Le paysage cinématographique contemporain est souvent marqué par des tentatives de renouvellement des genres, cherchant à marier la tension dramatique à l'absurdité comique. C'est dans cette optique que s'inscrit le film Le Jardinier, disponible sur Amazon Prime Video. Ce long-métrage, réalisé par David Charhon, propose une relecture du film d'action à travers le prisme d'une collaboration improbable entre un haut fonctionnaire dépassé par les événements et un jardinier au passé trouble.

Les ressorts narratifs d'une machination politique
Au programme de ce film explosif : un haut fonctionnaire de la Présidence qui se retrouve bien malgré lui au cœur d'une machination terrible : il fait partie de la liste de gêneurs qui doivent être éliminés sur ordre du Premier ministre. Chaque année, le premier ministre fait éliminer une liste de gêneurs en tous genres au nom de la raison d'état. Serge Shuster, haut fonctionnaire proche de la Présidence, se retrouve malgré lui au cœur d'une machination qui fait apparaître son nom sur cette liste.
Haut fonctionnaire à l’Élysée, Serge Shuster passe un week-end tranquille dans sa résidence secondaire à la campagne, avec sa nouvelle compagne et ses deux enfants, dont un bébé. Jusqu’à ce que débarque un commando surentraîné qui veut le tuer, pour une raison qu’il ignore. Heureusement, son jardinier, aux compétences insoupçonnées, va le protéger, lui et sa famille. Cette prémisse place le récit dans une tension constante, où la domesticité bucolique est brutalement interrompue par la violence froide des services de l'État.
L'opposition des tempéraments : une dynamique classique
Totalement bâtie sur l’opposition entre ses deux personnages principaux, cette comédie en ligne ce vendredi sur Prime Video recycle l’éternelle thématique de la carpe et du lapin, inoxydable ressort comique. Soit ici un énarque sérieux et affligé d’une inépuisable logorrhée, face à un rustre taiseux mais véritable machine à tuer, et pas que les mauvaises herbes.
Michaël Youn se glisse dans le costume du premier, faisant preuve ici d’un certain talent pour incarner un personnage assez éloigné de ses plates-bandes habituelles. Il ne trouve hélas guère de répondant côté Jean-Claude Van Damme, ici à des années-lumière de ses prestations réussies dans « Lukas » (2018) ou « Le dernier Mercenaire » (2021). Inexpressif au possible, l’acteur belge bêche, pardon, pèche également dans les scènes d’action, trop hachées et mal découpées.
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Analyse de la résolution et de la chute
A la fin de Le Jardinier, Sergio est ému après avoir appris les actions passées de Leo, et le duo planifie de faire se rendre Sergio et de laisser Leo gérer la situation avec Masson et consorts. Leo parvient à neutraliser le reste de l’unité et, au cours d’une altercation avec Esmeralda, Sergio parvient à le tuer accidentellement. Masson s’engage dans une bagarre à l’ancienne avec son ancien camarade Léo, qui parvient à prendre le dessus, avant qu’un Masson déshonoré ne le menace d’une arme.
A la fin de Le Jardinier, cependant, Quasimodo finit par trahir son patron, car il était déjà désenchanté après que Masson ait tué Jeannie, et cette fois, voyant son vrai visage, il décide de suivre les traces de Leo et de choisir le bon chemin en se retournant contre Masson. Leo assomme Masson et Sergio retrouve sa famille. Cependant, à la fin de Le Jardinier, Masson décide une fois de plus de faire une dernière tentative pour capturer Sergio, en poursuivant avec véhémence la famille, seulement pour que Leo rattrape le groupe. Finalement, les pitreries de Sergio servant de distraction, Leo est en mesure de mettre Masson hors d’état de nuire pour de bon, et la famille Shuster est enfin à l’abri de ses poursuivants, du moins pour l’instant.
Les conséquences politiques et le destin des personnages
Plus tard, il est révélé que Sergio a révélé les détails de la liste de Matignon dans les médias, créant un tollé général qui a conduit à la destitution du Président et à son emprisonnement pour crimes contre l’Etat. Sergio sait qu’il n’aurait pu ni sauver sa famille ni révéler la conspiration sans le soutien de Léo, que l’on voit s’occuper d’un jardin dans un lieu majestueux, habillé en abbé.
Cette fin souligne la transition de Léo : d'une machine à tuer à une figure presque monacale, trouvant la paix dans le soin apporté à la nature, loin des intrigues politiques qui ont failli détruire la famille Shuster. Le contraste entre le tumulte médiatique provoqué par Sergio et la tranquillité retrouvée de Léo offre une perspective sur la notion de justice, où la violence de l'action est finalement remplacée par la symbolique du renouveau.

Perspectives critiques sur la réalisation
C’est pourtant le même réalisateur, ayant déjà officié avec succès sur « Le dernier Mercenaire », David Charhon, qui tente ici une bouture. Mais à part lors de quelques bonnes idées, comme les séquences en infrarouge (culminant avec une apparition dingue de JCVD devant son adversaire ébahi), ou le passage où Michaël Youn/Serge Shuster se transforme en émule de John Wick, on regarde souvent sa montre et, surtout, on ne rit pratiquement jamais.
Et quelle drôle d’idée d’embaucher l’humoriste Nawell Madani et de lui coller un rôle de potiche, sans profiter à aucun moment de son potentiel comique ! Enfin, la violence décomplexée utilisée pour détendre l’atmosphère, pourquoi pas, mais de là à espérer titiller les zygomatiques en filmant la scène d’égorgement d’une dame d’âge mûr, suivi d’un bon mot déclamé par son assassin… La note de la rédaction demeure ainsi modérée, soulignant le décalage entre les intentions narratives et l'exécution cinématographique.
L'évolution de Jean-Claude Van Damme
Après avoir joué dans un certain nombre de films VOD sans grand intérêt, la légende de l’action Jean-Claude Van Damme revient à la comédie d’action - la combinaison de genres qui a rajeuni la phase récente de sa carrière d’acteur avec Le Jardinier. Dans le rôle du jardinier titulaire au passé secret, Van Damme livre une justice brutale à coups de poings et d’humour pince-sans-rire.
Si la réception critique souligne des faiblesses dans l'interprétation, il est indéniable que la figure de l'acteur belge continue de porter le film sur ses épaules, tentant de maintenir un équilibre précaire entre le mythe de l'athlète et les exigences d'un scénario qui peine parfois à trouver son ton. Le Jardinier demeure ainsi un objet hybride, témoignant des mutations du cinéma d'action français contemporain où les codes de la série B rencontrent les ambitions de la satire politique, non sans maladresse, mais avec une volonté manifeste de divertir un public friand de contrastes.