Guide complet sur l'épandage de fumier : Réglementation, techniques et enjeux agronomiques

L'épandage de fumier est une pratique agricole ancestrale qui reste fondamentale pour la fertilisation des sols et l’amélioration des rendements. Cette technique, bien que simple en apparence, requiert une expertise pointue pour être réalisée efficacement tout en respectant l’environnement. Une maîtrise des techniques d’épandage, du matériel adapté et des conditions optimales est essentielle pour maximiser les bénéfices de cette ressource précieuse qu’est le fumier.

Schéma illustrant le cycle de l'azote entre l'épandage, le sol et la culture

Le cadre réglementaire et les Installations Classées (ICPE)

Vous avez la nécessité de faire un plan d’épandage dès lors que votre exploitation est soumise au titre des Installations Classées pour la Protection de l’environnement, ICPE. Le plan d’épandage vous est utile pour la saisie du cahier de fertilisation, autrement appelé cahier d’épandage. Le cahier de fertilisation correspond au remplissage des différentes interventions aux champs. Vous avez nécessité de le remplir au fur et à mesure.

A partir de la cartographie de votre exploitation, nous définissons l’ensemble des exclusions présentes sur votre parcellaire. Il peut s’agir de tiers, de cours d’eau, de puits, de fortes pentes, de zones humides… Les aptitudes de sols font également partis du plan d’épandage. En fonction des déjections épandues et du matériel d’épandage utilisé, la distance d’exclusion variera de 10 à 100m. Les épandeurs équipés de systèmes d’enfouisseurs vous permettent d’épandre à proximité des contraintes et vous permettent une meilleure valorisation des effluents.

La surface dite épandable de l’exploitation est donc définie à partir de ce plan d’épandage. Le bilan environnement est calculé à partir de cette surface épandable. A l’issue de ce diagnostic, il peut vous être conseillé d’exporter des déjections vers l’extérieur, auprès d’un tiers, ou bien d’importer de façon à valoriser plus de matières organiques sur votre parcellaire. Dans le cadre de ces imports - exports d’effluents d’élevage, des échanges paille - fumier peuvent être mises en place.

La Directive Nitrates et les programmes d'actions

La Directive Nitrates (directive européenne du 12/12/1991 et arrêté du 19/12/2011) a été mise en place pour lutter contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole. Elle concerne l'azote provenant, sous différentes formes, des effluents des structures agricoles. En France, la directive est transposée en un plan d’action national (PAN) que chaque région décline en un plan d’action régional (PAR), définissant les mesures de stockage et d’épandage des effluents.

Le nouvel arrêté de programme d’actions régional des Hauts-de-France a été signé par le préfet le 30 juillet 2024. Il vient compléter le programme d’actions national (PAN) publié en fin d’année 2023. L’ensemble constitue la nouvelle réglementation relative aux zones vulnérables et s’applique depuis le 01/08/2024 à tous les agriculteurs des Hauts-de-France. Certaines règles d’épandage ont notamment été modifiées.

La notion d’azote efficace est remplacée par l’azote potentiellement libéré jusqu’en sortie d’hiver (APLSH). Il s’agit en fait de la somme de l’azote présent dans un fertilisant azoté sous forme minéral et sous forme organique minéralisable jusqu’en sortie d’hiver. Ces coefficients seront précisés dans le référentiel régional pour l’équilibre de la fertilisation azotée qui est en cours d’actualisation.

Calculs des amendements et fertilisants (1er exemple)

Classification et gestion des effluents d'élevage

De nouvelles catégories de classification des effluents sont apparues. Un type 0 a été défini. Il regroupe les produits organiques avec une organisation nette à moyen terme de l’azote comme par exemple les boues de papeteries, les composts de déchets verts jeunes et ligneux… Le type I est divisé en deux sous-catégories : I a et I b selon la vitesse de minéralisation de l’azote. On retrouve dans ces catégories par exemple les fumiers (hors avicoles).

Le fumier de cheval est soumis à la réglementation relevant du Règlement Sanitaire Départemental (RSD) qui impose des prescriptions en matière d'hygiène et de salubrité. Ce règlement s'applique à tous les détenteurs d'équidés, amateurs comme professionnels. Issu d'un curage des boxes régulier, le fumier de cheval produit est généralement plutôt pailleux. Il est considéré par les instances règlementaires comme du fumier « très compact, non susceptible d’écoulement ».

Par leur accumulation, toutes les matières organiques fermentescibles comme le fumier peuvent être source de nuisances et de pollutions. Dans la filière équine, le RSD s'applique à toutes les structures (élevages, centres équestres, détenteurs d’équidés…), quel que soit le nombre d'équidés détenus. Il définit les distances minimales d’implantation des bâtiments et de stockage du fumier par rapport aux tiers ou à d'autres activités, les dispositions concernant l'entretien et le fonctionnement du logement des animaux, et les modes de stockage et d'évacuation des déjections.

Stockage et capacité des fumières

Les fumiers doivent OBLIGATOIREMENT être déposés sur "une aire étanche, munie d'un point bas permettant de collecter les liquides d'égouttage et eaux pluviales à l'aide de canalisations vers des installations de stockage étanches ou traitement des effluents" (fosse). La gestion et l'entretien des ouvrages de stockage doivent permettre de maîtriser tout écoulement dans le milieu, interdit par la réglementation.

La capacité de stockage est calculée en fonction du nombre et des catégories d’animaux. Ainsi la durée règlementaire de 2 mois de stockage s'applique aussi si on prouve que l'utilisation du fumier d'équin, au cours de l'année, sur des terres agricoles ou par des exports de fumier datés sur le calendrier, permet de gérer correctement l'effluent avec une capacité de fumière inférieure à 5 mois (réalisation d'un diagnostic par un conseiller agricole avec la méthode DeXeL).

Le diagnostic environnemental de l’exploitation d’élevage (DeXeL) détermine les facteurs potentiels de pollution de l’eau provenant des bâtiments, des équipements et des pratiques d’épandage des effluents. Contactez un conseiller « bâtiment » de Chambre d’Agriculture pour calculer la capacité nécessaire de la surface de stockage du fumier.

Pratiques de dépôt au champ

Le dépôt au champ du fumier directement sorti des écuries est interdit, quelque soit le lieu ou la zone. Une distance d'éloignement des habitations est établie à au moins 50m. Lors de la constitution du dépôt au champ, le fumier compact doit tenir naturellement en tas, sans produire d'écoulement latéral de jus. Le tas doit être constitué de façon continue pour disposer d'un produit homogène et limiter les infiltrations d'eau. Les mélanges avec des produits différents n'ayant pas ces caractéristiques sont interdits.

La durée de stockage ne dépasse pas 10 mois et le retour du stockage sur un même emplacement ne peut intervenir avant un délai de trois ans. Il doit être effectué sur prairie ou sur lit de matériaux absorbants (paille, copeaux…) ou sur une culture de plus de 2 mois avec couverture du tas du 15/11 au 15/01. Si l'épandage est effectué sur des terres labourables à moins de 100m des habitations, alors il devra être immédiatement suivi d'un labour (enfoui au plus tard le lendemain).

Illustration d'un stockage temporaire au champ conforme à la réglementation

Optimisation technique de l'épandage

La clé d’un épandage réussi réside dans la compréhension des propriétés du fumier et des besoins spécifiques des cultures. Un épandage uniforme est crucial pour assurer une distribution équitable des nutriments sur l’ensemble de la parcelle. Pour y parvenir, il est recommandé d’adopter un schéma d’épandage en bandes parallèles, en veillant à maintenir une vitesse constante et une largeur de travail adaptée au matériel utilisé.

Le choix du matériel d’épandage est crucial pour garantir une application précise et homogène du fumier. Les épandeurs à hérissons verticaux sont largement utilisés pour leur robustesse et leur capacité à traiter différents types de fumier. Les épandeurs à table d’épandage représentent une évolution technologique significative. Ils se distinguent par leur capacité à offrir une répartition plus précise et uniforme du fumier.

Le DPAE, ou Débit Proportionnel à l’Avancement, est une technologie qui révolutionne la précision de l’épandage. Ce système ajuste automatiquement le débit de fumier en fonction de la vitesse d

tags: #epandage #de #fumier #avec #des #class