
Le terme "engrais déjections d'oiseaux marins" est intrinsèquement lié à l'appellation "guano". Cette substance, reconnue depuis des siècles pour ses propriétés fertilisantes exceptionnelles, est bien plus qu'un simple déchet animal. Il s'agit d'une matière organique précieuse, issue d'un processus naturel d'accumulation et de vieillissement d'excréments et de cadavres d'oiseaux marins. Son histoire, son origine et ses applications en font un élément fascinant de l'agriculture et de l'écologie.
Origine et Composition du Guano Marin
Le guano est une matière fertilisante emblématique des côtes Pacifiques de l'Amérique du Sud. Il est principalement composé d'excréments et de cadavres d'oiseaux marins. L'accumulation de guano semble remonter à une époque fort ancienne. Des dépôts de matières excrémentielles se sont formés dans les ravins, comme l'indique Haton de La Goupillière dans son ouvrage Exploitation mines (1905, p. 468). Ces dépôts massifs témoignent de la présence continue de vastes colonies d'oiseaux marins sur ces littoraux.
Le mot "guano" lui-même est emprunté à l'espagnol "guano", attesté depuis 1590 par Acosta. Ce terme espagnol est lui-même issu du quichua et aymara "huanu", signifiant "engrais, fumier". Son introduction en français remonte à 1598, où il est décrit comme un "engrais composé d'excréments d'oiseaux" par R. Regnault Cauxois dans son Hist. nat. et mor. des Indes (trad. de l'esp. de J. de Acosta).
Le guano fait partie des engrais organiques, c’est-à-dire des fertilisants composés de matières d'origine végétale ou animale. En cela, il se distingue totalement des engrais minéraux ou carrément des engrais chimiques. Il est dérivé de substances naturelles et n'a pas subi de transformations chimiques importantes. Cependant, il est crucial de noter que cela ne signifie pas qu'il s'agisse toujours de substances bio ni respectueuses de l'environnement, un point que nous aborderons plus loin.
La richesse du guano marin réside dans sa composition naturelle. Il est particulièrement riche en azote (14%), un élément essentiel permettant un bon développement végétatif des parties aériennes d'une plante (tige, rameaux et feuilles). Il apporte également une quantité importante de phosphate (8%) et une certaine dose de potasse (2%), ce qui lui confère une formule NPK typique de 14-8-2. Cette composition équilibrée en fait un fertilisant puissant pour la croissance des plantes.
Le Guano de Chauve-Souris : Une Alternative Distincte
En plus du guano marin, il existe également le guano de chauve-souris. Ce type de guano est constitué d'excréments de chauve-souris, récupérés autour des nids de ces mammifères insectivores. Il est important d'approcher ces mammifères avec respect, mais il est possible de récupérer leurs déjections en tendant une bâche sous leur nid. Ces déjections ressemblent à des grains de riz noirs.
Cependant, il est impératif de manipuler le guano de chauve-souris avec précaution, car elles pourraient contenir les champignons à l'origine de la transmission de l'histoplasmose, une maladie infectieuse du poumon.
Le guano de chauve-souris présente une composition légèrement différente de celle du guano marin. Il est également riche en azote (6%), mais il se distingue surtout par sa teneur plus élevée en phosphore (3%), ainsi qu'en potassium (2%) et en magnésium (1,25%). Cette différence de composition peut le rendre plus adapté à certaines applications spécifiques en fonction des besoins du sol et des plantes.
Guano
L'Application et les Bénéfices du Guano comme Engrais
Le guano fait partie des engrais dits "coup de fouet", ce qui signifie qu'il libère très rapidement ses principes actifs. Il s'utilise généralement au printemps, entre mars et juin, période où les plantes démarrent leur végétation. Son objectif principal est de stimuler la croissance des plantes potagères et des pelouses.
Il est important d'ajouter du guano uniquement si votre sol manque d'azote. Des signes de carence en azote peuvent inclure une croissance faible ou très lente des plantes, des feuilles qui restent petites, un développement insuffisant des tiges et un jaunissement partiel du feuillage.
Il est inutile d'avoir la main lourde ou d'appliquer systématiquement de l'azote, car un excès d'azote peut avoir des effets néfastes. Un surplus contribue à attendrir les tissus végétaux, les rendant ainsi plus sensibles aux maladies et aux parasites, ainsi qu'au gel. Un équilibre est donc essentiel pour la santé des plantes.
Le mode d'emploi du guano précise qu'il ne faut pas le mettre directement en contact avec les racines. Cette précaution est due à sa forte concentration en éléments nutritifs. Lors de la plantation, il convient de bien le mélanger à la terre au fond du trou avant de rajouter une pelletée de terre, puis de déposer la plante. Cette méthode assure une diffusion progressive des nutriments et évite de brûler les racines.
Impacts Écologiques et Historiques de l'Exploitation du Guano
Bien que le guano soit un engrais organique naturel utilisé en agriculture biologique (AB), il n'est pas irréprochable sur le plan environnemental. Son extraction, en particulier celle du guano marin, détruit de façon définitive des milieux naturels tels que les sites de nidification de certains oiseaux qui utilisent ses amas pour pondre. Cette destruction d'habitats est une préoccupation majeure.
L'exemple le plus frappant de cet impact environnemental concerne les îles Chincha, situées au large de la côte sud-ouest du Pérou. Ces trois petites îles, formées de roches granitiques et de falaises, ont abrité des colonies d'oiseaux marins depuis des siècles. Elles étaient donc couvertes d'une quantité conséquente de guano, ce qui n'échappa pas aux autorités péruviennes.
Entre la première moitié du XIXe siècle, le Pérou entreprit d'exploiter ce guano pour l'exporter vers les États-Unis et l'Europe. Cette "manne de fertilisant" attisa les convoitises, conduisant même à la "guerre du guano" déclarée par les Espagnols, bien qu'en vain. Cet épisode historique met en lumière la valeur économique considérable du guano et les tensions qu'il a pu générer. L'exploitation intensive a eu des conséquences durables sur l'écosystème de ces îles et la population d'oiseaux marins.

Aspect Économique et Disponibilité du Guano
Le prix du guano varie en fonction de son type - oiseaux marins ou chauve-souris - et surtout de son conditionnement. Les consommateurs peuvent trouver des paquets de 1 kg à environ 10 € et des sacs de 20 kg à 70 €. Cette fourchette de prix rend le guano accessible à différents types d'utilisateurs, des jardiniers amateurs aux agriculteurs professionnels.
La disponibilité du guano, particulièrement le guano marin, est intrinsèquement liée aux sites d'extraction et aux politiques de gestion durable. Bien que des efforts soient faits pour une exploitation plus responsable, la demande mondiale continue d'exercer une pression sur ces ressources naturelles.

Extension de la Terminologie : Le Guano de Poisson
Par extension, le terme "guano" peut également désigner le "guano de poisson". Cet engrais est obtenu par broyage des poissons desséchés, comme le précise Plais.-Caill. en 1958. Bien que sa composition et son origine soient différentes de celles du guano d'oiseaux marins ou de chauve-souris, il partage la caractéristique d'être un engrais organique issu de matières animales. Cette généralisation du terme souligne la reconnaissance des propriétés fertilisantes des résidus animaux.
Adjectif Dérivé : Guaneux
Rarement employé, l'adjectif "guaneux" dérive du mot "guano". Cendrars, dans Du monde entier (1928, p. 238), l'utilise pour décrire des "rochers guaneux [qui] sont remplis d'oiseaux". Cet adjectif évoque l'aspect et la présence du guano sur les sites de nidification, soulignant l'imprégnation de ces lieux par cette matière.
Le guano, qu'il soit d'oiseaux marins ou de chauve-souris, ou même de poisson, demeure un témoignage de la richesse des ressources naturelles et de leur potentiel fertilisant. Sa compréhension approfondie permet une utilisation plus judicieuse et une meilleure appréciation de ses avantages et de ses défis environnementaux. La complexité de son histoire et de son impact sur les écosystèmes et les sociétés humaines en fait un sujet d'étude riche et pertinent.