Dans le paysage éducatif contemporain, la réussite des élèves ne repose plus uniquement sur une transmission descendante du savoir, mais sur une capacité de l’institution à s’adapter aux besoins singuliers de chaque apprenant. L’accompagnement scolaire a pris une place importante dans tous les niveaux d’enseignement et de nombreux dispositifs inscrits dans l’innovation ou l’expérimentation pédagogique l’inscrivent dans leurs pratiques, des collègues en découvrent des vertus et des risques en le testant. Ces dispositifs, qu’ils soient structurels comme le PPRE ou relationnels comme le tutorat, visent à garantir une scolarité de qualité en tenant compte des singularités de chacun.

Les dispositifs institutionnels de soutien : PPRE, PAI, PAP et PPS
Pour que la scolarité de votre enfant se passe dans des conditions optimales, plusieurs outils peuvent être mobilisés. Chacune de ces possibilités d’appui répond aux objectifs d'assurer une scolarisation de qualité à tous les élèves de la maternelle au lycée en tenant compte de leurs singularités par la mise en place d’aménagements pédagogiques adaptés.
Le Programme Personnalisé de Réussite Éducative (PPRE)
Dispositif pédagogique, le programme personnalisé de réussite éducative peut être élaboré pour des élèves dont les connaissances et les compétences scolaires indispensables ne sont pas maîtrisées ou risquent de ne pas l’être. Le PPRE s’adresse à des élèves rencontrant des difficultés nécessitant un soutien et des aménagements spécifiques, sans pour autant être reconnus en situation de handicap. Il peut également être mis en place pour les élèves à haut potentiel en difficulté scolaire.
Lorsque vous-même, l’enseignant ou l’équipe pédagogique constate que votre enfant rencontre des difficultés importantes dans ses apprentissages, la mise en place d’un PPRE lui permettra de bénéficier d’un soutien pédagogique spécifique afin de surmonter ses difficultés, progresser dans ses apprentissages, maîtriser les connaissances et compétences du socle commun et retrouver confiance. Le PPRE est obligatoire en cas de redoublement et peut être rédigé dans le livret de parcours inclusif.
Le Projet d’Accueil Individualisé (PAI)
Dispositif interne à l’école ou à l’établissement, le projet d’accueil individualisé concerne les élèves atteints de troubles de la santé évoluant sur une longue période avec ou sans reconnaissance du handicap : pathologies chroniques (exemples : asthme, allergies, intolérance alimentaire, leucémie…). Document écrit, le PAI définit les adaptations apportées à la scolarité de l’enfant ou de l’adolescent en collectivité, répertorie les traitements et/ou les régimes médicaux, précise les aménagements de la scolarité en lien avec l'état de santé et comporte, le cas échéant, la fiche de conduite à tenir en cas d’urgence.
Le Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS)
Le projet personnalisé de scolarisation permet de garantir à tout enfant ou adolescent en situation de handicap un parcours de scolarité adapté à ses besoins. Il s’adresse aux élèves qui rencontrent d’importantes difficultés scolaires, reconnus en situation de handicap par la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH). Le PPS définit les conditions du parcours scolaire ainsi que les actions à mettre en œuvre par les professionnels qui accompagnent l’enfant, incluant l’orientation scolaire, les aménagements pédagogiques, l’attribution de matériel adapté et l’accompagnement humain.

Le tutorat : une relation d’aide personnalisée
L'accompagnement scolaire, dans sa version "personnalisée", peut se décliner dans une forme dite de tutorat. Manifestement, le tutorat ou accompagnement personnalisé en collège, en lycée, sort du monde des « ombres pédagogiques » dans lequel il était traditionnellement tenu. En s’appuyant sur les écrits historiques d’André Legrand et d’Albert Moyne, dans les années 80, ère de la conceptualisation de la différenciation pédagogique, il nous aura donc fallu trente ans pour que tout cela s’inscrive enfin dans la pratique et dans les textes, en masse critique.
Caractéristiques objectives de la relation d’aide
À la différence de la relation d’aide en petits groupes, le tutorat est une relation d’aide individuelle. Il s’agit ici de la possibilité offerte à tous les élèves d’un même établissement ou parfois d’un même niveau de s’entretenir personnellement avec un adulte, quelle que soit leur classe, à des moments déterminés de la journée. Les caractéristiques du tutorat sont multiples :
- Une relation bilatérale, d’une personne à une autre personne.
- Un engagement volontaire ; on ne saurait imposer sans autre forme un tutorat.
- Un acte contractuel ; on négocie un objectif, si petit soit-il.
- Un dispositif temporaire ; c’est une aide, à un moment donné ; on régule, on suspend quand le temps est venu.
- Une clause de confidentialité ; c’est à cette seule condition que le tutorat sera efficace ou pas.
Il est important de noter qu’il n’a rien d’évident à ce que le tuteur soit le professeur de la classe, mais bien au contraire un autre professeur, ou un autre adulte (CPE, étudiant, assistant vie scolaire, etc.).
La Personne et l’approche centrée sur la personne
En s’approchant de très près de l’élève, dans tous ses « états », nous butons sur le concept de « motivation » dont Carl Rogers nous dit qu’il est autonome. C’est un peu « la boîte noire » de l’École. Il faut d’abord travailler sur le climat de sécurité aux personnes, au travail et sur l’identité du groupe, la positivité du collectif pour libérer les énergies individuelles. Le dispositif de tutorat et d’aide à la Personne ne peut se concevoir que dans le cadre d’un dispositif plus large de soutien au groupe et de pédagogie différenciée.
Au Canada, les travaux de Rolland Viau précisent le concept de motivation scolaire : l’élève doit percevoir la valeur d’une activité, percevoir sa propre compétence à l'accomplir et percevoir la « contrôlabilité » de son déroulement et de ses conséquences. L’enseignant veillera à ce que les buts scolaires s’inscrivent dans une perspective future et fournira des outils d’auto-évaluation appropriés.
La formation à l'écoute active
Typologie des entretiens de tutorat
Le vocable « tutorat » recouvre une variété de domaines et d’objectifs qu’il importe pour chaque équipe de déterminer. L’approche individualisée doit être ajustée en fonction du profil et des besoins de l’élève.
L’entretien à dominante pédagogique
L’objectif est ici d’aider l’élève dans l’organisation de son travail et la gestion de son temps, apportant un soutien méthodologique dans le travail personnel. Les élèves doivent apprendre à travailler par eux-mêmes afin d’accéder à l’autonomie et à la responsabilité. Le type de dialogue pédagogique proposé par Antoine de La Garanderie permet d’aider les élèves à repérer leur mode de gestion mentale habituel, comme la manière dont ils s’y prennent pour être attentifs, mémoriser ou réfléchir, afin d’améliorer ces « gestes mentaux ».
L’entretien à dominante psycho-pédagogique
Ce volet traite de tout ce qui, dans le domaine pédagogique, est fortement modelé par les processus psychologiques. Il s’agit notamment des problèmes de motivation, des difficultés relationnelles avec un professeur ou avec le groupe-classe, ou encore des problèmes affectifs à l’égard des actes scolaires, comme la peur de l’examen ou l’angoisse des résultats. L’entretien peut aider l’élève à dissocier ce qu’il éprouve à l’égard d’un professeur et à l’égard de la discipline qu’il enseigne, jouant un rôle de médiation.
L’entretien à dominante psychologique
Il peut arriver que l’élève demande à parler de ses problèmes personnels. Pour éviter les risques de dérapage vers la « direction de conscience » ou la psychothérapie, il est souhaitable que ce type d’entretien soit organisé à l’échelle de l’établissement et assuré par une équipe d’adultes différenciée, ayant reçu une formation à l’écoute.

Posture de l’enseignant et enjeux de l’accompagnement
La pratique du tutorat nécessite une posture ajustée de la part de l’adulte. En s'inspirant des travaux de Carl Rogers sur l’accueil et la compréhension d’autrui, l’enseignant doit privilégier trois piliers : la considération positive inconditionnelle d’autrui, l’empathie et la congruence (l'authenticité).
Techniques de facilitation de l’entretien
Pour une efficacité maximale, plusieurs techniques de communication sont essentielles :
- L’accueil du « client » : un moment clé pour instaurer la confiance.
- Le silence : laisser l’espace nécessaire pour que l’élève puisse formuler sa pensée.
- L’attitude non verbale d’écoute : regard, gestuelle ouverte.
- L’écho et le reflet : accueillir les sentiments de l’élève au-delà des mots.
- La reformulation : résumer fidèlement pour restructurer la pensée de l’apprenant.
Dérives possibles et vigilance critique
Cependant, le tutorat comporte des risques dont il faut être conscient. Il ne faut pas survoler de façon excessive la part relationnelle au détriment de la part didactique. La satisfaction d’entretenir de bons rapports « même avec les cancres » peut avaliser les clivages au lieu de les résorber. Il est également nécessaire de garder à l’esprit que tous les élèves ne sont pas égaux devant ces dispositifs. Enfin, il convient d’éviter de mettre en œuvre de façon sauvage quelques concepts empruntés à la psychologie, ce qui pourrait conduire à une investigation systématique sur le passé de l’élève sans disposer des outils adaptés.
L’échec scolaire tient pour une grande part à l’ignorance que l’école entretient par rapport aux questions méthodologiques. L’enseignant renvoie habituellement « à la maison » des acquisitions fondamentales - apprendre une leçon, faire un brouillon, organiser son temps - qui déterminent la réussite. Le tutorat, en rendant explicites ces attentes, constitue un outil décisif pour lutter contre les inégalités scolaires. En transformant le rapport de l’élève à l’enseignant, au savoir et à sa propre histoire, il permet à l’apprenant de se constituer en Personne, responsable et lucide, capable de s’engager pleinement dans son parcours éducatif.