
Le désherbage mécanique des cultures est devenu une solution incontournable pour les agriculteurs français, notamment pour les cultures spécialisées comme l'ail, qui font face à des contraintes réglementaires croissantes sur l'utilisation des produits phytosanitaires. L'ail, en tant que culture à cycle long et peu couvrante, est particulièrement vulnérable à l'enherbement hivernal et printanier. Une gestion inefficace de ces adventices peut entraîner un impact significatif sur le rendement et nécessiter un rattrapage manuel long, pénible et coûteux. Cet enjeu de bien éliminer la concurrence entre végétaux est crucial pour la culture afin de laisser l'ail exprimer tout son potentiel.
Les Fondamentaux d'un Désherbage Mécanique Réussi
Pour un désherbage mécanique efficace, il est essentiel de rappeler les bases techniques d'un désherbage réussi. Cela inclut des rotations adaptées, l'utilisation de couverts végétaux, et le choix d'outils adaptés. Le technicien Mikaël Boilloz, de la Chambre d’agriculture de la Drôme, souligne qu'une fois les bonnes pratiques préventives mises en œuvre, le recours au désherbage mécanique est impératif. Des essais réalisés sur culture d’ail par la Chambre d’agriculture de la Drôme à Etoile-sur-Rhône, dans le cadre du projet en cours Pepit, ont démontré l'efficacité du désherbage mécanique. En 2019-2020, le rendement du témoin zéro désherbage a été de 9,3 t/ha, contre 13,2 t/ha dans la modalité désherbage mécanique, qui a consisté en 2 passages de herses étrilles et 4 binages. En 2020-2021, le témoin zéro désherbage a affiché un rendement de 11,8 t/ha. Mikaël Boilloz observe qu’un enherbement non géré entraîne une perte de rendement de 20 à 30 %. Il précise également que si le désherbage mécanique est bien réalisé, il n’impacte pas la perte de plants, ni le rendement face à une référence chimique.
Un préalable essentiel au désherbage mécanique est de limiter l'herbe en amont de la culture d'ail. Il faut ainsi choisir des parcelles les plus « propres » possibles et adaptées au désherbage mécanique, en évitant les pentes, la présence de cailloux, les terrains hydromorphes. Les rotations, les faux semis, l'occultation et la solarisation sont des pratiques possibles pour nettoyer les parcelles avant l'implantation de la culture. Cependant, ces deux dernières ne sont envisageables que sur de faibles surfaces et en l'absence de vent. Pour réussir son désherbage mécanique, il est nécessaire que la distance de plantation des caïeux soit comprise entre 4 et 5 cm. Le terrain doit être nivelé et ressuyé, avec un délai de 24 à 48 heures avant la prochaine pluie. Mikaël Boilloz précise qu'il faut éviter d’intervenir tôt le matin car le feuillage est plus cassant à ce moment-là. Le développement des adventices doit être observé régulièrement afin de pouvoir intervenir rapidement quand c’est nécessaire.
Outils et Stratégies de Désherbage Mécanique
Divers outils sont utilisables par les producteurs, en plein, en inter-rang ou sur le rang. Les stades d’intervention ne seront pas les mêmes suivant le matériel utilisé.
Désherbage Inter-rang : La Bineuse et ses Variantes
Le passage d’outils en interrang est une méthode maîtrisée pour se débarrasser efficacement des adventices. La bineuse est un outil de désherbage mécanique travaillant dans l’inter-rang des cultures sarclées déjà implantées. Elle agit en coupant ou arrachant les adventices et en remuant la terre dans les inter-rangs. Elle permet aussi de décroûter et de butter, selon les différents éléments bineurs utilisés. La bineuse est efficace sur un large spectre d’adventices (graminées et dicotylédones annuelles) de la levée jusqu’à des stades de développement avancés. Elle n’est pas efficace contre les vivaces car sa profondeur de travail est trop faible. Contrairement à la houe et à la herse étrille, elle permet d’en ralentir la croissance mais risque de générer des boutures de rhizomes. Il est possible de biner après que la culture ait complètement levé et que les rangs soient visibles ou dès la levée des adventices, avant que la culture ne dépasse la hauteur du porte-outil.

Pour réussir son désherbage avec la bineuse, il est important de soigner le nivelage du sol au semis ou à la plantation afin d’éviter les mottes et les levées hétérogènes. Le sol doit être plat, rappuyé et suffisamment ressuyé sans qu’il soit trop sec. Elle est moins efficace en cas de présence trop importante de résidus de culture. Les éléments bineurs, un par inter-rang, sont fixés à une poutre centrale mais sont indépendants et peuvent être réglés à différents écartements. Ces éléments comportent une à cinq pièces travaillantes, dont le type détermine l'agressivité et l’action sur le sol et les adventices. Les bineuses peuvent aussi être équipées d’un système de guidage (guidage manuel, bineuse frontale, par caméra, par satellite, etc.), qui permet un confort, une précision du travail et des débits de chantier supérieurs. La rigidité des dents sur lesquelles sont fixés les socs et la profondeur de travail du sol sont importantes : plus les dents sont rigides, plus elles pénètrent dans le sol. La profondeur doit être comprise entre 2 et 6 cm. La vitesse conseillée oscille entre 3 km/h au cours du premier passage (stades jeunes de la culture) et 10 km/h pour les passages plus tardifs. La bineuse est à mobiliser dans des stratégies de désherbage mécanique en complément de la herse étrille et de la houe rotative, ou mixtes. Cette technique est facilement généralisable sur culture implantée à écartement suffisant pour le passage des éléments bineurs (minimum 15 cm). Le binage améliore l'infiltration de l'eau dans le sol et limite l'évaporation en brisant la croûte superficielle et en supprimant les remontées par capillarité. L'utilisation de la bineuse peut provoquer des pertes de pieds si l'intervention est mal conduite et que les cultures ne sont pas protégées par des protège-plantes durant leur stade sensible. Cependant, l'effet aération du sol et amélioration du statut hydrique peut amener une légère augmentation du rendement.
Serge Nizan, gérant d’une entreprise de travaux agricoles à Mordelles (35), pratique le désherbage mécanique depuis plusieurs années, binant 200 ha par an. Pour un résultat satisfaisant, la houe combinée à la herse doit être passée à 10 km/h. Équipée d’un tracteur Fendt porte-outil, la bineuse ventrale se met au plus près du rang. « Placées entre les roues, les dents de la bineuse se déplacent moins dans l’interrang pour plus de précision. C’est aussi plus confortable pour le chauffeur, qui travaille sur 6 ou 8 rangs. Parfois, la bineuse remonte les cailloux, il nous faut alors ensiler un peu plus haut la plante », confie l’entrepreneur.
Désherbage sur le Rang et en Plein : Herses, Houes et Doigts Rotatifs
« Désherber entre les rangs, c’est facile. Sur le rang, c’est plus dur. Pour autant, c’est essentiel pour laisser la culture exprimer son potentiel », commente Jean-Jacques Le Bris, producteur de légumes à Pleumeur-Gautier (22), adepte du désherbage mécanique sur ses parcelles menées en bio.
La première machine à s’élancer est spécialement conçue pour enlever les mauvaises herbes du rang. « Les rotors font tourner ces herses. Suivant la texture du sol et la culture, la longueur des dents ne sera pas la même. Développé sur ail et oignon, l’outil peut aussi être utilisé sur poireau et maïs », explique Hans Kalter, représentant de la marque. Avec une vitesse d’avancement du tracteur de 6 km/h, les dents viennent mettre à l’air les adventices, sans déranger les jeunes plants de maïs. L’agressivité peut être réglée. Sur maïs, le passage de la Weeding Machine est possible entre le stade 3 et 8 feuilles, quand la plante est encore flexible.
Autre matériel présenté par la société Grégoire Agri de Saffré (44), la houe rotative Mainardi équipée d’une herse pour terminer le travail. « Elle doit être utilisée au stade filament des adventices, à une vitesse de 10 km/h », explique Jean-Luc Grégoire, de la société distributrice, qui importe le matériel, développe et fabrique la herse qui complète l’équipement, et qui présentait aussi une houe avec réglage de l’agressivité depuis la cabine, par circuit hydraulique.

En plein, la herse étrille peut intervenir de la prélevée jusqu’au stade 6F, à une profondeur comprise entre 2 et 3 cm. Le terrain ne doit pas être dur ou très croûté lors du passage. La rotoétrille procure un effet « rattrapage » intermédiaire entre étrille et bineuse, et est à utiliser de préférence en prélevée. Sur le rang uniquement, son utilisation optimale se situe en prélevée ou entre les stades 2F et 4F. Le doigt rotatif est un outil pour le désherbage sur le rang à faible profondeur (1 cm), avec un stade optimal d’utilisation à partir du stade 5F et jusqu’au début de la bulbaison. Il peut être utilisé en prélevée, mais seulement si on dispose d’un système de guidage performant de type RTK.
L'Avènement de la Robotique au Service du Désherbage
Face aux défis croissants, la robotique offre des solutions innovantes pour le désherbage mécanique. Le robot porte-outils Orio a été pensé pour aider les agricultrices et les agriculteurs dans la conduite des opérations de désherbage avec une grande précision. Doté d’un GPS RTK et d’un système d’autoguidage cumulant près de 100 000 heures sur l’ensemble de la gamme Naïo Technologies, il suit les lignes de travail et opère les demi-tours avec une précision centimétrique. Grâce à la herse étrille Treffler, le désherbage mécanique de l’ail s’est avéré conforme aux attentes avec un bonus lié à la robotique.
Le fonctionnement du porte-outils électrique Orio évite aux tractoristes de passer des heures sur le siège du tracteur. Capable de couvrir plusieurs hectares par jour sans consommer de carburant, il est également léger. Sur des sols qui ressuient lentement, il est nécessaire de ne jamais se laisser dépasser par la pousse des adventices. Naïo Technologies a conçu Orio avec deux objectifs majeurs en tête : la sécurité et la polyvalence. Équipés d’une bulle de sécurité créée par 3 lidars, la version 2023 du robot évite les intrusions dans la zone où travaille l’outil. Simple à paramétrer, il est également facile à équiper. Il suffit de braquer ses 4 roues motrices et directrices perpendiculairement à son sens d’avancement pour passer au-dessus de l’outil à atteler. Orio est également capable de se déplacer en crabe.
Un robot pour biner, et d'autres matèriels de binages de l'ail
Le robot Dino de Naïo Technologie a été présenté en démonstration en parcelle d’ail lors d'une journée technique. Cette journée a réuni 120 personnes pour la démonstration de divers matériels de désherbage de l’ail en post-levée : des bineuses (Monosem), des herses-étrilles (Treffler, Carré) et le robot Dino de Naïo. Tout l’enjeu de cette phase de culture est de détruire les adventices sans blesser les plants d’ail et compromettre le rendement.
Les Défis et Opportunités du Changement
« Et le changement, justement, n’est pas si simple que cela, sans quoi tout le monde serait déjà au désherbage mécanique », souligne le technicien Mikaël Boilloz. La journée technique a servi à rappeler que se passer des herbicides suppose une approche systémique, bien en amont de la seule intervention par outil mécanique. Il faut d’abord raisonner une rotation adaptée. Ensuite, planter l’ail plus tardivement (début novembre) est préférable afin d’être décalé vis-à-vis de la germination de certaines adventices. Et l’implantation doit être légèrement plus profonde. Enfin, en ce qui concerne les interventions mécaniques en cours de culture, le choix de l’outil est à raisonner en fonction de chaque exploitation, et peut être affiné avec les constructeurs. La décision d’intervention mécanique suppose beaucoup d’observation, d’anticipation et de réactivité pour passer au moment adéquat. Sans oublier l’importance des réglages et du bon usage de chacun de ces nouveaux outils. En bref, il faut du temps, de la technique et des connaissances nouvelles et, surtout, renoncer au sentiment de sécurité que confèrent les herbicides. Enfin, l’achat de ces matériels et le temps de travail supplémentaires constituent un coût supplémentaire à la production.
De plus en plus de cultivateurs font face à un véritable casse-tête quand il s’agit de trouver des employés à l’année mais aussi des travailleurs saisonniers. Pour ne rien arranger, les contraintes sur les cultures spécialisées comme l’oignon, l’ail, les porte-graines et le maraîchage de plein champ s’accumulent. Le cadre réglementaire de l’utilisation de produits phytosanitaires devient de plus en plus strict avec des solutions de remplacement qui tardent à arriver et qui, hélas, sont trop souvent absentes. Face à ces contraintes, le désherbage mécanique devient une solution pour réussir les récoltes de cultures fragilisées par des interdictions d’herbicides de synthèse.

Les agriculteurs français sont soumis à une forte pression pour changer leurs modes de production pour réduire la dépendance aux pesticides. Dans ce contexte, la question de la gestion des plantes adventices est un enjeu majeur pour les producteurs d’ail, en raison de la faible aptitude à la concurrence de cette culture, qui peut rapidement être affectée en cas d’infestation mal maîtrisée. Ainsi, afin de produire durablement, les producteurs d’ail souhaitent intégrer des techniques alternatives de désherbage pour limiter l’emploi de produits phytosanitaires.
Un « Groupe 30 000 » rassemblant une dizaine de producteurs d’ail volontaires pour travailler à la réduction des produits phytosanitaires, animé par la Chambre d’agriculture, a été à l'initiative d'une journée technique dont le succès montre bien l’intérêt des professionnels pour les alternatives aux herbicides. La question suscite l’intérêt de toute la filière, puisque des groupes de producteurs accompagnés de leurs techniciens ont fait le déplacement depuis les principaux bassins de production français, du Nord, du Tarn en passant par l’Eure-et-Loir, l’Auvergne et la Loire. Un déplacement qui a aussi été l’occasion de visiter des fermes drômoises, donc d’échanges fructueux tant techniques que conviviaux entre parties-prenantes d’une même filière. Les matériels étaient amenés et commentés par des constructeurs, des concessionnaires et, soulignons-le, par des producteurs désireux de partager leur expérience. « Les solutions et les outils existent et ne feront que s’améliorer, mais cela suppose un ensemble de changements qu’il faut accompagner », précise Mikaël Boilloz.
La Récolte de l'Ail : Une Étape Cruciale
Après avoir géré efficacement les adventices, la récolte de l'ail est l'aboutissement du travail. Avant de commencer la récolte, il est essentiel d'établir un calendrier en fonction de la période de croissance de l'ail et des conditions climatiques de votre région. Assurez-vous que les bulbes ont atteint leur pleine maturité en observant les signes de feuilles jaunissantes et flétrissantes.
Il est important de s'assurer d'avoir le matériel de récolte nécessaire à disposition. Des outils tels que des fourches, des pelles et des couteaux bien aiguisés seront utiles pour déterrer les bulbes sans les endommager. La récolte de l'ail peut être une tâche laborieuse, surtout dans les grandes exploitations. Organiser une équipe de travailleurs peut faciliter le processus de récolte et assurer une collecte rapide et efficace.
Déterrez les bulbes d'ail avec soin en insérant l'outil sous les bulbes pour les soulever du sol. Veillez à ne pas endommager les bulbes lors de la récolte. Une fois déterrés, laissez les bulbes sur le sol pour qu'ils sèchent brièvement avant de les déplacer vers un endroit approprié pour le séchage.
Après la récolte, disposez les bulbes d'ail dans un endroit sec, bien ventilé et à l'abri de la lumière directe du soleil pour les faire sécher. Laissez-les sécher pendant quelques semaines supplémentaires pour les durcir complètement, processus appelé "curing". Après le séchage et le curing, coupez les racines et les tiges sèches des bulbes à environ 2,5 cm du bulbe.
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