Gestion stratégique des fusarioses et efficacité des solutions fongicides sur céréales

La protection des cultures céréalières, en particulier du blé, représente un défi agronomique majeur face à la pression constante des pathogènes. Parmi eux, les Fusarium occupent une place prépondérante en raison de leur capacité à produire des mycotoxines, menaçant à la fois le rendement et la qualité sanitaire des récoltes. La gestion de ces maladies repose sur une compréhension fine de la biologie des agents pathogènes, du positionnement optimal des interventions et de l'efficacité intrinsèque des matières actives disponibles.

Dynamique des pathogènes et risques sanitaires

De nombreux pathogènes peuvent se développer sur l’épi. Le choix doit s’orienter en priorité vers la lutte contre les Fusarium - producteurs de mycotoxines. Il existe une distinction fondamentale entre les espèces : des températures élevées au moment de la contamination (floraison) favorisent Fusarium graminearum (optimum 20-22°C), qui peut entraîner la production de mycotoxines (DON) ; alors que des températures basses (optimum 16-18°C) favorisent Microdochium spp. (qui ne produit pas de mycotoxines).

Guylain Despax insiste de son côté sur le risque Microdochium pour le rendement. « Si la température est inférieure à 18 °C à la sortie de la dernière feuille, le risque est élevé. » Ce dernier ne génère pas la production de mycotoxines dans le grain, contrairement à Fusarium, mais il peut avoir un impact important sur le rendement. Les parcelles irriguées sont les plus exposées au développement de la fusariose. Les pluies qui perdurent à l’approche de la floraison sont favorables à la contamination des épis par les fusarioses.

Schéma illustrant le cycle infectieux des Fusarium sur épi de blé selon les conditions climatiques

Les leviers agronomiques de prévention

La diversification culturale dans la rotation apporte une réponse à de nombreux problèmes dont la fusariose. Le blé dur revient tous les trois ans et c’est le laps de temps minimum recommandé entre deux blés, de même que sa culture après un oléagineux, dont les résidus n’hébergent pas d’inoculum du pathogène. Le blé tendre est moins sensible à la fusariose et il existe davantage de variétés tolérantes au Fusarium qu'en blé dur. Utiliser des variétés au comportement correct constitue l’un des leviers pour gérer cette maladie. C’est le cas d’Izalco CS, KWS Ultim ou encore Orégrain.

Un labour profond permet de bien enfouir les résidus des cultures précédentes. La présence de résidus culturaux à la surface du sol augmente les risques de contamination. Le travail simplifié du sol est un facteur aggravant lorsque les précédents culturaux sont du maïs ou du sorgho, les autres précédents n'ayant aucun effet sur le développement de la maladie dans le cas de travail simplifié du sol. Par ailleurs, la densité de semis peut avoir une influence sur l'apparition de la maladie, les densités supérieures à 350 grains/m² étant plus sensibles pour les attaques du pied.

Analyse des solutions chimiques et efficacité des triazoles

À ce jour, deux triazoles présentent une efficacité significative contre les fusarioses : le prothioconazole et le tébuconazole. Cependant, « nous observons une érosion lente et continue de l’efficacité des triazoles en essais depuis une dizaine d’années. L’analyse ces dernières années de 235 isolats par l’Inrae de Fusarium graminearum et des Microdochium nivale et majus a confirmé la diminution de sensibilité au tébuconazole et au prothioconazole », rapporte Claude Maumené, Arvalis.

Il y a une résistance quantitative de ces agents de fusariose aux triazoles, avec une grande diversité selon les souches. Dans les essais avec inoculation des souches et brumisation, l’efficacité des fongicides est d’autant plus dégradée que la pression de maladies augmente. Dans les essais Arvalis, les fongicides affichent des efficacités modestes, souvent inférieures à 50 %. Mieux vaut malgré tout conserver ce moyen de lutte dans les situations à risque.

Le positionnement du traitement fongicide

L’efficacité maximale est observée avec un positionnement au moment où 100 % des épis sont sortis, quand les premières étamines sont visibles. Le traitement fongicide positionné en T3 peut contenir les infestations. Pour Jérôme Thibierge, Arvalis, « il faut rechercher la solution polyvalente sur Fusarium et Microdochium ». La meilleure performance est obtenue avec l’association de prothioconazole et de tébuconazole de type Prosaro.

En ce qui concerne le cyproconazole, il s'agit d'un fongicide systémique qui agit principalement contre les agents pathogènes tels que la rouille, le mildiou et les taches foliaires, et est appliqué de manière préventive ou curative pendant le cycle de croissance des plantes. Il agit comme un inhibiteur de la déméthylation (IDM), bloquant spécifiquement l’enzyme 14-α-déméthylase, essentielle à la synthèse de l’ergostérol, un composant clé de la membrane cellulaire fongique.

Milieux de Culture Fongiques

Stratégies de protection et alternatives

La principale molécule anti-fusariose, le tébuconazole, fait l'objet de restrictions d'usage. « Nous étudions d’autres triazoles comme le difénoconazole et le bromuconazole, en attendant d’avoir la nouveauté de Syngenta qui s’annonce performante », expose Laetitia Laffont. Il n'existe pas de produits spécifiques pour lutter contre la fusariose. La carbendazime et le chlorothalonil montrent une efficacité de seulement 10% suivant les genres de fusariose.

L'utilisation de semences traitées est indispensable parce que c'est la principale cause de contamination des cultures du fait de la très grande résistance des mycéliums à l'intérieur des grains. De plus, la présence de grains contaminés dans les semences réduit considérablement la faculté germinative. Les grains infectés ne germent pas ou alors en très faible quantité.

Vers une approche intégrée

Le SDN (acibenzolar-S-méthyl, Stimulateur de Défenses Naturelles), en association avec la fenpropidine ou le cyprodinil, donne des résultats d’un très bon niveau. Le SDN n’est pas à proprement parler un fongicide car il n’agit pas directement sur les pathogènes, mais il active les mécanismes de défense de la plante. Les plantes n’ont pas de système immunitaire comparable à celui des animaux, mais elles ont développé un mécanisme de défense similaire pour se protéger contre différents pathogènes.

Indépendamment de la problématique sanitaire, Arvalis pose la question de la rentabilité d’un traitement T3 à la floraison, qui dépend de son impact sur le rendement. Sur la base de 104 essais depuis 2008, les gains de rendement dépassent 2,5 quintaux par hectare en moyenne seulement dans 50 % des cas. Il apparaît qu’un traitement inutile face à un risque modéré de maladie coûte aussi cher qu’une mauvaise impasse. Cependant, ce raisonnement n’est pas recevable si l’on prend en considération la qualité sanitaire, car le risque que l’on prend à ne pas traiter n’est donc pas plus grand en moyenne que le coût de l’assurance que l’on prend en traitant.

Graphique comparatif des rendements selon les stratégies de protection fongicide en T3

Spécificités des autres maladies foliaires

La combinaison de produits curatifs (strobilurine) et préventifs (triazole) est fortement conseillée pour lutter contre la septoriose. En ce qui concerne les triazoles, l’époxiconazole reste la meilleure matière active de référence. Associé à l’azoxystrobine, le mélange permet de minimiser les risques de résistance tout en élargissant le spectre d’activité. La picoxystrobine, quant à elle, est la seule strobilurine à avoir une biocinétique complète, permettant d'être la mieux adaptée pour un traitement fongicide au T1.

L’oïdium du blé se développe uniquement sur sa plante hôte, suite à une série d’échanges de signaux entre la spore d’oïdium et la cuticule du blé. Le quinoxyfen perturbe l’émission des signaux cellulaires. Les spores ne peuvent plus reconnaître leur espèce hôte et meurent rapidement. Il est préférable d’utiliser le quinoxyfen avant le stade gonflement.

Enfin, la fenpropidine inhibe la synthèse de l’ergostérol qui est essentiel aux membranes cellulaires des champignons, ce qui stoppe le développement du parasite et entraîne sa destruction. Son mode d’action lui confère des propriétés préventives et curatives, caractéristique essentielle pour lutter contre ce champignon à développement très rapide. Associée à une autre molécule, la fenpropidine en améliore la vitesse d’absorption. Elle assure en effet une meilleure résistance au lessivage et donc une persistance d’action du traitement.

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