On connaît Élie Semoun, l'humoriste, le comédien, le chanteur, mais moins Élie Semoun, le jardinier ! Et pourtant, cet homme de scène, bien connu pour ses one-man-shows, est aussi un véritable passionné de plantes et de botanique. À travers son ouvrage "Pelouse interdite", aux éditions Ulmer, il nous ouvre les portes de son jardin et nous dévoile ses plantes préférées. En 2018, les admirateurs d'Élie Semoun ont été surpris de le découvrir avec une nouvelle corde à son arc en devenant auteur d'un ouvrage dédié à sa passion. Ce livre révèle une facette inattendue de l'artiste.

La genèse d'une passion inattendue : du haricot au jardin secret
Rien ne prédestinait Élie Semoun à consacrer l'essentiel de ses loisirs à jardiner. Le virus du jardinage a pris racine très tôt. À l'école, il se souvient avoir fait pousser des haricots dans du coton. "Je les voyais naître, grandir, c'était génial. C'est bête, mais c'est ça. Un rapport au vivant." C'est le point de départ de toute l'histoire.
Pourtant, son premier contact avec la nature n'a pas été idyllique. Comme beaucoup de juifs d'Afrique du Nord arrivés en France en 1962, sa famille s'est installée dans une cité d'Île-de-France. Après la mort de sa mère, quand il avait onze ans, il a cherché à compenser cette catastrophe. Pour lui, ça a d'abord été avec des aquariums, puis les plantes. Ses parents avaient acheté un petit coin de forêt à Courtenay, dans le Loiret. Chaque semaine, ils étaient "obligés de se taper le voyage pour aller là-bas. C'était loin ! Tu sais ce que c'est quand t'es ado, ça te gave." Mais il se réfugiait dans un arbre, un peu comme dans le bouquin "Le Baron Perché" d'Italo Calvino. Il y passait du temps et observait tout. C'est là, à 10 ou 11 ans, qu'il a vu une fougère. "Je trouvais ça joli. J'en ai déterrées dans les environs, je les ai ramenées là, au pied de l'arbre."
Cette passion pour le jardinage est aussi une façon de continuer à dialoguer avec sa mère. "C'est un peu de la psychologie de comptoir. Mais creuser la terre, oui peut-être. Essayer de retrouver quelque chose d'elle."
Élie Semoun nous dévoile sa passion
Le jardin d'Élie Semoun : un reflet de son âme artistique
Élie Semoun cultive son jardin, au nord de Paris. Il lui ressemble : il est plein de couleurs, de variétés et de vie. Un espace d'environ 500 m², un jardin à taille humaine. Quand il a gagné suffisamment d'argent, il a réalisé son gros fantasme : une maison avec un jardin. L'humoriste aux « ongles noirs » confie : « En toute modestie, je me promène dans mon jardin, comme l'artiste que je suis. Je le conçois comme une déclaration d'amour à la nature, aux femmes. Tout est lié pour moi. Un album de musique, la poésie… Un rapport au beau. »
Son jardin est décrit comme un "bordel organisé", en constante évolution. "Je fais évoluer le mien chaque année. Il n'a pas la même tronche. Il y a des années où il est plus beau que d'autres. Il y a des années où il est plus fouilli, plus fleuri, où il y a plus de bleu, plus de roses, plus de blanc. Je teste aussi." Il ajoute : "Je suis un obsessionnel, je fonctionne par tableau. La beauté des plantes, c'est cela qui m'attire. En ce moment, ce sont les farfugium. Leurs feuilles ont un super look."
Le jardin d'Élie Semoun est également un lieu accueillant et vivant. Sa maison accueille régulièrement ses proches et les amis, même s'ils "s'en fichent des plantes, n'y connaissent rien, ils y prennent du plaisir." Il est ouvert, comme la maison, et il fait venir les amis. C'est un espace aux nombreuses facettes, un refuge où il se ressource entre deux spectacles et garde "les pieds sur terre".

"Pelouse interdite" : un livre pour partager sa passion
À travers son ouvrage "Pelouse interdite", Élie Semoun raconte sa passion pour le jardin et ses expériences de jardinier. Il nous livre des anecdotes parfois très personnelles, mais qui rappelleront des souvenirs aux uns et aux autres. Cette promenade littéraire est illustrée de photographies prises par Élie au fil des saisons. Les textes d'Élie sont complétés de commentaires du jardinier journaliste Didier Willery, apportant des informations pratiques essentielles, afin que chacun puisse à son tour tenter chez lui ces plantes souvent insolites et méconnues.
Le titre "Pelouse interdite" est une inscription qu'il a vue durant toute sa jeunesse et qui ne veut plus dire grand-chose pour lui, d'autant qu'il n'est pas "très pelouse". Il ne s'interdit pas grand-chose en matière de jardinage, "hormis les pesticides, les produits chimiques nocifs et étranges. Après, les géraniums, les rosiers, vous aurez compris que ce n'est pas pour moi."
Le livre révèle également l'évolution de son jardin, marquant des "périodes". "Période 'euphorbe', période 'penstemon'… En lisant votre ouvrage, on voit votre jardin évoluer sans cesse… C'est le grand retour à la période « phlox » ! Je trouve ces fleurs magnifiques, généreuses. Et puis c'est classe, de belles fleurs dans un jardin."

Des erreurs de débutant aux conseils avisés : le chemin d'un jardinier éclairé
Au départ, comme tout passionné, Élie Semoun a fait des erreurs. "J'ai perdu des fougères arborescentes que j'ai plantées en pleine terre, à cause du gel. Ça m'a vraiment fait de la peine de les avoir déracinées de Nouvelle-Zélande pour les voir mourir ici." Avec l'expérience, il ne se trompe plus. Il écoute les conseils.
Il souligne l'importance de s'informer sur les besoins des plantes : "Demande-toi ce dont la plante a besoin ! Ce qui est important, c'est la bonne plante au bon endroit. Tous ceux qui vous disent « oh, moi, je fais crever les plantes, » ne se renseignent en général pas sur les goûts des végétaux qu'ils achètent. S'informer, c'est vraiment le b.a.-ba ; les azalées par exemple, elles aiment la mi-ombre, la terre de bruyère. Comme les êtres humains, les plantes ont des préférences."
Il se souvient d'une anecdote avec Catherine Deneuve, une autre grande "city-jardinière", sur le tournage de Cyprien (2009). "Catherine est venue, on a fait le tour du jardin et elle, contrairement à moi, connaissait tous les noms latins des plantes. C'est elle qui m'a dit que les camélias que j'avais plantés n'allaient pas être bien parce qu'ils étaient en plein soleil et que la terre était sèche. " Il les a fait déplacer "avant qu'ils ne soient complètement cramés, et ils vont beaucoup mieux depuis qu'ils sont à l'ombre…"
Le jardin, un carnet de voyage et de souvenirs
Le jardin d'Élie Semoun est aussi comme un album. Ses souvenirs de voyage sont des plantes. "J'ai joué à Montréal et j'ai rapporté des plantes aquatiques que j'ai installées dans mon bassin. Personne ne m'a rien dit. Le fait d'être un peu connu, ça passe. Quand je suis rentré de Nouvelle-Calédonie, j'ai rapporté de la forêt équatoriale, en sacs !"
À chaque tournage, il fait la tournée des pépinières. "Je tournais un film à Boulogne-sur-Mer, et j'ai craqué sur plein de variétés différentes." C'est une façon pour lui de ramener un peu du monde entier dans son propre espace vert.

Un jardin éthique et des plantes migrantes
Élie Semoun est un fervent défenseur d'un jardinage en accord avec la nature. "Il n'y a aucun pesticide, insecticide ou truc qui se finisse en -cide, ici. J'ai deux ruches et je suis attaché à mes abeilles." Ses ruches accueillent "70-80 000 abeilles" et il récolte "son propre miel cette année". Il ne pense pas que les "vrais jardiniers en aient besoin" d'utiliser des produits chimiques.
Il considère ses plantes comme des "migrantes". Il a ramené un olivier d'Espagne, vieux de 450 ans. "C'est un migrant qui est dans mon jardin ! Et plus le temps passe, mieux il se sent à la maison. Il s'est adapté, parce qu'il faut du temps pour s'habituer au Val d'Oise après le soleil d'Espagne." Il a également deux gros rhododendrons qui viennent aussi d'Espagne et qui ont mis "au moins deux ou trois ans avant de s'adapter. Il leur faut du temps pour que les racines aillent chercher au fin fond de la terre. Et là, ça va mieux. Ils sont biens."
L'humoriste et le monde végétal : une connexion profonde
Pour Élie Semoun, le jardinage n'est pas une blague. "Dans mon métier, on n'est jamais pris au sérieux (rires). Quand ils m'ont vu arriver, certains pépiniéristes avaient un petit air narquois, et puis quand ils ont compris qu'ils avaient affaire à un passionné de plantes, certains sont même devenus des amis." Il a d'ailleurs été le parrain des Journées des Plantes de Chantilly, ce qui lui a fait "très plaisir", d'autant qu'il y a fait de nombreuses trouvailles.
Il compare le jardin à un livre dont les mots changent au fil des saisons. "Je fais évoluer le mien chaque année. Il n'a pas la même tronche."
La connexion d'Élie Semoun avec ses plantes va même jusqu'à l'anthropomorphisme. Quand on lui demande si les plantes lui parlent, il répond en riant : "Non ! Elles ont quand même une façon de communiquer avec vous, non ? Je confirme : elles ont une façon de me dire que là où je les ai plantées, c'est pas chouette. Quand vous rentrez de tournée ou de tournage, elles vous font la gueule ? Les fougères, franchement, oui !" Et pour lui, les plantes sont "toutes des filles ! Même dans le livre que j'ai écrit sur mon jardin, Pelouse interdite, c'est comme si j'écrivais à une femme. Je l'aime, je fais des erreurs, j'en fais trop, j'arrose trop, pas assez… Je fais des erreurs comme on peut en faire avec quelqu'un qu'on aime."
Le jardinage, une passion "pas de vieux"
Dans son spectacle de 2012, "Tranches de vie", Élie Semoun avouait : "Quand je dis que j'aime le jardinage, on se fout systématiquement de ma gueule. Pour les jeunes, c'est une passion de vieux !" Mais il constate que les choses changent. "Aujourd'hui, l'écologie arrive au premier rang des préoccupations : la planète en a pris plein la gueule et je n'ose pas imaginer ce qui va se passer dans 20 ans. Et plus le temps passe, plus les gens s'accrochent à ces petits êtres verts !" Il ajoute que souvent, on se demande ce que l'on pourrait faire pour la planète, et l'une des choses les plus efficaces serait de replanter des forêts.

Les outils du jardinier : entre passion et praticité
Élie Semoun est également un amateur éclairé d'outils de jardin. Il confie avoir une passion pour "les pelles à manches en titane avec bêches incurvées et rivetées". Il rencontre d'autres passionnés en faisant ses courses chez les pépiniéristes ou dans les jardineries. Il se souvient avoir hésité à acheter un collecteur d'eau en forme d'amphore à vin, l'Antik 360L Terracotta, chez Truffaut. Il apprécie aussi les aspirateurs souffleurs. "Ça, c'est très bien ! Les souffleurs, ça permet de te débarrasser des feuilles mortes. Quand on est enfant, c'est un des trucs les plus drôles. C'est génial. Ça se met sur le dos, tu as une sorte de gros tuyau et un moteur qui tourne derrière, et tu défonce toutes les feuilles mortes !"
Le prix de la passion : un investissement pour le bonheur
Élie Semoun achète souvent des "gros sujets", des plants déjà âgés, dont un superbe olivier de 4,5 tonnes. Il est toujours impatient de voir ce que ça donne, au printemps. "Si je mets toutes les sommes que j'ai dépensées bout à bout, oui, cela représente beaucoup d'argent. Mais la vie est courte." Pour lui, c'est un investissement dans le plaisir et la beauté.
Élie Semoun nous dévoile sa passion
Le jardin, une source de déconnexion et de sens
Pour Élie Semoun, le jardin, c'est une déconnexion toujours bienvenue, un plaisir incroyable. Il compare l'expérience à une résidence située en Corse. Le jardin lui apporte une satisfaction profonde, "presque aussi forte que quand j'écris un bon sketch." C'est un endroit où il trouve du sens, comme il l'avait mentionné dans "On n'est pas couché" en 2016. C'est une part artistique ce jardin.
Il se souvient d'une expérience vécue il y a quelques années dans la sublime ville de Gordes, dans le Vaucluse. Il y a découvert une nouvelle façon d'appréhender le monde végétal, une révélation qui a renforcé son amour pour la flore. Le jardin est pour lui une source d'épanouissement supplémentaire, un lieu où quelque chose s'épanouit. C'est aussi un moyen de "cacher [sa] tristesse", de transformer le chagrin en beauté. Le jardin a changé sa vie.
Élie Semoun est aussi un "control freak". Bien que son ami Dominique Dumont l'aide parfois, il tient à ce que "le jardin lui appartient autant qu'à moi."

Projets futurs et continuité de la passion
Élie Semoun n'est pas prêt d'abandonner son jardin, même si ses engagements professionnels l'éloignent parfois. En juillet, il doit partir deux mois et demi à Bruxelles pour le tournage de Ducobu 3, où il incarnera une troisième fois le sévère Gustave Latouche. Il n'aime pas confier son jardin à un autre, mais il devra le faire.
Malgré les contraintes, sa passion pour les plantes reste intacte. Il continue d'explorer, de tester de nouvelles variétés et de faire évoluer son jardin, sans cesse à la recherche de la beauté et de la connexion avec la nature. Sa vision de l'écologie est également au cœur de sa démarche, souhaitant un monde où la planète est respectée et où les forêts sont replantées.
Son jardin est un témoignage vivant de son parcours, de ses souvenirs de voyage et de sa philosophie de vie. Il est un lieu de créativité, de paix et d'apprentissage, un espace où Élie Semoun, l'humoriste aux multiples talents, continue de s'épanouir.