
Le secteur du maraîchage biologique connaît une dynamique particulière en France, et la région de Bouttencourt, dans la Somme, en est un exemple éloquent. L'activité maraîchère, bien que parfois confrontée à des défis, se réinvente sans cesse et offre de multiples débouchés professionnels. L'engagement en faveur de l'agriculture biologique et des circuits courts crée un marché de l'emploi diversifié, allant des postes d'ouvriers agricoles à des fonctions plus spécifiques liées à la transformation et à la commercialisation.
Les Jardins de la Bresle : Un Modèle d'Insertion par le Maraîchage Bio
L'association Les Jardins de la Bresle, située au 1 Grande Rue à Bouttencourt, est un acteur majeur de ce paysage. Fondée en 1996 par le Père Lafon, cette structure d'insertion par l'activité économique (SIAE) propose des chantiers d'insertion destinés aux personnes en difficultés, dans l'objectif de leur "redonner espoir et dignité". Les contrats sont signés sous forme de CDDI (Contrat à Durée Déterminée d'Insertion) et durent au maximum deux ans. L'association accompagne annuellement 126 personnes vers un retour à une vie stable.
Une adaptation constante face aux défis
En 2020, bien que les activités espaces verts et maraîchage aient connu une baisse de 25% en raison de l'épidémie de Covid-19, l'association a su "s'adapter et se réinventer", comme l'indique Pauline Leullier, conseillère en insertion professionnelle. Cette période a permis de développer de nouvelles activités, certaines étant même pérennisées. La directrice, Dorothée Quincey, souligne l'importance du "social auprès des plus précaires" tout en précisant que l'association s'est "spécialisée dans l'environnement".

Diversification des activités et valorisation des produits
Parmi les initiatives innovantes, l'association a mis en place un chantier anti-gaspi qui confectionne des soupes à partir des surplus de production. Vincent Babinet, le président, insiste sur l'importance de "valoriser le travail des salariés". Un "trop-plein de courgettes" a ainsi mené à un partenariat avec la conserverie Au coin goûteux de Saint-Valery-sur-Somme. Cinq salariés ont produit 127 bouteilles de soupe de courgettes, vendues "dans les paniers et à l'unité". L'association envisage même de contacter des magasins locaux pour récupérer leurs invendus de légumes bio. Cette démarche témoigne d'une approche "écoresponsable" et d'une volonté de maximiser l'utilisation des récoltes.
En plus du maraîchage, l'association a ouvert un chantier "écoresponsable" pour l'activité espaces verts, utilisant "uniquement du matériel électrique comme les débroussailleuses et les tondeuses". Cela est "moins polluant, fait moins de bruit et intéresse donc beaucoup les établissements scolaires ou de santé", conclut Pauline Leullier.
Economie circulaire, anti-gaspillage alimentaire : Benoit Grimaud 📍 Péone
Un engagement pour la qualité et la traçabilité
Depuis quatre ans, Les Jardins de la Bresle proposent des produits bio certifiés Agriculture biologique par Ecocert. Cette certification atteste d'un engagement fort envers des pratiques respectueuses de l'environnement. Thomas Poulin, encadrant maraîcher, explique qu'ici "tout est bio, aucun pesticide ni insecticide". Des pratiques comme la plantation d'œillets d'Inde pour repousser les pucerons et de tournesols pour attirer les pollinisateurs sont mises en œuvre, garantissant un environnement sain pour les cultures.
Le professionnalisme et la qualité des produits sont également reconnus par des partenaires. L'association fournit par exemple le restaurant gastronomique d’Eaucourt (80), LE SALTIMBANQUE - AUBERGE DU MOULIN, dirigé par Sébastien Porquet. Ce partenariat représente une "vraie reconnaissance du travail et du savoir-faire de nos salariés en insertion".
L'humain au cœur du projet
L'association compte aujourd'hui dix personnels permanents et a employé 105 personnes en insertion en 2020, habitants dans la Somme et en Seine-Maritime dans un rayon de 30 km. L'accompagnement va au-delà du simple travail. Vincent Genty, encadrant du groupe de l'atelier bois (où les palettes d'usine sont transformées en petit bois de chauffage, composteurs, nichoirs ou meubles), souligne que "le travail n'est qu'un support car ici on accompagne les gens jusqu'à leur sortie". L'association aide pour le logement, les papiers, la santé, et les salariés "sortent de chez nous qualifiés et avec de la confiance". Dorothée Quincey anticipe une augmentation des "seniors frapper à notre porte ces prochaines années", ce qui souligne l'importance continue de la mission d'insertion de l'association.
Tendances et Opportunités dans le Maraîchage et l'Agriculture Biologique en France
Le marché de l'emploi dans le secteur agricole biologique, et particulièrement le maraîchage, est en pleine effervescence. De nombreuses exploitations recherchent des salariés, soulignant une demande croissante pour des compétences spécifiques et une forte motivation.

Des postes variés et des compétences recherchées
Les offres d'emploi mentionnent des postes diversifiés, allant de "salarié agricole polyvalent en élevage bovin lait AB" à "ouvrier maraîcher polyvalent". Les tâches sont souvent multiples et incluent l'alimentation et les soins aux animaux, la traite, la conduite d'engins agricoles, les récoltes, les plantations, l'entretien des cultures, la préparation des commandes, les livraisons et la vente.
Des compétences spécifiques sont valorisées, telles que "l'expérience en agriculture", "connaissances, compétences, expérience dans les métiers de la viande et des notions agricoles". Le permis B est fréquemment indispensable. La "polyvalence", "l'autonomie", le "dynamisme" et "le goût du contact avec le client" sont des qualités régulièrement mises en avant.
L'importance de la formation et de l'expérience
Bien que certaines offres acceptent des profils moins expérimentés avec une "possibilité de formation sur place", une formation initiale comme le BPREA (Brevet Professionnel Responsable d'Exploitation Agricole) est un atout. Par exemple, une personne titulaire d'un BPREA, spécialité bovin lait, ayant effectué "4 mois de stage dans différentes exploitations", recherche un poste pour "poursuivre sa montée en compétences progressivement sur la conduite des animaux et le reste (travaux culturaux, entretien…)".
Economie circulaire, anti-gaspillage alimentaire : Benoit Grimaud 📍 Péone
L'attractivité des filières courtes et de la transformation
De nombreuses fermes bio s'inscrivent dans une logique de circuits courts et de valorisation de leurs produits. Par exemple, l'association de la ferme de Maubreuil, basée à Carquefou, recrute un "ouvrier maraîcher polyvalent" pour la production de "légumes, petits fruits et fleurs" commercialisés "auprès des restaurants de Loire-Atlantique" et par l'intermédiaire du "kiosque paysan".
Le GAEC de la Bocagère à Notre-Dame-des-Landes recherche un salarié pour son "atelier transfo galette", transformant des cultures de blé, seigle et sarrasin en pain et galettes vendues en direct, en AMAPs, magasins de producteurs et sur les marchés. La ferme des Chèvres du Bois Nozay, spécialisée dans l'élevage caprin bio avec transformation, valorise "80 000 L par an" de lait. Ces exemples illustrent la diversité des opportunités dans la transformation des produits agricoles biologiques.
Des conditions de travail variées et des perspectives d'évolution
Les types de contrats proposés vont du CDD de remplacement (congé parental, maternité) à des CDI à temps plein ou partiel. Les horaires peuvent être variables selon la saison, avec des débuts de journée matinaux pour certaines activités comme l'abattage. Des salaires attractifs sont proposés, comme 2 241 € brut mensuel pour un poste en CDI 39 heures sur 4 jours avec astreintes week-end.
Des perspectives d'évolution sont également mentionnées, avec la "possibilité de CDI par la suite" pour l'ouvrier maraîcher polyvalent à la ferme de Maubreuil, ou même une "possibilité d'envisager une association par la suite" pour un salarié dans le Pays de Redon. Le développement de fermes, comme celle de Couëron, installée en 2023 et "en développement d'activité", offre également des opportunités d'association "à court ou moyen terme".
Défis et Enjeux du Marché de l'Emploi en Maraîchage Bio
Malgré les nombreuses opportunités, le marché de l'emploi en maraîchage bio fait face à certains défis.
La question de la mobilité
Comme le souligne Dorothée Quincey des Jardins de la Bresle, "la plus grosse problématique pour les personnes qui rejoignent les Jardins de la Bresle demeure la mobilité". La localisation rurale de nombreuses exploitations peut rendre l'accès au travail difficile pour les personnes sans moyen de transport personnel.
Les contraintes physiques du métier
Le maraîchage est un travail physiquement exigeant, avec des tâches répétitives et parfois difficiles. Les offres d'emploi implicitement suggèrent la nécessité d'une bonne condition physique et d'une capacité à travailler en extérieur par toutes les conditions météorologiques.
L'incertitude économique et politique
Le contexte économique et politique incertain, notamment en ce qui concerne les politiques publiques qui "fragilisent les structures de l'insertion", représente un défi pour les associations comme Les Jardins de la Bresle. Le président de l'association a invité à "maintenir ces efforts et à se montrer agile face au contexte".
Un avenir prometteur pour le maraîchage bio
Le secteur du maraîchage biologique, porté par une demande croissante des consommateurs pour des produits sains et locaux, continue de se développer. Les initiatives comme Les Jardins de la Bresle à Bouttencourt démontrent la capacité d'innovation et d'adaptation du secteur, non seulement en termes de production mais aussi d'inclusion sociale. Les nombreuses offres d'emploi, les opportunités de formation et les perspectives d'évolution soulignent un marché de l'emploi dynamique et porteur de sens.
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