Le purin d’ortie est l’un des engrais naturels les plus utilisés par les jardiniers bio. Riche en azote et en oligo-éléments, il stimule la croissance des plantes et renforce leur résistance. Mais attention : un usage excessif peut déséquilibrer vos cultures et attirer des parasites comme les pucerons. Découvrons ensemble comment préparer, utiliser et doser correctement le purin d’ortie pour profiter de ses bienfaits sans risques.

Pourquoi utiliser du purin d’ortie au jardin bio ?
Le purin d’ortie est une préparation à base d’orties (Urtica dioica), une plante exceptionnellement riche en azote, en fer, en potassium, en calcium et en oligo-éléments. Ces propriétés sont non seulement conservées mais amplifiées lors du processus de fermentation par macération, qui libère les composés actifs dans l’eau et les rend directement assimilables par les plantes.
C’est un engrais azoté à effet rapide, efficace pour :
- Favoriser le développement de la végétation ;
- Redonner de la vigueur à une plante en état de faiblesse (le manque d’azote se caractérise par une faible croissance et une teinte jaunâtre du feuillage) ;
- Renforcer les défenses naturelles des plantes.
L'azote est l’élément nutritif qui gouverne la croissance des parties vertes (tiges, feuilles) et la vigueur générale du plant. Le purin d’ortie apporte également du fer, indispensable à la synthèse de la chlorophylle. Si le sol de votre jardin est naturellement pauvre en matière organique ou si vos plants montrent des signes de chlorose (jaunissement des feuilles), un arrosage régulier au purin d’ortie dilué à 10 % leur redonnera rapidement de la vigueur.
C’est en outre une plante engrais très puissante… A tel point que les vendeurs de mort - l’industrie chimique agricole - a réussi à les interdire pendant un certain temps. Heureusement, ce n’est plus le cas. Le purin d’ortie est légal en France depuis le décret du 25 juin 2011. Il fait partie des fameux PNPP (Préparations Naturelles Peu Préoccupantes), au même titre qu’infusions, décoctions, macérations.
La préparation du purin d’ortie
La préparation à base d’orties la plus connue et la plus communément employée est le purin. Il s’agit concrètement d’une fermentation de feuilles d’orties plongées dans de l’eau.
Étapes de fabrication
- S’équiper : Portez impérativement des gants épais (gants de jardinage ou gants en cuir) et un vêtement à manches longues.
- Choisir les plantes : Privilégiez les jeunes feuilles situées en bout de tige : elles sont les plus riches en principes actifs. Évitez les tiges montées en graines (reconnaissables à leurs petites fleurs pendantes) : incluses dans la fermentation, les graines risquent de germer dans votre jardin lors de l’épandage.
- Préparation : Remplissez un récipient (en terre, en bois ou en plastique, mais en aucun cas en métal, sous peine d’oxydation) de plantes fraîches. Découpez finement les orties : plus les morceaux sont petits, plus la fermentation sera rapide et complète.
- Mise en macération : Complétez avec de l’eau de pluie (ou de sources, mais évitez l’eau du robinet, souvent fortement calcaire et chargée en chlore). La recette de base produit 10 litres de purin concentré à partir de 1 kg d’orties fraîches.
- Fermentation : Couvrez, en laissant une légère aération (une petite cale empêchant la fermeture complète du couvercle est très bien pour éviter une putréfaction). Posez un torchon ou un tissu sur le contenant, maintenu par un élastique.
- Brassage : Remuez chaque jour. Vous pouvez observer une importante mousse qui se forme à la surface (c’est la fermentation). Le brassage oxygène le mélange, accélère la fermentation et limite les mauvaises odeurs.

La durée de fermentation dépend directement de la température ambiante. À environ 20 °C (température optimale), le purin est prêt en 5 à 7 jours. En dessous de 15 °C, comptez 10 à 14 jours. Le purin est prêt à être utilisé quand il n’y a plus de mousse (ou à peine). Une odeur forte est normale, c’est le signe d’une fermentation active, comparable à celle du purin de vache. Filtrez le purin à travers une passoire fine ou un tissu pour séparer le liquide des résidus solides.
Utilisation et dosage du purin d’ortie
Il est essentiel de le diluer, que ce soit pour arroser au pied des plantes ou pour une pulvérisation sur le feuillage. Arroser n’importe quelle plante avec ce purin non dilué en mouillant le feuillage… Vous ne tarderez pas à constater le résultat : le feuillage va noircir puis mourir.
Tableau récapitulatif des dilutions
| Mode d’application | Dilution recommandée | Dosage pratique | Fréquence |
|---|---|---|---|
| Pulvérisation foliaire | 2 à 5 % | 2 à 5 cl pour 1 litre d'eau | 1 à 2 fois par semaine |
| Arrosage au pied | 10 % | 1 litre pour 10 litres d'eau | Toutes les 2 à 3 semaines |
| Trempage de racines | 20 % | 200 ml pour 1 litre d'eau | Avant repiquage |
D’une manière générale, les besoins en azote d’une plante annuelle se situent en début de culture. Je recommande ainsi d’effectuer tout au plus 2 ou 3 traitements au purin, à 10-15 jours d’intervalle pendant le premier mois et demi suivant la mise en place. Par la suite, pour favoriser le développement de fruits, tubercules ou racines, une plante a surtout besoin de phosphore et de potasse. Une préparation à base de consoude répondra alors plus efficacement à ces besoins.
Recette du purin d'ortie
Précautions et limites d’usage
Bien qu’étant un produit naturel, le purin d’ortie n’est pas sans présenter quelques « dangers » pour nos cultures si les règles de base ne sont pas respectées.
L’excès d’azote et les parasites
L’excès d’azote attire les pucerons en masse. Une plante trop vigoureuse constitue un attrait indéniable pour les pucerons et quelques autres ravageurs. Notez également que les légumineuses (pois, fèves, haricots) captent l’azote atmosphérique. Elles n’ont donc pas besoin d’azote supplémentaire. Le purin d’ortie n’est pas utile pour ce type de plantes : elles sont naturellement très attractives pour les pucerons et l’apport d’azote ne ferait qu’aggraver l’invasion.
Impact sur la floraison
Si l’on abuse du purin d’ortie en période de floraison, on continuera à favoriser la croissance de la plante cultivée au détriment de la reproduction. La plante ne ressentira pas le besoin de fleurir et de fructifier, se concentrant sur un développement excessif du feuillage. Stoppez donc systématiquement les apports d’azote dès l’apparition des premiers boutons floraux.
Usage comme désherbant
Nous avons vu qu’une dilution non respectée peut tuer une plante. Nous pouvons nous appuyer sur cette caractéristique pour utiliser ce purin comme désherbant naturel. Ne diluez tout simplement pas votre purin. Arrosez directement, avec une pomme d’arrosoir à larges trous, sur les plantes que vous voulez éliminer sur des allées ou des terrasses. Patientez 2 ou 3 jours ; les jeunes pousses auront probablement disparu.
Autres préparations à base d’ortie
On emploie également l’ortie sous forme de macération ou d’infusion. Ces préparations permettent un emploi plus rapide que le purin.
- La macération d’ortie : Mettez les plantes fraîches à tremper (100 g pour 1 litre d’eau) pendant 12 heures (usage curatif) ou 2 à 3 jours (usage préventif). Pulvérisez en préventif dilué 50 fois, ou utilisez non dilué pour une action curative contre les pucerons.
- L’infusion d’ortie : Découpez finement 200 g de feuilles fraîches, versez 1 litre d’eau bouillante, couvrez et laissez infuser jusqu’à refroidissement. Laissez reposer 24 heures, filtrez et pulvérisez non dilué sur les jeunes plants de choux pour protéger contre le charançon gallicole.

Conservation et gestion du purin
Le purin filtré se conserve dans un récipient non-métallique, à l’abri de la lumière et dans un endroit frais. Des bidons opaques placés dans une cave ou un hangar permettront une bonne conservation pendant la saison. Le purin d’ortie bien conservé reste pleinement efficace pendant 3 à 6 mois. Passé ce délai, il perd en efficacité fertilisante. Mieux vaut refaire un purin en début de printemps que d’utiliser un purin conservé de l’année précédente.
Les résidus solides d’orties récupérés lors de la filtration sont riches en matière organique. Deux valorisations sont possibles : les incorporer directement au compost (où ils achèveront leur décomposition) ou les enfouir superficiellement au pied des plantes comme paillis nutritif.
L’ortie au-delà du purin
Au-delà de la fabrication du purin, laisser pousser un carré d’orties dans une zone écartée du jardin présente plusieurs avantages. L’ortie assainit les sols trop riches en nitrates, en phosphates ou en calcaire. Elle accueille la ponte de plusieurs espèces de papillons dont les chenilles se développent exclusivement sur ses feuilles et elle attire les coccinelles, prédatrices naturelles des pucerons. Enfin, les graines d’ortie sont une source alimentaire pour de nombreux oiseaux des jardins.
En résumé, le purin d’ortie doit être considéré comme un complément de fertilisation. La réussite de votre potager reposera avant tout sur des pratiques adaptées à vos conditions de culture (climat, sol, environnement naturel) et sur une approche globale visant la fertilité naturelle du sol par des apports de matières organiques, une couverture permanente (paillage, BRF) et des apports réguliers de compost.