Guide Complet : Concevoir et Planter une Haie Fruitière Gourmande

Une haie, oui, mais fruitière ! Les raisons qui peuvent vous conduire à planter une haie sont nombreuses : délimiter un terrain, se protéger du vent, se cacher d'un vis-à-vis ou bien encore offrir le gîte et le couvert aux auxiliaires du jardinier. Une raison supplémentaire peut s'ajouter à toutes celles-là : satisfaire la gourmandise du jardinier ! Et oui, les fruitiers sont assez nombreux et variés pour en trouver quelques-uns qui se plient à l'exercice de la haie ! Arbres fruitiers, arbustes à baies et arbustes à petits fruits : il est possible de marier les saveurs, les couleurs et les époques de fructification, mais encore faut-il bien les choisir et agencer la haie de manière optimale.

Schéma illustrant une haie fruitière alternant arbres tiges et arbustes

L'agencement stratégique de la haie fruitière

Pour obtenir une haie esthétique, pouvant jouer le rôle d'une clôture tout en produisant de beaux et bons fruits comme au verger, la haie fruitière doit être ordonnée, alternant de façon régulière arbres et arbustes. La séquence suivante, à répéter, permet d'accueillir la plupart des fruitiers et d'obtenir une haie homogène et « naturelle » : deux arbres tiges (étage supérieur) encadrant trois ou quatre sujets arbustifs (étage intermédiaire), voire plus suivant la taille des arbustes et celle des arbres tiges.

Ainsi disposés, et avec le concours d'une à deux tailles dans l'année de l'étage intermédiaire, les arbres tiges ont de la place pour développer leur houppier et les arbustes peuvent recevoir assez de lumière pour leur floraison et la maturation de leurs fruits. Ces tailles d'entretien ont également pour effet de contenir l'étalement du système racinaire. Cette séquence est envisagée pour une haie faite sur une seule ligne. Les haies plantées sur deux lignes sont possibles (plants arbustifs devant les arbres tiges) mais ne facilitent pas la cueillette. L'accès aux arbres tiges est gêné et les fruits et les rameaux des plants arbustifs peuvent être abîmés par le passage du jardinier lorsqu'il voudra avoir accès aux arbres placés derrière. Si vous supprimez l'étage supérieur, le travail de taille sera nettement moins important.

Conseil : selon l'orientation de la haie, les arbres et les arbustes reçoivent plus ou moins de lumière ; pour une meilleure luminosité, sont à privilégier les expositions Sud et Sud-Ouest. À savoir : plantés côte à côte, les fruitiers vont forcément entrer plus ou moins en concurrence pour l'eau et les nutriments contenus dans le sol ; une situation que l'on ne retrouve pas dans un verger. Il ne faut donc pas s'attendre à ce que chaque arbre produise autant que s'il était planté seul au milieu de votre pelouse. La production de la haie fruitière doit s'envisager dans sa globalité et sa diversité.

Sélectionner les essences pour une haie productive et diversifiée

Les arbres fruitiers sont parfois délicats. Aussi, le recours à des essences locales, adaptées à votre climat et à votre sol est préconisé. De plus, ces dernières ont également l'avantage de plaire aux auxiliaires de votre jardin. Toutefois, quelques essences exotiques ne sont pas à bouder. Variez les plaisirs en optant pour un mélange diversifié. Cela permet non seulement de goûter à des saveurs différentes mais aussi d'étaler les récoltes dans le temps (récoltes de fruits pour vous, de pollen pour les butineurs).

  • Arbres fruitiers sur tige (tige, demi-tige) : Figuier, kaki, mûrier, néflier, pêcher, poirier, pommier, prunier, sorbier…
  • Essences arbustives : Les petits arbres et arbustes qui supportent d'être rabattus pour obtenir un port en cépée : argousier, aronia, azerolier, goyavier du Chili (Myrtus ugni), cerisier acide, chalef (Elaeagnus x ebbingei), cognassier, cornouiller mâle, feijoa, figuier, grenadiers, lyciet (goji), néflier, noisetier, prunellier, sureau noir…
  • Les ronces et petits fruits : Idéals pour remplir le bas de la haie : cassissier, framboisier, groseillier, ronces fruitières (mûres).

Maîtriser les distances de plantation

La distance de plantation entre les plants dépend bien évidemment de la forme de l'essence. Dans les haies ornementales, les espacements sont en moyenne de 70 cm. Ici, il faut prendre en compte les fruits plus ou moins fragiles. Le Conservatoire Végétal d'Aquitaine, qui travaille notamment sur les haies fruitières, conseille une distance de 1 mètre entre deux plants. Son deuxième conseil est de planter la haie en une seule fois, afin que le système racinaire des arbustes et des arbres se développent conjointement, sans que l'un prenne le pas sur l'autre.

Diagramme des distances de plantation selon la vigueur des arbres fruitiers

La distance minimale entre deux arbres fruitiers varie selon le type d’arbre que vous choisissez de planter. En effet, pour des arbres compacts, comme les pommiers nains ou les poiriers, un espacement de 3 à 4 mètres suffit. Ce type d’arbre se développe bien même avec moins de place, tout en produisant une récolte de qualité. Plus un arbre est grand, plus ses racines se propagent largement ! Ce qui nécessite un espace suffisant pour éviter la concurrence entre les racines des arbres voisins. De plus, une distance correcte permet une meilleure circulation de l’air et de la lumière, et réduit ainsi les risques de maladies fongiques.

Si vous plantez deux arbres à 3 m l’un de l’autre, leurs racines vont entrer en compétition dès la 3ᵉ ou 4ᵉ année. Un arbre fruitier a besoin de lumière sur toute sa surface pour bien fructifier. Un verger trop dense est un verger humide. Après une pluie, les feuilles restent mouillées pendant des heures. Règle simple : entre deux arbres, l’air doit circuler librement. Le porte-greffe détermine la vigueur de l’arbre, donc la distance de plantation nécessaire. Mon conseil : visez toujours la distance optimale, pas le minimum. Si les cercles se chevauchent beaucoup, vous plantez trop serré. S’ils se touchent légèrement, c’est parfait.

Techniques de plantation et préparation du sol

Pour les plantations, faites un trou toujours bien plus grand que le pot. Ça permettra de décompacter la terre autour des racines. Si la terre en provenance de votre terrassement est plus légère, n'hésitez pas à en ajouter. Surtout pas de fumier au fond du trou, ça brûlerait les racines. Donc vous faites un gros trou, vous mettez la plante, vous remettez un peu de terre, vous ajoutez un grand seau d'eau et vous remettez toute la terre à votre disposition. Par-dessus, 3 couches de carton au minimum (sans agrafes, sans étiquettes ou papier collant). Et par-dessus, du paillage. De la paille, ok, si vous en avez, mais perso, je mettrais tout ce que j'ai sous la main : tonte de gazon, broyage de branchages (BRF), votre surplus de terre. L'idée est d'enrichir peu à peu votre terre. Les cartons vont limiter (mais pas empêcher) la prolifération du chiendent, des potentilles rampantes, liseron et lierre.

#1 PLANTATION - Tutoriel

L’emploi du BRF est recommandé pour que le sol de ces haies devienne quasiment autonome en eau et en amendements. Enfin, un constat intéressant : les associations racinaires et le mélange des espèces semblent jouer à plein dans ce principe de plantation. L’automne est le moment idéal pour planter les arbustes à petits fruits. Pourquoi s’en priver ? D’autant que leur culture est facile et leur production généreuse.

Considérations administratives et protection

La législation française impose souvent 2 mètres de distance si l'arbre dépasse 2 mètres de haut. Toutefois, une distance de 50 cm de la limite de propriété suffit si les arbustes ne dépassent pas 2m. Cependant, 50cm de la clôture, c'est peu si vous ne voulez pas que les arbustes débordent chez le voisin… Vérifiez votre PLU (Plan Local d’Urbanisme) ou le règlement de lotissement. Mon conseil : plantez à 3 m de la limite pour éviter tout litige futur.

Si vous habitez dans une région où vivent de nombreux rongeurs, cerfs ou blaireaux, il est recommandé de protéger vos arbres fruitiers avec un treillis. Pour ce faire, enfoncez trois poteaux à égale distance autour de l’arbre, de manière à former un triangle. Chaque poteau doit être enfoncé d’au moins 50 cm dans le sol pour assurer une bonne stabilité. Reliez ensuite les trois poteaux avec des lattes plates pour créer une structure solide. Enfin, vous pouvez opter pour des manchons de protection autour du tronc. Cette solution est simple et efficace contre les petits animaux sauvages comme les lapins, les moutons et les chèvres.

Gestion des petits fruits et entretien

Comme pour les arbres fruitiers, vous pouvez trouver des petits fruits ligneux à racines nues entre novembre et fin mars. La meilleure période pour planter reste cependant l’hiver, lorsque les plantes sont en dormance. Les variétés ligneuses d’arbustes à baies sont particulièrement adaptées à la création de haies fruitières. Il existe de nombreuses options pour la structure de support. Vous pouvez opter pour une structure entièrement en bois, avec un toit en bois au-dessus, ou pour une construction plus simple utilisant des poteaux et des fils.

Pour une construction simple : Plantez des poteaux en bois ou en métal à une distance de 4 mètres les uns des autres. Choisissez des poteaux de 2,50 m de haut, à enfoncer à 60 cm dans le sol. Fixez un poteau incliné à l’un des poteaux verticaux pour pouvoir tendre les fils plus efficacement et augmenter la stabilité. Tendez des fils galvanisés entre les poteaux, en commençant à 50 cm du sol, puis tous les 50 cm. Ajoutez un tendeur à chaque fil pour bien les tendre. Pour les framboisiers et les mûriers, il est conseillé de conserver 5 à 7 branches par mètre linéaire.

Un arrosage approprié après la plantation est une mesure importante pour éviter des pertes. Lors de l’arrachage, l’arbre perd une partie de ses racines et ne peut donc pas, au début, absorber suffisamment d’eau du sol. Il est donc indispensable de compléter avec un arrosage manuel. Créez une cuvette d’arrosage autour de l’arbre pour empêcher l’eau de s’écouler. Elle doit avoir un diamètre équivalent à la largeur de la motte et une bordure d’au moins 25 cm de hauteur. Les racines doivent rester humides. L’arbre a besoin du plus d’eau à partir du débourrement jusqu’au solstice d’été (21 juin).

Illustration d'une cuvette d'arrosage efficace autour d'un jeune arbre

Bien que l’on entende souvent dire qu’un arbre fruitier doit être fertilisé avec des engrais granulés, cela n’est absolument pas nécessaire, et à mon avis, même déconseillé. Ce que vous pouvez faire, en revanche, c’est pailler chaque année le sol autour des troncs avec du compost ou du lombricompost. Vous pouvez également semer un mélange de fleurs autour de l’arbre fruitier. Cela attire les pollinisateurs, ce qui est un avantage supplémentaire ! Dans tous les cas, il est important que le sol sous les arbres reste couvert, que ce soit avec des fleurs ou avec du paillis. L’utilisation d’engrais granulés peut perturber la structure et la vie du sol, ce qui a des conséquences négatives à long terme sur la croissance des plantes. Les arbres fruitiers nouvellement plantés pourront immédiatement profiter de ces conditions favorables. Planter un arbre, c’est un engagement sur plusieurs décennies. Que vous plantiez 5 arbres ou 50, la distance entre arbres fruitiers doit être votre première réflexion, avant même le choix des variétés.

tags: #distance #plantation #arbustes #fruits #rouge #en