La conception d’une ferme en permaculture est un processus holistique, une aventure qui demande autant de patience que d’observation. Il ne s’agit pas seulement d’implanter des cultures, mais de tisser un écosystème où chaque élément - humain, végétal et animal - joue un rôle synergique. Pour réussir cette transition vers une agriculture régénérative, il est crucial de comprendre que le design est l’intégration des principes de la permaculture dans une conception pensée pour le long terme.

L’analyse initiale : poser les fondations
Le point de départ du processus de design est une « carte de base ». Pour l’élaborer, on enregistre tout ce qui est déjà là, en évitant, à ce stade, d’ajouter ses idées. Elle deviendra le modèle pour toutes les futures cartes. Nous avons fait un relevé de notre site : nous avons ainsi appréhendé la forme du terrain, son aspect, ses pentes, ses sources d’eau, ses types de sol, le climat global et les microclimats, etc. Puis nous avons ajouté ces données à la carte de base.
Il existe de nombreux outils pour interpréter les informations obtenues comme la rédaction d’une liste de ce que l’on juge positif, négatif ou intéressant. Une visite aux anciens propriétaires nous a fourni des informations précieuses sur la façon dont le terrain avait été utilisé. Par ailleurs, les gens qui nous ont vendu le terrain nous ont montré des photos qui nous expliquaient comment ils l’avaient transformé.
Il faut cependant rester flexible. Les décisions de design sont donc équilibrées entre nos désirs et ce que le terrain nous dicte. Une mise en œuvre progressive rend le projet moins intimidant et la conception peut évoluer au fur et à mesure que l’on prend conscience de la fonction de chaque élément. C’est aussi en faisant des erreurs qu’on apprend. Ce n’est qu’après la mort, en plein hiver, d’un délicat et coûteux arbre aux cloches d’argent (Halesia Carolina) que nous avons enfin réalisé comment était exposée la parcelle de notre jardin-forêt.
Le zonage et la planification : optimiser l'effort
Au cœur de la permaculture, on trouve la mise en relation judicieuse des éléments les uns par rapport aux autres. C’est ici que l’on rencontre le concept, fameux en permaculture, de “zonage”. L’important, c’est que tout ce qui réclame le plus notre attention soit placé au plus proche du centre de l’activité humaine, qui n’est pas défini par votre seule maison.
Il est très souvent conseillé de commencer à petite échelle et de se développer uniquement au rythme où il est possible d’entretenir correctement son terrain. Entretenez l’existant avant de vous lancer dans de nouveaux projets. Réfléchissez à ce qu’exige chaque élément. Par exemple une forêt-jardin nécessite x m2, x temps par semaine de travail, x kg de fruits estimés, telle exposition, etc. Ce travail préalable est fastidieux, mais il permet de réaliser un aménagement judicieux, tenant compte des ressources naturelles, des moyens humains, techniques et financiers.
Tout marche dans les deux sens : avec de l’imagination, on peut transformer un problème en solution. Chez nous, il y avait une ancienne fosse à lisier, vestige de l’époque où notre terrain appartenait à une ferme. Il aurait fallu énormément d’énergie et d’argent pour ne serait-ce qu’enterrer cette énorme masse de béton armé. L’étape de collecte d’informations sert à prendre en compte ce qui est déjà là, en préservant ce qui serait utile ou en améliorant ce qui pourrait fonctionner. C’est seulement ensuite qu’on introduit des choses nouvelles.
Comprendre le zonage en permaculture : guide pour bien débuter
L'intégration de l'élevage dans le système
Sur une ferme ou dans un potager, l’animal a toute sa place. La nature ne peut s’en passer dans n’importe lequel de ses paysages, du désert à l’océan, d’une manière ou d’une autre, il est omniprésent. En permaculture, nous ne perdons jamais de vue qu’un élément doit avoir plusieurs fonctions, il en va de même avec les animaux.
Le porc et la volaille, considérés en général comme des animaux de consommation, ont une fonction extrêmement utile, celle de manger les restes ainsi que les fruits et légumes non consommables. Le cochon, comme nous l’avons évoqué plus haut, fait en amont d’une culture tout un travail du sol. La poule, servant également pour le travail du sol, sera plus efficace pour nettoyer potagers et vergers des petites bêtes ravageuses.
La plupart des animaux d’élevage sont issus du milieu forestier. Comme évoqué dans un précédent article les jeunes paysans que nous avons été à nos débuts l’avaient oublié. Pensant bien faire, laissant plus de place à nos volailles et nos porcs que dans le cahier des charges bio. Cependant cela n’a pas suffi à leur bien-être. Là encore, les humains que nous étions avaient oublié de regarder comment ces bêtes vivent dans la nature : en sous-bois !
Arbres et arbustes fourragers
L’arbre fourrager dépasse largement ses fonctions en apportant un bon nombre d’avantages : piquet de parc pour l’acacia, bois de chauffage et petit bois ne sont que quelques exemples parmi les nombreux services qu’ils peuvent nous rendre. Arbustes à petits fruits (sureau noir, aronia, genévrier, arbre aux faisans, etc.). Il s’agit ici de créer un couvert assez bas pour les volailles qui aura pour deuxième fonction de les nourrir avec la production de fruits.
Études de cas : illustrer la diversité des projets
Pour bien comprendre, prenons l'exemple de trois projets distincts qui ont nécessité des designs adaptés :
- Le projet de Pierre : Paysan boulanger, il développe un jardin partagé. Son design se développe sur environ 3 hectares avec une attention particulière sur la gestion des flux de personnes sur le site. En effet, recevoir du public sur son lieu de vie implique certaines précautions pour ne pas se sentir « envahi ».
- Le projet de Paul : Il souhaite être autonome en légumes sur 900m². Le design s’est articulé autour des 2 facteurs limitants : le réseau d’assainissement et le câblage électrique sous-terrain ! La partie ouest qui n’a pas de réseaux sous-terrain est dédiée au potager.
- Le projet de Jacques : Ancien agriculteur, il dispose de compétences et de matériel. Le design en permaculture s’est mis en place sur les points forts de son terrain : une fantastique masse thermique pour tempérer les variations de température.
La gestion des auxiliaires et la biodiversité
Trop souvent, nous nous concentrons sur les animaux domestiques en oubliant les auxiliaires qui sont nos premiers alliés dans la lutte des ravageurs. Ainsi en leur créant un biotope adéquat et des habitats vous verrez les nuisibles et maladies fondre comme neige au soleil.
Les extraordinaires abeilles sauvages et domestiques sont essentielles à nos écosystèmes. Les abeilles sauvages, même si elles ne produisent pas pour l’homme, rendent le plus grand des services en pollinisant de nombreux végétaux. Sans elles, pas de mise à fruit. Comment favoriser leur présence ? En leur offrant le gîte et le couvert, plantez la biodiversité qui va les attirer chez vous, ne coupez pas dans certaines zones votre herbe, car les herbes hautes sont propices pour créer un nid, installez hôtels à insectes, des petits dômes de pierres sèches, des tas de bois morts ou de branchages.

Accompagnement et vision globale
En utilisant les principes de permaculture, les notions d’agriculture régénérative et les outils de l’architecture de paysage, nous concevons des fermes écologiques, innovantes et performantes. L’agriculture régénérative est une approche holistique de gestion des territoires qui vise à produire un rendement agricole tout en restaurant les services écosystémiques essentiels de la séquestration du carbone, la purification et l’infiltration de l’eau, le cycle des éléments nutritifs et la biodiversité.
Écomestible accompagne les agriculteurs, les gestionnaires et les porteurs de projets qui souhaitent contribuer à la régénération des écosystèmes à même leur pratique agricole. Par l’organisation de rencontres d’idéation, de créations de plans et la mise en place d’un réseau de professionnels, nous vous aidons à déployer votre vision d’une autre agriculture. Notre processus d’accompagnement permet de vous guider à travers la définition de votre projet d’agriculture écologique unique.
Il faut juste se lancer et ne pas se laisser rebuter. Vous avez désormais toutes les cartes en main pour une bonne réflexion, mais le mieux c’est encore d’expérimenter et de voir avec quel animal vous avez le plus d’affinités. Il vous faudra du courage, mais très souvent la relation homme / animal apporte bien plus qu’une utilité ou de la pitance, c’est un lien fort qui se crée.
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