Comprendre la différence entre écologie et permaculture humaine : Vers une transition systémique

La distinction entre l'écologie et la permaculture humaine est fondamentale pour quiconque souhaite s'engager dans une démarche de transition durable. Si ces deux concepts partagent des racines communes et des objectifs de respect du vivant, ils diffèrent par leur nature : l'une est une science, l'autre est une méthode de conception et une philosophie de vie ancrée dans l'action.

L'écologie : La science des interactions

Le mot « écologie » évoque un tas de choses différentes. Une définition largement acceptée est la suivante : « elle désigne la science qui se donne pour objet la relation des êtres vivants avec leur habitat et l’environnement ainsi qu’avec les autres êtres vivants ». Ainsi, pour nous, elle ne peut se définir que dans sa relation avec son environnement. L'écologie, en tant que discipline scientifique, étudie les mécanismes complexes qui régissent la biosphère. Elle analyse la biodiversité, définie comme l’ensemble des formes de vie sur Terre, des plus petites aux plus grandes, ainsi que leurs fonctions et leurs modes de vie.

Aujourd’hui, la biodiversité des écosystèmes naturels (eau, sol et forêt) est mise en danger par les activités humaines, principalement à cause de la dépendance aux combustibles fossiles. Pour l’exemple, les auteurs citent les chiffres donnés par l’ONG WWF montrant que, en 2014, 50% des espèces sauvages avaient disparu depuis 1970. Or la survie de l’espèce humaine dépend intrinsèquement de la survie des autres espèces.

Schéma illustrant les interactions complexes entre les espèces au sein d'un écosystème naturel

La permaculture humaine : Une méthode de design pour la transition

Apparu dans les années 70, le principe de permaculture répond à un défi sociétal majeur. Les auteurs Alonso et Guiochon, dans leur ouvrage Permaculture humaine. Des clés pour vivre la transition, définissent la permaculture comme « une approche systémique qui permet de créer des écosystèmes viables en s’inspirant des lois de la nature ». Initialement axée sur l’agriculture durable, la permaculture s’est depuis élargie pour intégrer des aspects de conception écologique, d’habitat respectueux de l’environnement et de gestion des ressources.

Le mot « design » désigne un ensemble de pratiques destinées à concevoir, à planifier, à aménager, à structurer un espace, un projet, un groupe, des relations ou des organisations pour les rendre féconds, abondants et durables. La permaculture humaine applique cette démarche à l’humain lui-même. Puisque nous faisons partie de l’écosystème, nous ne pouvons le changer sans commencer par nous-même. Toute démarche en permaculture commence par une transformation intérieure.

Premiers pas en permaculture #3/7 - LES PRINCIPES

Fondements philosophiques et éthiques

Les fondements philosophiques de la permaculture sont que la vie se régénère d’elle-même, tend à exister quoi qu’il arrive et, ce, de manière infinie et abondante. Faisant partie de la nature, l’humain a ceci de particulier que sa capacité à réfléchir lui confère une grande responsabilité dans la gestion des écosystèmes naturels. Le terme « permaculture » est la contraction entre « permanent » (durable) et « culture » (dans sa dimension agricole et culturelle).

Au cœur de la permaculture se trouvent trois éthiques fondamentales : le soin de la terre, le soin des gens et le partage équitable. Ces éthiques constituent le fondement de tous les principes de la permaculture, influençant les décisions et les conceptions pour créer des systèmes durables et équitables. L'éthique de la permaculture préconise un changement de paradigme dans la façon dont les humains interagissent avec la Terre. Au-delà de la simple minimisation des dommages, ces principes encouragent une gestion proactive de l’environnement, favorisant des paysages qui prospèrent et se régénèrent.

Le biomimétisme : S'inspirer de la nature pour résoudre nos problèmes

Cette démarche suppose que tout problème trouve sa solution dans l’observation de la nature. Parce qu’il existe au moins une espèce avant nous qui a été confrontée à ce problème et qui a su mettre en place des stratégies pour le résoudre ou s’y adapter. L’une des grandes leçons que nous apprend l’observation de la nature est qu’il n’y existe pas de hiérarchie mais une place et un rôle pour chacun.

La notion de « niche écologique » désigne la place occupée par une espèce. Or, quelles que soient les espèces, toutes ont en commun d’avoir une place complémentaire, orientée vers le bien commun et la pérennité de l’écosystème. Toutes ? Sauf l’humain ! Notre place n’est pas inscrite dans notre patrimoine génétique, nous devons la découvrir et, pour ce faire, sortir du moule social dans lequel nous sommes élevés.

Infographie comparant la niche écologique d'une espèce animale et la recherche de la

Permaculture et Agroécologie : Convergences et nuances

La permaculture et l’agroécologie sont deux mouvements qui portent des valeurs et des objectifs semblables, malgré leurs origines géographiques, historiques ou sociales différentes. Les deux s’inspirent des équilibres naturels pour les recréer dans les zones de culture. L’agroécologie traite tant de la pratique agricole que du paysage, et de la philosophie de vie qui les accompagne. Il s’agit d’une discipline qui peut être employée à l’échelle d’un jardin de particulier, comme d’une exploitation agricole professionnelle.

Toutefois, quelques différences notables subsistent. La permaculture est avant tout une approche de conception qui utilise des principes éthiques et écologiques pour créer des systèmes durables de taille modeste. L’agroécologie, quant à elle, est une discipline scientifique qui utilise une méthodologie rigoureuse pour étudier les systèmes agricoles. L’agroécologie peut être utilisée à une échelle bien plus large, couvrant des régions agricoles entières, tandis que la permaculture optimise souvent le fonctionnement interne de systèmes à taille humaine.

L'application pratique : Concevoir sa vie en transition

Alonso et Guiochon accompagnent pas à pas les lecteurs dans la découverte des principes et méthodes de la permaculture humaine. Le processus de design n’est pas linéaire mais interactif. Il commence par l’observation de la situation dans laquelle nous sommes, sans l’analyser ni chercher des solutions. Il s’agit ensuite d’identifier les coopérations et les échanges de compétences avec autrui, ce que l’on nomme « l’effet bordure ».

Les auteurs proposent de dessiner une grande lettre T pour chaque participant au projet. À droite de son T, chaque membre du groupe écrira les rôles qu’il souhaite avoir, ses goûts et compétences. À gauche, la personne inscrira ses besoins. On confronte ensuite l’ensemble des T des participants. Et, au fur et à mesure, se dessinent des complémentarités qui vont indiquer où se situe la niche du projet lui-même. Il est important de ne pas faire entrer à tout prix, en les tordant, les rôles ou les besoins des participants à un projet pré-établi, mais bien d’opérer la démarche inverse.

Diagramme illustrant l'outil du

La gestion des ressources et la survie de l'humanité

Notre monde connaît une fin de cycle : continuellement utilisées par l’humain depuis plusieurs générations, les ressources naturelles s’épuisent. L’utilisation excessive des combustibles fossiles et la dépendance croissante à ces ressources non renouvelables mettent en danger l’équilibre des êtres vivants sur la planète. Pour les auteurs, la solution réside dans une production et une consommation - revues à la baisse - des ressources réellement disponibles, et dans leur mise en commun entre les individus.

L’eau est le premier bien à préserver. Constituant 70% du corps humain, elle maintient également en vie toutes les espèces. La gestion de l’eau se situe au centre des designs en permaculture. De même, le sol est une ressource non renouvelable, limitée, et qui se dégrade à grande échelle, à cause de pratiques industrielles dévastatrices. Les terres arables ne constituent qu’un quart de la planète, et on ne cesse de les appauvrir.

Vers une autonomie locale et solidaire

Le modèle d’une agriculture familiale, locale et durable est reconnu comme étant adéquat face à la croissance démographique. L’Homo Industrialis a réussi, au cours de l’histoire, à rompre le lien qui l’unissait nécessairement à la production de nourriture locale. Mais pour combien de temps ? L’Omnivore, de par sa constitution, a besoin d’un régime varié mais toujours proportionnel à l’énergie qu’il dépense au quotidien.

Le nécessaire équilibre du « terrain humain » est semblable à celui du sol : les permaculteurs vont chercher à soigner leur alimentation de la même manière qu’ils soignent leur culture, en équilibrant les aliments. Cette quête d’équilibre s’étend à l’organisation sociale. Le collectif doit être pensé de manière à « rouler tout seul » grâce à une capacité d’auto-régulation, condition ultime de la réussite de tout projet de transition.

tags: #difference #entre #ecologie #et #permaculture #humaine