, digitaire) ou encore de ray-grass, impose quasiment l’application d’un produit racinaire en prélevée ou en postlevée précoce, avant la levée de ces graminées. Pour réussir son désherbage, il est tout d’abord important de bien repérer le stade du maïs afin de limiter au maximum un risque de manque de sélectivité sur de jeunes plantes. Il faut éviter toutes applications sur des maïs trop précoces et, le cas échéant, attendre le stade deux feuilles en s’assurant du bon état végétatif.

Pour les flores simples, l’objectif est de maîtriser les dicotylédones et de prévenir l’éventuel développement de graminées. Nous proposons l’utilisation de l’isoxaflutole (IFT), composant du Merlin Flexx, en prélevée associé à un chloroacétamide. À la place de l’IFT, il est possible d’utiliser la pendiméthaline qui possède également un spectre large. Pour une bonne efficacité, la pendiméthaline nécessite une humidité du sol suffisante et persistante. Mais il ne faut pas l’utiliser en sol filtrant ou en cas de semis mal recouvert car cette substance active présente un risque de phytotoxicité pour le maïs si elle vient au contact des racines (racines en « massue »).
Spécificités des produits de contact
Les herbicides de postlevée utilisables en maïs contiennent pour la grande majorité d’entre eux des substances actives systémiques à pénétration racinaire et foliaire. À noter toutefois que la bentazone, le bromoxynil (Emblem, Cadeli, Rajah) et le pyridate (Onyx) sont trois matières actives à pénétration foliaire et à action uniquement de contact.
C’est donc la qualité de la répartition de la bouillie sur la feuille qui conditionne leur efficacité. Dans ce cas-là, il faut veiller à traiter lorsque l’hygrométrie est élevée, pour éviter l’évaporation des gouttelettes et la cristallisation de la bouillie, et à garder un volume de traitement entre 80 et 150 l/ha en fonction du type de buse. Un manque de sélectivité de ce type d’herbicides se traduit par des brûlures sur les feuilles, ce qui souligne l'importance d'une application précise et adaptée au stade physiologique de la culture.
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