L’usage des produits phytosanitaires, et plus particulièrement des herbicides à base de glyphosate, fait l’objet d’un débat public intense, cristallisant les tensions entre impératifs agricoles, protection de la santé humaine et préservation de la biodiversité. Historiquement omniprésent, le glyphosate est aujourd'hui au cœur d'un processus de restriction réglementaire drastique, poussé par des préoccupations environnementales croissantes et des alertes sanitaires majeures.

Le Glyphosate : Comprendre la molécule et son usage historique
Le glyphosate est une molécule constituant la substance active de différents herbicides systémiques et totaux. Le terme « systémique » signifie qu’un désherbant est capable de circuler dans toute la plante par la sève, des feuilles aux racines. Le terme « total » indique que son mécanisme agit sur tous les végétaux, sans distinction. Les herbicides à base de glyphosate sont connus pour leur efficacité contre les « mauvaises herbes », qu’il s’agisse de plantes vivaces à racines profondes, d’essences annuelles ou de bisannuelles.
Très efficace et peu coûteux, le glyphosate est l’herbicide le plus utilisé au monde. Il est employé depuis le siècle dernier dans l’agriculture, par les jardiniers amateurs, les collectivités et les professionnels des espaces verts. Les désherbants à base de glyphosate se présentent sous forme de granulés solubles ou sous forme liquide, et s’utilisent en pulvérisation. Le glyphosate détruit toutes les plantes, à l’exception de celles génétiquement modifiées pour lui résister. Il nuit donc à la richesse de la flore sauvage. De plus, il ne se dégraderait pas aussi rapidement que ne le disent ses promoteurs. Il impacterait négativement les bactéries du sol, et présenterait aussi un risque pour les insectes auxiliaires.
Le cadre réglementaire en France : Vers une interdiction progressive
Faisant suite à son annonce de l’interdiction de 36 herbicides à base de glyphosate, l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, informe que les autorisations de mise sur le marché de ces produits phytosanitaires ont été retirées le 29 novembre 2019. La date de fin de vente et de distribution est fixée au 29 mai 2020. Dans le cadre de l’examen du renouvellement des autorisations de ces produits à base de glyphosate, l’Anses vient donc de procéder au retrait de 36 produits à base de glyphosate.
Depuis début 2019, l’utilisation de pesticides chimiques est interdite pour le désherbage des espaces publics en France pour des raisons de santé publique et environnementales. Cette avancée est considérable pour la préservation de la santé publique et de la biodiversité. Depuis le 1er janvier 2019, l’achat, l’utilisation et le stockage de pesticides de synthèse, comme le glyphosate, est interdit aux particuliers. Seuls les produits comportant la mention EAJ (Emploi Autorisé dans les Jardins) peuvent être utilisés. Le glyphosate est également interdit aux collectivités depuis le 1er janvier 2017 pour l’entretien des espaces verts, des forêts, des voiries ou tous les lieux accessibles au public.
Sur la base de son évaluation, des alternatives non-chimiques destinée à réduire les quantités de glyphosate utilisées en France, les usages des produits à base de glyphosate seront modifiés de façon à intégrer les restrictions identifiées par l’agence comme étant possibles sans déboucher sur des situations d’impasses techniques. En effet, en cas d’impasse technique, où aucune alternative d’usage courant ne permet de répondre à court terme aux besoins des professionnels, sans nécessiter une modification substantielle des pratiques qui aurait un fort impact sur l’activité, les usages ne sont pas modifiés.
Utilisation du glyphosate : quelles alternatives ?
Restrictions spécifiques par secteur agricole
Malgré la tendance globale à l'interdiction, il existe encore quelques exceptions. Les viticulteurs ont encore la possibilité d’utiliser les traitements phytosanitaires pour un quart de leur surface exploitable, mais uniquement sur les pieds de vigne.
- En viticulture : interdiction d’utilisation entre les rangs de vigne sauf dans les situations où le désherbage mécanique n’est pas réalisable : vignes en forte pente ou en terrasses, sols caillouteux, vigne-mères de porte-greffes ; restriction de la dose maximale autorisée à 450 g de glyphosate, par année civile, par hectare.
- En arboriculture fruitière : interdiction d’utilisation du glyphosate entre les rangs d’arbres fruitiers sauf dans les situations où le désherbage mécanique n’est pas réalisable : récolte mécanique des fruits au sol (noix, pommes à cidre…) ou productions de type buissonnant (noisetier, petits fruits) ; restriction de la dose maximale autorisée à 900 g de glyphosate, par année civile, par hectare, les applications étant limitées à 40 % de la surface de la parcelle.
- En grande culture : interdiction d’utilisation du glyphosate lorsque la parcelle a été labourée entre deux cultures ; restriction de la dose maximale autorisée à 1 080 g par année civile et par hectare.
Le contexte européen et la gestion des produits phytopharmaceutiques
La question ne se limite pas aux frontières françaises. Un nouvel arrêté modifiant l’arrêté royal du 28 février 1994 relatif à la conservation, à la mise sur le marché et à l’utilisation des pesticides à usage agricole a été publié au Moniteur Belge le 26 septembre 2018. La vente des herbicides suivants à des utilisateurs non professionnels et leur utilisation par ces derniers sont interdites à partir du 6 octobre 2018.
Il est important de garder à l’esprit que les actes d’autorisation restent la seule référence légale valable auprès des Autorités de contrôle. La quantité maximale applicable de glyphosate par an est toujours de 3,6 kg de glyphosate/ha/an. Elle n’a pas été modifiée. Par traitement, les quantités maximales applicables de glyphosate ont été modifiées pour répondre à la fois aux exigences d'efficacité contre les différents types d'adventices (annuelles ou vivaces), et à la fois aux exigences légales issues de l'évaluation de ces produits. La quantité maximale en traitement généralisé est de 0,72 kg de glyphosate/ha/pulvérisation, tandis que la quantité maximale en traitement localisé est de 1,44 kg de glyphosate/ha/pulvérisation.
Risques sanitaires et témoignages : La réalité du terrain
Bien que les effets toxiques du glyphosate soient controversés, le centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme « probable cancérogène pour l’Homme » en 2015. Puissant herbicide, le glyphosate est le pesticide le plus utilisé dans le monde. À Quiberon, nous rencontrons Ludovic Maugé, 52 ans et ancien paysagiste. Le glyphosate a littéralement détruit sa vie. "Je suis atteint d'un cancer que j'ai attrapé avec les pesticides en travaillant," nous confie-t-il. Depuis 2020, sa vie est devenue un combat au quotidien. Il a passé six mois en réanimation et a dû traverser douze chimiothérapies successives.
Roundup, Gallup, Clipper et autres… Ces herbicides à base de glyphosate sont à l'époque considérés comme inoffensifs, sous réserve de quelques précautions d'usage. "Il y a vingt ans de cela, on trouvait [du glyphosate] un peu partout, il n'y avait pas de dérogation comme il faut en avoir maintenant," fait-il remarquer. À Paris, Me François Lafforgue est un avocat spécialisé dans ces questions. Il a été le premier à pouvoir faire le lien entre la pathologie de ses clients et l'utilisation des herbicides et des pesticides. "Ce lobby intervient à tout niveau," renchérit-il.
Alternatives au désherbage chimique : Repenser le jardinage
L’interdiction des pesticides de synthèse représente aussi une opportunité : celle de repenser notre vision du jardinage. Même si elles sont régulièrement considérées comme des « mauvaises herbes », les plantes poussant spontanément au jardin sont essentielles à la biodiversité. Ces plantes sauvages offrent une source de nourriture et un lieu de reproduction à la petite faune. De plus, un jardin peut tout à fait être beau et productif, même en présence de quelques plantes sauvages !
Pour dire adieu aux mauvaises herbes, des solutions naturelles existent pour réguler ou éviter leur développement :
- Le paillage : Appliquer une couche de paillage naturel organique, ou dérouler une toile de paillage bloque la levée des adventices. Celles qui parviennent à germer étouffent sous le paillage.
- Le désherbage manuel : Plus laborieux, le désherbage manuel s’envisage à l’échelle d’un jardin : il se réalise à l’aide d’une binette, d’un sarcloir ou directement à la main.
- La technique du faux semis : Permet de réduire la pression des adventices sur la culture suivante.
- Le désherbage thermique : S’effectue avec un désherbeur thermique ou avec de l’eau très chaude. Seule solution à s’attquer à la racine des mauvaises herbes, le désherbage à l’eau bouillante est la meilleure solution thermique pour les professionnels. Les méthodes de désherbage thermique autorisées font par nature appel à la chaleur sous différentes formes pour venir à bout des végétaux indésirables.
- Les solutions mécaniques : Exigent par définition l’utilisation d’un moteur et donc d’essence ou de gasoil pour leur bon fonctionnement.
- Les plantes couvre-sol : Occupent l’espace au pied des massifs.
- Les engrais verts : Semer autre chose, comme un engrais vert, permet d’occuper le sol.
- Les produits de biocontrôle : Reste autorisée l’utilisation des produits de biocontrôle qui se servent de mécanismes naturels, des produits à faibles risques et de ceux utilisés dans l’agriculture biologique. Les produits de biocontrôle regroupent toutes les substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. Sur le marché, il est possible de trouver des désherbants biologiques, à base d’acide pélargonique ou d’acide acétique.

Perspectives d'avenir et engagement citoyen
Deux tiers des citoyens européens réclament l'interdiction totale des pesticides comme le glyphosate d'après un récent sondage. C'est le cas également des ONG et des centaines de citoyens qui sont descendus dans les rues de Bruxelles récemment pour se faire entendre. "Nous devons continuer à lutter contre le glyphosate car la décision d'approuver et de continuer à promouvoir ce poison pendant encore dix ans est inadmissible," estime Me François Lafforgue.
Au Parlement européen, nous interrogeons Gilles Lebreton, eurodéputé du parti d'extrême droite français, Le Rassemblement National. Son parti est en faveur du renouvellement, mais pour une durée limitée à 5 ans. "Pour moi, ce n'est pas exactement comme cela que le problème se pose parce que ce n'est pas que des intérêts économiques," répond-il. Sabine Grataloup et son fils Théo ont déjà remporté une grande victoire. Sabine nous montre l'ancienne carrière d'équitation où, dans le passé, elle a passé un désherbant à base de glyphosate. À l’époque, Sabine ne se doutait pas à quoi elle exposait son corps. "Pour moi, personne ne le savait," souligne Sabine. Et Théo de conclure : "Le produit en lui-même est dangereux, d'accord, mais c'est surtout la bêtise qu'il y a autour de comment c'est géré, qui est bien plus révoltante que le produit en lui-même."
tags: #desherbant #glyphosate #gallup #interdiction