Les engrais agricoles et l'écosystème CBA : Enjeux, réglementations et perspectives

L'agriculture moderne repose sur un équilibre complexe entre productivité, durabilité et conformité réglementaire. Au cœur de cette dynamique se trouvent les engrais, éléments indispensables au développement des cultures, dont la gestion technique et commerciale est devenue un enjeu stratégique majeur pour des structures comme la CBA (Coopérative des blés et approvisionnement).

Fondements et évolution des engrais agricoles

Les engrais contiennent des nutriments pour favoriser le développement des plantes. Ils peuvent être d'origine organique, tels que le purin d'orties, le lisier ou les fientes de poules, ou minérale, fabriqués à partir de l'azote (N) de l'air ou de minerais comme le phosphore (P) et la potasse (K). Historiquement, la fertilisation a basculé dans l'ère de la chimie industrielle lors de la Première Guerre mondiale. Après 1945, l'utilisation de ces engrais de synthèse s'est largement répandue dans les campagnes européennes.

Schéma illustrant le cycle des nutriments (NPK) dans le sol et l'apport des engrais minéraux versus organiques

L'immense majorité des agriculteurs européens utilisent aujourd'hui des engrais minéraux dits "NPK". L'Europe consomme aujourd'hui 23 % des engrais produits dans le monde sur 10 % des surfaces agricoles, selon le cabinet de conseil Carbone 4. En France, première puissance agricole européenne, la consommation a suivi une courbe évolutive, atteignant plus de 18 millions de tonnes en 2013 avant de voir son utilisation refluer pour passer sous la barre des 10 millions de tonnes en 2024-25. Au niveau mondial, les émissions liées aux engrais représentent environ 5 % des émissions annuelles, selon une étude de chercheurs de l'université de Cambridge publiée en 2023.

L'historique et la structuration de la CBA

L'aventure Eurea a commencé en 1937, avec la création de CBA, Coopérative des blés et approvisionnement, qui est le résultat de la fusion de la Société des blés de Feurs et de la Société coopérative générale de stockage de Montbrison. Dès ses débuts, elle offre une multitude de services à ses sociétaires : collecte, stockage, transformation et commercialisation des céréales ; vente d’aliments, d’engrais, d’équipements, d’animaux ; vente, réparation, entretien de machines et d’outils.

Le président fondateur de la CBA est Jean Pupat, resté à la tête de la coopérative pendant 25 ans. Lui ont succédé Oscar Lambert et Jean Garret. En 1966, la CBA décide de s’installer à côté d’une voie ferrée, sur le site actuel du siège social d’Eurea. Le nouveau site est opérationnel en 1969. Jean-Paul Fréry, au nom de l’amicale des anciens, raconte que tout le monde travaillait dur physiquement : il fallait charger les sacs de blé à la main, décharger également à la force des bras et du dos les sacs d’engrais des trains. Il relatait aussi le gel de l’eau à la fabrique d’aliment : des salariés remplissaient des brouettes de neige dans la rue, qui, une fois fondue, permettait d’avoir de l’eau pour fabriquer l’aliment.

Restructuration et développement stratégique

En 1976 commence le développement des activités à l’encontre de la population non agricole en créant la Sica Loiragri. La fin des années 70 est marquée par des difficultés financières. Plusieurs salariés quittent l’entreprise. Les dirigeants de l’époque n’arrivent pas à assainir la situation. Le conseil d’administration fait alors confiance à Antoine Javelle pour présider la CBA, en 1979. Avec le directeur, Christian Hüni, considérant que la masse salariale est trop importante et que le fonctionnement des services n’est plus adapté à la dimension de l’entreprise, il restructure la coopérative. Les activités sont séparées par secteur : collecte, distribution, alimentation du bétail.

«Antoine Javelle a eu un engagement sans faille», intervenait Christophe Chavot, actuel président lors de l’AG du groupe Eurea. Antoine Javelle et Christian Hüni ont constitué «un duo redoutable d’efficacité et d’efficience. Ils ont su assumer les échecs et rebondir». Au tour d’Antoine Javelle d’évoquer cette période : «Il a fallu demander aux agriculteurs de remettre la main au porte-feuille pour que l’entreprise retrouve des fonds propres. Les salariés avaient déjà subi un traumatisme avec des départs. Il nous a encore fallu réduire la masse salariale. Mais les salariés nous ont suivis à 200%». L’ancien président retient de cette période «une expérience humaine et une réussite économique. Je la dois aux hommes et aux femmes de cette entreprise. C’est indispensable que tout le monde aille dans le même sens».

Graphique chronologique montrant l'évolution du groupe CBA vers Eurea de 1937 à nos jours

En 1982, CBA adhère à la franchise Gamm vert avec quatre premiers magasins. En 1989, CBA fait l’acquisition d’Agri Sud Est SA avec trois autres coopératives de Rhône-Alpes. En 1995 est créé Agri Sud Est Centre. En 1997 se développe la filière biologique avec la création de Cizeron bio avec la famille Cizeron et la construction d’une usine de nutrition animale biologique à La Gimond. En 2000, Eurea est créé, regroupant toutes les sociétés sous une même bannière. C’est aussi cette année là qu’Henri Meunier devient président du groupe. 2003 est marquée par l’acquisition de Forez Grains et 2005 par la création d’AS Lentilles, en partenariat avec Soufflet Alimentaire. Eurea coop naît de la fusion entre la Sica CBA et Agricel 43 en 2007.

Cadre réglementaire et défis européens

L'utilisation des engrais est aujourd'hui encadrée par des directives strictes, notamment en agriculture biologique. L'article 3 du règlement (CE) n° 889/2008 stipule que lorsque les mesures prévues à l’article 12, paragraphe 1, points a), b) et c) du règlement (CE) n° 834/2007 ne permettent pas de couvrir les besoins nutritionnels des végétaux, seuls les engrais et amendements du sol énumérés à l’annexe 1 du présent règlement peuvent être utilisés, et uniquement suivant les besoins.

La directive Nitrate et les contraintes de production

La quantité totale d'effluents d'élevage au sens de la directive 91/676/CEE utilisée sur l'exploitation ne peut dépasser 170 kg d'azote par an/hectare de surface agricole utilisée. Cette limite s'applique uniquement à l'utilisation de fumier, de fumier séché et de fiente de volaille déshydratée, de compost d'excréments d'animaux solides, y compris de fiente de volaille, de fumier composté et d'excréments d'animaux liquides.

Concernant l'élevage industriel, les fumiers ou excréments d'animaux liquides ne peuvent pas être utilisés en agriculture biologique s'ils proviennent d'un élevage "industriel". Sont exclus à partir du 1er janvier 2021 d'une utilisation sur des terres biologiques, les effluents d'élevages en système caillebotis ou grilles intégral et dépassant les seuils définis en annexe I de la directive n°2011/92/UE.

Déchets organiques : la voie oubliée du compostage

Enjeux géopolitiques et économiques

L’Association générale des producteurs de blé (AGPB) s’inquiète des potentielles conséquences sur le prix des engrais que pourrait avoir l’adoption de deux textes européens. L’AGPB plaide pour une dérogation temporaire de son application pour les engrais jusqu’au 31 décembre 2029. Ce délai permettrait notamment, selon le syndicat, d’évaluer le marché et de consolider la mise en œuvre du système. Sur la proposition de texte visant à instaurer de nouvelles sanctions contre la Russie concernant les engrais azotés, les députés de la commission du commerce internationale ont approuvé le 15 mai 2025 la proposition de la Commission européenne. Le Copa-Cogeca, syndicat représentant agriculteurs et coopératives européens, a réitéré dans la foulée son opposition à cette proposition, soutenue par les producteurs européens d’engrais. Le Copa-Cogeca plaide également depuis plusieurs mois pour « diversifier les sources d’engrais pour les agriculteurs européens ». Il demande notamment en ce sens de suspendre les droits de douane sur les engrais en provenance de pays tiers autres que la Russie et la Biélorussie et d’amender la directive nitrate sur les effluents d’élevage transformés.

Vers une agriculture durable et innovante

Le Congrès brésilien de l'agroalimentaire propose des réflexions majeures sur ces sujets, incluant des panels comme « Alimentation, énergie et innovation » et « Agrobrasil avec une croissance durable : financement et marchés de capitaux ». L'ABAG présente également le document « L'agro-industrie face au changement climatique », qui vise à réaffirmer le rôle de l'agriculture dans la solution aux défis climatiques, en soulignant le potentiel du Brésil dans le programme d'atténuation et d'adaptation.

Pour le groupe Eurea, l'objectif reste le développement d'outils apportant de la valeur et de la rentabilité, tout en transmettant ces acquis aux nouvelles générations. Christophe Chavot souligne que le groupe s’appuie sur deux valeurs : les territoires, ainsi que les hommes et les femmes : les adhérents, le personnel, l’ensemble des collaborateurs. Cette vision, portée par une expertise historique héritée de la CBA, permet de naviguer entre les exigences de la transition écologique, les impératifs de la sécurité alimentaire mondiale et la complexité des marchés internationaux des fertilisants.

Le processus de compostage, transformation contrôlée en tas, reste un pilier de cet engagement, visant à améliorer le taux d’humus par une décomposition aérobie de matières organiques. Cette rigueur technique, couplée à une gestion stratégique des ressources, définit la trajectoire actuelle des coopératives agricoles face aux défis climatiques et économiques du siècle.

tags: #engrais #agricole #cba