L'entretien des pâturages est une composante essentielle de la gestion équine. Pour garantir une herbe de qualité, de nombreux propriétaires ont recours à des fertilisants, allant des amendements organiques aux engrais minéraux synthétiques. Toutefois, cette pratique n'est pas sans danger. Une méconnaissance des produits utilisés ou une application inappropriée peut transformer un espace de vie en une zone à risque pour la santé des chevaux. Il est crucial d'aborder ces questions avec rigueur, en distinguant les types de produits et leurs effets spécifiques sur l'organisme équin.
La nature des engrais : compositions et mécanismes
Pour le jardin et le potager, on utilise parfois des engrais simples, qui apportent uniquement de l’azote, ou du phosphore, ou du potassium. Mais le plus souvent, et c’est le cas généralement pour les plantes d’appartement, l’engrais apporte un mélange NPK, caractérisé sur l’étiquette par trois chiffres, comme 8-6-10, qui représentent la quantité de chacun d’eux. Les engrais pour plantes fleuries sont parfois spécifiques (rosier, géranium, hortensia) car ils apportent des minéraux en plus, comme par exemple l’oxyde de magnésium pour les rosiers.

La forme d'apport de l'azote peut varier : ammoniac, urée, nitrates ou composés organiques. Si pour les ruminants, l’ammoniac, l’urée et les nitrates sont très toxiques, la toxicité est moindre pour les animaux de compagnie, bien que les engrais organiques (fumier de volailles, poudre d’os, sang séché) restent dangereux pour le chien en raison de leur forte appétence. Pour le cheval, le risque principal réside dans l'ingestion directe d'engrais minéraux ou la consommation de végétaux ayant accumulé des taux excessifs de nitrates.
L'intoxication aux nitrates : la "maladie du sang brun"
L’intoxication aux nitrates chez les chevaux survient lorsque l’ingestion excessive de nitrates se convertit en nitrites dans le système digestif. Ce processus empêche le sang de transporter l’oxygène de manière efficace. Le nitrite interagit avec les globules rouges, transformant l’hémoglobine en méthémoglobine. Cette dernière est incapable de transporter l’oxygène vers les tissus.
À mesure que l’hémoglobine se transforme en méthémoglobine, le sang passe d’un rouge vif à une couleur brun terne, d'où le nom courant de « maladie du sang brun ». Les symptômes apparaissent généralement dans les six heures suivant l’exposition : coliques, diarrhée, faiblesse, tremblements, détresse respiratoire et pouls rapide. Dans les cas graves, une mort subite peut survenir.
Facteurs influençant l'accumulation de nitrates dans les végétaux
Les plantes accumulent plus facilement de grandes quantités de nitrates lorsqu’elles subissent des conditions stressantes. La sécheresse perturbe les processus métaboliques normaux, tandis que les températures extrêmes altèrent les activités enzymatiques. Un ensoleillement insuffisant limite la photosynthèse, nécessaire à la réduction des nitrates en protéines. De plus, les tiges et les hampes ont tendance à accumuler davantage de nitrates que les autres parties de la plante.

Les risques liés à l'utilisation du fumier de cheval
L’utilisation de fumier de cheval comme amendement organique est une pratique traditionnelle, mais elle comporte des risques. Le fumier frais peut contenir des pathogènes, des résidus de médicaments vétérinaires (vermifuges, antibiotiques) et de l’urée. L’urée et l’ammoniac, s'ils ne sont pas compostés, peuvent brûler les racines des plantes et provoquer un déséquilibre du pH du sol. Le compostage à chaud est indispensable pour réduire ces risques ainsi que la présence de parasites.
Gestion responsable des pâturages et précautions
Il ne s'agit pas seulement d'éloigner les chevaux des pâturages fraîchement fertilisés. Oui, les engrais peuvent nuire aux chevaux s'ils ne sont pas utilisés et gérés correctement. Le délai de réintroduction est une question récurrente. Certains préconisent d'attendre au moins trois semaines après l'épandage, en s'assurant que l'engrais a été dissous par la pluie ou l'arrosage. Une météo sèche est particulièrement risquée, car les granulés restent intacts au sol et deviennent une source directe d'intoxication pour les équidés qui pourraient les ingérer par curiosité.
Épisode 1 - Gestion du pâturage tournant
La communication est également primordiale. Si un tiers gère l'épandage, il est essentiel de connaître la nature du produit utilisé. En cas de doute, une analyse de sol ou une vérification de l'étiquette s'impose. La prudence dicte également de ne jamais épandre lorsque les animaux sont présents dans la parcelle.
Diagnostic et traitement vétérinaire
Le diagnostic de l’empoisonnement aux nitrates est complexe car les analyses sanguines de routine ne révèlent souvent qu'une baisse des niveaux d’oxygène. Une concentration en nitrates supérieure à 50-80 mg/L dans le plasma est diagnostiquée comme une intoxication, la valeur usuelle étant inférieure à 30 mg/L. Le traitement consiste à retirer le cheval de la source d'exposition et à administrer du bleu de méthylène sous supervision vétérinaire.
La prévention reste la meilleure alliée : entreposage sécurisé des engrais, rotation des pâturages, analyse des eaux de ruissellement et surveillance étroite des conditions de croissance de l'herbe sont des mesures de bon sens. Les chevaux sont des animaux sensibles qui comptent sur leurs propriétaires pour créer un environnement sain et sécurisé.

En conclusion, la fertilisation des pâturages demande une approche raisonnée. Entre l'utilisation de méthodes naturelles, comme le compostage mature, et la gestion rigoureuse des engrais minéraux, chaque décision impacte directement la santé métabolique des chevaux. La vigilance face aux conditions climatiques et le respect des délais de latence après épandage sont les piliers d'une gestion équine responsable.