Les Herbicides et Leur Impact Néaste sur les Légumes : Une Analyse Approfondie

L'utilisation des herbicides dans l'agriculture moderne est une pratique répandue, visant à contrôler les mauvaises herbes qui concurrencent les cultures pour les ressources essentielles. Cependant, ces substances chimiques, bien qu'efficaces, soulèvent des préoccupations croissantes quant à leurs effets néfastes potentiels sur les légumes, l'environnement et la santé humaine. Cet article explore les diverses facettes de cette problématique, en examinant les types d'herbicides, leurs mécanismes d'action, les risques associés à leur utilisation, et les alternatives disponibles.

La Diversité des Herbicides et Leur Rôle dans l'Agriculture

Les herbicides sont des produits phytosanitaires conçus pour détruire, limiter ou repousser les éléments indésirables à la croissance des plantes. Ils se distinguent par leur mode d'action et leur spécificité. L'Institut français de l’éducation (Ifé) les définit comme des substances destinées à "détruire, limiter ou repousser les éléments indésirables à la croissance des plantes, insectes, parasites et autres plantes". On distingue plusieurs familles principales :

  • Les insecticides : Destinés à lutter contre les insectes. Ils interviennent en tuant ou en empêchant la reproduction des insectes, et sont souvent parmi les plus toxiques.
  • Les fongicides : Destinés à éliminer les moisissures et parasites (champignons…) des plantes.
  • Les herbicides : Destinés à lutter contre certains végétaux, communément appelés "mauvaises herbes", qui entrent en concurrence avec les plantes à protéger en ralentissant leur croissance. Il est important de noter que les herbicides diffèrent des autres familles par leur action. Ils ne ciblent pas un intrus d'une nature différente (insecte/parasite), mais un autre végétal.

Schéma des différentes familles de pesticides

Parmi les herbicides, certains sont particulièrement répandus et font l'objet de débats intenses. Le glyphosate, par exemple, est l'herbicide le plus utilisé au monde. Il n'a pas d'équivalent sur le marché et répond au besoin des agriculteurs de "tuer les mauvaises herbes, chardons et plantes vivaces, afin de préserver les plantes qu'ils cultivent". Aux États-Unis, il est utilisé à plusieurs reprises sur une même parcelle, et notamment juste avant la moisson, pour dessécher les plants de blé.

D'autres herbicides comme le 2,4-D, l'atrazine, le glufosinate et le dicamba sont également employés. Le 2,4-D est un désherbant sélectif, inefficace contre les graminées, et a été utilisé comme constituant de l’agent orange durant la guerre du Viêt Nam. L'atrazine, quant à elle, est interdite dans l’UE depuis 2003 en raison de son caractère polluant pour les eaux et de ses effets néfastes sur la santé. Le glufosinate est un herbicide non-sélectif, classé comme toxique pour la reproduction humaine. Le dicamba, bien que sélectif, est très volatil et peut affecter des zones non ciblées.

Les Effets Nocifs des Herbicides sur les Légumes

L'utilisation d'herbicides, notamment après la récolte du blé, coïncide avec la période de culture de semis de légumes d'été. Les semis de légumes, ayant une faible auto-résistance, sont alors particulièrement susceptibles de subir des dommages. Les dangers des herbicides se manifestent sur diverses cultures légumières :

  • Haricots : Les haricots peuvent souffrir de symptômes indésirables tels que le curling des feuilles, l'absence d'étirement des points de croissance, une croissance lente et un faible taux de fixation des gousses. Le curling des points et des feuilles, ainsi que des symptômes de "feuille de jue", peuvent ressembler à une maladie virale. Cependant, contrairement à une maladie virale qui s'aggrave, cette situation peut permettre un retour lent à une croissance normale.
  • Tomates : Les cotylédons des plants de tomates sont les premiers à montrer des symptômes de dommages. Ils présentent des signes de perte d'eau au bord, et les feuilles entières sèchent rapidement. Les vraies feuilles s'enroulent et ne s'étirent pas, simulant les réactions indésirables de déshydratation ou de sécheresse. Cependant, les semis endommagés par les herbicides ne récupèrent pas rapidement même après arrosage, contrairement aux semis simplement déshydratés.
  • Melons et autres légumes de serre : Les feuilles des melons et des légumes cultivés en serre en été, lorsqu'ils sont endommagés par les herbicides, flétrissent et s'affaissent rapidement, les jeunes feuilles étant les plus gravement atteintes. Cette situation diffère du flétrissement dû à la perte d'eau rapide, qui survient généralement par temps couvert ou lors de températures extrêmes en été, où les plantes peuvent se rétablir. Les feuilles endommagées par les herbicides ne retrouvent pas leur état normal, perdent de l'eau et sèchent rapidement, affectant gravement la plante entière.

Plante de tomate montrant des signes de phytotoxicité due aux herbicides

La phytotoxicité des herbicides sur les légumes devient de plus en plus grave, impactant sérieusement les légumes cultivés en plein air, sous serres et dans les hangars arqués durant l'été.

L'Exposition Humaine aux Pesticides et Ses Conséquences

Les pesticides ne se contentent pas d'affecter les cultures ; ils représentent également un danger pour la santé humaine. Les risques proviennent de diverses voies d'exposition : ingestion, inhalation et contact cutané. Les personnes résidant à proximité immédiate des zones traitées par divers pesticides, tout au long de l'année, sont particulièrement concernées.

Les pesticides sont conçus pour tuer les organismes nuisibles, mais certains peuvent avoir des effets néfastes sur la santé des humains. Des liens ont été identifiés entre l'exposition aux pesticides et diverses pathologies. Les populations riveraines des zones agricoles peuvent être exposées par la dérive des produits épandus. Les pesticides sont suspectés d'augmenter les risques d'anomalies du système nerveux, de malformations congénitales au niveau du cœur, de l'abdomen, des bras et des jambes, ainsi que de malformations du sexe masculin et de pubertés précoces chez les jeunes filles.

Des témoignages poignants émergent, comme celui de Pascale Mothes, dont le fils a souffert de leucémie, qu'elle attribue aux pesticides utilisés dans la région viticole où elle habitait. Les habitants de ces zones sont souvent incommodés par les pulvérisations, ressentant des picotements aux yeux, au nez et à la gorge, ainsi que des maux de tête. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a reçu de nombreuses plaintes de riverains, souvent situés à proximité de vergers, de vignes, ou de cultures céréalières, de colza et de pommes de terre.

L'étude PestiRiv, lancée par Santé publique France et l'Anses, vise à mieux connaître l'exposition aux pesticides des personnes vivant près de vignes et à identifier les sources d'exposition.

🔴 Impact des pesticides sur la santé humaine : table ronde

Le glyphosate est particulièrement préoccupant car il est le pesticide le plus répandu. Classé comme potentiellement cancérigène par l'association Greenpeace et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il est associé à certains OGM. En France, les pesticides contenant du glyphosate sont interdits pour les particuliers depuis 2019 mais restent autorisés en agriculture. Le CIRC a conclu en mars 2015 que le glyphosate était probablement cancérigène pour l'homme, une classification contestée par d'autres agences. De plus, le glyphosate est associé à des maladies graves du rein et du foie, et est suspecté d'être un perturbateur endocrinien. Il est retrouvé dans les aliments, nos urines et les eaux de surface.

Réglementation et Alternatives aux Herbicides

La réglementation des pesticides est fixée au niveau européen et vise à réduire les risques pour l'homme et l'environnement. La directive 2009/128/CE prévoit que chaque État membre mette en place un plan d'actions dans ce sens. L'expertise de l'Inserm souligne l'importance de réévaluer périodiquement les connaissances dans ce domaine. Pour garantir un niveau d'exposition le plus faible possible aux consommateurs, la réglementation détermine des limites maximales de résidus (LMR) pour chaque pesticide et pour chaque denrée alimentaire.

Cependant, la présence de résidus de pesticides dans les aliments, notamment les fruits et légumes frais, reste une préoccupation. Bien que la vaste majorité des échantillons analysés respectent les normes, des dépassements de LMR ont été constatés. Il est important de noter que les consommateurs sont souvent exposés à un "cocktail de pesticides" en raison de la multiplicité des molécules utilisées.

Face à ces enjeux, la recherche agronomique propose des solutions alternatives. De nombreux agriculteurs, y compris les agriculteurs biologiques, pratiquent une agriculture sans glyphosate. Les techniques alternatives incluent :

  • Le "binage" mécanique : Utilisation de herses-étrilles pour le désherbage mécanique.
  • Les cultures associées : Par exemple, la cohabitation de légumineuses comme la luzerne avec des céréales.

Ces alternatives visent à réduire la dépendance aux herbicides chimiques tout en préservant la santé des sols, la biodiversité et la santé humaine.

Les Défis liés aux Variétés Tolérantes aux Herbicides (VRTH)

L'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) a alerté sur les risques liés au développement de résistances des mauvaises herbes aux herbicides et à l'augmentation de leur utilisation, en raison des variétés végétales rendues tolérantes aux herbicides (VRTH). Ces variétés, obtenues par des techniques conventionnelles ou génétiques, permettent aux agriculteurs de traiter leurs champs avec un herbicide sans détruire la culture tolérante.

L'Anses souligne l'absence de traçabilité de l'utilisation de ces semences, ce qui rend difficile l'évaluation de leurs impacts agronomiques et sanitaires. L'agence recommande la mise en place d'un dispositif de suivi pour surveiller les éventuels effets indésirables liés aux VRTH. En France, la culture de VRTH transgéniques n'est pas autorisée, mais celles obtenues par sélection variétale traditionnelle ou mutagénèse aléatoire sont exemptées d'évaluation et d'autorisation de mise sur le marché, sans suivi obligatoire.

Les surfaces cultivées avec des VRTH ont augmenté, notamment pour le tournesol et le colza. Ces plantes absorbent des herbicides contenant des coformulants classés cancérogènes pour l'homme. Face à cette situation, des organisations opposées aux OGM demandent la suspension immédiate de l'autorisation de culture de toutes les VRTH, craignant une augmentation de l'utilisation des herbicides en raison du manque de données fiables sur leurs impacts.

Conclusion Provisoire

L'utilisation des herbicides, bien qu'indispensable pour de nombreux agriculteurs, soulève des questions fondamentales quant à leur impact sur les légumes, la santé humaine et l'environnement. La recherche d'alternatives durables et la mise en place de réglementations strictes sont essentielles pour assurer une production alimentaire saine et respectueuse de l'écosystème. La vigilance des consommateurs, le choix d'aliments issus de l'agriculture biologique et locaux, ainsi que le lavage systématique des fruits et légumes, sont autant de gestes qui contribuent à réduire l'exposition aux résidus de pesticides. La transition vers des pratiques agricoles plus écologiques est un impératif pour les générations futures.

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