Désherbants naturels contre les fougères envahissantes : Guide complet du jardinier éco-responsable

Bien que les fougères, à l'instar d'autres "mauvaises herbes", puissent jouer un rôle bénéfique dans la biodiversité et être des bio-indicateurs précieux de la nature du sol, elles peuvent aussi devenir envahissantes et compromettre le développement de nos cultures. Depuis l'interdiction des pesticides de synthèse aux particuliers en France, le recours à des solutions naturelles est devenu une nécessité pour les jardiniers soucieux de l'environnement et de leur santé. Cet article explore les origines des "mauvaises herbes", les raisons de s'en débarrasser (ou de les gérer), et propose des méthodes et des désherbants naturels particulièrement adaptés à la lutte contre les fougères envahissantes, en mettant l'accent sur la fougère aigle.

Pourquoi les mauvaises herbes sont-elles partout ?

Les mauvaises herbes, ou plantes adventices, poussent invariablement là où elles ne sont pas conviées, que ce soit dans le potager, les massifs, les bordures, entre les dalles de la terrasse ou dans les allées. Leur prolifération rapide est due à plusieurs facteurs. Les graines sont facilement disséminées par le vent, le ruissellement des eaux de pluie, les oiseaux ou les insectes. Elles peuvent également rester en dormance pendant plusieurs années, germant seulement lorsque les conditions climatiques deviennent favorables. Le travail de la terre peut aussi déterrer des graines enfouies, favorisant ainsi leur germination. De plus, certaines mauvaises herbes se développent grâce à leurs rhizomes ou leur système racinaire puissant, ce qui rend leur élimination plus complexe.

Schéma de la dissémination des graines de mauvaises herbes

Ces plantes indigènes sont parfaitement adaptées au sol et aux conditions climatiques du jardin, et leur croissance est souvent bien plus rapide que celle des plantes cultivées. Elles s'établissent avant les plants du potager, entrant en compétition pour l'eau, les nutriments et la lumière.

L'utilité et les inconvénients des "mauvaises herbes"

Il est crucial de bien distinguer les mauvaises herbes des "mauvaises herbes". Non, il ne s'agit pas d'une erreur de frappe. Toutes les plantes que nous appelons "mauvaises herbes" ne doivent pas nécessairement être éradiquées. Les mentalités évoluent, et l'image d'un jardin impeccable, sans la moindre adventice, est remise en question. Arracher systématiquement laisse la terre nue, ce qui est néfaste pour le sol, le rendant vulnérable à l'érosion, au lessivage des nutriments, à la diminution de la vie des micro-organismes qu'il héberge et à la formation d'une "croûte de battance" qui entrave l'infiltration de l'eau.

Ces plantes bio-indicatrices, si elles apparaissent, fournissent des informations précieuses sur la nature du sol. Elles sont également utiles pour la biodiversité, offrant des propriétés mellifères et servant de refuge aux insectes auxiliaires.

Cependant, dans un contexte de culture, les adventices peuvent freiner la croissance des plants du potager, compromettre les récoltes ou gêner le développement des plantes d'ornement. Elles peuvent se propager rapidement sur un terrain, être vectrices de maladies ou de parasites, voire être allergènes, irritantes, toxiques ou reconnues comme des plantes invasives. C'est dans ces situations que le recours aux désherbants naturels s'impose pour maintenir un équilibre sans nuire à l'environnement.

L'interdiction des pesticides et l'émergence des solutions naturelles

Depuis le 1er janvier 2019, la vente de pesticides de synthèse et de produits phytopharmaceutiques aux particuliers est interdite en France, marquant la fin du glyphosate pour les jardiniers amateurs. Cette législation représente une victoire écologique majeure, compte tenu de l'impact de ces produits sur les sols, l'eau, l'air et la biodiversité.

Bien que des substituts moins radicaux à base d'acide acétique très concentré (composant du vinaigre ménager) ou d'acide pélargonique (d'origine synthétique malgré son nom) soient disponibles, ils ne sont pas sans danger pour les habitants du jardin, les animaux domestiques, les insectes et les micro-organismes. Sans parler des conséquences sur la santé humaine, la pollution de l'environnement, et les effets néfastes sur le sol et les nappes souterraines. Il est donc impératif de se tourner vers des alternatives bio et écologiques, concoctées avec des ingrédients du quotidien.

Désherbants naturels : une panoplie de solutions maison

De nombreuses préparations maison, économiques et respectueuses de l'environnement, peuvent être utilisées pour venir à bout des mauvaises herbes. Elles offrent une alternative saine aux produits chimiques.

Le bicarbonate de soude

Le bicarbonate de soude est un désherbant naturel reconnu pour son efficacité, en particulier sur les mauvaises herbes à feuilles larges. Pour l'utiliser, il suffit de mélanger une cuillère à soupe de bicarbonate avec un litre d'eau et de pulvériser directement sur les plantes indésirables, en prenant soin d'éviter les légumes ou les fleurs avoisinantes. La solution agit en desséchant les herbes par modification du pH du sol.

Le vinaigre blanc et le sel

Le vinaigre blanc et le sel forment un herbicide de contact puissant, particulièrement efficace contre les mauvaises herbes annuelles et les jeunes pousses. Il est recommandé de dissoudre le sel dans le vinaigre, puis de mélanger un litre de vinaigre blanc avec une tasse de sel. Cette préparation doit être vaporisée directement sur les adventices par temps ensoleillé pour maximiser son efficacité en accélérant le processus de dessiccation. Certains ajoutent du liquide vaisselle ou du savon noir pour améliorer l'adhérence de la préparation aux feuilles, mais cela peut nuire à l'intérêt écologique. Du fait de sa grande acidité, le vinaigre peut influencer la fertilité du sol, il ne faut donc pas l'utiliser pur et avec parcimonie. De même, le sel, bien que naturel, stérilise le sol s'il est utilisé à l'excès, se retrouvant dans les nappes phréatiques et impactant la faune du sol.

Infographie des désherbants naturels

Les purins de plantes

Les purins de plantes, obtenus par fermentation de végétaux, agissent comme désherbants naturels. Les plus efficaces incluent les purins d'orties, d'angéliques, de fougères, de consoude et de prêle, notamment contre les jeunes adventices. Pour les préparer, laissez macérer un kilogramme de feuilles fraîches dans dix litres d'eau pendant environ une semaine. Il faut ensuite filtrer et diluer le liquide à 20 % avant de le vaporiser sur les mauvaises herbes. Le purin d'orties pur n'est cependant pas conseillé comme désherbant ; bien qu'il soit connu pour ses vertus insecticides et fertilisantes, sa richesse en azote le rend toxique pour les plantes et gorge les sols de nitrates, finissant par les polluer.

Pas à pas : fabriquer un purin d'orties

L'eau bouillante du riz ou des pommes de terre

Une solution simple, efficace, économique et accessible à tous est l'eau bouillante amidonnée. L'eau de cuisson du riz ou des pommes de terre agit comme un désherbant naturel en brûlant les mauvaises herbes jusqu'à la racine. Après avoir cuisiné, conservez l'eau de cuisson et, lorsqu'elle est encore bouillante, versez-la directement sur les herbes indésirables, telles que les petites annuelles ou les jeunes mauvaises herbes. Cette technique provoque un choc thermique, également appelé "désherbage thermique", qui les détruit efficacement. Attention à ne pas vous brûler ni à arroser les fleurs et légumes du jardin.

La cendre de bois et la chaux

Riches en potasse et en calcium, la cendre de bois et la chaux constituent un désherbant naturel qui altère le pH du sol. Ces matières naturelles affectent principalement les mauvaises herbes acidophiles, comme la mousse ou la prêle des champs. Dispersez une fine couche de cendre ou de chaux sur la zone à traiter, en particulier là où poussent des herbes indésirables comme les pissenlits ou le liseron. Il est cependant important de les utiliser avec modération pour éviter d'endommager les plantes voisines.

Le Croq'mousse des gazons

Le Croq'mousse des gazons est un produit spécifiquement conçu pour éliminer la mousse dans les pelouses. Bien qu'il ne soit pas un désherbant par définition, il peut indirectement affaiblir ou tuer les mauvaises herbes en modifiant l'équilibre chimique du sol. Il est essentiel de vérifier la composition et l'étiquette du produit pour s'assurer qu'il est naturel et peut être utilisé en toute sécurité comme désherbant.

Le désherbage manuel

La méthode ancestrale et toujours efficace du désherbage à la main garantit l'arrachage des plantes indésirables dès leurs racines. Cette approche permet de sélectionner précisément les herbes à supprimer et assure une élimination complète des racines, ralentissant ainsi les repousses. Pour les herbes à racines profondes et développées, il est possible de les couvrir de broyat pour les épuiser. Le désherbage manuel peut être complété par l'utilisation d'une binette ou d'un sarcloir, surtout lorsque les plantes sont encore jeunes.

Stratégies spécifiques contre les fougères envahissantes

La présence de fougères dans le potager indique souvent un sol à tendance acide et frais. Bien que de nombreux légumes apprécient ce type de sol, les fougères peuvent devenir envahissantes et entraver la croissance des cultures. La fougère aigle (Pteridium aquilinum) est l'une des espèces les plus courantes et les plus difficiles à éradiquer en raison de son système rhizomateux étendu.

Identification des fougères envahissantes

La fougère aigle, très envahissante, se développe principalement à partir de rhizomes qui la rendent presque indestructible. Chaque rhizome est capable de recouvrir rapidement une surface énorme. Elle résiste au feu, qui paradoxalement stimule son développement, et tolère des températures allant jusqu'à -35°C, freinant le développement d'autres végétaux. Ses spores, bien que rares, peuvent lui permettre de migrer vers des zones plus éloignées. Ses frondes triangulaires sont de taille importante, et les jeunes frondes sont enroulées en crosses avec une teinte rougeâtre. La fougère aigle est semi-caduque, ses feuilles sèchent souvent en hiver pour être remplacées au printemps. Elle affectionne les sols frais, riches, acides et les environnements ombragés.

La fougère mâle (Dryopteris filix-mas), également très courante dans les forêts, tolère bien les sols calcaires mais nécessite un sol assez humide et des endroits ombragés. Elle a une propagation beaucoup plus lente et tend moins à s'étaler que la fougère aigle.

Il est important de noter que certaines fougères sont en voie de disparition, comme l'osmonde royale, et doivent être protégées. Il est donc essentiel d'identifier l'espèce avant d'intervenir.

Limiter le développement de la fougère aigle

Pour la fougère aigle, l'objectif est davantage de limiter son développement que de l'éliminer complètement. Une des solutions consiste à modifier son environnement pour le lui rendre moins favorable.

  • Modification de l'environnement : Étêter des arbres pour éliminer les zones ombragées où elle s'est installée. Réduire l'acidité du sol en y apportant un peu de calcaire, par exemple avec de la chaux magnésienne. Cependant, il faut se souvenir que certains légumes se développent bien en terrain acide.
  • Arrachage manuel régulier : Il est crucial de ne pas laisser les fougères proliférer et de prendre le temps d'arracher régulièrement les nouvelles frondes à la main. Il est conseillé de s'équiper de gants, car les frondes peuvent être assez agressives.
  • Tonte : Un passage de tondeuse à la fin des mois de juin et de juillet s'avère efficace après plusieurs années de pratique.
  • Piétinement des animaux : Le piétinement des chevaux, lorsqu'ils sont mis sur des parcelles envahies de fougères jeunes dès la fin de l'hiver, peut être un excellent moyen de contention. Clore de petites parcelles peut les obliger à passer dessus.

Déraciner les autres espèces de fougères

Les espèces de fougères autres que la fougère aigle peuvent être arrachées plus facilement. Il est recommandé d'humidifier le sol pour faciliter l'opération. Pour les zones importantes, la location d'un rouleau à fougères est l'outil le plus efficace. Il doit être passé vers juin ou juillet, et il faut au moins trois ans, avec un ou deux passages par an, pour que la végétation "normale" reprenne le dessus.

Que faire des fougères coupées ?

La fougère aigle se révèle être un excellent paillage. Elle est suffisamment épaisse pour bien protéger de la chaleur et de l'assèchement du sol en plein été, tout en étant assez aérée pour permettre la circulation de l'air et le passage de la pluie sans se gorger d'eau. En hiver, une fois sèche, elle isole très bien les plantes potagères et les végétaux sensibles. Les limaces et les escargots n'apprécient pas de se déplacer sur sa surface. Les frondes, grossièrement découpées pour être plus faciles à étaler, peuvent être utilisées en couche épaisse d'environ 15 centimètres autour des cultures. Les fraises, les tomates et les artichauts apprécient particulièrement ce paillage.

Schéma des bienfaits du paillage

Les fougères coupées peuvent également être fixées, entières, autour des troncs de bananiers et de palmiers pour isoler leur cœur du froid. Il est important de savoir que la fougère, bien qu'acidophile, n'acidifie pas le sol en se décomposant. Riche en phosphore, azote, potassium, silice et calcium, elle enrichit le sol de ces nutriments précieux, favorisant le développement du système racinaire, des fleurs et des graines des cultures. Elle peut aussi être ajoutée à un compost végétal ou à un fumier en cours de mûrissement.

Les jeunes crosses de fougère aigle sont délicieuses lorsqu'elles sont tendres mais doivent impérativement être cuites, car la fougère aigle est toxique crue. Il est conseillé de jeter la préparation si, après cuisson, une odeur ou un goût d'amande amère est perceptible.

Précautions et bonnes pratiques pour un jardinage éco-responsable

Utiliser les désherbants naturels avec modération

Si le sel est choisi pour tuer les mauvaises herbes, son utilisation doit être modérée. Bien qu'efficace, cette astuce peut entraîner la stérilité des sols si elle est employée trop fréquemment. Le sel s'accumule dans la terre, perturbant l'équilibre minéral et réduisant sa capacité à retenir l'eau, ce qui nuit gravement à la microfaune et à la fertilité des sols. Les plantes, les fruits et les légumes ne peuvent pas pousser dans ces conditions.

Respecter les saisons

Il est primordial de respecter les saisons lors du désherbage du jardin ou du potager. Généralement, les mauvaises herbes sont enlevées au printemps pour empêcher qu'elles ne grainent et prévenir leur propagation. En été, l'élimination des adventices réduit la compétition pour l'eau et les nutriments, plus rares durant cette période. À l'automne, le désherbage aide à contrôler les plantes vivaces et bisannuelles avant l'hiver afin de minimiser leur retour au printemps suivant.

Pensez à votre santé et à l'environnement

Il est fondamental de se souvenir qu'un désherbant nocif pour la santé est également néfaste pour l'environnement. Les désherbants chimiques, en raison de leurs composés toxiques, menacent l'eau, le sol et les organismes bénéfiques comme les insectes pollinisateurs et les micro-organismes du sol. L'écosystème global en souffre, démontrant l'interdépendance entre notre santé et celle de notre planète.

Prévenir la repousse des plantes adventices

Plusieurs techniques écologiques permettent de prévenir la repousse des mauvaises herbes :

  • Paillage : Le paillage est une approche écologique qui bloque la lumière nécessaire à la germination des mauvaises herbes en recouvrant le sol de matériaux organiques (paille, feuilles mortes, gazon, écorces de bois) ou de paillis minéraux (billes d'argile, cailloux). En plus de réduire le besoin de désherbage, le paillage conserve l'humidité, enrichit le sol en matière organique et favorise la santé des plantes cultivées.
  • Utilisation de purin de plantes : Le purin de plantes, en particulier d'ortie, n'est pas seulement un désherbant efficace mais aussi une excellente solution préventive. Il agit comme un paillage liquide, créant un environnement défavorable à l'apparition des plantes indésirables, tout en fertilisant le sol et renforçant les cultures.
  • Plantation de cultures associées (compagnonnage) : Cette technique consiste à créer un jardin où différentes plantes s'entraident pour réduire la prolifération des mauvaises herbes. Certaines espèces émettent des substances chimiques répulsives ou occupent rapidement l'espace, empêchant les adventices de s'installer. Une couverture végétale dense limite l'exposition du sol à la lumière, diminuant la formation d'herbes indésirables. Cette méthode nécessite des connaissances en plantes, et il est conseillé de demander l'avis d'un expert en permaculture ou en jardinage.
  • Mulching : Le mulching est une technique de tonte sans ramassage de l'herbe, où la tondeuse coupe l'herbe en infimes parties redéposées directement sur la pelouse. Cela permet une fertilisation naturelle, maintient l'humidité du sol et protège la pelouse de la sécheresse. Pour un bon mulching, il faut tondre un tiers de la hauteur de l'herbe, fréquemment (tous les 4 à 6 jours), lorsque l'herbe est sèche, s'assurer que le carter est propre et adapter sa vitesse de tonte.

Schéma des cultures associées

En intégrant ces solutions et désherbants naturels, il est possible de prendre soin de son jardin tout en respectant la microfaune et les écosystèmes. Il est important de désherber avec modération et de conserver quelques "mauvaises herbes", car chaque plante, même un simple pissenlit, a un rôle essentiel pour la biodiversité et la santé de notre planète. Le désherbage, le taillage et l'élagage sont des pratiques ancrées, mais d'un point de vue écologique, il est préférable de les limiter.

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