La Granulométrie et les Fondamentaux du Compostage Industriel et Domestique

Le compostage, qu’il soit réalisé à l’échelle industrielle ou domestique, est un procédé naturel de revalorisation de nos déchets organiques en grande quantité. Il s'agit d'un processus biologique au cours duquel des micro-organismes (bactéries, champignons, vers de terre, etc.) transforment la matière organique en humus. Si vous ne faites pas (encore) partie des composteurs avertis, vous avez sans aucun doute quand même déjà vu la mention « OK compost INDUSTRIAL » sur certains de vos emballages plastiques. Ces emballages sont notamment fabriqués à base de PLA, un bioplastique prometteur puisqu’il est à la fois biosourcé (d’origine végétale) et biodégradable.

Schéma illustrant le cycle de vie du compostage, du déchet organique au fertilisant final

Les paramètres physiques : le rôle crucial de la granulométrie

La granulométrie est un paramètre important pour le compostage du déchet. Une granulométrie optimale varie entre 2 et 10 cm environ. La taille des particules selon la texture du substrat conditionne la circulation de l’air. Parce que le compostage industriel implique un procédé de transformation aérobie des matières organiques, les déchets traités doivent permettre une circulation suffisante de l’air pour favoriser la respiration des micro-organismes. Les matières trop fines ou trop riches en eau (comme les boues de station d’épuration) doivent être mélangées avec des structurants (un mélange de bois par exemple).

La répartition des particules dans différents intervalles de dimensions influence directement l'aération. Un bon brassage dès le début facilite la mise en place des micro-organismes et évite l’apparition de zones trop compactes. Le broyage préalable est souvent nécessaire pour pallier une décomposition très lente. Pour favoriser la décomposition, il est préférable de broyer ou de hacher les déchets bruns et les déchets verts en petits morceaux. Les micro-organismes pourront ainsi s’attaquer plus facilement à la matière.

La dynamique du processus biologique

Le compostage au sens large est un procédé de transformation de matières fermentescibles (déchet composé exclusivement de matière organique biodégradable). Il permet la gestion des déchets de façon locale. Plusieurs caractéristiques intrinsèques au déchet influencent sa capacité à être composté. La biodégradabilité d’un déchet, c’est-à-dire sa capacité à être dégradé par les micro-organismes dans les conditions étudiées, est la caractéristique essentielle permettant le traitement par compostage.

Le rapport massique C/N/P de la fraction biodégradable optimal est de l’ordre de 100/(4 à 5)/1. Le taux d’humidité optimal du déchet doit se situer entre environ 20 et 70 % de la masse totale. Le pH optimal pour l’activité des micro-organismes se situe autour de la neutralité (proche de 7). La montée en température lors de cette phase assure l’hygiénisation des matières. La phase de montée en température : une fois les conditions de décomposition réunies, les bactéries thermophiles prennent le relais et élèvent la température jusqu’à 65 °C ou plus. La phase de refroidissement : après plusieurs semaines, la température baisse progressivement, signe que la majorité de la matière organique est déjà bien décomposée.

Fabrication de compost, à l'échelle locale !

Typologie des matières et équilibre du mélange

L’équilibre entre les déchets bruns et les déchets verts est la clé de voûte d’un compost réussi. Les déchets bruns (ou carbonés) sont principalement des matières sèches, riches en carbone : feuilles mortes, branchages, paille, carton non imprimé, coquilles d’œuf, papier essuie-tout non blanchi. Les matières vertes fournissent de l’azote, combustible nécessaire à la croissance et l’activité des micro-organismes.

Si le tas dégage une odeur désagréable (putréfaction), c’est probablement que la proportion de déchets verts est trop importante ou que le compost est trop humide. Les tontes de gazon, très riches en eau et en azote, doivent être mélangées avec des matières brunes. Les déchets organiques bruts ou compostés ne peuvent en général pas constituer un support de culture, mais ils sont parfois mélangés comme matière première « bon marché » dans des mélanges qui associent souvent de la tourbe, visant à la formation de milieux possédant une porosité suffisante.

Cadre réglementaire et gestion des filières

D’après l’audit réalisé en 2006 par l’ADEME, on comptait cette année-là 820 plateformes de compostage en France qui traitaient environ 6 millions de tonnes de déchets par an. Suite à la loi de Transition énergétique du 17 aout 2015, le tri à la source des biodéchets va être généralisé. Chaque collectivité devra mettre à disposition des solutions permettant aux citoyens de ne plus jeter leurs biodéchets dans les ordures ménagères résiduelles.

Les installations sont soumises à des règles strictes. L’arrêté du 22 avril 2008 fixe les règles techniques auxquelles doivent satisfaire les installations de compostage ou de stabilisation biologique aérobie soumises à autorisation. La circulaire du 6/03/2009 attire l’attention sur la qualité des boues de STEP destinées au compostage. Les cahiers des charges établis synthétisent les données disponibles dans la littérature scientifique et technique et des avis d’experts pour un certain nombre de filières de gestion.

Infographie comparant les différents types de compostage : domestique, partagé et industriel

Valorisation et débouchés du compost

La valorisation organique des déchets biodégradables permet de produire un compost ou un digestat. En France, 62 % des composts produits sont utilisés par l’agriculture. Le secteur des grandes cultures est le plus gros consommateur avec 92 % des débouchés. Le compost terminé sera utilisé comme amendement de sol. Il favorise le développement racinaire (mycorhizes plus actifs) et joue un rôle primordial dans le compostage aérobie des déchets solides.

Les plantes cultivées sur un sol enrichi en compost sont généralement plus vigoureuses et mieux armées contre les maladies et ravageurs. En plus d’être incorporé au sol, le compost peut servir de paillis en surface. Cette technique protège le sol du dessèchement, limite la pousse des mauvaises herbes et régule la température. Le compost du Sitcom, par exemple, est un amendement organique naturel idéal pour les créations de gazon, les plantations florales et d'arbustes ainsi que les cultures maraîchères et fruitières. Il est fabriqué à partir des végétaux issus des déchetteries, broyés et disposés en andain.

Enjeux environnementaux et transition écologique

Réduire le volume de déchets envoyé en décharge ou en incinération est un enjeu environnemental majeur. Les biodéchets, lorsqu’ils sont enfouis ou incinérés, produisent du méthane et du dioxyde de carbone. Le geste individuel du compostage s’inscrit dans une démarche plus large de transition écologique. Le compostage partagé crée du lien social et sensibilise les citoyens à la valorisation des biodéchets.

Le compostage participe pleinement à l’économie circulaire, dont l’objectif est de limiter le gaspillage des ressources et la production de déchets. Le compost est bien plus qu’une simple technique de jardinage : il s’agit d’un acte citoyen et écologique à la portée de tous. Il permet de boucler la boucle écologique en nourrissant les plantes et le sol, contribuant à la création d’un milieu de vie propice au développement d’une faune et d’une flore diversifiées. Contrairement à certains engrais chimiques, le compost est entièrement naturel. Sa production ne nécessite pas de ressources coûteuses et polluantes : il s’agit simplement de valoriser les biodéchets que nous produisons au quotidien.

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