Guide technique sur la gestion des traitements et la protection de l'opérateur en culture d'orge

La culture de l'orge, qu'il s'agisse de variétés d'hiver ou d'orge de printemps semée à l'automne (OPsa), exige une maîtrise rigoureuse des itinéraires techniques. Cette gestion repose sur un équilibre subtil entre la protection des cultures contre les pathogènes, la maîtrise des adventices et le respect strict des normes de sécurité pour les opérateurs manipulant des produits phytosanitaires.

Schéma illustrant le cycle de développement de l'orge de printemps et les périodes critiques d'intervention

Dynamique agronomique et enjeux sanitaires des orges

Les 10 dernières années ont été marquées par des hiver plutôt doux avec un risque de gel des OPsa environ 2 années sur 10 en Champagne et 4 années sur 10 en Barrois. Le réchauffement climatique engendre des hivers de plus en plus doux mais également des extrêmes plus forts. Des températures en dessous de -4°C lors de la montaison peuvent provoquer un gel des jeunes épis dans les tiges. Ce type de gel est rarement généralisé à toutes les plantes dans une parcelle. A titre d’illustration, deux essais ont été implantées début octobre 2019 en orge d’hiver et OPsa avec un suivi des stades.

Sur le plan agronomique, la différence de rendement entre les parcelles traitées et non traitées fongicides est de 5,6 q/ha pour KWS Faro ; Elle est comprise entre 10 et 20 q/ha (moyenne 15 q/ha) pour les OPsa. Certes RGT Planet, Fandaga et Lauréate semblent moins sensibles aux maladies que la majorité des orges d’hiver semées début octobre, mais la vigilance sera de mise vis-à-vis d’attaques précoces de rhynchosporiose en sortie d’hiver, dès la mi-février. Il est possible dans ces cas de recourir à un traitement de semences (SYSTIVA - BASF) qui permettra soit d’alléger la protection contre les maladies (2 traitements à la place de 3 prévus par exemple) ou bien de mieux gérer les maladies au printemps en 2 traitements. A noter : les notes de tolérances aux maladies indiquées dans les catalogues sont des notes réalisées sur orge de printemps en semis de printemps. L’exposition accrue aux maladies en semis d’automne dégrade les notes « officielles ».

Les OPsa ne seront pas indemnes de graminées adventices. Certes les semis de début novembre permettront de limiter la pression, mais il sera probablement nécessaire d’intervenir. Les produits racinaires d’automne autorisés sur les orges d’hiver le sont également sur OPsa. Dans le cadre du cahier des charges brassicole, il conviendra de se référer aux listes des produits autorisés définies par l’IFBM/Malteurs et brasseurs de France. Pour des questions de sélectivité, on évitera les mélanges avec trop de matières actives. A noter que les OPsa ne permettent pas de mettre en place l’alternance de culture d’automne/printemps, levier très efficace dans la lutte contre les graminées à moyen terme. Les OPsa sont sensibles aux deux pathotypes du virus de la mosaïque jaune. Il faudra donc éviter les parcelles où ces deux virus sont présents.

Protocoles de sécurité pour la manipulation des produits phytosanitaires

La manipulation des produits phytosanitaires, que ce soit pour le traitement de semences ou l'application foliaire, requiert l'application stricte d'équipements de protection individuelle (EPI) et de procédures de sécurité. Ces mesures visent à minimiser l'exposition de l'opérateur aux substances actives telles que le 2,4-D ou la spiroxamine.

Protection lors du traitement de semences et chargement

Pour protéger l'opérateur lors du traitement de semences et de la calibration, il est impératif de porter :

  • Gants certifiés EN 374-3 ;
  • Lunettes de sécurité conforme à la réglementation et selon la norme EN 166 ;
  • Bottes de protection conforme à la réglementation et selon la norme EN 13 832-3 ;
  • Vêtement de travail polyester/coton 65 %/35 % (combinaison ou ensemble veste + pantalon) ;
  • Combinaison catégorie III - type 5/6 ou blouse ou tablier à manches longues de catégorie III type 3 (PB) ;
  • Protection respiratoire certifiée minimum P2, si nécessaire.

Lors de l'ensachage, les exigences sont les suivantes :

  • Gants certifiés EN 374-3, si nécessaire ;
  • Vêtement de travail polyester/coton 65 %/35 % (combinaison ou ensemble veste + pantalon) ;
  • Protection respiratoire certifiée minimum P2 et lunettes de protection certifiées (si le poste d'ensachage n'est pas équipé d'un système d'extraction des poussières).

Pour le semeur, lors du chargement du semoir :

  • Gants certifiés EN 374-3 ;
  • Vêtement de travail polyester/coton 65 %/35 % (combinaison ou ensemble veste + pantalon) ;
  • Protection respiratoire certifiée P2 minimum ;
  • Lunettes de sécurité conforme à la réglementation et selon la norme EN 166 ;
  • Bottes de protection conforme à la réglementation et selon la norme EN 13 832-3 ;
  • Blouse ou tablier à manches longues de catégorie III type 3 (PB) porté sur le vêtement de travail pendant la phase de chargement.

Infographie détaillant les EPI nécessaires pour la manipulation des semences traitées

Protection lors de l'utilisation de pulvérisateurs à rampe

Dans le cadre d'une application effectuée à l'aide d'un pulvérisateur à rampe, les mesures de sécurité se divisent en deux phases principales : le mélange/chargement et l'application.

Pendant le mélange/chargement (pour les produits contenant du 2,4-D) :

  • Gants en nitrile certifiés NF EN ISO 374-1/A1 et NF EN 16523-1+A1 (type A) ;
  • EPI vestimentaire conforme à la norme NF EN ISO 27065/A1 ;
  • EPI partiel (blouse ou tablier à manches longues) de catégorie III et de type PB (3) à porter par-dessus l'EPI vestimentaire précité ;
  • Lunettes ou écran facial certifié norme EN 166 (CE, sigle 3).

Pour les produits contenant de la spiroxamine, les exigences sont :

  • Gants en nitrile certifiés EN 374-3 ;
  • Combinaison de travail en polyester 65 %/coton 35 % avec un grammage de 230 g/m² ou plus avec traitement déperlant ;
  • EPI partiel (blouse) de catégorie III et de type PB (3) à porter par-dessus la combinaison précitée ;
  • Protections respiratoires certifiées : demi-masque certifié (EN 140) équipé d'un filtre P3 (EN 143) ou A2P3 (EN 14387).

Pendant l'application (tracteur avec cabine) :

  • EPI vestimentaire conforme à la norme NF EN ISO 27065/A1 ;
  • Gants en nitrile certifiés NF EN ISO 374-1/A1 et NF EN 374-2 (types A, B ou C) à usage unique, uniquement en cas d'intervention sur le matériel.

Bonnes pratiques et gestion environnementale

Au-delà des EPI, la prévention des risques repose sur des réflexes d'hygiène et de maintenance. L'utilisation d'un matériel adapté et entretenu et la mise en œuvre de protections collectives constituent la première mesure de prévention contre les risques professionnels, avant la mise en place de protections individuelles. Le port de combinaison de travail dédiée ou d'EPI doit être associé à des réflexes d'hygiène (ex : lavage des mains, douche en fin de traitement) et à un comportement rigoureux (ex : procédure d'habillage/déshabillage).

Comment bien rincer son pulvérisateur au champ ? - ARVALIS-infos.fr

Concernant la protection de l'environnement, le respect des zones non traitées et la gestion des effluents sont cruciaux. La mention SP 1 indique : "Ne pas polluer l'eau avec le produit ou son emballage. Ne pas nettoyer le matériel d'application près des eaux de surface." Pour les produits à base de prothioconazole, il existe une restriction spécifique (Spa 1) : le nombre d'application est limité à 1 application maximum par culture sur blé et orge pour éviter le développement de résistances de la septoriose du blé et de l'helminthosporiose de l'orge.

Réglementation spécifique sur l'usage des herbicides (glyphosate)

L'utilisation du glyphosate dans les cultures fruitières, vignes et intercultures est soumise à des conditions strictes.

Pour les cultures fruitières :

  • Dans les situations de terrains non mécanisables (vergers en pente, en terrasses, sur buttes, sols très caillouteux/rocheux) ou de récolte mécanique des fruits au sol (fruits à coques, pommes à cidres, prunes « à pruneaux », etc.), ne pas dépasser la dose annuelle de 2160 g de glyphosate par hectare.
  • Dans toutes les autres situations, ne pas appliquer entre les rangs, ne pas appliquer sur plus de 40 % de la surface de la parcelle et ne pas dépasser la dose annuelle de 900 g de glyphosate par hectare.

Pour les vignes installées :

  • Dans les situations non mécanisables (vignes installées en fortes pentes ou en terrasses, sols caillouteux, vignes-mères de porte-greffes), ne pas dépasser la dose annuelle de 2160 g de glyphosate par hectare.
  • Dans toutes les autres situations, ne pas appliquer entre les rangs et ne pas dépasser la dose annuelle de 450 g de glyphosate par hectare.

Pour les intercultures, jachères et destruction de cultures intermédiaires et CIPAN :

  • Ne pas appliquer en situation de labour effectué avant l'implantation de la culture, à l'exception des cultures de printemps installées après un labour d'été ou de début d'automne en sols hydromorphes et ne pas dépasser la dose annuelle de 1080 g de glyphosate par hectare.
  • Dans le cadre d'une lutte réglementée, ne pas dépasser la dose annuelle de 2880 g de glyphosate par hectare.

Carte des zones de vigilance pour l'application de produits phytosanitaires à proximité des points d'eau

La complexité des interventions sur orge, qu'il s'agisse de la protection fongicide ou de la gestion des adventices, impose une planification rigoureuse. L'intégration des données agronomiques, comme la sensibilité variétale aux maladies, avec les contraintes réglementaires de protection de l'opérateur, constitue le socle d'une agriculture durable et performante. La vigilance constante, le choix des produits adaptés aux cahiers des charges et l'utilisation rigoureuse des protections individuelles garantissent la pérennité de l'exploitation tout en assurant la sécurité des intervenants.

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