Le glyphosate est un désherbant utilisé pour détruire ce que l'on appelle communément les mauvaises herbes, ou des plantes qui poussent dans un endroit où elles n’ont pas été installées. Produit uniquement par Monsanto dans un premier temps, sous le nom commercial de Roundup, il est depuis 2000 tombé dans le domaine public. En arboriculture, et notamment pour le pommier, la gestion de l'enherbement constitue un levier technique majeur. Toutefois, l'usage du glyphosate est strictement encadré par des réglementations européennes et nationales visant à limiter les risques pour l'environnement et la santé humaine.
Évolution du cadre réglementaire et usages autorisés
Les modifications d’emploi du glyphosate concernent uniquement l’usage « Traitements généraux-Désherbage-Interculture, jachères et destruction de culture ». La possibilité d’employer du glyphosate dépend de la technique de travail du sol (labour ou non), de la période de semis de la culture suivante (automne ou printemps) et de l’hydromorphie du sol. Ainsi, le glyphosate reste autorisé en non-labour (que ce soit avant une culture d’hiver ou une culture de printemps et quel que soit le type de sol) à la dose maximale annuelle de 1080 g/ha. Ce produit reste également autorisé après un labour d’été ou de début d’automne avant une culture de printemps implantée sur un sol hydromorphe à la dose maximale de 1080 g/ha par an également.
Il est important de garder à l’esprit que les actes d’autorisation restent la seule référence légale valable auprès des Autorités de contrôle. Il est fort probable que les étiquettes des bidons n'affichent pas encore toutes ces modifications. Certains usages ont été retirés. Dans certains cas, ces retraits émanent d'une volonté de la firme de ne plus soutenir les usages sur le territoire belge. La quantité maximale applicable de glyphosate par an est toujours de 3,6 kg de glyphosate/ha/an. Elle n’a pas été modifiée.

Doses et modalités d'application en verger
Par traitement, les quantités maximales applicables de glyphosate ont été modifiées pour répondre à la fois aux exigences d'efficacité contre les différents types d'adventices (annuelles ou vivaces), et à la fois aux exigences légales issues de l'évaluation de ces produits. La quantité maximale en traitement généralisé est de 0,72 kg de glyphosate/ha/pulvérisation, tandis que la quantité maximale en traitement localisé est de 1,44 kg de glyphosate/ha/pulvérisation.
Une pulvérisation dite « localisée » est une pulvérisation qui ne concerne pas plus de 40% de la parcelle. Cette définition provient du document de guidance du SPF intitulé « GUIDANCE ON THE TECHNICAL REQUIREMENTS FOR THE SECTION FATE AND BEHAVIOUR IN THE ENVIRONMENT ». Lorsque le type d'adventice est précisé (annuelles ou vivaces), la dose à appliquer est une valeur précise (dose maximale autorisée). Il faut également regarder au type de pulvérisation autorisé (généralisé ou localisé).
Le cas des cultures pérennes et des arbres fruitiers
Le nombre maximum d’applications pour chaque usage est repris dans les actes d’autorisation. Pour les produits à base de glyphosate, ce nombre est soit de 1 application/12 mois, soit de 1 application/culture. La première mention concerne des usages particuliers (toutes cultures, terres agricoles en intercultures…) ainsi que des cultures pérennes (sapin de noël, gazon, arbres fruitiers…). Elle indique qu'un unique traitement à base de glyphosate peut être effectué sur une période de 12 mois calendaire. Il ne s’agit ni d’une année culturale, ni d’une année civile.
Ainsi, cet usage n'est applicable/pertinent que s’il est possible de traiter la culture sans la toucher. Cela concerne les cultures pour lesquelles un espace non cultivé entre les lignes est présent, tant qu’il est possible de ne pas toucher la culture lors du traitement. Concrètement, les produits contenant du glyphosate autorisés en « toutes cultures » ne peuvent être employés qu'entre les rangées d'arbres.
Pommes:pulvérisation en frondaison
Précautions d'emploi et matériel manuel
Pour l’ensemble des produits à base de glyphosate, à l’exception du TAIFUN 360 (8395P/B) et du PROAGRO (10513P/B), on peut lire la remarque suivante pour les usages par badigeonnage : « - max. 3.6 kg glyphosate/ha/12 mois - L’application avec appareil manuel de désherbage par humectage n’est pas autorisée car des effets sur la santé ne sont pas exclus avec cette méthode d’application. Cette phrase concerne l’emploi de matériel « manuel » de badigeonnage des plantes, à savoir le « balai désherbant ». En parcelle par contre, il existe des engins agricoles spécifiques permettant de badigeonner les plantes.
Alternatives et perspectives techniques
Dans un rapport publié le 9 octobre 2020, l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a dévoilé les résultats de son évaluation comparative des alternatives au glyphosate pour cet usage. Les perspectives d’offre de substances actives pour remplacer le glyphosate sont minces à court terme, notamment pour une efficacité sur les graminées. Le seul produit bioherbicide actuellement autorisé en grandes cultures est l’acide pélargonique (Beloukha), lui aussi efficace essentiellement sur dicotylédones. Son action de contact est rapide mais brève : les symptômes sont visibles généralement seulement quelques heures après application, puis les efficacités observées décroissent au fil du temps. L’effet contact implique que si les apex ne sont pas touchés, les adventices traitées sont capables de continuer leur croissance.
En 2017, l’Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae) a remis aux ministres concernés son rapport sur les usages et les alternatives au glyphosate dans l’agriculture française. Ce rapport répond à plusieurs objectifs : analyser les usages du glyphosate, identifier les alternatives possibles avec leurs incidences économiques et organisationnelles ainsi les difficultés spécifiques à certaines filières ou modes de production.
Évaluation environnementale et toxicologique
La gestion du glyphosate implique une compréhension fine de son comportement dans les différents compartiments environnementaux. Les normes de qualité pour les organismes de la colonne d'eau sont calculées conformément aux recommandations du guide technique européen pour la détermination des normes de qualité environnementale (E.C., 2011). Pour le glyphosate, on dispose de données valides pour au moins 3 niveaux trophiques en aigu et en chronique. En aigu comme en chronique ce sont les algues qui sont les plus sensibles.

Le 10 mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), placé auprès de l’Organisation mondiale de la santé, a publié un rapport concluant que le glyphosate devait désormais être classé cancérogène probable pour l’homme (classement 2A du CIRC). La valeur toxicologique de référence (VTR), correspondant à une dose totale admissible par jour, est considérée égale à 300 µg/kg corporel/j. Ce calcul n'est donné qu'à titre indicatif et peut être inadapté pour couvrir les risques pour les individus plus sensibles ou plus vulnérables.
Risques pour le milieu benthique et sédimentaire
Un seuil de qualité dans le sédiment est nécessaire pour protéger les espèces benthiques et protéger les autres organismes d'un risque d'empoisonnement secondaire résultant de la consommation de proies provenant du benthos. Il faut rappeler que les incertitudes liées à l'application du modèle de l'équilibre de partage sont importantes. Les sédiments naturels peuvent avoir des propriétés très variables en termes de composition (nature et quantité de matières organiques, composition minéralogique), de granulométrie, de conditions physico-chimiques et de conditions dynamiques.
Il est également crucial de noter que le site web www.phytoweb.be est la source de référence des produits phytopharmaceutiques autorisés en Belgique. Le CRP ne peut en aucun cas être tenu pour responsable en cas de dégâts, directs ou indirects, pouvant survenir suite à l’application des données fournies dans cet article, à une attitude inadéquate ou à une négligence. Chaque exploitant doit se référer scrupuleusement aux actes d'autorisation en vigueur pour chaque produit commercial utilisé, car les dosages inscrits peuvent varier selon les demandes spécifiques des firmes et les caractéristiques techniques du produit.
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