La culture en lasagne est une méthode de jardinage inspirée de la permaculture qui révolutionne la façon de cultiver des légumes. Cette technique remplace le travail du sol préalable à l'implantation des légumes par un apport massif de matière organique. Il s'agit d'une manière pour utiliser les matières organiques et déchets, permettant de créer des « buttes » pour cultiver sans avoir à travailler la terre. La lasagne peut être faite directement au sol, dans un carré potager, ou même dans des bacs de culture aux dimensions réduites. Elle offre un substrat vivant, riche et bien structuré qui favorise une excellente reprise des semis et plants. Son effet "boost" sur la pousse des végétaux est impressionnant.
Qu'est-ce qu'une Lasagne Permacole ?
Une lasagne permacole est constituée principalement d'empilement en alternance de couches de matières organiques vertes (humides, à tendance plutôt azotée) et brunes (sèches, à tendance plutôt carbonée). La réussite d'une culture en lasagne repose sur une superposition intelligente de matières organiques, où chaque couche joue un rôle spécifique dans la fertilité du sol et la dynamique biologique. Cette technique a été mise au point, à la fin des années 1980, par Patricia Lanza, une américaine qui a eu la bonne idée de mettre du carton sur sa pelouse, d'y ajouter ses déchets verts et de cuisine, d'ajouter une couche de compost puis d'y planter quelques légumes. En fin de saison, elle constate une bonne production sans avoir eu à désherber, arroser ou apporter d'engrais. Elle renouvelle alors l’opération le printemps suivant en posant ses cartons sur des allées gravillonnés et, cette fois en alternant quelques couches de matière azotée et matière carbonée. Elle constate rapidement que son sol devient un humus fertile et qu’elle n’a pas grand-chose à faire pour obtenir de très belles récoltes.
La lasagne se fait à même le sol, pas besoin de creuser, ni d’enlever la couche d’herbe présente au sol. Si vous avez un sol particulièrement compact ou lourd, il peut être bon de passer simplement un coup de grelinette sur la zone histoire de l’aérer un peu avant de la couvrir, mais aucun désherbage n’est à faire, ce qui épargne pas mal de travail.

Les Matières Composant une Lasagne et Leur Rôle
La composition du bac est indépendante du sol du jardin, tout en entretenant des relations avec ce dernier (via les vers de terre notamment). La recette peut varier en fonction de vos besoins, des ressources et de la surface disponibles.
La couche de base : Le Carton
Pour commencer une lasagne, on utilise de préférence du carton ayant servi à emballer des aliments car les encres sont à priori moins toxiques. Le carton peut servir à occulter la base de la lasagne et étouffer les herbes. On peut se procurer des cartons de livraison (de plantes par exemple) ou récupérer ceux des voisins (l’emballage de la nouvelle télé laissé sur le trottoir). On commence par une couche de cartons non imprimés (sans adhésif ni plastique ni agrafes) directement posés au sol. Ils servent de barrière contre les mauvaises herbes et amorcent la décomposition en attirant les vers de terre. La bande de carton posée au sol doit être plus large que les couches qu’elle va recevoir et suffisamment étroite pour permettre le travail de semis et plantations et récoltes. Si un arbre ou un arbuste que vous voulez conserver se trouve sur l’endroit du potager, disposez les cartons tout autour de la plante en ne laissant que quelques centimètres de jour autour du tronc. Arrosez bien cette première couche ; un moyen facile de procéder est de faire tremper le carton ou les journaux dans un bac d’eau avant de les étaler au sol.
Les Matières Sèches (Carbonées) et Humides (Azotées)
Les matières sont alternées : matière sèche et matière humide. C’est l’utilisation la plus classique. La matière azotée est d’aspect vert, tendre et humide. Elle est une source rapide de nutriments pour les végétaux. Exemples : épluchures de légumes ou de fruits, restes alimentaires d’origine végétale, tonte de gazon, mauvaises herbes (sans les racines et les stolons), feuilles d’arbres fraîchement coupées. La matière carbonée est d’aspect sec et brun. Les chaînes carbonées (glucose, cellulose, lignine…) vont être facilement digérées par les champignons et vont produire de la chaleur en se transformant.
Il est généralement conseillé de respecter un rapport 2 carboné pour 1 azoté pour que le sol soit équilibré. Les couches feront plus ou moins la même épaisseur, mais la couche verte est fortement composée d’eau alors que la couche brune l’est beaucoup moins.
Couche de fumier et chaux
La première étape est de répandre sur le sol une poignée de chaux et du fumier (de poule, ou autre volatile si possible) ; ces deux derniers apportent l’azote qui va démarrer la réduction du carbone dans les couches suivantes. Par-dessus la couche de fumier, on va commencer par mettre une couche d’environ 5 cm de matières organiques vertes qui auront donc tendance à être plus azotées que carbonées.
Branches et bois mort
Les branches et petites bûches fendues finement serviront à emmagasiner de l’eau ainsi qu’à nourrir le sol, ainsi que les plantes qui y puiseront des ressources avec leurs racines. Mieux vaut choisir des morceaux pas trop frais, car ils ne joueront pas bien leur rôle d’éponge dès le départ. De vieilles branches qui trainent depuis des mois voire des années au sol dans les bois joueront parfaitement leur rôle. Attention à ne pas prendre de trop grosses branches car elles mettront un certain temps à se décomposer, pouvant excéder la durée de vie du bac. Cependant, vous pouvez parfaitement intégrer de gros morceaux, et même des bûches, à la condition que leur niveau de décomposition soit suffisamment avancé (cela s’effrite tout seul en tapant dessus). À noter que plus une branche ou du bois en général est frais, plus son rapport C/N, c’est-à-dire la quantité de carbone apportée / la quantité d’azote apportée sera élevé. Ceci fait qu’avec du vieux bois nous ajoutons des matériaux manquant d’azote, ce qui peut avoir des conséquences en terme de chimie.
Cette étape n'est pas obligatoire. Les petites branches vont permettre de « meubler » et de niveler le fond. On peut en disposer une quantité plus ou moins importante. Il est recommandé de tasser et d’écrabouiller la couche de branches en marchant carrément dans le bac, afin de réduire au maximum l’espace vide au fond. Ceci permet un contact suffisant avec le sol, mais aussi d’éviter de sur-drainer le bac (ce qui demanderait d’arroser davantage). La raison la plus importante est la suivante : tout ce que l’on va entasser dans le bac va rapidement se réduire en volume au fur et à mesure de la décomposition, ce qui donnera un niveau de contenu de terre sacrément diminué au fil des mois. Une période printanière / estivale peut voir le niveau du bac baisser de 5 ou 10 cm. Si vous n’avez pas beaucoup de hauteur de bac, n’insistez pas trop sur cette couche.
Tonte de gazon et feuilles mortes
La tonte de gazon a pour particularité d’apporter de l’azote. On peut concevoir la tonte comme un moyen d’ajouter moins de terreau et de dépenser l’argent qui va avec. L’espace rempli avec de la tonte, c’est cela de moins à remplir jusqu’à ce qu’elle se réduise et se fasse manger très rapidement par la vie du sol. Vous pouvez apporter des feuilles mortes si vous en avez sur place. Ceci apportera un peu de vie supplémentaire (champignons, etc.). Il y a aussi l’option d’aller en ramasser raisonnablement dans la forêt. En automne, vous pourrez en obtenir beaucoup !
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Couche de Finition : Le Compost et le Terreau
La lasagne est terminée par une couche de compost ou de terreau pour accueillir les cultures : semis ou repiquages. La réalisation d’une lasagne se termine généralement par la couche dans laquelle vous viendrez planter directement vos végétaux cultivés. Il s’agit d’une couche de terre mélangée à du compost mûr ou du terreau de 10 à 20 cm environ. Si vous ne mettez pas tout de suite vos jeunes plants après avoir fini votre lasagne, pensez à la recouvrir de mulch, pour ne pas laisser la terre à nu sur le dessus de votre support de culture.
Au-delà des nutriments, le compost a pour utilité fondamentale d’ensemencer la vie du sol. Attention au compost trop frais, c’est-à-dire n’ayant pas terminé sa maturation, car il a tendance à brûler les racines des plantes ! Normalement au bout d’un an, on a quelque chose de correct et utilisable sans risques. Un bon compost ne pue pas et n’a pas d’odeur forte de pourriture ou de caca. Disposez une couche d’à peine quelques centimètres. Une alternative est de simplement mélanger le compost à votre terreau, mais dans ce cas attention aux plantes n’appréciant pas les terres trop riches.
Dans la nature, les nutriments auront toujours tendance à descendre en profondeur avec les pluies. Normalement on devrait donc placer le compost en haut, vers la surface, mais le but d'un bac de culture est de durer longtemps, il est donc important de le charger au maximum à chaque couche, tout en sécurisant les plantes. C’est une affaire de compromis.
Concernant le terreau, il est important de choisir quelque chose de qualité, même si un choix non optimal du terreau n’est aucunement rédhibitoire dans la réussite de votre aventure. Une couche de 10-15 cm conviendra parfaitement pour la plupart des cultures.
La Hauteur Idéale des Couches
L'épaisseur totale du paillage doit être au moins de 225mm. 300mm est mieux, 375mm est trop. La réponse dépend de la qualité du sol sous-jacent, mais plus la hauteur sera importante, plus les racines auront de profondeur pour puiser l’eau et les nutriments, et plus le potager sera résilient. Les carrés premiers prix du commerce font souvent 20 cm de haut. C’est un bon début pour les plantes aux racines superficielles (laitues, radis…) mais les plantes potagères au système racinaire profond et puissant seront plus à l’aise avec plus de hauteur. Les carrés hauts de 80 cm ou plus permettent de jardiner debout, mais impliquent un énorme volume de terre et de matières organiques à rapporter, ce qui rend l’ensemble plus onéreux.
Le Processus de Création d'une Lasagne
Le processus de création d'une lasagne peut être adapté selon les matériaux disponibles et la saison.
Préparation du terrain
Délimitez la zone et désherbez grossièrement en passant la grelinette, de préférence après une bonne pluie pour un sol plus facile à travailler. On peut partir d’un gazon ou d’une zone remplie d’adventices (pas trop robustes, quand même), délimiter une planche de culture, la couvrir d’une lasagne pour occulter la végétation et enfin planter directement dans la lasagne.
Superposition des couches
- Première couche (cartons) : Déposez sur le fond une couche de carton qui achèvera de faire mourir la végétation existante. Arrosez abondamment pour favoriser la décomposition.
- Couche de matière humide et azotée : Par-dessus, disposez une couche de matière humide et azotée.
- Couche de matières brunes (carbonées) : Répétez une couche de matières brunes pour équilibrer le rapport carbone/azote (C/N).
- Alternance et épaisseur : Et on recommence ainsi avec une alternance de couches de matières vertes et de matières brunes. Il n’y a pas de nombre de couches formellement établi pour former une lasagne, car cela va en grande partie dépendre de la quantité de matières qu’on peut se procurer. En général, une alternance de 3 couches de « vert » avec 2 couches de « brun » est une bonne moyenne. Le nombre total de couches sera à adapter à vos ressources disponibles.
- Optionnel : Cendre de bois : Saupoudrez, avec parcimonie, un peu de cendre de bois (issue de préférence de feux de rameaux ou branches plutôt que de bûches) entre quelques-unes de vos couches de matières organiques.
Arrosage et Tassement
Arrosez généreusement à chaque couche pour favoriser la décomposition. Ensuite, la lasagne retient bien l’eau, mais une vérification régulière reste utile. Il est recommandé d’arroser la lasagne 2 à 3 fois par semaine en absence de pluie suffisante (10mm au pluviomètre). Attention, durant l’arrosage il faut éviter de mouiller les feuilles de courges, courgettes et tomates. Sinon, il y a un risque de favoriser des maladies. Bien tasser chaque couche est important.
Attente avant plantation
Une fois la lasagne mise en place, une fermentation anaérobie va se créer. Celle-ci va dégager beaucoup de chaleur - jusqu’à 50 °C au cœur de la lasagne. Pour cette raison, il est préférable d’attendre 7 à 10 jours, le temps que la température baisse, afin de réaliser les plantations. Si la lasagne est fraîche (faite au printemps), privilégiez des plants plutôt que des semis directs, le temps que la température se régule et que les couches se stabilisent.
Calendrier de Mise en Place des Lasagnes
L’automne est une période idéale pour créer de nouveaux carrés potagers en lasagne. En effet, cette saison met à disposition une abondance de matière organique gratuite pour qui se donne la peine de la ramasser et de la valoriser. Cette ressource va permettre au jardinier de remplir ses nouvelles planches de culture à moindres frais en utilisant la technique de la “lasagne”. L’objectif est de retrouver un potager prêt à l’emploi et ultra-fertile au retour des beaux jours. Une couche préparée en octobre - novembre sera prête en février.
Il sera possible de faire ses buttes lasagnes en fin d’hiver, voire au printemps. Mais, si vous êtes en retard, vous pourrez très bien établir votre lasagne en mars.
Les Avantages de la Culture en Lasagne
La culture en lasagne offre de nombreux avantages. Elle épargne énormément de travail et économise beaucoup d’eau, tout en recyclant des matériaux que l’on jette habituellement. Également, cette méthode crée un excellent sol qui produira de succulents légumes, herbes et salades.
Création d'un sol fertile et vivant
En permaculture, le sol est l’alfa et l’oméga des jardiniers permaculteurs : ils le fabriquent, ils l’entretiennent, ils l’alimentent, ils le respectent. Cette technique permet de fabriquer du sol ou d’améliorer son sol et, ainsi, de garantir des récoltes abondantes et gourmandes ! La lasagne est un support de culture facile et rapide à mettre en place qui va être un concentré de nutriments pour vos plantes et avoir un effet « booster » sur vos cultures.
La matière organique va être décomposée par la faune du sol et va se transformer en nutriments assimilables par les végétaux. En mulchant, vous entretenez donc la fertilité de votre sol. Sous cette épaisse couche de matériaux, l’humidité du sol va être conservée, comme en forêt, ce qui va limiter, voir annuler les besoins en arrosage.

Suppression des mauvaises herbes et économie d'eau
Un autre avantage de ce système est qu’il ne nécessite aucun outil et supprime tout ou partie des herbes sauvages non désirées (aka « mauvaises herbes ») : lierre, chiendent, pissenlit, etc., et parfois même les ronces ! La lumière n’arrivant pas sur un sol couvert, la levée des graines en dormance ne se fait pas, ou peu, ce qui limite énormément la pousse des plantes spontanées et la concurrence éventuelle de celle-ci avec vos plantations.
Adaptabilité et polyvalence
Cette culture est adaptée à tout type de surface (balcon, trottoir, toit, jardin, etc.) et à tout type de sol (pelouse, gravier, bitume, jardinière, etc.). La culture en lasagne est ainsi parfaitement polyvalente. Dès lors qu’on adapte ses plantations à l’état de maturité du sol (lasagne fraîche ou déjà décomposée), quasiment toutes les cultures potagères peuvent y trouver leur place.
Bénéfices sociaux et pédagogiques
Enfin, il existe également des bénéfices sociaux : en utilisant productivement tous vos déchets organiques, vous établissez la jonction entre consommateur et producteur, et votre seau à ordures se transforme en matériaux utiles ! La culture en lasagne peut être un outil pédagogique fort notamment pour les enfants : ludique, facile à réaliser, à planter et source de très nombreuses observations du vivant, elle peut permettre d’aborder par l’expérimentation de nombreux sujets en lien avec la nature !
Planter dans une Lasagne
Les cultures adaptées
La culture en lasagne est ainsi parfaitement polyvalente. Dès lors qu’on adapte ses plantations à l’état de maturité du sol (lasagne fraîche ou déjà décomposée), quasiment toutes les cultures potagères peuvent y trouver leur place.
- Légumes feuilles (salades, épinards) : Les légumes feuilles aiment les substrats frais et riches, ce qui correspond parfaitement aux lasagnes en début de décomposition. Salades (laitue, batavia, romaine) : semis direct possible dès mars, ou repiquage de plants. Épinards : préfèrent une exposition mi-ombre au cœur de l'été.
- Légumes gourmands (tomates, courgettes, aubergines) : Ces plantes ont besoin d’un sol riche et bien réchauffé. Tomates : repiquage en mai après les dernières gelées. Courgettes : très gourmandes, elles trouvent leur bonheur dans les couches riches des lasagnes. Aubergines : comme les tomates, elles aiment la chaleur.
- Légumes racines (carottes, betteraves, radis) : Ces légumes ont besoin d’un sol affiné, meuble et peu encombré de matières grossières. Carottes : semis direct à partir de mars, éclaircir dès que les plants font 3-4 cm. Betteraves : semis d’avril à juillet. Apprécient un sol souple et bien drainé. Radis : pousse rapide, idéal pour occuper les inter-rangs. Les légumes-racines ne donnent pas de si bons résultats la première année car le sol est encore compacté et il y a trop de fumier : elles ont tendances à fourcher. Préférez les planter la seconde année, lorsque la couche supérieure meuble cache une couche de bon sol noir.
- Plantes aromatiques et médicinales : Thym, romarin, laurier sauce, hélichryse, fraises, persil, oseille pourpre.
- Fleurs compagnes : Soucis, capucines, œillets d’Inde : attirent les pollinisateurs et éloignent pucerons et nématodes.
Techniques de semis et repiquage
Pour les grosses graines (haricots, pois), les tubercules (pommes de terre, topinambours) et les jeunes plants (herbes aromatiques, tomates, céleris, laitues, choux), on procède de la façon suivante : Creusez avec votre main un petit trou jusqu’à la base de la couche supérieure (meuble) du paillage. Faites une fente ou percez le carton ou journal, avec un couteau. Faites un petit trou et remplissez-le avec deux poignées de terre. Plantez-y la graine, le tubercule, ou le jeune plant. Dans le cas des graines et des tubercules, replacez le paillage par-dessus. S’il s’agit de plants, tenez doucement les feuilles d’une main et replacez le paillage jusqu’à la base de la plante.
Pour les petites graines (radis, carottes), procédez ainsi : Repoussez le paillage et formez un sillon. Disposez-y une ligne de sable dans laquelle vous sèmerez les petites graines. Couvrez quelques jours avec une planche mince jusqu’à ce que les graines aient germé. (Une autre possibilité est de les faire germer au préalable, par exemple sur du papier mouillé). Enlevez ensuite la planche et replacez le paillage petit à petit, à mesure que les plantes se développent.

Entretien et Durabilité d'une Lasagne
Une lasagne permacole est quelque chose de vivant. Elle va naturellement évoluer au fil des années et se doit d’être un minimum durable. On peut compter dessus pour 3, 4, 5 ans et parfois davantage, suivant la situation, le type de sol sur lequel il repose, la nature du bois et la qualité de fabrication que vous lui accorderez. Sa durée de fonctionnement va concrètement être limitée par la tenue du bois qui le structure.
Affaissement et rechargement
Au fil des mois, les matières présentes dans la lasagne se décomposent et sont consommées par la vie du sol. La lasagne se tasse : rajoutez un peu de matière organique en surface, ou convertissez-la en butte classique. On veillera chaque automne à nourrir la lasagne de déchets végétaux équilibrés en azote et en carbone. À la fin du premier été, ajoutez un peu de paillage en surface pour conserver l’épaisseur, en un mélange de copeaux, d’écorce, d’aiguilles de pin et de foin. Saupoudrez également un peu de chaux ou de sang et d’os.
Arrosage et vie du sol
Entretenir un sol vivant signifie maintenir la microbiologie qui constitue la vie du sol. Les vers de terre ne sont pas les seuls à travailler ! Paradoxalement, du fait des températures, l’été constitue la période la plus propice à la vie du sol ! Afin de permettre ou même simplement maintenir cette activité, il vous faudra arroser. N’arrosez que lorsque c’est nécessaire, c’est-à-dire seulement si les plantes commencent à se faner. Vous pouvez aussi passer la main à travers le paillage : s’il est humide à la base, il n’y a pas besoin d’eau. Il vous faudra cependant arroser davantage au cours de la première année car la couche hygroscopique à la base du paillage est lente à se développer. Les jeunes plants récemment mis en terre ont également besoin de plus d’eau au départ, comme pour le jardinage classique.
Gestion des parasites et des animaux indésirables
La présence de rongeurs, de limaces peut être encouragée si on mulche sans faire attention à certains points. Nos amis les chats ont entre autres, un grand défaut : ils adorent profiter d’une terre meuble, délicate et fraîchement installée pour se soulager. Il existe des solutions naturelles pour se prémunir de leur instinct de crotteurs en herbe (ou plutôt en terreau). On peut opter pour un voile de forçage enduit d’huile essentielle de citronnelle. La citronnelle contient entre autres du géraniol, une substance dont ils détestent l’odeur. Attention toutefois, la citronnelle a un effet insecticide. Il conviendra donc de ne pas la pulvériser n’importe où n’importe comment ! Les insectes au jardin sont nos amis !
La sciure protège des limaces ; les lézards et les grenouilles protègent des cloportes et des perce-oreilles. Les poules dérangent le paillage mais les canards peuvent y être lâchés durant l’hiver, pour y nettoyer les limaces et les escargots.
Rotation des cultures et diversification
Avec le paillage en couches il n’est pas nécessaire d’effectuer des rotations, ou de laisser se reposer le sol. Les pommes de terre sont simplement placées au sommet de l’ancien paillage et recouvertes d’une nouvelle couche. Il n’y a pas plus besoin de sarcler ou de biner, et les plantes peuvent être placées beaucoup plus près les unes des autres, de préférence en mélange diversifié plutôt qu’en lignes strictes. À force de replanter souvent et en désordre, le jardin commencera à prendre l’allure d’une pâture mixte, assurant sa pleine santé et en étant protégé contre les parasites.
Les Buttes et Bacs de Culture en Permaculture
La lasagne est une des très nombreuses techniques de jardinage utilisées en permaculture mais ce n’est pas LA permaculture, qui est d’abord une méthode de conception de vos projets ou lieux. Il existe énormément de façons de cultiver, ainsi que de concevoir et réaliser (ou pas) une butte ou un bac en permaculture.
Le bac de culture
La culture en lasagne se transpose très bien pour la culture en pots ou jardinières. Choisissez un contenant assez profond pour permettre la superposition des couches et muni de trous de drainage pour évacuer l’eau. Ajoutez une couche de bille d’argile ou de petits cailloux. Disposez une couche de matériaux bruns puis une couche de matériaux verts. Répétez le processus, en terminant par une couche de terreau de bonne qualité ou de terre enrichie de compost. Laissez reposer pendant quelques semaines avant de planter. Cela donnera le temps aux matériaux de commencer à se décomposer en créant un sol riche et fertile.
Un bac de culture est plus ou moins l’équivalent d’une butte autofertile encadrée. Mon bac merveilleux est donc en résumé une simple variation d’une culture en butte permaculturelle, avec ses avantages… mais aussi ses inconvénients. C’est propre, c’est classe, ça fait tout de suite plus sérieux au jardin qu’une butte toute ratatinée au sol. L’esthétique a toujours eu son importance au jardin, parce qu’elle reflète l’idée.
Avantages des bacs de culture
- Esthétique : un bac aura bien plus de gueule quand il est droit que penché.
- Gain de temps sur l’entretien : Facile à entretenir.
- Indépendance du sol : La composition du bac est indépendante du sol du jardin, tout en entretenant des relations avec ce dernier (via les vers de terre notamment).
- Ergonomie : Les carrés hauts de 80 cm ou plus permettent de jardiner debout.
Inconvénients et considérations
- Coût et temps de réalisation : Contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, construire un bac de culture vous demandera un minimum d’investissement. Le coût de fabrication peut aller de 0 à une centaine d’euros, suivant la qualité que vous recherchez et les matériaux dont vous disposez déjà. Demande du temps et un tout petit peu de compétences de bricoleur pour sa réalisation.
- Choix des matériaux : Le bois est à privilégier par rapport au plastique. Dans une démarche de potager au naturel, on évitera les bois traités et lasurés. Malheureusement, le bois classique non traité aura tendance à pourrir au contact de la terre, impliquant un remplacement des structures au bout de quelques années. Il existe des essences de bois non traitées et naturellement imputrescibles, mais elles sont plus onéreuses. L’application d’huile de lin peut prolonger la durée de vie des carrés en bois non traité. Depuis quelques années, on voit de plus en plus de carrés potagers en métal (acier galvanisé, corten…).
- Forme et proportions : Un bac carré semble intuitivement le juste compromis : faces égales, le centre du carré sera moins sujet au dessèchement. Cependant, d’un point de vue ergonomique, il sera un peu plus compliqué d’y intervenir. Le carré potager représentait la norme à l’Époque Médiévale.
- Emplacement : Il faut regrouper les plantes par affinités avec le soleil : les plantes de mi-ombre entre elles (fraises, persil, oseille pourpre…) dans un bac, plantes adorant le soleil dans un autre (thym, romarin, laurier sauce, hélichryse…).
- Nivellement du terrain : Si votre terrain n'est pas parfaitement droit, il est possible de réajuster son inclinaison sans grandes peines en traçant des sillons de quelques centimètres dans la terre ou le gazon. Utilisez des guides comme des ficelles tendues vous aidera à vous en sortir facilement. Creusez avec une pioche, extrayez la terre des bons côtés et réajustez plusieurs fois jusqu’à la rectitude. L’autre avantage est d’éviter le ruissellement, rendant les pluies ainsi que l’arrosage irrégulier, les plantes en amont recevant moins d’eau qu’en aval, et cela même avec un paillage épais qui de base réduit ce phénomène.
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Les buttes en lasagne
La butte en lasagne est une butte autofertile. En fait, le sol des jardins en lasagnes est inspiré par les forêts de feuillus majoritaires, car le sol est un humus riche et vivant, qui se compose dans le temps. On le voit plus mais le principe est simple pour former l’humus, les feuilles tombent, sèchent, se décomposent année après année. On connait maintenant plus précisément le rôle des mycéliums et l’apport de richesse pour les sols qu’il constitue.
Les buttes rectangulaires et longues sont parfois privilégiées pour optimiser le travail. Il est généralement déconseillé de mettre des adventices pour nourrir la butte, car les graines de ces plantes sont souvent très résistantes et ont cette capacité à s’implanter partout malgré la concurrence d’autres plantes.
Comprendre la Permaculture et le Mulch en Couches
La permaculture, d’abord une méthode de conception de vos projets ou lieux, vise à obtenir un maximum de production de nourriture (calorie, qualité, quantité, etc.) en dépensant le moins d’énergie possible. Pour y arriver, il faut toujours se poser les bonnes questions en amont, définir ses objectifs et partir du bon pied ! Au niveau du sol, nous chercherons donc à le perturber le moins possible afin de préserver ses habitants (microfaune), conserver sa fertilité maximum, et surtout de l’aggrader.
Le Mulch
Le mulch est une « couverture de sol » qui remplit de nombreux rôles et peut se présenter sous plusieurs formes. Il y a deux types de mulch : ceux qui vont fertiliser le sol, et les autres (bâches plastiques, pierres…). On peut donc mulcher avec énormément de matériaux, tout dépendra des ressources facilement disponibles et des objectifs à atteindre. Le but étant bien sûr, d’utiliser uniquement des produits qui n’auront aucune incidence nocive dans votre jardin (être attentif à la terre). Avant toute intervention nous vous recommanderions toujours de tout faire pour en apprendre un maximum sur votre sol.
Attention à ne pas confondre la technique de mulch avec des appellations décrivant des techniques de mulch particulières ou des définitions floues. Exemples :
- Un « paillage » est un mulch réalisé uniquement avec de la paille.
- Un « paillis » est utilisé par certains pour dire « paillage », et d’autres pour parler des couvertures de sol en général (personnellement, nous vous déconseillons l’emploi de ce terme qui porte à confusion).
- Le « BRF » (bois raméal fragmenté) est une technique de mulch et de restauration des sols particulière, utilisant des rameaux de l’année broyées lors de la montée de sève.
Le Paillage en Couches ("Sheet Mulching")
Le paillage en couches (« sheet mulching » en anglais) consiste à couvrir le sol de différentes couches de matières organiques. C’est l’une des nombreuses techniques de permaculture.
Les gros avantages de cette imitation du fonctionnement naturel vont être nombreux. Tout d’abord, cette matière organique va être décomposée par la faune du sol et va se transformer en nutriments assimilables par les végétaux. En mulching, vous entretenez donc la fertilité de votre sol. Sous cette épaisse couche de matériaux, l’humidité du sol va être conservée, comme en forêt, ce qui va limiter, voir annuler les besoins en arrosage. La lumière n’arrivant pas sur un sol couvert, la levée des graines en dormance ne se fait pas, ou peu, ce qui limite énormément la pousse des plantes spontanées et la concurrence éventuelle de celle-ci avec vos plantations. Le sol étant couvert, il n’est pas soumis à la battante de la pluie, au vent, ce qui limite fortement sa compaction, et son érosion. Sous cette grosse couverture, le sol est aussi moins soumis aux températures extrêmes, ce qui le préserve. Au-delà des légumes, le mulch est une pratique extrêmement adaptée à la plantation des arbres fruitiers, tous les bienfaits listés ci-dessous vont leur profiter à plein.
La succession écologique
Le sol est un énorme réservoir de graines. Dès que celles-ci sont mises en lumière, elles éclosent pour prendre leur place, et commencer à mettre en œuvre la grande machine naturelle, nommée « succession écologique ». Chaque plante va construire une situation favorable pour celle qui suit, jusqu’à arriver à un stage relativement stable de l’écosystème que l’on nomme : climax ou climacique. Sous nos latitudes, ce stade est la forêt. En permaculture, nous imitons les systèmes naturels et nous allons donc « accélérer la succession naturelle » pour créer ce sol forestier avant l’heure.
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