Le glyphosate est un désherbant utilisé pour détruire ce que l'on appelle communément les mauvaises herbes. Il s’agit d’un herbicide total. Utilisé depuis plus de 40 ans, il est commercialisé pour la première fois pour les particuliers et les professionnels par l’entreprise Monsanto sous le nom commercial de « Round Up ». Depuis les années 2000, le glyphosate est fabriqué par un grand nombre de sociétés qui commercialisent de nombreux produits contenant cette substance. Substance incontournable de la production agricole depuis sa mise sur le marché en 1974, cet herbicide s’est imposé presque partout sur la planète.

Les atouts économiques et agronomiques du glyphosate
En analysant ses seuls aspects économiques et agronomiques, le glyphosate combine de nombreux atouts que l’on peut résumer à une palette élargie d’efficacité, alliée à un faible coût et une facilité certaine d’utilisation. Des atouts mis à profit dans de nombreuses situations où le glyphosate a permis d’intervenir dans des terrains difficiles, s’est substitué à du travail manuel pénible, a permis de dévitaliser les plantes vivaces et pérennes en fin de cycle, a remplacé du travail mécanique visant à garantir un bon désherbage. Le glyphosate a été par ailleurs largement utilisé dans certains pays en combinaison avec des plantes OGM, résistantes à cet herbicide. « Le glyphosate, c’est un peu comme la voiture. Le glyphosate est l’allié incontournable de la production agricole intensive qui domine dans le monde. Peu cher, efficace… pourquoi faire sans ? »
Controverses sanitaires et scientifiques
Le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), placé auprès de l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que le glyphosate devait désormais être classé cancérogène probable pour l’homme. Le Roundup avait été remis au centre de l’actualité après le classement en mars du glyphosate, son principe actif, comme cancérogène « probable chez l’homme », même si les « preuves sont limitées », par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC).
Deux ans plus tard, la parution des Monsanto Papers dévoile un système de « manipulation de données scientifiques, dissimulation d’informations aux autorités, rémunération de spécialistes pour rédiger des tribunes et études scientifiques favorables (ghostwriting), opération de propagande, menaces et intimidation de scientifiques et d’organisations publiques chargées d’étudier le cancer ».
Six ans après la classification de « cancérogène probable » par le Circ, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a publié, en 2021, la mise à jour de son expertise collective en matière de « pesticides et santé ». Celle-ci met en lumière certains effets du glyphosate, notamment comme perturbateur endocrinien. Comment expliquer de telles divergences ? « Dans le cas du glyphosate, comme pour tous les autres pesticides, il faudrait rapprocher la science règlementaire de la science académique », plaide François Veillerette, porte-parole de l’association Générations futures.
Les batailles contre le glyphosate
L'évolution de la réglementation en France et en Europe
Sur la base des avis des agences européennes, la Commission européenne a proposé en 2017 de renouveler l’autorisation du glyphosate dans l’Union européenne pour une durée de 10 ans. La France s’est prononcée contre cette proposition, avec d’autres États membres. En 2017, le président français fraîchement élu avait promis d’interdire le glyphosate sous trois ans, malgré la réautorisation de l’UE, avant de faire machine arrière en 2019.
Le 14 juin 2015, la ministre française de l’Écologie a demandé aux jardineries d’arrêter de mettre en vente libre le Roundup. Ségolène Royal et le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll avaient indiqué dans un communiqué qu’à compter du 1er janvier 2018, l’accès aux produits phytosanitaires pour les jardiniers amateurs ne pourrait se faire que « par l’intermédiaire d’un vendeur certifié ». Stéphane Le Foll avait toutefois indiqué auparavant ne pas vouloir interdire le glyphosate, l’herbicide le plus utilisé en France.
Concernant le milieu professionnel, l’arrêté du 22 décembre 2025 formalise la disparition du dispositif de séparation entre le conseil et la vente, instauré en 2019. Ainsi, à compter du 1er janvier 2026, un même opérateur peut à nouveau cumuler activité de vente de produits phytosanitaires et activité de conseil, sous réserve de disposer des agréments requis. Les distributeurs sont ainsi de nouveau autorisés à délivrer du conseil, y compris stratégique, mais le conseil reste interdit aux fabricants de produits phytosanitaires.
La transition vers des pratiques alternatives
En 2017, l’Institut national de la recherche agronomique (INRAE) a remis aux ministres concernés son rapport sur les usages et les alternatives au glyphosate dans l’agriculture française. Selon INRAE, « l’adaptation à un arrêt du glyphosate passe et passera par des changements profonds. Le déploiement des pratiques nouvelles doit être envisagé sur toutes les exploitations ». Toujours selon INRAE, « La sortie du glyphosate ne se fera pas par l’utilisation d’une option unique pour tous, ni même d’une option technique unique pour une exploitation agricole ou un système de culture donné. C’est donc plutôt vers l’identification de combinaisons techniques adaptées localement que s’orientent les recommandations ».

Des milliers d’agriculteurs bio se passent quotidiennement du glyphosate. Des alternatives existent donc, y compris pour les grandes exploitations, et « se classent en trois grandes catégories », précise Xavier Reboud : « Celle qui vise à détruire les plantes indésirables à travers le désherbage mécanique. Celle qui consiste à mettre un obstacle physique, comme le paillage ou les films biodégradables, que la plantule ne sait pas traverser ».
Le commerce illicite et les défis de contrôle
Malgré l’interdiction pour les particuliers en vigueur depuis 2019, le glyphosate continue d’être utilisé par certains Français dans leurs jardins. En 2025, l’Office français de la biodiversité (OFB) a mené près de 600 perquisitions dans 83 départements français. « Les risques pour ces utilisateurs sont importants : tous les produits phytopharmaceutiques sont dangereux », insiste Solenn Briand, cheffe du service national d’enquête et de contrôle de l’OFB.
Les vendeurs illégaux utilisent souvent l'argument de la disparité réglementaire entre agriculteurs et particuliers. « Si le glyphosate est dangereux alors, il faut l’interdire pour tout le monde : ce n’est pas clair », déclare l’un des vendeurs condamnés. Pourtant, les autorités rappellent que les professionnels, contrairement aux particuliers, suivent une formation, possèdent des équipements de protection et connaissent les dosages à respecter.
Les réseaux de distribution, souvent basés sur le « dropshipping » ou des circuits transfrontaliers, restent complexes à démanteler. Des enseignes comme Leroy Merlin ont dû retirer des produits de leurs plateformes de vente en ligne après des signalements. Dans le secteur agricole, des affaires comme celle des « carottes de Créances » ont mis en lumière le contournement de la loi par des professionnels cherchant à maintenir des rendements coûte que coûte. Le général Ludovic Ehrhart, qui dirige l’OCLAESP, souligne que la lutte contre ces trafics est une priorité européenne, avec 8 000 tonnes de pesticides saisies sur le sol européen en dix ans.
La complexité de la gestion durable des sols
En finir avec le glyphosate, c’est compliqué. « Changer les pratiques nécessite de rendre visible le coût environnemental et sanitaire de ce produit », avance Xavier Reboud. Nombre d’études scientifiques n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme concernant les effets dramatiques des pesticides sur la biodiversité, plus particulièrement les insectes et les oiseaux. La question de la transition reste centrale, alors que les plans Ecophyto peinent à atteindre leurs objectifs de réduction.
Le conseil stratégique phytosanitaire (CSP) est désormais facultatif, permettant aux agriculteurs de décider eux-mêmes s’ils ont besoin d’un accompagnement extérieur. Cette liberté nouvelle s’inscrit dans un contexte où les filières agricoles cherchent à maintenir leur compétitivité tout en répondant aux attentes sociétales croissantes concernant la protection de la santé humaine et des écosystèmes. La phase de transition, marquée par une charge mentale accrue pour les exploitants, reste le défi majeur de la décennie à venir.
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