La question de la transformation d'une parcelle enherbée ou d'une terre difficile en un potager productif est au cœur des préoccupations de nombreux jardiniers. L'approche traditionnelle, consistant à retourner la terre, à bêcher et à biner, laisse souvent place à une vision nouvelle. Cette approche durable et respectueuse de l'environnement permet de créer un sol vivant et fertile, riche en biodiversité, tout en stockant du carbone. Elle s'inspire directement des techniques Culturales Simplifiées, des semis directs et des couverts végétaux.

Les bases de la permaculture : Soigner son sol
En permaculture, le sol n'est jamais perturbé ni laissé à nu. L’objectif est de favoriser la prolifération des êtres vivants comme les vers de terre, les cloportes, les champignons et les bactéries, essentiels à un sol fertile. Dominique Soltner, après quarante ans de pratique culturale traditionnelle, a découvert l’efficacité du paillage contre la levée des herbes et l’assèchement de la terre.
Pourtant, si l’on est attentif, on remarque que sous un tas de feuilles resté en place tout l’hiver, la terre est bien meuble et grumeleuse. La surface du sol a été consommée par les habitants du sol. Pour nourrir celui-ci, plusieurs techniques simples peuvent être utilisées : le compostage de surface, qui consiste à étaler les déchets verts directement sur le sol ; le paillage pour protéger et nourrir la terre ; ou encore la culture en lasagne, où des couches de déchets végétaux se transforment progressivement en humus grâce à la vie du sol.
Transformer une parcelle enherbée sans travail lourd
Même si votre jardin est couvert d’herbe, pas besoin de sortir des gros outils pour préparer votre futur potager. Dès septembre, couvrez les futures planches de culture d’un épais mulch avec ce que vous trouvez : de la paille, du foin, des feuilles, bref du végétal. Autant vous dire qu’un épais mulch offre un habitat confortable à bon nombre de bestioles durant tout l’hiver. Tous ce petit monde va travailler pour nous, pendant que l’on boit du vin chaud devant la cheminée.
Au printemps, la terre sera suffisamment souple pour que l’on puisse planter nos premiers choux. Rien de plus facile que de repiquer vos salades et choux dans le paillage. Les graines des fameuses mauvaises herbes ne lèveront pas. Pour les grosses graines et bulbes, pas de problème, il suffit de percer le mulch et d’y enfoncer la graine. Quelques graines comme les haricots et pois nécessitent que l’on écarte un peu le mulch le temps qu’elles lèvent. Une fois qu’elles sont suffisamment développées, on peut refermer le mulch.
#01 Le Mulch
La gestion des terres difficiles et argileuses
La préparation d’une terre difficile demande du temps. Il faut passer par l’étape de la culture de graminées dont les racines seront capables de fendre la terre argileuse. Ayant une terre pleine de cailloux, très dure, il faut tout d’abord la travailler légèrement. On désherbe et on "décailloute" en surface, puis on sème de la phacélie pour décompacter et rééquilibrer le tout. Au début de l’hiver, on coupe l’engrais vert et on couvre le tout de feuilles mortes et de goémon.
Au printemps, la terre est enfin un peu plus facile à travailler, les cailloux sont retirés petit à petit donc on évite les semis fins au début (radis, salade) pour privilégier les haricots, ou les plants de courgettes et concombres. Dans ce processus, il faut savoir que quelques méthodes que ce soit pour avoir un bon potager, il faut y travailler. La culture sur mulch permanent vise à préparer la terre pour les cultures à venir.
Comprendre l'humus et le jardin vivant
Une terre riche en humus est dite stable, elle résiste aux pluies en conservant l’aspect grumeleux de la terre. L’humus est une partie de la matière organique du sol qui provient d’organismes végétaux et animaux. L’ensemble de cette matière organique va subir des transformations par les insectes, les champignons et les bactéries pour se minéraliser en partie et se transformer en humus. L’humification est un processus lent de minéralisation des matières organiques dont le principal constituant est la lignine.
Les jardins traditionnels avec la terre à nu sont des déserts de vie. La terre exposée aux intempéries n’offre pas de refuge à la faune. Les jardins sur mulch totalement couvert sont riches d’une faune très variée. Dans le sol, la vie s’active et à l’extérieur aussi. Même si on attire les ennemis du potager comme les limaces, le mulch et le compost sont un habitat favorable aussi pour les parasites, mais la force d’un jardin équilibré c’est de savoir aussi s’entourer d’amis.
Le compost et le BRF : Ressources de fertilité
Le compost est une mine d’or pour le jardinier. Depuis 2002, les déchets verts doivent être compostés. Il ne faut pas mélanger le compost à la terre, mais simplement l’étaler sur la terre, pour priver les graines en dessous de lumière. Pour repartir sur un compost propre sans avoir à sortir les outils de jardin, il suffit de le recouvrir d’une bâche de plastique noir durant 1 à 3 mois.
Le BRF (Bois Raméal Fragmenté) est issu du broyage de rameaux de moins de 7 cm de diamètre. Un inconvénient majeur de l’utilisation du BRF est la faim d’azote, car pour dégrader le bois, les champignons utilisent l’azote du sol. Pour remédier à ce problème, on peut cultiver des légumineuses en couvert végétal. Jean Pain, gardien d’un domaine forestier, a découvert qu’en utilisant la végétation des sous-bois pour faire une litière à ses chèvres, le fumier obtenu donnait de meilleurs résultats que le fumier de paille. Il a commencé dès lors à composter tous les déchets ligneux des sous-bois et à utiliser ce compost directement sur le sol au lieu de l’enfouir.

Les limites climatiques et géographiques
Il est parfois nécessaire de se poser la question de la pertinence de certaines plantations selon la région. Par exemple, on ne voit pas beaucoup de bouleaux dans le Lauragais, comme dans tout le Midi, sauf exception. Il y fait trop sec, que ce soit l’air ou le sol, et ça ne s’arrange pas avec les années. Chaque jardinier doit observer son environnement local pour adapter ses choix de végétaux.
La permaculture n'est pas une recette magique universelle, mais une méthode qui demande une observation constante. La stimulation de la vie du sol sera bien meilleure si l’on répand nos résidus directement sur le sol, supprimant ainsi le pénible travail de l’aération du tas de compost. En fin de compte, cette approche offre un mode d’emploi de la fertilité en permaculture, où la fertilisation est la clé de voûte de l’ensemble d’un projet. Avec le temps, le sol devient auto-fertile et plus apte à retenir l’eau, réduisant ainsi les besoins en arrosage. Ce système auto-fertile et résilient est une solution durable pour jardiner de manière respectueuse de l’environnement.
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