
L'entretien des espaces publics, et notamment le désherbage des trottoirs, est devenu un enjeu majeur pour les collectivités territoriales. Face à l'interdiction progressive des produits phytosanitaires, les municipalités sont contraintes de repenser leurs méthodes et d'adopter des approches plus respectueuses de l'environnement et de la santé publique. Cette transition est souvent accompagnée et facilitée par des organismes tels que la Fédération Régionale de Défense contre les Organismes Nuisibles (FREDON), qui joue un rôle crucial dans l'accompagnement et le conseil des communes.
L'Évolution Législative et la Prise de Conscience Environnementale
Depuis le début de l’année 2018, l'utilisation des produits phytosanitaires est proscrite pour les services techniques des communes. Cette interdiction s'est étendue aux particuliers à partir du 1er janvier 2019, rendant la vente, l’usage et la détention de ces produits illégaux pour les jardiniers amateurs, sauf pour les produits de biocontrôle, ceux utilisés en agriculture biologique ou ceux à faible risque. La loi 2014-110 du 6 février 2014, connue sous le nom de loi Labbé, a été le fer de lance de cette réglementation, visant spécifiquement les Jardins, Espaces Végétalisés et Infrastructures (JEVI). Le non-respect de ces conditions d'utilisation constitue une infraction pénale passible de lourdes amendes et même d'emprisonnement.
Cette législation est une réponse directe à un enjeu majeur en termes de santé publique et de protection de l'environnement, à savoir la prévention des pollutions liées à l'utilisation des produits phytosanitaires. La proximité de cours d'eau, de fossés et d'autres points d'eau rend la préservation des ressources en eau particulièrement sensible, comme c'est le cas pour la commune de Conteville, malgré l'absence de captage d'eau potable sur son territoire.

Le Rôle Central des FREDON dans l'Accompagnement des Communes
Les FREDON, à l'instar de la FREDON Auvergne, de la FREDON Centre-Val de Loire ou de la FReDON, sont des organismes à vocation sanitaire pour le domaine végétal. Elles accompagnent les collectivités dans leur démarche de transition vers un désherbage sans pesticides, en leur fournissant les outils et les conseils nécessaires pour l'exécution de cette nouvelle réglementation. Par exemple, Aulnat a été labellisée niveau 2 de la Charte d’Entretien des Espaces Publics par la Fredon Auvergne depuis 2013, s’engageant ainsi à abandonner l’utilisation des produits phytosanitaires. L'objectif pour la ville est de poursuivre ses efforts en s’engageant notamment au niveau 3, le niveau le plus élevé, impliquant l'abandon total des produits phytosanitaires, y compris sur les terrains sportifs, et l'invitation des habitants à ne plus utiliser ces produits chez eux. De même, la commune Le Hom a obtenu le niveau 3 de la Charte FREDON, confirmant son engagement total.
Le soutien de la FREDON est crucial pour les communes qui sont passées du "tout glyphosate au rien du jour au lendemain" et qui sont aujourd'hui les plus désemparées, selon Alice Boulanger, conseillère environnement au sein de la Fredon Centre-Val de Loire. Ces organismes animent régulièrement des réunions d'information sur ce thème et constatent un intérêt croissant des communes pour des alternatives au désherbage chimique.
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Des Alternatives au Désherbage Chimique : Diversité des Pratiques et Adaptation
L'arrêt de l'utilisation des produits phytosanitaires a contraint les communes à explorer et à mettre en œuvre diverses techniques alternatives. Ces nouvelles méthodes répondent aux exigences de la Charte d'Entretien des Espaces Publics et visent à créer un environnement plus sain pour les citoyens.
Désherbage Thermique
Le désherbage thermique est l'une des solutions adoptées par certaines communes, comme celle de Fontaine-Etoupefour. Elle s'est équipée d'un chariot avec bouteille de gaz et lance pour pratiquer cette méthode. Le principe est simple : l'application de chaleur sur la plante doit suffire à tuer ses parties aériennes, leur donnant un aspect de « salade cuite ». Il est essentiel de ne pas brûler ou carboniser la végétation, car cela entraînerait une consommation inutile de gaz. Cette technique est plus rapide que le désherbage manuel et la binette, s'attaquant aux mauvaises herbes superficielles sans affecter leurs racines. Elle nécessite environ trois passages par an, mais son efficacité repose sur la rapidité d'exécution. Pour garantir la sécurité, des équipements tels que des extincteurs peuvent être ajoutés aux chariots.
Désherbage Mécanique
Le désherbage mécanique englobe diverses approches. La destruction par la flamme des mauvaises herbes dans les bourgs est une technique expérimentée. La commune de Conteville, conseillée par la FREDON, a décidé d'acquérir une herse après l'obtention d'une subvention de l'Agence de l'Eau. Cet outil permet d’obtenir simultanément le désherbage, le ratissage et une finition de surface. Cependant, il est à noter que les débuts du désherbage mécanique peuvent ne pas être aussi performants que le désherbage chimique, et des ajustements sont à prévoir pour les agents municipaux.
Désherbage Manuel
Bien que plus laborieux, le désherbage manuel reste une option valable, notamment pour les zones restreintes ou délicates. La main d'œuvre représente une part significative des coûts de désherbage, quelle que soit la technique employée. Le désherbage manuel est souvent privilégié pour les espaces entre les sépultures dans les cimetières, où l'ampleur de la tâche rend d'autres méthodes déraisonnables en termes de temps passé.

Autres Alternatives et Aménagements
- Engazonnement des cimetières : Cette approche, en cours de réalisation dans la commune Le Hom, vise à remplacer les allées traditionnelles par de l'herbe, limitant ainsi la pousse des mauvaises herbes et facilitant l'entretien.
- Fauchage plutôt que tonte : Pour les grandes étendues enherbées sans fonctions particulières, comme le stade (hors terrain de foot) et le cimetière, un fauchage deux fois par an est préconisé au lieu d'une tonte régulière. Cela libère du temps pour d'autres tâches de désherbage.
- Aménagements structurels : La municipalité de Conteville envisage un plan sur plusieurs années pour goudronner les trottoirs et les parkings actuellement recouverts de bicouche ou de graviers. Ces aménagements réduiront la surface propice à la pousse des "herbes folles".
- Machine à eau chaude : Certaines communes, en lien avec la FReDON, se sont dotées d'une machine à eau chaude pour un désherbage écologique, ce qui constitue une nouvelle pratique novatrice.

La Maîtrise des Coûts et l'Optimisation des Interventions
Le désherbage sans produits phytosanitaires peut paraître coûteux, mais la maîtrise des coûts dépend de plusieurs facteurs. La main d’œuvre représente entre 60 et 99 % des coûts, quelle que soit la technique.
- Maîtrise technique du personnel : Une bonne connaissance du matériel et des techniques est essentielle. Pour le désherbage thermique, il est crucial de savoir que l'application de chaleur doit juste suffire à tuer les parties aériennes de la plante sans la carboniser, évitant ainsi une consommation inutile de gaz. La formation est indispensable pour les opérateurs, ainsi qu'une organisation du travail favorisant le transfert des connaissances techniques.
- Capacité à intervenir au bon moment : Une intervention précoce, alors que l'herbe pourrait encore être tolérée, risque d'ajouter une intervention supplémentaire sur l'année qui aurait pu être évitée. La fréquence d'intervention dépend de la technique choisie (plus fréquente pour le brûleur que le manuel) et des objectifs de gestion.
- État du site avant intervention : Le coût annuel du désherbage est principalement déterminé par la quantité de végétation présente au moment de l'intervention. Ce paramètre reflète les objectifs de gestion et l'organisation du gestionnaire.
- Définition des seuils d'intervention : La présence de végétation indésirable affecte l'esthétique, les usages, la praticabilité et la sécurité. Définir et respecter des seuils d'intervention est crucial pour maîtriser les coûts.
L'Importance de la Participation Citoyenne
La transition vers un désherbage écologique ne peut se faire sans l'engagement de tous les habitants. La mobilisation des citoyens pour contenir la pousse devant chez eux est primordiale. En effet, l’entretien des trottoirs incombe aux citoyens, même s’ils relèvent du domaine public. Cela inclut le balayage, le désherbage manuel ou mécanique, le dégagement de la neige ou du verglas, et l’épandage de sel, de sable en hiver. Un arrêté prescrivant l'entretien des trottoirs au droit des propriétés par chaque riverain est en vigueur dans de nombreuses communes.
Le Fleurissement Participatif
Le fleurissement participatif est une alternative innovante qui cumule les vertus. Ces petites plantes qui poussent au pied des murs et en bordure de trottoir limitent le développement des herbes spontanées. Elles évitent aux employés communaux des tâches répétitives et aux mairies d'investir dans du matériel coûteux. Plus important encore, elles favorisent le dialogue entre élus et habitants, modifiant peu à peu la vision générale des herbes en ville. Des communes mettent en place des conventions avec les habitants intéressés par le fleurissement, en leur conseillant une liste de plantes ou en offrant des graines. Il est important d'éviter les plantes trop encombrantes pour assurer la praticabilité du trottoir et de veiller à un entretien adéquat pour éviter les plantes desséchées. L'expérience de villes comme Blois, engagée dans cette démarche depuis plusieurs années, montre de bons résultats. Face à une certaine agressivité des administrés concernant le désherbage, le message est clair : "Plutôt que de se fâcher pour une poignée de chiendent, dites-le avec des fleurs…"
Sensibilisation et Éducation
Pour accompagner ces changements, des initiatives de sensibilisation sont mises en place. La commune Le Hom a proposé une exposition afin de sensibiliser les habitants aux nouveaux modes de gestion responsables du territoire municipal. Cela a également été l'occasion d'organiser une collecte des produits phytosanitaires interdits. L'idée est aussi que chaque habitant comprenne qu'une mauvaise herbe le long de son trottoir n'est pas si grave et qu'il peut l'arracher.
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Les Défis et les Perspectives
Les changements de méthodes et d’outils de travail font que les équipes municipales passent plus de temps pour traiter les espaces publics. Les aménagements envisagés, comme le goudronnage des trottoirs, demandent du temps et des années de réalisation. Il est donc à prévoir que les débuts du désherbage mécanique ne seront pas aussi performants que le désherbage chimique, et une certaine indulgence est demandée aux habitants en attendant les ajustements.
La transition énergétique pour la croissance verte implique que chacun a un rôle à jouer. L'Atlas de la biodiversité intercommunale de GrandAngoulême, soutenu par l’Office Français de la Biodiversité, est un exemple d'engagement pour mieux comprendre et protéger les richesses naturelles, identifiant les enjeux prioritaires pour la protection et la valorisation de la biodiversité. Cela inclut la mise en lumière d'espèces remarquables et leurs habitats. La commune s'engage également à enrichir la ville d'espèces animales et végétales locales tout en limitant les impacts néfastes sur l'environnement, en déterminant pour chaque espace la fréquence et la caractéristique d'intervention pour la tonte, la taille, le désherbage et le fleurissement.
Techniques et Bonnes Pratiques pour les Particuliers
Pour les particuliers, des alternatives naturelles existent pour l'entretien de leurs jardins et trottoirs. Avant toute chose, il est nécessaire de bien connaître l’environnement et le type de sol pour respecter l’écosystème en place et identifier les maladies et ravageurs.
- Compostage : Issu de la dégradation biologique et naturelle des déchets organiques (épluchures de légumes, marc de café, mauvaises herbes, tonte de pelouse), le compost constitue un engrais de qualité pour les plantations.
Les propriétaires occupants ou locataires d’une habitation ont des devoirs et des obligations légales concernant l'entretien des espaces devant chez eux. Cela inclut le nettoyage des feuilles mortes et détritus, le désherbage des pieds de clôture, le dégagement de la neige ou du verglas, ainsi que l'épandage de sel, de sable pour assurer la sécurité du trottoir en hiver. Il est rappelé que l'entretien en état de propreté des gargouilles placées sous les trottoirs pour l’écoulement des eaux pluviales est à la charge des propriétaires ou des locataires. Les feux de déchets à l’air libre sont formellement interdits par arrêté préfectoral, toute infraction étant passible d’une amende. Les produits phytosanitaires dont l’usage est interdit pour les particuliers depuis le 1er janvier 2019 peuvent être déposés dans les déchetteries de la communauté de communes.
Les talus et bas-côtés des routes communales sont entretenus par les agents du service technique, avec généralement deux passages par an et un broyage des talus une fois par an.