Stratégies intégrées pour le désherbage des céréales au printemps

La gestion des adventices en céréales constitue un défi croissant pour les agriculteurs, marqué par une pression accrue des graminées, l'émergence de résistances aux herbicides et une réglementation phytosanitaire qui se restreint. Si les interventions d'automne sont souvent déterminantes, le désherbage de printemps demeure une étape cruciale pour préserver le potentiel de rendement et garantir la propreté des parcelles sur le long terme.

Diagnostic et observation : la clé du succès

Chaque année, il est fréquent de voir de nouvelles levées de vulpins et/ou de ray-grass dans les parcelles de blé déjà désherbées à l’automne. Pour décider de la stratégie à adopter au printemps, la surveillance lors des tours de plaine de janvier à mars est essentielle. La clé d’entrée pour construire le programme de printemps, c’est la densité et la nature des graminées observées.

Tour de plaine dans une parcelle de céréales

Le tour de plaine permet d'évaluer le niveau d'infestation sur chaque parcelle et d'ajuster le programme de rattrapage. Après un traitement d’automne, on retrouvera principalement des graminées, les dicotylédones ayant été dans la majeure partie des cas contrôlées. C’est leur présence qui déterminera le choix du produit. Il est impératif de réaliser un état des lieux précis en prenant en compte le niveau de salissement et l’évaluation de la présence d’éventuelles résistances chez certaines adventices.

L’agronomie : le levier de base avant la chimie

Les herbicides doivent toujours être considérés comme la dernière étape d’une stratégie de désherbage et non l’inverse. Dans un contexte régional toujours plus difficile (infestations et résistances en hausse), la réussite du désherbage des céréales à paille passe par un ensemble de solutions combinant des moyens agronomiques avec des programmes herbicides.

L’allongement de la rotation culturale est l'un des leviers essentiels pour réduire la pression exercée par les mauvaises herbes. L'alternance entre cultures d'hiver et de printemps contribue également à perturber le cycle de vie des adventices, limitant ainsi leur propagation. Le décalage des dates de semis est une pratique stratégique pour échapper aux périodes de pic d'infestation. En décalant le semis, les agriculteurs peuvent réduire la densité des mauvaises herbes présentes au moment de la levée des cultures principales.

La technique du faux semis, qui consiste à préparer le sol sans semer de culture, puis à détruire les mauvaises herbes qui émergent, offre un moyen non chimique de réduire la population des adventices. De même, le recours au désherbage mécanique, à travers l'utilisation de machines spéciales, permet de limiter la présence des mauvaises herbes sans avoir recours à des herbicides.

TANDEM – Binage des céréales - FOCUS Montage de la bineuse pour les céréales

Le labour, levier à activer occasionnellement, permet d'enfouir les graines et de perdre leur viabilité au cours du temps. Un bon compromis est un labour tous les trois ou quatre ans. Enfin, le passage de herse étrille peut être un levier d'opportunité, bien que ses conditions de réalisation soient restrictives (sol bien nivelé, céréale bien implantée et sol sec).

Stratégies de désherbage chimique de printemps

Si une intervention avec un herbicide foliaire à large spectre de la gamme Mesomaxx s’avère nécessaire, elle s’effectue à partir du stade 3 feuilles jusqu’au stade 2 nœuds. En sortie d’hiver, il faut désherber le plus tôt possible avant la fertilisation azotée et dès que les conditions climatiques favorables sont réunies et les sols ressuyés.

Les herbicides foliaires s’appliquent en conditions dites "poussantes" pour permettre aux matières actives d'être transportées dans la plante. Les plantes jeunes, moins vigoureuses, sont plus sensibles à l’effet des herbicides. Il est important d'utiliser la dose efficace pour bien éliminer les adventices ciblées.

Solutions par gamme de produits

  • Gamme OD : Atlantis® Pro 1,5 l/ha + Actirob® B 1l/ha ou Archipel® Duo 1l/ha + Actirob® B 1l/ha sont très efficaces sur graminées (vulpin, ray-grass, agrostis jouet du vent, pâturins). La dose efficace d’Archipel® Duo est de 0,8 l/ha à 1l/ha.
  • Gamme Star : Absolu® Star 0,33 kg/ha + Actirob® B 1l/ha + Actimum® 1l/ha ou Cossack® Star 0,2 kg/ha + Actirob® B 1l/ha + Actimum® 1l/ha présentent une très bonne efficacité sur graminées.
  • Gamme Xpert : Pacifica® Xpert 0,5kg/ha + Actirob® B 1l/ha + Actimum® 1l/ha offrent une efficacité intéressante sur graminées et dicots. La dose efficace de Pacifica® Xpert est comprise entre 0,3 et 0,5 kg/ha.

La formulation huileuse OD optimise le comportement de l’herbicide sur la feuille avec notamment une meilleure adhérence et pénétration. Sur vulpin, la formulation OD apporte une efficacité supplémentaire de 3 points en moyenne et de 8 si les conditions climatiques sont limitantes.

Gestion des résistances et pérennisation des systèmes

La présence de résistance aux herbicides de printemps (ALS et ACCase) sur ray-grass et vulpins notamment, est aujourd'hui réelle dans de nombreuses parcelles. Pour éviter de se retrouver dans des situations d'impasse de désherbage, les stratégies sont à adapter en fonction de l'historique de la parcelle. Obtenir un diagnostic pour bien connaître sa parcelle et savoir avec précision à quel type ou degré de résistance celle-ci est confrontée peut s'avérer utile.

Schéma illustrant le cycle de vie des graminées et les points de rupture

Le service HerbiDiag+ permet de faire l'état des lieux des parcelles et sécuriser le désherbage des graminées (vulpins ou ray-grass), dans le cadre de la rotation. Prélevez quelques plantules de ray-grass ou vulpins et obtenez en trois semaines un diagnostic détaillé du niveau, type et degré de résistance dans vos parcelles.

En définitive, la gestion du désherbage des céréales à paille est une tâche complexe qui exige une approche holistique et adaptative. L'utilisation judicieuse des leviers agronomiques, en amont de tout recours aux herbicides, est un moyen de minimiser l'impact sur l'environnement tout en maintenant des rendements agricoles satisfaisants. Cependant, il est important de reconnaître que la voie chimique reste une option précieuse pour préserver la santé des cultures et garantir la sécurité alimentaire. L’expertise de l’agriculteur et sa bonne connaissance de l’historique de chacune de ses parcelles s’avèrent déterminantes pour bâtir la stratégie désherbage la mieux adaptée.

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