L'évacuation du fumier de cheval représente un défi majeur pour de nombreux élevages et centres équestres. En effet, la demande des champignonnières est en forte baisse et les agriculteurs voisins sont souvent peu intéressés par des fumiers qui sont fréquemment trop pailleux. Par ailleurs, les surfaces épandables de ces élevages sont souvent restreintes, et un fumier de cheval très pailleux est un produit peu adapté à l’épandage sur prairies. Face à cette problématique, et constatant que les éleveurs de chevaux se débarrassaient de leur fumier pour ensuite acheter des engrais afin de fertiliser leurs prairies, une étude approfondie a été menée sur le compostage du fumier de cheval. Ce dossier explore les enjeux, les techniques et les bénéfices de la valorisation du fumier équin, de sa composition à son application, en passant par les aspects réglementaires et économiques.

1. Le Fumier de Cheval : Une Ressource Organique aux Multiples Enjeux
1.1. Un Problème d’Évacuation et de Valorisation Crucial
Écouler son fumier de cheval est un problème constant pour de nombreux professionnels du secteur équin. La gestion du fumier est devenue une réelle contrainte pour l’ensemble des structures qui hébergent des chevaux. La réduction et la restructuration de l’activité des champignonnières ont notamment entraîné une diminution des débouchés possibles. Cette situation conduit de nombreux professionnels à supporter un coût non négligeable pour l’enlèvement de leur fumier. Ayant constaté cette difficulté, les Haras nationaux, en partenariat avec la Chambre d’agriculture de l’Orne, ont mené une étude sur le compostage du fumier de cheval. Cette constatation a amené les différentes organisations de la filière équine à engager un projet global commun sur le sujet. L’enjeu étant transversal, des entités comme la FIVAL (Fédération Interprofessionnelles du cheVAL de sport, de loisir et de travail), France Galop et la SECF (Société d’Encouragement à l’élevage du Cheval Français) se sont unies pour donner naissance à un programme d’action portant sur la valorisation du fumier. Le Pôle de compétitivité Filière équine a été chargé d’assurer la coordination de ce programme, soutenu par le fond Eperon et l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) comme principaux organismes financeurs. Ce programme a pour objectif d’adapter des techniques pertinentes à la valorisation agronomique ou énergétique du fumier de cheval, incluant l’épandage direct, le compostage, la combustion et la méthanisation.
1.2. Composition, Quantité et Nature du Fumier Équin
Le fumier de cheval est un mélange complexe, composé de crottin, d’urine et de litière végétale. Cette litière, essentielle pour le confort des animaux et leur propreté, peut être constituée de paille, de copeaux de bois ou d’autres matières végétales. La composition du fumier est influencée par divers facteurs, notamment l’espèce animale, son état de santé et les aliments qu’elle consomme. Les quantités de fumier peuvent s’accumuler rapidement ; selon l’Université d’État du Michigan, un cheval de 450 kg produit environ 22 kg de matières fécales et d’urine par jour, ce qui correspond à un volume impressionnant de 680 kg par mois.
Traditionnellement utilisé pour amender et améliorer le sol, le fumier est un apport particulièrement intéressant. Bien que riche en éléments fertilisants, il ne s’utilise pas comme engrais au sens strict, mais plutôt comme amendement, améliorant les propriétés physiques et biologiques du sol. Le fumier de cheval, constitué de déjections animales et de litière végétale, est riche en oligo-éléments et minéraux, ainsi qu’en carbone, ce dernier étant le composant principal de l’humus. Il s'agit d'un amendement complet qui apporte des éléments essentiels comme l’azote, le phosphore et la potasse. Néanmoins, leur libération se fait lentement, au rythme de la minéralisation. Il contient également du calcium et du magnésium, qui jouent un rôle dans l’équilibre du sol et la croissance des plantes. Le fumier de cheval est une bénédiction pour votre sol. Riche, structurant et facile à trouver, il booste la fertilité de votre potager sans produit chimique.
Bien qu'il soit une ressource précieuse, le fumier de cheval est peu concentré en minéraux essentiels, contenant par exemple seulement 0,6 % d’azote, alors qu’un engrais chimique peut en contenir jusqu’à 33 %. Cette faible concentration s'explique par sa teneur élevée en carbone. C’est précisément ce carbone qui va améliorer la texture du sol, sa structure, le rendre plus meuble, léger et poreux. Il stimule également la vie du sol, puisque les vers de terre, les champignons et les bactéries se nourrissent volontiers des matières organiques qu’il apporte, les décomposant en molécules complexes carbonées pour les transformer à terme en minéraux essentiels. Une faible concentration en minéraux ouvre la porte à apporter de grandes quantités, ce qui, malgré l'effort de manutention, est très bénéfique pour le sol.
1.3. L'Importance du Rapport Carbone/Azote (C/N)
Un des paramètres essentiels à connaître concernant le fumier est le rapport carbone/azote, communément appelé C/N. Ce ratio est crucial pour comprendre le comportement du fumier dans le sol. Avec de la paille, ce rapport est assez équilibré, se situant autour de 27 à 30. Cependant, avec des copeaux de bois comme litière, ce rapport peut grimper significativement, atteignant parfois jusqu’à 60. L’importance de ce ratio réside dans le fait qu’un fumier trop riche en carbone peut temporairement bloquer l’azote du sol. Les micro-organismes, nécessaires à la dégradation de la matière organique, puisent alors l’azote disponible dans le sol pour leur propre développement, au détriment des plantes cultivées.

Ainsi, si le compost est fabriqué à partir de matériaux ayant un rapport C/N élevé, la disponibilité de l’azote devrait être faible. Pour optimiser cette disponibilité et éviter un phénomène de "faim d'azote" pour les cultures, il faut que le compostage soit assez long, permettant au rapport C/N de diminuer et d'atteindre un équilibre favorable à la libération progressive des nutriments.
2. Le Compostage : Processus, Bénéfices et Réalisation
2.1. Principe et Intérêts du Compostage Équin
Le compostage est une méthode de valorisation qui consiste à aérer de la matière organique contenant un peu d’eau et d’azote pour en accélérer l’évolution. La dégradation est réalisée par des micro-organismes, permettant d’obtenir un produit plus stable et hygiénisé. Les Haras nationaux, en partenariat avec la Chambre d’agriculture de l’Orne, ont mené une étude sur le compostage du fumier de cheval, incluant des essais de compostage de différents produits tels que les fumiers pailleux de boxes, les fumiers de stabulations, et des mélanges avec des fumiers de bovins ou des tontes de pelouse, depuis 2004. Les produits obtenus ont ensuite été réutilisés sur les prairies du Haras.
Les intérêts du compostage sont multiples : il permet de réduire le volume de fumier de 50 %, facilitant ainsi grandement l’épandage. De plus, il hygiénise le fumier par la montée en température, assurant la destruction des parasites et des graines d’adventices. Le compostage vise également à stabiliser le fumier, ce qui limite le lessivage des nutriments après épandage, et à le désodoriser, rendant sa manipulation plus agréable. En outre, le carbone présent dans le compost améliore la texture et la structure du sol, le rendant plus meuble, léger et poreux. Il sollicite la vie biologique qui se nourrit et décompose les molécules complexes carbonées, les transformant à terme en minéraux essentiels.
Compostage de fumier équin dans un haras de pur sang
2.2. L'Hygiénisation du Fumier par la Phase Thermophile
L'un des avantages majeurs du compostage est l'hygiénisation du fumier, rendue possible par une phase thermophile intense. Au cours de cette phase, la température au sein du tas s’élève au-dessus de 50 °C. C’est cette élévation de température qui va permettre la destruction des graines d’adventices, des virus, des bactéries et des parasites potentiellement présents dans le fumier. Pour qu'une hygiénisation soit considérée comme satisfaisante, le maintien de la température au-dessus de 50 °C pendant six semaines est nécessaire, comme le soulignent Bigot, Bourneau et Legeas en 1997. Une autre source indique que pour réduire les risques sanitaires, le fumier doit atteindre au moins 55 °C pendant 3 jours lors du compostage. Les résidus médicamenteux, qui peuvent être présents dans le crottin des chevaux traités, sont également éliminés via la phase de compostage, ce qui représente une sécurité supplémentaire pour les sols et les cultures.
Les essais réalisés à la Jumenterie n’ont jusqu’ici pas permis de mettre en évidence la destruction de l’ensemble des parasites, car les fumiers à composter en étaient indemnes. L’étude se poursuit donc, avec des essais en laboratoire, pour reproduire les conditions du processus de compostage et vérifier la destruction spécifique de Rhodococcus et des principaux parasites du cheval.
2.3. Les Caractéristiques du Fumier Idéal pour le Compostage
Tous les fumiers de cheval ne se valent pas pour le compostage. Les essais réalisés à la Jumenterie ont montré qu’un fumier pailleux de boxes, par exemple, ne se composte pas de manière optimale. Le fumier idéal pour un compostage efficace est un fumier de stabulation, riche en matière organique, présentant un rapport Carbone/Azote (C/N) équilibré entre 25 et 30, et une teneur en matière sèche (MS) de 35 à 45 %.
Un indicateur simple pour vérifier le taux d’humidité d’un fumier est le « test à la main » : il suffit de prendre une poignée de fumier et de la serrer. L’eau ne doit pas couler, et en desserrant la main, le fumier doit conserver sa structure. Si le fumier est trop pailleux ou déséquilibré, il peut nécessiter des ajustements. Par exemple, un fumier pailleux nécessite d’être mélangé avec un fumier de bovin bien fait pour pouvoir être composté correctement. Il est à noter que le fumier, comme tout effluent d’élevage, est strictement encadré par la réglementation, ce qui inclut les conditions de son traitement.
2.4. Étapes Clés de la Réalisation du Compost
La production d'un compost de qualité ne se limite pas à laisser vieillir le fumier en tas. Un processus actif est nécessaire. Pour la réalisation d’un compost efficace, deux retournements du tas à 6-7 semaines d’intervalle sont nécessaires. Ces retournements, qui peuvent être effectués à l’aide d’un épandeur ou d’une composteuse disponibles auprès d’une Cuma, sont cruciaux. Le compostage a lieu au champ après disposition du fumier en andain. Les retournements aèrent le tas et relancent le processus de compostage. En faisant monter la température au sein du tas, ils permettront l’hygiénisation du compost.
Pour bien composter, il est recommandé de former un andain en empilant le fumier en tas aéré, de préférence en extérieur. Il est primordial de contrôler l’humidité : le compost doit être humide comme une éponge essorée. S’il est trop sec, il faut l’arroser. Par la suite, il faudra le recouvrir pour éviter toute déperdition d’azote par volatilisation. Une autre phase importante est de le brasser et de l’aérer tous les 15 jours, afin d’harmoniser sa décomposition et de l’oxygéner. Un fumier bien composté ne sent plus l’urine ni l’ammoniac. Il devient sombre, grumeleux, facile à manipuler à la main, et ne contient plus de morceaux reconnaissables de paille ou de crottin. Le fumier de cheval est un fumier qui chauffe vite, d’où son attrait pour réaliser des couches chaudes, composées d’une alternance de fumier frais et de paille ou de foin.
3. Utilisation et Valeur Fertilisante du Fumier de Cheval pour les Sols Agricoles
3.1. La Valeur Fertilisante du Compost de Cheval
Le compost de cheval représente un apport agronomique de grande valeur. Les pâturages utilisés par les chevaux présentent souvent des déficits en phosphore et potassium. L’apport de compost permet d’éviter un appauvrissement préjudiciable à la production d’herbe. Un épandage de 10 à 15 tonnes de compost par hectare apporte environ 37 à 55 unités/hectare de phosphore et 79 à 118 unités/hectare de potasse, rendant ainsi inutiles les apports d’engrais minéraux.
L’azote présent dans le compost n’est pas disponible au moment de l’épandage. Une étape de minéralisation est nécessaire pour le rendre assimilable par les plantes. Cette minéralisation nécessite de l’eau et de la chaleur, tout comme la pousse de l’herbe elle-même. Ainsi, la libération de l’azote intervient simultanément à la pousse de l’herbe, ce qui limite les pertes par lessivage. Cette libération se fait progressivement, sur quatre années environ, un phénomène que l'on nomme “l’arrière effet”. Pour une meilleure minéralisation au printemps, un épandage d’automne est préférable. Un apport annuel est préconisé, même à doses plus faibles, pour maintenir la fertilité du sol.

Pour les composts, les pertes par volatilisation de l’ammoniac (NH3) lors de l’épandage sont pratiquement nulles, contrairement au fumier frais. Cependant, selon le guide de référence en fertilisation du CRAAQ (2013), le coefficient d’efficacité (CE) des composts varie entre 0 et 0,25, et un compost ayant une teneur en azote inférieure à 0,8 % risquerait d'immobiliser l’azote du sol. La disponibilité de l’azote est en fait très variable ; elle dépend de la nature des matériaux contenus dans le mélange initial, de la durée et de la qualité du compostage. Une étude réalisée au Québec (Robitaille et al., 1996) a montré que la disponibilité de l’azote de quatre composts testés au champ a varié de 0 % à 40 %. L’expérience vécue sur le terrain indique qu’en général, de l’azote est libéré à la suite de l’épandage d’un compost, mais qu’il est difficile d’en prévoir la quantité exacte. Contrairement aux fumiers, où une partie de l’azote est rapidement disponible pour les plantes quelles que soient les conditions, la minéralisation de l’azote des composts est très dépendante des conditions climatiques et du sol. Par ailleurs, pour les composts, le rapport C/N n’est pas toujours un bon indicateur de la disponibilité en azote.
3.2. L'Impact sur la Structure et la Vie Biologique du Sol
Le fumier de cheval agit d’abord comme un excellent amendement organique, apportant de multiples bienfaits au sol. Sur les terres argileuses, il allège la structure, favorise l’aération et limite la formation de croûtes de battance. En parallèle, le fumier de cheval participe à stimuler la vie du sol, puisque les vers de terre, les champignons et les bactéries se nourrissent volontiers des matières organiques qu’il apporte. Le compost de fumier de cheval agit comme un véritable booster biologique. Les éléments nutritifs qu'il contient sont présents sous forme organique et se libèrent lentement, ce qui permet d’éviter les excès, les brûlures des plantes et le lessivage des nutriments.
La capacité des racines à absorber les éléments nutritifs est fortement dépendante de l’état du sol. Alors que dans un sol en bon état et bien structuré les racines peuvent explorer un grand volume de sol, dans un sol compact, ce volume est beaucoup plus faible. Pour que l’azote organique devienne disponible aux plantes, il faut que le sol ait une bonne activité biologique afin de favoriser la minéralisation de l’azote. Le sol doit donc être bien aéré, ce qui implique une bonne structure et un bon drainage. Les sols mal drainés sont souvent compacts, car les passages de machineries et les travaux de préparation se font fréquemment en conditions humides. Il est important de noter que les sables se compactent très facilement, aussi facilement que l’argile, ce qui peut créer des problèmes même avec des tracteurs légers.
Les amendements organiques doivent être dans un milieu aérobique pour se minéraliser et nourrir les plantes. Le travail de sol moyennement profond (15-20 cm) est important à la fois pour ameublir le sol et pour répartir les amendements dans une couche de sol d’une épaisseur suffisante et favoriser leur minéralisation. La minéralisation de l’azote est plus lente en conditions froides, d'où l'intérêt de fournir aux plantes une source d'azote facilement disponible tôt au printemps. D’autre part, si le sol est trop sec, la minéralisation est fortement ralentie ; l’irrigation joue alors un rôle important pour pallier ce problème. Des indices comme l’ISB (indice de stabilité biologique) et l’ISMO (indice de stabilité des matières organiques) permettent de connaître le potentiel humigène et de minéralisation de l’azote organique.
3.3. Doses d'Épandage et Périodes Recommandées
La dose de fumier à utiliser dépend fortement de son état de décomposition et du type de culture. Pour le compost, la dose recommandée se situe entre 10 et 15 tonnes par hectare pour une pousse optimale de l'herbe. Une dose plus importante, au-delà de 20-25 tonnes par hectare, aura peu d’effets supplémentaires sur la pousse de l’herbe et risque de poser un problème d’appétence, surtout en cas d'apport tardif au printemps. Un apport annuel est préconisé, même à des doses plus faibles, pour maintenir la fertilité du sol. L’épandage se fait généralement à raison de 100 jusqu’à 300 kg de fumier pour 100 m², ce qui correspond à 10 à 30 tonnes par hectare.
Pour le fumier frais, comptez 2 à 3 kg par m², soit environ 20 à 30 tonnes à l’hectare. Ce type de fumier ne doit cependant jamais être utilisé juste avant une plantation. En revanche, pour le fumier composté, 1 à 2 kg par m² suffisent pour enrichir le sol avant les plantations de printemps. Le fumier déshydraté, étant plus concentré, nécessite souvent seulement 0,5 à 1 kg par m², ou quelques poignées autour de chaque plant. Pour les cultures en pots ou en bacs, où le volume de terre est limité, il est préférable de réduire les quantités, une petite poignée mélangée au terreau ou un surfaçage léger étant amplement suffisants.

Le timing de l'épandage est également crucial. L’automne est le bon moment pour le fumier frais ou demi-mûr, qui peut être épandu sur les parcelles libérées après récolte. En fin d’hiver ou début de printemps, il est préférable d’utiliser du compost mûr et bien décomposé. En été, le fumier composté peut servir de paillage nourrissant, étalé en une couche de 3 à 5 cm autour des tomates, courgettes ou poivrons. Évitez en revanche tout apport massif juste avant les semis de légumes racines à croissance rapide comme le radis ou les carottes, car un excès d’azote favoriserait le développement du feuillage au détriment de la partie comestible. Il est conseillé d'incorporer légèrement le fumier sur les premiers centimètres, plus encore s’il est frais, pour éviter la déperdition d'azote. L'épandage de fumier/compost peut être réalisé toute l'année, même sur des sols pris par le gel, en particulier pour le fumier de cheval considéré comme un fumier compact pailleux de type I. Pour profiter d’une valeur fertilisante la plus haute possible, il faut minimiser les pertes dans l’environnement.
3.4. Précautions et Limitations d'Usage
Le fumier de cheval est une ressource puissante, mais il ne s’utilise pas à la légère. Mal utilisé, il peut brûler vos plantes ou déséquilibrer le sol. Un fumier frais, par exemple, ne doit jamais être utilisé directement au pied des cultures. Mal géré, il peut nuire aux plantes, déséquilibrer le sol ou même contaminer vos cultures. L'utilisation de fumier sans compostage peut faire plus de mal que de bien, notamment parce qu’il contient de l’ammoniac, très concentré juste après la collecte. Un fumier trop riche en azote peut également provoquer ce qu’on appelle une faim d’azote.
Un autre souci potentiel est la présence de parasites (strongles) ou de bactéries pathogènes comme E. coli, ainsi que de résidus de vermifuges ou d'herbicides parfois présents dans le crottin. Si vous ne connaissez pas la provenance exacte du fumier, il est recommandé de faire un bio-essai simple en semant quelques graines de pois ou de haricots dans un mélange contenant le fumier.
De plus, si votre sol est déjà noir, souple et riche en humus, ajouter du fumier peut être superflu, voire contre-productif. De même, sur un sol lourd et argileux, un fumier mal décomposé risque d’amplifier le phénomène de compaction. Toutes les plantes ne tolèrent pas bien les sols enrichis en matière organique. Les légumes-racines comme les carottes, les navets ou les radis réagissent mal à un excès de fertilité et préfèrent un sol léger et peu enrichi.
Compostage de fumier équin dans un haras de pur sang
4. Cadre Réglementaire et Aspects Économiques de la Gestion du Fumier Équin
4.1. La Réglementation Locale : Le Règlement Sanitaire Départemental (RSD)
La gestion du fumier de cheval est strictement encadrée par la réglementation, notamment par le Règlement Sanitaire Départemental (RSD) qui impose des prescriptions en matière d'hygiène et de salubrité. Ce règlement s'applique à tous les détenteurs d'équidés, qu'ils soient amateurs ou professionnels, quel que soit le nombre d'animaux. Il définit des règles précises, telles que les distances minimales d’implantation des bâtiments et de stockage du fumier par rapport aux tiers ou à d'autres activités, les dispositions concernant l'entretien et le fonctionnement du logement des animaux, ainsi que les modes de stockage et d'évacuation des déjections. Ce document est consultable en mairie, et il est essentiel de s'y référer avant toute conception ou aménagement.
Le fumier de cheval produit, issu d'un curage régulier des boxes, est généralement plutôt pailleux. Il est considéré par les instances réglementaires comme du fumier « très compact, non susceptible d’écoulement ». Pour les élevages de chevaux dont la production de compost est inférieure à une tonne par jour, la règle en vigueur est spécifiquement celle du Règlement Sanitaire Départemental. Pour ces exploitations, le fumier ayant séjourné plus de deux mois sous les animaux peut être stocké puis composté au champ, sous certaines conditions.
4.2. La Directive Nitrates et les Zones Vulnérables
Outre le RSD, la Directive Nitrates (directive européenne du 12/12/1991 et arrêté du 19/12/2011) a été mise en place pour lutter contre la pollution des eaux par les nitrates d'origine agricole. Cette directive concerne l'azote provenant, sous différentes formes, des effluents des structures agricoles. En France, elle est transposée en un plan d’action national (PAN) que chaque région décline en un plan d’action régional (PAR), définissant les mesures de stockage et d’épandage des effluents.
Selon les bassins hydrographiques, des zones dites « vulnérables » sont définies, et des mesures spécifiques y sont alors mises en place, telles que la maîtrise de la fertilisation azotée, la gestion de l'interculture, et la mise en place de bandes enherbées le long des cours d'eau. Les zonages et les PAR font l’objet d’une révision tous les quatre ans. Les prescriptions de la Directive Nitrates s'appliquent à tout élevage ou structure détenant des équidés situé en zone vulnérable. Il est stipulé que « tous les animaux et toutes les terres de l'exploitation, qu'ils soient situés ou non en zone vulnérable, sont pris en compte » (arrêté du 19/12/2011 relatif au programme d'action national). Lorsqu’une exploitation équine est située sur un bassin en zone vulnérable, la Directive Nitrates vient s’ajouter au RSD. La quantité d'azote organique issue des effluents que l'exploitant peut épandre est plafonnée à 170 kg d'N/ha.
Pour les composts, les pertes par volatilisation de l’ammoniac (NH3) lors de l’épandage sont pratiquement nulles. Selon le guide de référence en fertilisation du CRAAQ (2013), le coefficient d’efficacité (CE) des composts varie entre 0 et 0,25. Un compost ayant une teneur en azote inférieure à 0,8 % immobiliserait l’azote du sol. La disponibilité de l’azote est très variable, fonction de la nature des matériaux initiaux, de la durée et de la qualité du compostage. Contrairement aux fumiers, le rapport C/N n’est pas toujours un bon indicateur de la disponibilité en azote pour les composts.
4.3. Exigences de Stockage et Dépôt au Champ
Les exigences en matière de stockage du fumier sont primordiales pour limiter l'impact environnemental. Les fumiers doivent OBLIGATOIREMENT être déposés sur "une aire étanche, munie d'un point bas permettant de collecter les liquides d'égouttage et eaux pluviales à l'aide de canalisations vers des installations de stockage étanches ou traitement des effluents" (fosse). La gestion et l'entretien des ouvrages de stockage doivent permettre de maîtriser tout écoulement dans le milieu, car il est interdit par la réglementation. De même, toutes les eaux de nettoyage nécessaires à l'entretien des bâtiments et des annexes, ainsi que les eaux susceptibles de ruisseler sur les aires bétonnées, sont collectées par un réseau étanche et dirigées vers les installations de stockage ou de traitement des eaux résiduaires ou des effluents, de sorte qu'aucun écoulement ne se produise dans le milieu naturel (référence RSD Article 155-2).
La capacité de stockage nécessaire est calculée en fonction du nombre et des catégories d’animaux. La durée réglementaire de deux mois de stockage s'applique également si l'on prouve que l'utilisation du fumier d'équin, au cours de l'année, sur des terres agricoles ou par des exports de fumier datés sur le calendrier, permet de gérer correctement l'effluent avec une capacité de fumière inférieure à cinq mois. Cette preuve passe par la réalisation d'un diagnostic par un conseiller agricole avec la méthode DeXeL. Les calculs de la capacité de stockage sont établis avec la méthode de diagnostic DeXeL, mise en œuvre et actualisée par l’Institut de l’Elevage (Idele) et reconnue par les ministères de l’Écologie et de l’Agriculture, ainsi que par les Agences de l’eau. Le diagnostic, qui détermine les facteurs potentiels de pollution de l’eau provenant des bâtiments, des équipements et des pratiques d’épandage des effluents, est établi par un agent technique agréé. Il est recommandé de contacter un conseiller « bâtiment » de la Chambre d’Agriculture pour calculer la capacité nécessaire de la surface de stockage du fumier. L’amas de fumier doit être situé minimalement à 30 mètres d’un puits d’approvisionnement en eau sur sa propriété ou à 100 mètres de celui d’un voisin. Le type de sol influence également le choix du site d’entreposage, car il faut limiter les risques de contamination des eaux souterraines. Les sols sableux, par exemple, ont une perméabilité rapide et une faible capacité de rétention, favorisant le lessivage, tandis que les sols limoneux ou argileux ont une perméabilité plus lente et une meilleure capacité de rétention des nitrates.
Le dépôt au champ du fumier directement sorti des écuries est interdit, quel que soit le lieu ou la zone. Une distance d'éloignement des habitations d'au moins 50 mètres est établie pour le dépôt au champ. Il est impératif de se renseigner auprès de sa mairie et dans le RSD sur l'autorisation de dépôt au champ. Lors de la constitution du dépôt au champ, le fumier compact doit tenir naturellement en tas, sans produire d'écoulement latéral de jus. Le tas doit être constitué de façon continue pour disposer d'un produit homogène et limiter les infiltrations d'eau. Les mélanges avec des produits différents n'ayant pas ces caractéristiques sont interdits. Le volume du dépôt doit être adapté à la fertilisation des parcelles réceptrices. La durée de stockage ne doit pas dépasser 10 mois, et le retour du stockage sur un même emplacement ne peut intervenir avant un délai de trois ans. Le dépôt est autorisé sur prairie ou sur lit de matériaux absorbants (paille, copeaux…), ou sur une culture de plus de deux mois avec couverture du tas du 15 novembre au 15 janvier. Si l'épandage est effectué sur des terres labourables à moins de 100 mètres des habitations, il devra être immédiatement suivi d'un labour, l'enfouissement devant avoir lieu au plus tard le lendemain. Le fumier de cheval étant considéré comme un fumier compact pailleux de type I (rapport C/N > 8), il n'y a généralement pas de période d'interdiction d'épandage et le dépôt temporaire au champ est autorisé. Il est permis de procéder à l’épandage de matières fertilisantes du 1er avril au 1er octobre inclusivement.
4.4. Aspects Économiques de la Gestion du Fumier
Le coût de production du compost va dépendre de l’équipement initial de l’exploitation. En effet, une exploitation qui ne dispose pas d’un chargeur, d’une remorque et d’un épandeur devra faire appel à une entreprise pour l’ensemble de ces travaux. Le retournement des tas par une composteuse revient, par exemple, à 1,25 € par tonne de fumier. Il faut compter 16 secondes par tonne (10 secondes pour le premier passage et 6 secondes pour le second) pour deux retournements. L’épandage par entreprise peut coûter entre 0,91 € et 2,50 € par tonne selon l’équipement dont dispose l’éleveur. Au final, une tonne de compost épandue aura coûté entre 3,40 € et 5 €, hors évacuation des boxes et de la stabulation.
Ces coûts sont à mettre en perspective avec la valeur fertilisante du compost. Compte tenu du coût actuel des engrais, la valeur fertilisante d’une tonne de compost s’élève à environ 24 €. Ainsi, même si l'on ne dispose pas de matériel spécifique, composter son fumier reste plus économique qu’acheter des engrais, bien que cela demande plus de temps et d'organisation.
Pour ceux qui n'ont pas de ferme à proximité ou d’écurie, il est tout à fait possible de se procurer du fumier de cheval déjà composté et prêt à l’emploi dans des enseignes spécialisées. Dans ces sacs, le fumier est souvent complété d’engrais naturels, tels que des algues marines, pour lui conférer plus de richesses. Ceci répond à la demande des acheteurs qui souhaitent avoir un produit plus concentré en minéraux essentiels. Il est également possible de trouver du fumier de cheval dans les centres équestres, qui est souvent un bon moyen de récupérer du paillage gratuitement avec les litières. Cependant, il faut être vigilant car le compostage peut y être non optimal, sans bâchage, ce qui peut entraîner une déperdition d’azote par volatilisation ou un lessivage des minéraux par excès de pluie.