Le guide du jardinier en ville : cultiver et protéger face à la pollution urbaine

La ville, par sa densité minérale et ses activités humaines, constitue un écosystème complexe où la nature doit reprendre ses droits. Avec plus de 30 ans d’expérience dans la création et l’entretien des espaces verts, idverde assure le bien-être des utilisateurs et la préservation de l’environnement dans chacune de ses activités. Face à la pollution urbaine, qui se manifeste sous de multiples formes, le paysagisme et les espaces verts offrent de nombreuses solutions naturelles et efficaces. Il est donc crucial de comprendre les enjeux de cet environnement pour mieux agir.

Schéma illustrant les sources de pollution en milieu urbain (air, sol, ruissellement) et leur impact sur les végétaux

Comprendre et définir les pollutions urbaines

La pollution urbaine se manifeste sous de multiples formes. La pollution sonore désigne l’exposition prolongée à des niveaux de bruit excessifs. De son côté, la pollution lumineuse fait référence à un éclairage artificiel nocturne trop intense ou mal orienté. Particules fines, poussières et gaz, une fois rejetés dans l’air, forment de véritables nuages toxiques au cœur des villes. En outre, la minéralisation artificielle des villes retient la chaleur en journée pour la restituer la nuit. Cela se traduit par des pics de chaleur en comparaison aux campagnes environnantes : l’effet des îlots de chaleur urbains accroît les températures de 2,5°C en moyenne. Des écarts allant jusqu’à 8,4°C ont même pu être constatés entre Paris et Melun lors de la canicule en août 2012.

Cinq millions. C’est le nombre de Français qui vivent dans des quartiers avec beaucoup de surfaces minérales et peu de végétation, particulièrement exposés aux îlots de chaleur urbains, selon une étude du Cerema publiée en 2025. Lors des canicules, la température en ville peut être jusqu’à 10 °C plus élevée qu’à la campagne. Le rafraîchissement nocturne se fait moins facilement car la chaleur absorbée par les surfaces minérales pendant la journée est restituée la nuit. On a donc souvent la sensation de ne pas bénéficier de beaucoup de fraîcheur nocturne.

Le rôle du végétal comme bouclier naturel

En ville, les espaces verts jouent un rôle essentiel pour réduire la pollution atmosphérique. La présence du végétal en milieu urbain agit durablement contre cette pollution atmosphérique. Une récente étude menée pour l’Unep - Les Entreprises du Paysage par le cabinet Asterès révèle ainsi que les grands arbres peuvent retenir jusqu’à 5,4 tonnes de CO2 par an et 20 kg de poussière, soit l’équivalent de 600 km de trajet pour un Airbus A320. Par exemple, un arbre mature peut filtrer plus de 20 kg de particules et stocker jusqu’à 25 kg de CO₂ par an.

Ainsi, selon l’étude « Planting Healthy Air » de l’ONG Nature Conservancy, en investissant seulement 3,6 € par habitant dans la plantation d’arbres, les villes pourraient sauver entre 11 000 et 37 000 vies par an, en réduisant la pollution de l’air. Pour la pollution sonore, les alignements boisés, les haies denses et les massifs d’arbustes sont les solutions paysagères les plus efficaces contre le bruit. En atténuant l’effet de ces îlots de chaleur urbains, les espaces verts permettent de limiter les besoins en climatisation pour les bâtiments collectifs proches. Une étude réalisée dans la ville de Montréal au Québec a ainsi révélé que la végétalisation des toitures permettait de diviser pratiquement par deux la consommation d’énergie (de 38 % pour les toitures non irriguées et de 47 % pour celles irriguées).

Solutions d'aménagements urbains en prévention/adaptation des îlots de chaleur urbains

Stratégies de gestion écologique et trames urbaines

À l’heure où de nombreuses collectivités renforcent la végétalisation urbaine, la gestion écologique apparaît comme une solution incontournable pour valoriser les services écosystémiques du végétal tout en conciliant les usages de ces espaces. Pensés à travers la trame bleue, ces aménagements forment un réseau interconnecté avec les cours d’eau et autres corridors fluviaux et maritimes. Pour les sols, les espaces verts classiques agrémentés de certaines plantes dites hyperaccumulatrices permettent d’absorber les substances toxiques des terres polluées et de les stocker dans leurs tissus. Enfin, la gestion, la décontamination et la restauration des sols sont coordonnées à travers la trame brune.

Le Référentiel EcoJardin, guide méthodologique de gestion écologique des espaces verts, met en lumière les bonnes pratiques à travers les 7 « domaines de gestion » sur lesquels agir : les sols, l’eau, la faune et la flore, les mobiliers et matériaux, les formations, la planification et les publics. Le label EcoJardin, outil de communication à destination du public, des équipes d’entretien et des élus, valorise le travail jardinier et souligne les pratiques de gestion écologique intégrées sur un site.

Il a d’abord été souligné l’importance de la concertation de tous les acteurs intervenant sur l’espace public lors d’un projet : services voiries, éclairages, réseau souterrain, jardiniers, etc., afin de consolider une réelle orientation politique sur la gestion écologique des espaces verts. Contrairement aux idées reçues, cette gestion ne coûte pas plus cher : c'est plutôt une réallocation de moyens. Des pratiques vont prendre moins de temps qu'avant, comme la tonte, ce qui permet de libérer du temps pour de nouvelles tâches.

Agriculture urbaine : entre opportunités et vigilance sanitaire

Les potagers urbains occupent de plus en plus de place dans les villes. Ils sont comparés à des espaces verts où les citadins peuvent se retrouver avec la nature. Grâce aux pros du jardin, la création de ces zones particulières a permis de gérer d’une certaine manière le problème de la pollution. Cependant, une question revient souvent chez les jardiniers urbains : la pollution influence-t-elle la qualité de nos récoltes ? Produire en ville représente-t-il un risque pour notre santé ?

La contamination des plantes en milieu urbain provient principalement de trois sources : les polluants présents dans les sols, le ruissellement en provenance de surfaces inertes polluées comme les toitures, et les dépôts de substances toxiques transportées par l’air. Les principaux polluants retrouvés sont les éléments traces métalliques (ETM) comme le plomb, le cadmium et le nickel, ainsi que les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP).

Infographie montrant les différentes méthodes de culture urbaine : hors-sol, bacs, et pleine terre avec barrières géotextiles

Dans la plupart des cas, les productions se font en bacs hors sol, ou bien des mesures préventives ont été prises, telles que l’excavation du sol contaminé et la pose d’un géotextile afin de mettre en place une barrière physique. La capacité d’un polluant à pénétrer dans une plante dépend de nombreux facteurs, notamment l’organe consommé. De manière générale, les fruits ont tendance à moins accumuler les polluants que les feuilles et les racines. Il est recommandé de toujours laver soigneusement les légumes cultivés en milieu urbain pour éliminer les polluants déposés à leur surface, et d’éplucher les légumes racines. Ce lundi 5 mai 2025, le Cirad et l’INRAE ont annoncé le lancement de Rhizotest, un nouvel outil qui permettrait d’évaluer plus facilement le transfert des éléments traces métalliques vers les plantes.

L’implication citoyenne et le bien-être social

À la faveur de la crise sanitaire et des enjeux écologiques, les Français semblent accorder davantage d’intérêt aux espaces verts publics pour différentes activités : sport, relaxation, rencontres. D’après une enquête réalisée par l’Observatoire des villes vertes en juin 2020, 7 Français sur 10 ont déclaré que les espaces verts publics leur manquaient durant le confinement. Ce sont des lieux de rencontre, des lieux de détente et de relaxation, mais aussi des lieux propices à la pratique sportive.

Pour les collectivités, la création d’espaces verts au sein d’une ville semble donc un pré-requis pour faire face aux enjeux environnementaux ainsi que pour apporter davantage de bien-être aux résidents. De nombreuses villes profitent ainsi de leurs parcs et jardins pour y mettre en place des actions de sensibilisation sur la gestion durable de ces espaces communs. À Nantes, par exemple, ce sont les sapins de Noël des habitants qui deviennent ensuite le paillage utilisé par les services de la ville pour protéger les plantes. La ville de Limoges, de son côté, récupère les troncs d’arbres abattus pour en faire du mobilier urbain disposé dans les parcs et jardins de la ville.

Face à ces constats, réintroduire le végétal en milieu urbain constitue une action simple, accessible à chacun pour vivre mieux. Pour ceux qui ne disposent pas d’un jardin privé, les jardins urbains et partagés offrent une solution concrète. En l’absence d’espace collectif, il est possible de créer un jardin urbain grâce au permis de végétaliser. Le jardinage urbain joue un rôle clé pour l’environnement. Au-delà de ses effets sur la biodiversité, la végétalisation joue un rôle clé pour lutter contre la chaleur en ville. Concrètement, les plantes apportent de l’ombre et rafraîchissent l’air grâce à l’évapotranspiration. Pour les enfants, c’est un apprentissage concret et sensible. Pour les adultes, ces espaces sont aussi l’occasion de ralentir, de mieux comprendre les équilibres naturels et de partager des savoir-faire.

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